‹ Exposé justificatif de la conduite politique de M. le lieutenantgénéral Comte Clausel, depuis la relation exacte des circonstances qui ont précédé et suivi son entrée a Bordeaux, en qualité de gouverneur de la IIe div. militaire avec une carte géographiqueChapitre 3 sur 11 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Une accusation terrible est portée^ontre moi; Pordonnançe.du 34 juillet dernier me;

signale à l'Europe comme ayant attaqué la Fremce et, le GoiM^ernement à mcm arpÈéé^ et comme vrCHaM emparé, par tno^

îence . du pouvoir.

. La f'rance me Toit , j'ose dire , avec étonnement inscrit sur ane liste de conspirateurs* Après une carrière militaire de vingt-cinq aoSy mon nom va retentir pour la première foi» dans les tribunaux. D^jà tons les regards sont fixés sur moi ; on recherche les diverses circonstances de ma rie 9 et mes compatrio-

tes me demandent xronipte de Pestime qu^ils m^avaiejit accordée.

Plus je cherche à me pénétrer de Pesprit qui a dictë le préambule de Pordonnance royale, plus j'examine ma conduite dans ses rapports aveç les dispositions de cette même ordonnance , plus je dois être surpris de me voir rangé dans la classe des coupables que le GouYemement déiroue à la haine de la France et à la vindicte des lois.

M'a-t-on vu conduire à Bonaparte les troupes qui m^étaient confiées pour la défense du trône ? je n^ avais pas de commandement.

' Ai-je» par mes actions ou par mes discoui^t'I^roTequé son invasion? mon xèlé'tt ma conduite, dans la place dMnspccteur-général de Pin&nterie qui m'avait été conierée par le Roi, m'avaient au coîitraire fait distixi'-» guer par les princes de sa maison.*'

" * La duchesse d'Angoulême chargeait, le avril i8i5 , M. de Martignac , officier de la garde nationale bordelaise , de dire de sa part au général Claosel qu'elle Tayait distingué dms des tems pln^lieiireur^ et qu'il l'avait souvent assurée alors de son dévoue-. m«Dt et de son afifeiîtioa.

M*a-t<-on To coûiir aa-devahl dii Ibgitif

de rîle d'Elbe , marchanl en vainqueur sur Pâris ?, depi]î%le jour de son débarquement , j*aî yaÎDement sollicité la favear d*aUer le combattre , et, dans la nuit du 19 mars encore , j'offrais mes services au Roi pourr . protéger son départ et ▼«lier à la séret^de sa personne : j^ai le droit de demander à quelques Tils courtisans qiii se sont ûdts mes accusateurs, oà ils étaient alors ?

J'ai marché, dit -on, contre les armées royales : le a5 mars seulement ( les dates sont ici des preuves ) j'ai reçu des ordres de Bonaparte pour prendre le commande* ment de la 1 1* division militaire , et je suis* parti pour Rordcaux lorsque le Roi n'était plus en France.

Enfin, mVt-onvu provoquer la guerre civile , insulter les Bourbons dans mes proclamations» proscrire les royalistes, créer des commissions militaires , dresser des échafauds pour épouvanter les ennemis du gouyemement impérial? J'ose interpeller sur ce point la ville entière de Bordeaux.

Je suis arrivé au milieu de la plus violente effervescence , dans une ville agitée par les

TioMéft fiôuTeoirs que Madame la duchesse d' Angoiiléme y avait laissés , et j ai pris pour règle de ma conduite les (^ernières volontés de cette princesse.

Bordeaux , pendant les trois mois de Tin- .

terrègne , n^a éprouvé ni secousse , ni réaction : au milieu d'une population dont le dëvoûoient à la cause royale e&t bien connu , et d'une garnison dont l'exaltation tenait près* que du délire, une seule victime a-t-elle péri? une.seule goutte de sang a-t-elie été versée f

Etranger à Part ôratoire.dansle dénuement où me laisse la proscription , c'est avec la franchise d'un soldat * par le simple exposé des fiiits , que f entreprends de me justifier : privé de secours et de renseigneraens , c'est dans la seule authenticité des faits que je puiserai ma défense.

L'accusation sous laquelle je gémis me donne le triste privilège de parler de. moi ; qu'il me soit donc permis ée mettre le poids de ma vie entière £n balance avec des préventions, qu'il me sera facile de détruire» si. l'on daigne m'écouter dans le silence de Tespht de parti , pour qui tout est crime , .même le malheur.

• Në eh 1772 , dans le comté de Foix , je suis entré fort jeune au service ; à vîngt-deux aas j'ayaid l*honneur d'être colonel. Je fis mes premières armes comme aîde-de-cam|î d'un de nos généraux les plus distingués entre ceux qui jouissent aujourd'hui , dans la plus haute dignité militaire , de Pestîmè de leur prince et du noble prix réservé à leurs glorieux travaux. A la suite des deux campagnes de 1794 et 1795, que j'avais laites à l'armée des Pyrénées , je fus nommé àu cbmniandement. d'une brigade à Tarmée d'Italie. Je fis partie, en 1802, de la malheureuse expédition de 5aint-Domingue:

après la mort du général en chef, je parvins à contenir les révoltés et à protéger Pévacuation de la coionie en enlevant aux nègres le fort Dauphin.

De retour en France, et conslauiment employé dans les immortelles campagnes de t8o6 i 1807 et 1809 , je fus assez heureux pour me trouver à toutes les batailles fameuses qui. ont porté si haut la gloire des armes françaises. Eîi 1810, je pris \e cdmmandement d^un des corps de Tarmée d^£s* pagne ; à la suite du combat 4u Duero, j-eus

rhooneur de remplacer le marc chai duc de Bagose, et de coiDmander rarmée en chef (i).

