Pin de Riga, de M. Pennanech
Celui-ci est également un Pin d'origine russe cultivé en Bretagne. Il m'a été donné par feu M. Pennanecli, deMorlaix, qui en avait tiré les graines du Nord, et en avait fait une plantation sur sa propriété. L'ensemble du lot a des rapports assez marqués avec celui de Guipavaz. Il en diffère principalement, en ce que les couronnes horizontales y sont plus nombreuses et que son écorce est plus uniformément et plus franchement rougeàtre, se rapprochant beaucoup de celle des n<^« 1 et 2. Pendant les premières années, ce lot a eu une ressemblance marquée avec le Pin écossais de James Reid (n» 19), mais aujourd'hui il présente bien plus que lui, par son écorce et par ses tiges, le caractère des très-bons Pins du Nord.
Parmi ses variantes, car il en a de nombreuses, sous le rapport particulièrement de la direction de ses branches, on rencontre çà et là des individus qui sont des modèles admirables du type pyramidé-élancé. Au total, la masse est très-bonne, malgré le manque d'uniformité que je viens de signaler.
13. Pin silvestre, d'un arbre du jardin de M. Picot-Lapeyrouse.
Ce lot peu nombreux, car il ne se compose que d'une dizaine dïndividus, réclame cependant une mention un peu détaillée à raison de l'intérêt qu'il comporte par luimême et par l'incertitude de son origine première. A une époque où j'étais très-occupé de rebhercher le véritable Pinus uncinaia de Ramond, je m'adressai, entre autres personnes, à M. Ferrières, jardinier en chef du jardin botanique de Toulouse. Il me répondit qu'il pourrait me le procurer sûrement, attendu que dans le jardin de M. Picot-Lapeyrouse il existait un arbre de cette espèce, rapporté par le botaniste d'une de ses excursions dans les Pyrénées, et qui produisait des cônes. J'acceptai, et il m'en envoya. Ces cônes ressemblaient tout à fait à ceux du Pinus silvestrîs ; je les semai cependant et, bien que les
plants m'eussent fait reconnaître qu'il y avait eu certainement erreur, j'en plantai une ligne dans l'École. Les arbres qui ont aujourd'hui vingt-huit ans et 15 mètres environ de hauteur, sont de très-beaux Pins rouges du Nord, de la section des pyramidés-élargis ; ils ressemblent beaucoup aux Pins de Riga de Guipavaz , auxquels on pourrait les assimiler.
Malgré le désappointement qu'ils m'ont causé, ces arbres m'ont toujours inspiré beaucoup d'intérêt, sous le rapport, surtout, de la question que faisait naître leur origine première. On pouvait supposer que l'arbre du jaMin de M. Picot-Lapeyrouse avait été raporté par lui des Pyrénées, ainsi que le croyait M. Ferrières ; en ce cas, il en résultait que sur quelque point de ces montagnes il existait des Pins silvestres tout à fait semblables à ceux de Russie et appartenant à la même race. Si, au contraire, l'arbre provenait d'un plant du Pin du Nord reçu par M. Lapeyrouse n'importe d'où (il avait, comme directeur du Jardin botanique, des relations étendues avec les établissements de même nature et avec les amateurs), la conséquence à en tirer ne serait pas moins importante : c'est qu'un Pin de cette race, planté et élevé sous le climat de Toulouse, aurait conservé assez son caractère originel pour que les arbres pro venus de lui soient aujourd'hui, dans les plantations des Barres, comparables aux bons lots de provenance russe directe.
Ces questions, comme on le voit, touchent d'assez près aux applications pratiques pour que j'aie pu, à bon droit, m'arrêter sur les détails qui s'y rapportent.
Une circonstance due au hasard ajoute encore à l'intérêt de ces Pins de M. Picoi-Lapeyrouse ; c'est qu'ils sont plantés tout contre un petit massif de Pins de Briançon ou des Hautes-Alpes, avec lesquels ils contrastent d'une manière frappante. Un coup d'œil jeté sur les deux lots plantés le même jour suffirait pour convaincre les plus incrédules qu'il existe, dans le Pin silvestre, des variétés bien tranchées indépendantes des différences dues aux effets dfci sol et du climat.