C'est là que jo dus, à la valeur de nos troupes , à rimpuision donnée par mon noble prédécesseur, et à la dÎAcipline que j*ai toujours regardée comme le premier devoir d^un général ; c^est , dis-je , à ce concours d'avantages que je fus rederable des nombreux succès que j'obtins sur les insurgés dans plusieurs provinces de TËspagne ; mais ce fut pendant la retraite de Portugal que je coïnius tout ce qu'un général peut oblenir de la valeur plus qu'humaine du soldat français , et quelle part de gloire il se réserve H lui-même en conciliant les droits de la victoire et les devoirs de l'humanité.

Enfin, dans les campagnes de i8i3 et 1814 1 je défendis avec toute l'énergie qu'inspire le plus- ardent amour de la patrie les provinces du midi de la' France, envahies par les armées anglaises, et j'eus la triste et douloureuse consolation d'être un des der^ niers appelés à combattre contre elles.

£n rappelant ici tant d'héroïques campagnes, je n'ouhlie pas qu'elles appartiennent à ilàstou e des armées nationales ; que

\k part de gloire que je puis y réclamer , étrangère au sujet qui m^a fait prendre la planie * ne dépose qu'indirectement contre raccusalion qui m'atteint ; néanmoins j'ai pu croire que cette notice sur ma vie militaire ne paraîtrait pa» déplacée comme introduction au rt'cit des évëneniens qui m'ont fait comprendre dans l'ordonnance du 24 juillet.

Je me transporte à Tépoque de la restauration ; époque où, délié, par son.abdica** tion 9 des sermens que j'avais fiiits à Napoléon, j'en contractai de nouveaux entre les ùiains de Louis XYilI*

Depuis le retour de Tauguste &mi11e des Bourbons en France , je n'ai eu d'autre emploi » je n'ai rempli d'autres fonctions que celles d'inspecteur^général d'inianterie ; je «l'ai donc pu exercer aucune influence direçte sur les actes du GouTeraement ; je ne puis donc être soupçonné d'arôîr contribué •par mes actions au retour de Bonaparte.

, . J'ai placé au premier rang des dèvoirs de la place qui m'était confiée celui d'inspirer aux troupes et de leur donner moi-même •t^exemple du déroûnient le plus entier k

la personne du Monarque ; les instmctiotts

que j'ai laissées aux conseils d'adiuinistra* tion des corps organisés par moi, «oifrent la preoye des soins constans que j^ai pris de \ les réunir de volonté et d'aiTectioii sous la bannière du souverain légitime* Je mé suis attaché sur-tout à leur faire apprécier les vertus du Monarque , à leur faire connaître sa sollicitude pour Tarmée, à les pénétrer enfin de tous les avantages qui devaient résulter pour elle du bienfait de la restauration ; cessentimens» dont j^élais moi* même rempli , sont consignés dans Unîtes mes instructions 9 elles ont été communia qnées officiellement au comte Dupont, alors ministre de la guerre , et doivent se trouver encore dans les bureaux du ministère.

Après avoir terminé moii inspection dans la division militaire ( en Bi elagne ) , je revins à Paris au mois d^oclobre i8i4 « et j^y vécus étranger aux al&ires politiques , jusqu'à répoque de la malheureuse catastrophe du mois de mars dernier. J'ignorais alors, comme j'ignore encore aujourd^ui, s'il a existé une conspiration pour ramener , Bonaparte en France \ yt n^ai connu son âé>*

barquement que par la Toix publique , et je me sub hautement expliqué sur le malheur que présageait à mes yeux cette audacieuse et fatale entreprise. Dès ce moment , je me suis montré plus assidûment aux Tuileries ; j*ai offert mes services avec une loyauté qui ne pouvait laisser aucun doute sur mon dé7 ▼oâment ; j'ai demandé, j'ai sollicité un commandement; j'aiaccompagnéle Hoi à TEcoie- Militaire ; et, dans la nuit du 19 au 20 mars « le petit nombre de personnes qui entouraient alors Sa Majesté , peuvent affirmer • qu'elles m'ont vu dans la ferme résolution de sacrifier ma vie pour la défense du prince qui avait reçu mes sermeiis.

Contre mon opinion , que je manifestai sans réserve ao château même, le Roi quitta la France ; ses ministres s'éloignèrent de Paris, et, malgré mes offres réitérées de service , je ne rtçus aucun ordre , aucune instruction.

Je restai donc à Paris ; un nouveau gou<vcrnement y fut proclamé ; je ne l'eusse point appelé. On' m'indiqua de nouveaux chei^^.

on m^enjoignit de suivre leurs ordres^ cl

lO

je crus encore servir mon pays en employant rautorîtë qui m'était départie , si*

non à faire un bien que je ne croyais plus possible , .du moins à empêcher un mal qui me semblait inévitable.

On sait avec quelle incroyable aclivilé furent employés les premiers jours de Parrivée de Napoléon, avec (juciie rapidité la nouvelle organisation administrative et militaire fut en quelque sorte improvisée : il n^est donc surprenant que , le 24 mars , j'eusse déjà reçu du prince d^£ckmuhi , alors ministre de la guerre , un ordre pour me rendre à Bordeaux , en qualité de gouverneur de la 11^ division militaire.* Les premiers ordres que j'ai signés sous le gouvernement de fait de Napoléon , sont datés du 28 et du 3o mars, époque à laquelle le Roi n'était plus en Jnance , postérieure à celle qu'il a fixée pour r oubli des fautes et des erreurs comirdses pendant son absence.

Je vais laiie toiinaîlrc avec détail la conduite que j'ai tenue dans mon gouvernement • jusqu^au24 juillet dernier ; je ne crains' pas de la souiuettre au jugement de la France et delà postérité. Si Ton y découvre des

erreurs quHl n^ëlattpeat-étre en mon pouvoir

d'éviter, j'ose croire qu'on les trouvera suffisamment compensées par lés services signalés que j'ai rendus aux habitans des provinces dont le gouvernement m'avait été confie.

Qùand je suis attaqué dans 'cei que )*ai de plus cher, pourquoi hésîteraîs-je à faire mon propre éloge ? l'orguéil finit où commence la nécessité de défendre son honnear. J 'ai épargné le sang français , j'ai étouffé la guerre civile ; j'ai obtenu ces résultats heureux et difficiles sans contrainte^ sans terreur; j'ai donc bien servi la cause de mon pays et de mon Roi. Gomment craindrais*)e que la colère du prince i^stftt plus long-tems appesantie sur moi , quand il m'a donné l'exemple de la plus noble et de la plus cruelle r&olutiôn ! En s^arrachant des bras de SCS sujets, ne m'a-t-il pas appris qye rien ne doit arrêter un Français, alors que le salut de la patrie vient se placer entre l'événement qui le menace et la nécessité des plus douloureux sacrifices ?

Je quittai Paris pour me rendre à Bordeaux , et je n'^mrnenai açec moi qu'tm seul oide-de-camp; partout sur ma route je

vis ûotier le drapeau tricolore , partout je remarquai la plus grande tranquillité ^ ou , si Ton veut , la plus complette rësignation.

 Ângouléme, je donnai rordi c à un o& iicier supérieur qui s^y trouTait de se rendre à Elayc, pour connaîUe la siluatiuii de cette place. (Je dois prévenir ici , une fois pour toutes, que nomme gouverneur de la ii« division, par le gouvernement de fait , j'ai dû donner les ordres et suivre les instructions que j'en recevais, sans en être juge ; que je ne dois être comptable que du, mal qu'on pourrait me reprocher personnellement; et qu'on doitavet la même justice' me savoir gré du bien que j'ai fait et des résultats heureux que f ai obtenus de mon propre mouvement. )

L'officier que j'envoyai à Blaye partit seul ; ilpénétra sans difficulté dans la place , ou il arriva dans la nuit 'du 29 mars ; il y ^ fut reçu avec enthousiasme » et trouva la garnison non-seulement -disposée à arborer le pavillon et la cocarde tricolores , mais prête à le faire avant même que la nouvelle de ma nomination lui: fôt parvenue; déjà cette garniâon était commandée par un of-

Digiii^ua by doogie

Scier supérieur (lequel aYaitren^ldacë celui qui avait é.té nommé par le Koi) ; ce nouveau cominandant, que je ne comiaîasais v^méme pas , s^ëtait refusé , sur la demande générale de ses soldats , à recevoir dans la place un détachement de gardes nationales envoyé de Bordeaux pour rem-** placer un bataillon de ligne qui avait reçu Tordre de se rendre à Uboume. Ce bataillon avait pénétré le dessein qu*on avait de Péloigner pour faciliter Toccupation de la place par des jprdes. nationales et des-volontaires royaux : il refusa de partir. La défection de la garnison de Blaye n^est donc point mon ouvrage : elle* était consommée

avant Tarrivee de l'oOicier supérieur que j^avais envoyé; elle était due. à Tesprit dUnsurrection qui se manifestait parmT. les troupes dans toute Tétendue de la France depuis le retour de Mapoiéon, et sur>tout depuis que le Roi avait cru nécessaire de * sVloigner de sa capitale et même de sortir du royaume.

La place de Blaye une fois soumise , la résistance de Bordeaux devenait impossible ; le même esprit qui dirigeait la con^

dulie de ^la garnison de Blaye , régnait dan» la garnison de Bordeaux : les troupes qui occupaient ces deux villes étaient dans des rapports continuels et immédiats. La situation de la citadelle de Blaye, commandant Tentrée et la sortie de Bordeaux, assurait aux armées impériales toute la facilité possible pour leurs mouvcmens, et leur permettait de se porter sur les deux rives de la Dordogne et de la Garonne.

Les progrès de l'insurrection étaient au comble, la défection de Tarmée était con* sommée avant que Je fusse arrivé sur les limites de mon gouvernement : j'appris seulement à Angouléme que Madame était encore à Bordeaux. Le péril était imminent , la défense inutile et téméraire ; la cause • royale ne pouvait rien espérer des efforts et du dévoâment des Bordelais; le seul résultat que i on dût attendre de cette lutte était une guerre civile locale » et je devais croire que la règle de conduite de tous les membres de la famille royale était tracée par ces paroles touchantes du Roi, dans sa proclamation du 19 mars:

« La divine Providence , qui nous a appelé

» au Lrône de nos pères , permet aujourd'hui » que ce trône soit ébranlé par la défection » d^une partie de la force année qui avait » juré de le défendre ; nous pourrions profiter des dispositions fidèles et patrie- » tiques de Pimmense majorité deshabitans » de Paris pour en disputer Tentrée aux « rebelles, mais nous frémbséns des- mal-^ » heurs de tous genres qaNin combat dans « ses murs allirerait sur ses habitans. » La position de Madame; la duchesse d'Angpaléme devenait à chaque instant plus critique : je ne songeais pas sans de vives inquiétudes aux dangers où Texposaient le désespoir des habî^ns et Pexaltation des troupes ; j'étais encore trop loin de Bordeaux pour e^érer de pouvoir contenir le soldat; je devais craindre sur-tout les mesures révolutionnaires et mai concertées que pouvaient

prendre les agens secrets que le nouveau

gouvcrnciiicut n'avait pas néglige d 'envover dans cette ville (i). D^un autre côté je redoutais que le départ trop précipité de Mad AStifi emmenant avec elle les autorités locales , ne laissât Bordeaux livré à toutes les horreurs de .rai&archie ; j^Aais fondé à cràf e quHl

importait» je ne dirai pas aux intérêts d'un

parti , mais aux intérêts de la France et de rimmaaitei que won arrivée dans cette ville fût aussi prompte que possible , et que le changemenL rendu inévitable par la ibrce.

des circonstances fût régularisé par. la pru* dence , la fermeté et Pamour du bien public.

Le Roi de France une fois hors de son royaume, moif général français, gouverneur de plusieurs provinces ^ je ne devais avoir en vue que d'éviter la guerre civile , de ramener Tordre , et d^assurer la tranquillité du pays Cil je commandais.

Je partis d'Aiigouléme sans me donner le tems de réunir un corps de troupes^ et je ne pris avec moi qu^une escorte de quel« ques brigades de gendarmerie , que je ramassai sur ma route.

J'arrivai à Mbntlieu , à quinze lieues de Bordeaux, avec douze gendaroies : je trou-; vai dans cet endroit trente cavaliers de. ja même arme commandés par un chef d'escadron; ce détachement avait été envoyé de Bordeaux pour Élire le service d'ayaipt*poste: je continuai ma route sur Saint-* André-de-Cubsac , où je fus rejoint par

Digiu^ua by CjOOgie

Foflicier que j'avais envoyé à Blaye : îl me fit connaître les évënemcns qui avaient eu lieu dans cette place, et m'annonça que, scion mes ordres, un détachement de la garnison , compose d'environ cent quarante hommes, commandié par un chef de bataillon , lâ'attendait en ce lieu.

' £a arrivant à Cubsac , j'appris qu'un corps de volontaires royaux, parti de Bor^ deaux , sous les ordres de M. le colonel de Pontac, s'était porte avec deux pièces de canon sur la rive gauche de laDordogne, et qu'une centaine d'hoinmes de ce corps , détachés sur la rive droite , venaient de quitter ce poste à la nouvelle de mon arrivée , et de repasser la Dordogne , pour se réunir à Saint-Vincentau corps de troupes qui devait s^opiposer à mon passage.

Je fis marcher le petit cor|is d'infanterie dont je disposais , avec ordre d^ener ( mais sans engager aucun combat ) le pont volant qui servait au passage de la rivière. Je n^avais d'autre but que d'éviter tout engagement en ôtant aux Bordelais le moyen de venir attaquer mes troupes sur.

Ja rive droite de la Dordogne.

Je restai k Saint-y\ndré-de-Cubâac avec / mes gendarmes. Quelques-^uns de mes voltigeurs, parvenus au pont-floLLant , y arborèrent , sans ordre , le pavilion tricolore ; alors le commandant bordelais fit embarquer un plus ^1 aiid nombre d'hommes , et disputa le pont aux voltigeurs qui l'occupaient et voulurent le défendre ; il en résulta un léger engagement entre les troupes des deux rives ; mais les Bordelais , à la laveur de leur artillerie et de là supériorité * de leur nombre, obligèrent mes troupes à abandonner le pont, parvinrent k enlever le pavillon tricolore, etconHnuèrent le combat en cherchant à s'établir sur la rive droite.

£n arrivant à Cubsac , je pus me con-* vaincre de la résignation avec laquelle mes troupes essuyèrent le feu de la mousqueterie et de Tartillerie de leurs adversaires ; iU supportèrent long-tems , sans y répond re , les attaques des Bordelais , en exécution deâ, ordres qpie je leur avais donnés de ne paa ic servir de leurs armes contre les volontaires royaux : j'avais lieu d'espérer que ^exaltation des Bordelais ne tiendrait pas long'tems contre la généreuse inaction de

' leurs adversaires: il n'en fut malheureiis£^; ment pas ainsi; le calme des troupes de ligne ne servit qu'à redoubler Tardeur des volontaires royaux: cette étrange lutte durait depuis deux heures ; mes troupes comp* taient déjà beaucoup de blessés dans leurs tangs ; dans la crainte ou jetais de ne pou voir

'bientôt plus les contenir, je fis demanderai! commandant de la rive opposée de m'en- ' xofer en parlementaire un de ses officiers.

M. de Martignac, officier supciii ur de la garde nationale de Bordeaux, fut chargé de cette mission ; je lui fis connaître avec détail les événemcns qui venaient de se passer dan»

la capitale , et dont il paraissait n'être instruit que très-imparfiiitement; je lui fis sentir que je connaissais déjà ,. par la voix, publique, les dispositions de la garnison de Bordeaux, et que j^avais lieu de croire que, malgré le généreux dévoûment des Bordelais pour la cause royale, toute résistance»

dans les circonstances où nous nous trou-^ vions, ne pouvait avoir que les résultats les plus cruels , puisque les sentimens de la gar* nison étaient partagés par un grand nombre 4'babitans.

On me reproche aujourd'hui le soin que je mis alors à faire Taloir les moyens de Bonaparte aa 3o mars : r^^était-il pas de m on devoir^ comme citoyen et comme g^néral^ d^en agir ainsi? Puis-je jamais paraître répréhensiLle aux yeux d'un Français , quel que soit son parti, pour avoir employé la voix de la persuasion ? Quel résultat pouvait avoir une plus lougue résistance.'' Pouvait-on à cette épo* que la tenter, sans accumuler sur la France des calamités nouvelles ? Cette vérité, que je m'efforçais de prouver , avait irappé le Roi le 20 mars ; Madame en fut convaincue les 2 avril, et M. le duc d'Angoulême , le 8 du même mois. Peut-on me &ire un crime ; à moi , qui connaissais les ëvënemens de la capitale , qui venais de traverser une partie du royaume» qui venais de recevoir les rap-.

ports sur Fesprit des garnisons de Blaye et de Bordeaux, peut- on, dis-je , me faire un crime de n'avoir pas dissimulé l'impérieuse nécessité des circonstances et les moyens de soumettre la France, que Bonaparte pos-

. sédait alors? Ses ennemb eux-mêmes n'en doutaient plus: aussi M. de Martignac,

^ homme de mérite et d^honneur, aussi vi-

Tement attaché à son pays qu^à la cause royale , fut-il forcé de se rendre à Pévidence de mes raisons , et ne dissimu*^ la-t-il pas la douleur qu'il éprouvait en acquérant la preuve de Timpossibilité où se trouvait Bordeaux de se soustraire au joug que les trois quarts de la France avaient déjà subi, et auquel un si grand nombre des plus fidèles et dès ptùs dévoués sujets tlu Roi avaient été contraints de se soumettre.

Je donnai à M., de Martignac Tassurance de mes sentimens pour les habîtans de Bordeaux. Je 'lui fis la promesse qu'ils seraient tous également protégés , et qu'il ne serait fait aucune espèce de re7 cherche sur leur conduite politique. Je le^ priai d^assurer de mà patt Madame la duchesse d*Angouicme que je regardais comme un devoir sacré pour moi de faire dans cette pénible circonstance tout ce qui ' pourrait lui prouver le profond respect que m^inspiraient ses vertus et ses malheurs. ^ J'engageai mon honneur que S. A. R. serait traitée avec toute la dignité, tous les égards dus à sa naissance et à son sublime dévoi>~

ment ; j^djouiai que c'était à ces seules conditions que i^avais accepté la mission qui m^avait été confiée.

Tels étaient les engage mens que }e contractai et que je remplis dans toute leur étendue ; j'en appelle ^u témoignage irréfragable des Bordelais et ài'honacur de M. de Martignac* ,

Qijclijiie iîultil^t'nco que JNapuleoa mani-' fe&làt en ressaisissant rantorilé, je «avais que M. le comte Lihch', maire de Bordeaux , avait tout à craindre de sa colère: je chargeai JVI. de Martignac de Ten instruire , en ^invitant à prendre des mesures pour ' se soustraire au danger qui le menaçait.

J^insiste sur ce fait , où Ton trouvera la preuve évidente qu'en servant Napoléon dans ce que je croyais être Tintcrêt de rStat, i^étais non^seulement décidé à ne point m'associe r à ses ressentimens , maïs»

au risque de me compromettre moi-même « à tromper Tespoir d'une vengeance que lui' diclail puiiliquc et qu'il avait hautement annoncée.

Après avoir ainsi fait connaître mes intentions à M. de Martignac, je lui donnai

connâîssance des lettres que j'adressais aax

autorités civjics cl militaires de Bordeaux ; je les lui remis à lui-même , et j'en reçus la promesse de venir le lendemain hi'en apporter les réponses.

, Je passai la nuit à Cubsac, où il ne futfs\^t ni par moi ni par mes troupes aucune dis-*, position contre les volontaires royaux dont pn voyait toujours les feux sur la rive opposée ; ce fut donc avec le plus grand éton- . nement que j'entendis dans la nuit des cris tumultueux et plusieurs coups de fusil tirés dans réloignement. A la pointe du jour j'app«i& que le détachement qui gardait la rive gauche de la Dordogne était parti dans la nuit , et que le passage de Saint- Vincent étsiit libre. Les renseignemens que je recueillism^apprirent que les Bordelais avaient pris la fuite à la vue de plusieurs bateaux marchands qui descendaient la rivière , et qu'ils avaient cru remplis de troupes destinées à les attaquer. Ce fait me fut confirmé par le patron d^une de ces barques blessé par la raousqucteric des volontaires.

J'aurais omis ce léger incident ( duquel je suis loin de rien infiirer contre la bravoure

des habitans de Bordeaux dont f ai si sou-

vent eu des pic mes) , s'il ne servait à prouva à quel point j*ai été étranger à révacuatton de la rive gauche dt la Dor^ dogne par les volontaires royaux.

, Ce départ subit des troupes bordelaises, , le retard de M. de Martigtiac , qui sMtail engagé à m'apporter dans la journée une réponse aux dépêches dont il s'était chargé « et qui n^avait pas encore paru , me firent craindre qu'il ne âe fût opcré un soulèvement à Bordeanx; j^avais tout lieu d'en redouter les suites pour Madame la du* chesse d'Angouléme : et ce fut dans Tintérétde cette princesse ^ et de la rille même, dont la sûreté inc semblait compromise, que je crus devoir mettre les momens à profit: je me disposais à passer la Do^dogne, lorsque M. de Martignac arriva.

La réponse qu'il m'apportait des autorités de Bordeaux m^annonçait : « que Ma- DAME, voulant épargner à cette ville tous les malheurs qui pourraient résulter d'une plus longue résistance , consentait à s^éloi* gner; » on me demandait vingt-quatre lieures pour que le départ de S. A. R. pût s'effectuer

ayec tous les honneurs das à son rang (2).»

Je répondis à M. de Martignac que non-

seulement j^étais loin de rien entreprendre qui fût contraire aux égards dus à la prin* cesse , maïs que , jaloux de lui donner une preuve des senlimens de respect dont j^avais toujours été pénétré pour sa personne, j'offrais (l'accompagner S. A. 1\. jusques au lieu qu^eiie désignerait, en lui faisant rendre sur son passage tous les honneurs qui lui étaient dus. » *

Je renouvelai à M. de Martignac les promesses que je lui avais faites en faveur de la ville de Bordeaux ; je Tassurai de nou-

veau que la tranquillité des citoyens n^é* prouverait aucune atteinte dès Tinstant que

mon autorité serait reconnue dons la ville ; je le prévins que J^allais me rendre à la Bastide , sur la rive droite de la Garonne , et que je m'engageais à n'y faire arbotcr le drapeau tricolore qu^après le départ de la princesse ; que là j'attendrais les ordres qu'elle voudrait bien me donner , et le moment qu'elle assignerait elle-même à mon entrée dans la C'est ainsi (jiic je cher-

chai à concilier .mes devoirs comn^c Iran*

çaîs et comme général , arec les sentimens que m uiôpiraient les maliieurs de ia iaïuiiie royale.

M. de Martignac étant reparti pour faire connaître mes intentions à JVIadâM£ et aux autorités, je me portai sor la rire droite de la daronne. Au ivi' ;i la Bastide , où j'a- • vais été précédé par nies Lroupes» je vis avec peine que le pavillon tricolore y avait élé ai Lore sans mes oi dres; j'en témoignai mon mécontentement f et je fis des reproches au commandant dj& ce poste , sur ce qu'il con« / ^trariait la parole que j'avais donnée : il me fut répondu que les Bordelais avaient promis de se soumettre dans vingt- quatre heu- ^ res; de ne s'occuper que des honneurs à rendre à k princesse* et que cependant ils »

faisaient de leur côté des dîspc^itiomi ho»* tiles.

Je m'approchai de la rive « et je reconnus

que les quais de Bordeaux étaient couverts de gardes nationales sous les armes ; que des cris de provocation partaient en effet de CCS groupes tumultueux , cL que tout annonçait des projets de résistance et même d'attaque de la part des Bordelais.

Quelques heures 4t près» '}t pus disUnguer Madame la duchesse d^Angoulétfie ^ acconn pagnt e d'un nombreux état-major et d'une foule d'hahitans , passant en revue et haranguant la garde nationale.

. A peine S. A. li. se fut*elle éloignée, que des coups de fusil et une grande confusion parmi les troupesm^annoncèrent qu^un com» bat s'était engagé entre elles.

Déjà quelques habitans de Bordeaux (étaient venus me joindre sur la rive droite et m'ayaient £iit connaître la situation et Tesprit des troupes de la garnison ^ décidées à arborer dans la journée même le pavillon tricolore , et à s'opposer à toute espèce de tentative de la part des Bordelais (dont une partie , déjà soumise au nouveau j^ouvcr- , nement , était dans Tintention de iaire cause commune avec les troupes de. ligne), et de neutraliser les efforts qu'on pourrait faire pour retarder la soumission de la ville.

Cependant je redoutais pour la ville de Bordeaux les suites du combat qui venait de s^engager , où je voyais le prélude de la guerre civile et dés plus effroyables malheurs. Sur-le-champ je iis inviter M, de.

Martignac à se rendre de nouveau à mon quartier-général. Je iui exprimai ma surprise et ma douleur sur ce qui Tenait de se passer sous mes yeux; il me repondit : Que rimmense majorité des habitans et de la garde nationale de Bordeaux persivStait à vouloir opposer une résistance opiniâtre; qu*il serait difficile v peut-être même im*^ possible , de leur persuader, non-seulement dciie se point défendre, mais de ne pas venir m^attaqoer sur la rive droite de la Garonne. » Je fis sentir alors à M. de Martignac tout ce que ce projet avait d'irréfléchi et de dangereux ; je lui fis connaître les dispositions prises par les troupes de la garnison et par une partie des habitans de Bordeaux d'àrborèr dans la journée le pavillon tricolore.

M. de Martignac voulut me persuader à son tour : « Que si Von ne pouvàit compter sur les troupes de ligne pour venir m^attaqner , on avait du moins la certitude de la neutralité où elles se renfermeraient. »

Je ne balançai pas à détruire upe erreur qui pouvait devenir m funeste, et j'offris à

M. de Marliguac de le mettre à i^instant même dans le secret des troupes de la gar- .

mson de Qordeaux : je lis agiter en sa présence un drapeau tricolore sur la rive droite de la Garonne , en face du çhâteu Trompette : ce signal fat aussitôt répété par le fort et arboré sur le rempart. M. de Martignac fut témoin , et peut rendre compte du sentiment qui me dicta cette démarche.

Ilnepouvaitplus douter qu'il ne me fût trèsfiicile de passer la Garpqne, de me mettre à la téte de la garnison , et que , si telle eût été mon intention , je ne pusse dès cet ins> tant m*eïïnparer du. powùir à main armée et par vioknce. Je consentis néanmoins sans peine à la demande qu'il me fit de n^entrer -que le lendemain dans la ville» en m^assurant qu^une députation viendrait au-devant de moi a la Bastide. H ajouta que Madame la duchesse d'Angouléme , pleine de sollicitude pour les habitans de Bordeaux, et désirant leur iaire ressentir, alors même.

4|u'elle allait, s^en éloigner, Jes effets de son ^iTioiir et de sa protection particulière , Tavait chargé de me dire : iju*elle me demandait en kyrfaçeurçetU tnarque de taffur

iion eidu déçoûmeni que Je lui mais toujours

témoignes , et qu'elle me tien di ait compte^ dans toutes les circonstances oié elle se trou^ verait^ decequej*aurais fait pour Bordeausa plus que de tout ce que je m'étais offert de faire pour elle (3). Je iis.repondre à S. A. R« que ses désirs étaient encore des ordres pour moi ; que je n'entrerais à Bordeaux que lorsque la ville m'aurait fait connaître que telle est son intention, et qu^ii suffirait d^m simple avis, ne voulant pas , comme il me l'avait été offert, qu'une députation me fût envoyée à la Bastide.

Je ( r!is néanmoins devoir faire sentir à M. de Martignac à quels reprochés et même ^ là quels dangers je m'exposais auprès du Gouvernement, en retardant par des ména-^ gemens, purement personnels , mon entrée à Bordeaux, qui iii\uiil prescrite sans le moindre délai. J'ajoutai, pour repondre plu»

"^particulièrement à ia recommandation que M. de Martignac m'avait faite de la part de Madame , que la princesse ne pouvait dou-*

ter deTempresseinent que je mettrais à justifier la confiance tardive qu'elle me témoignait ; que les sentimensde S. A. R., qui se

trouvaient dans cette occasion d'accord avec les intérêts de mon pays , me serviraient 4e règle de conduite ; que sa sollicitude et sa bienveillaïKc pour les habitans de Bordcoux pouvaiei^t être, pour eiie> la garantie du 2èle et du dévouement avec lesquels je sui* vrais religieusement ses volontés. M. de Martignac repartit pour rendre compte de sa mission:

Fidèle à ma promesse , je passai la nuit à la Bastide, où plusieurs officiers de la garnison vinrent melatre connaître les causes de la réunion des troupes , et du comiiat qui avait eu lifeu entre quelques détachemeiis de la gaiHie nationale bordelaise : les renseignemens que je me suis procurés depuis m'ont convaincu de la vérité de leur rapport

Le premier mouvement de crainte qu^avait inspiré aux Bordelais le peu de succès de Texpédition des volontaires royaux sur la Bordogne , ne tarda |^as à se calmer \ Madame la duchesse d'Augouiéme^pieine de confiance dans les nouvelles protestations qui lui furent faites par la garde nationale et les volontaires royaux» ne désespérantpa^ d'obtenir quelque infiueiice sur Tesprit

des troupes,*ne voulut point H^en tenir à la réfiolulionqu'elleavait prise la veille (3i marsj, et qui m'avait été transmise à Cubsac par les autorités civiles et militaires. S. A. R. crut devoir tenter un dernier effort : la princesse fit réunir la garde nationale et les volontaires royaux sur les quais , et les troupes de ligne dans leurs casernes, où elle se ren« dit accompagnée d'un nombreux état*major.

La liamiiguc que leur adressa S. A. R.

dut augmenter le respect des troupes pour •son auguste personne, mais ne put ébranler la ferme résolution qu'elles avaient prise d'abandonner une cause qui ne leur semblait plus être celle de l'arméi , et qui ne pouvait plus avoir d'autre résulut que la guerre civile. *

Convaincue par elle-même de l'exactitude des rapports qui iui avaient é Le laits par les généraux, ^r les dispositions de la garnison (4)» Madame la duchesse d'Angouléme se porta sur les quais, où elle fit connaître aux troupes royales que la défense de Bordeaux devenait impossible , et que la soumission était le seul moyen de préserver cette ville d'une destruction totale. & A. R, ajouta qu'elle te-<

gardait cottime un devoir sacre de conserver au Hoi des sujets fidèles , qui , dans des tems moins malheareux, passent lui donner des preuves plus utiles de leur dévouement. A rinstant quelques voix s'élevèrent pour demander à combattre , en accusant les géiu l aux qui accompagnaient S. A. R. de lâcheté et de trahison. La plus grande partie de la garde nationale prit leur défense , et se déclara pour le main lieu de la tranquillité p ublique: Pémeute allait croissant; les volontaires royaux sVxcitaient mutuellement à la résistance, et queiques-unsportcrentledélire josqu^à faire feu sur ceux qui cherchaient à les ramener à des sentimens plus calmes. Il s'ensuivit une rixe sanglante , dans laquelle un capitaine de la garde nationale, plusieurs volontaires et quelques bourgeois furent tués ou blessés (5),

Dès le premier moment da tumulte , Madame la duchesse d'Angoulème , qui devait craindre que sa présence n'excitât les partis, s^était retirée dam son palais.

Le commandant de la garde nationale , plusieurs offider» supérieurs et un grand

nombre de garnies nationaux déployèrent ^ dans cette circonstance , une énergie et no patriolisnic qui préservèrent Uordeaux des malheurs affreux: qui la menaçaient dans cette journée.

Les officiers qui ine firent ce rapport « ajoutèrent ensuite qu^aucune disposition ne paraissait encore avoir été prise pour le départ de Madame ; que TeHervescence faisait des progrès rapides , et qu^une partie de la garde nationale et des volontaires royaux persistaient dans leur projet insensé de défense. On chercha à m^engager à passer la Garonne , sur-le-cliamp , en face du château Trompette , dans les bateaux qui âTaient été préparés à cet effet ; on me donna pour raison que mon arrivée pourrait déterminer sur-le-champ le départ de la prin^ cesse , et que les troupes me voyant i leur téte f la souniissioa de la viile ne serait plus différée ; je répondis que je n^étais pas venu à Bordeaux pour èbliger Madame la duchesse d' Angouléme à en sortir ; que raa mission était de remplacer le général Decaen dans le commandement de la ii* divisioa militaire , dès que Tautorité dugou-

Digitizod

Veiti6meilt impérial serait i^econnué âxaê

Bordeaux^ comme elle Tétait déjà, par le fait, dans les trois quarts de la France , et que î^étais décidé à ne fiûre mon entrée dans la ville que lorsque les habitans auiaicut senti la nécessité de ma présence » qui sei^lç pouvait mettre un terme à Pétat de cris« dans lequel ils se trouvaient.

Quelques heures après l'arrÎTée de ces officiers (2 avril ) , on vînt m^annoncer que Madame la duchesse d'Angouléme ayajil 4piitté Bordeaux dans la nuit ^ et que les au>« torités étaient prêtes à receiroir mes ordres. Je leur expédiai sur-le-champ ines dépèr cfaes mîoistérieUes^ et j^envoyai des offîcien d'ordonnance pour le maintien de la Iiauiquillité dans la ville.

Le lendemain ( 3 avril ) , je vis le pavillon tricolore arboré dans la ville , et bientôt nne députation vint m'assurer de sa soumission au gouvernement impérial, en me préve-^ Haut que j'étais reconnu à Bordeaux dans ma qualité de gouverneur de la 1 1^ division militaire , et ^ue toutes les mesures avaient été prises pour assurer la marche de Tadfainistration m Tabsence d|i préfet et du

maire, qui avaient suivi Madame la duchesie

d'Aiigoulcme.

Après avoir exprimé à cette députalion les sentimens qui m'animaient pour les habitansilc lioidcaux, je lui fis connaître que mon. dessein était de m'y rendre seul ; en effet , à deux heures après midi , accompa* gné de quelques oiiu.iers seulement, je passai la Garonne , et j'entrai à Bordeaux au milieu d^une population de pràs de cent mille hommes, dont plus de dix nulle étaient encore armés ; je reçus les autorités civiles €t militaires , et dès ce moment , sans contestation sans entraves, sans réaction et sans violence, l'autorité d'un Gouvernement qui déjà s'étendait sur la presque-totalité de la France fut établie et reconnue dans cette belle et vaste cité.

J'étais loin alors de soupçonner qu'on pût jamais m'accuser d'avoir attaqué le gouvernement à main année , et de m'étre emparé par violence du poiu oir. Les volontés que Madame la duchesse d'Angouléme m'avait feit connaître , en recommandant les habitans de Bordeaux à ma sollicitude, étaient une preuve qu'elle y considérait ma prë-

sence comme nécessaire, du moment où.

S. A. R. sentit que la sienne pouvait y devenir funeste , à la suite des cvénemens qui pesaient à cette époque sur la France entière. En me faisant connaître ses intentions par un officier attaché à sa personne , n'était-ce pas en quelque sorte m^investir de son pouvoir, et m'autorîser à exercer, en faveur des Bordelais , cette même autorité bienfaisante à laquelle les circonstances Pobligeaient à renoncer ?

Par quel inconcevable abus de mots m'ac-

cuse-t-on aujourd'hui d*avoir attaqué le gouvernement du Roi à main armée , lorsqu'il est reconnu que je suis parti de Paris sans troupe ; que je suis arrivé à i5 lieues de Bordeaux avec une simple escorte de trente gendarmes ; que je donnai aux deux cents hommes que j'avais à Cubsac Tordre réitéré de ne point répondre aux attaques des troupes royales ; que je faillis être emporté par un boulet de canon tiré par les volontaires royaux , au moment où je condamnais mes troupes à l'impassibilité la plus absolue? Quelle eût été ma conduite si

j Vusse vovbà m emparer du pouooir à mam

armée P San» perdre de tems à parlementer avec les députations de la garde nationale , en arrivant à Cubsac , sur l'avis Qoi m'était donné des intentions de la garnison de Blaye et de celle de Bordeaux , j'aurais laisse les volontaires royaux défendre le passage de la Dordogne , et je me serais porté sur-le- .

champ de ma personne à Blaye. Après avoir fait passer pendant la nuit la garnison de cette place sur la rive gauche de la Garonne (ce qu'aucune puissance ne pouvait m'empécher de faire ), je me trouvais à la pointe du jour dans Bordeaux ^ où Ton aurait été loin de m'attendre , et je m^y trouvais à la téte d^une force araice imposante contre laquelle les volontaires et la garde na»

tionale eussent vainement essayé de lutter, C'est alors , mais alors seulement qu'on pourrait m'accuser de m'étre emparé c^iblemmeni du pouvoir.

Telle n'a point été ma conduite : je suis resté tout à fait étrangerauxévénem^s qui ont suivi la catastrophe du 20 mars , jusqu'au mo" ment où 3. M. a jugé nécessaire au bonheur

de son peuple de sortir de France. Les ordres du Roi, depuis son départ , ne parvenaient jplos à ses sujets; chacun d'eux ne peut donc être juge que d*aprcs les lois qui rt'^issaiciit «lors la France. La cause de la famille des Bourbons ne pouvait plus être défendue sur le sol de la patrie ; le devoir de tout Fiançais était d'empêcher une guerre civfle sans but ; de contenir les partis prêts à s*'agiter et toujours en présence, et d'cmpécher par tous les moyens Teffusioii du sang français. Voilà ce que j ai entrepris « voilà ce que j'ai fait ; et je suis porté sur Pordonnance du 24 juillet !

Je viens d'exposer la première partie de ma conduite ; je viens de prouver par des £aiits précis , authentiques , simplement et fidèlement narres , que je n'avais pas coopéré au renversement du Gouvernement royal ; que je ne m^étais pas emparé de l'autorité à main armée : je vais à présent tracer avec la même vérité le tableau de mon administration , depuis le 3 avril jusqu^au 22 juillet , où j'ai quitté Bordeaux. On m'y verra constamment dirigé par le seul amour de mon pays , et les amis de la pairie mç

sauront peut-être gré des e£Ebrts dont ce sentiment m'a rendu capable : on y Terra

jusqu'à quel poiut je suis resté fidèle aux engagemens que j'avais pris avec Madame la duchesse d'Angouléme ; et Ton décidera si, .

après les avoir remplis avec tant d'exactitude , )e ne suis pas autorisé à rappeler à S. A. R. les paroles qu'elle a daigné, me iairc adresser en pai tant : « Dites à Clausel » que, dans toutes les circonstemces y je hd » tiendrai compte de tout ce qu'il fera pour » les Bordelais , beaucoup plus que de ce » qu'il fera pour moi-même, » '

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