ÉTAGE SUPÉRIEUR OU FLU\10-MARIN
L'étude consciencieuse des couches fluvio-marines du Limboùrg et du Brabant oriental m'a conduit à un résultat important et bien différent des vues généralement admises.
J'ai pu constater que ces dépôts fluvio-marins, caractérisés par la présence des Cérithes et des Cyrènes, doivent se rattacher tous indistincte^ ment au système tongrien supérieur. Il ne doit rester dans le rupélieu
mÊOBSÊ
que les dépôts franchement marins, commençant par les sables à Pétoncles.
Cette interprétation est d'ailleurs conforme au texte de la légende des cartes de Dumont et, ainsi que j'ai tenu à le vérifier récemment, à tous ses écrits publiés ou encore inédits.
Si Ion a pu croire — comme on l'a fait généralement — que Dumont a rattaché une partie des couches fluvio-marines du Limbourg à son système rupélien, ce ne peut être que par suite d'une interprétation inexacte de sa pensée, appuyée peut-être de certains faits que je signalerai plus loin et qui, à première vue, paraissaient favorables à cette interprétation.
Avec le rétablissement de la véritable démarcation stratigraphique entre les deux systèmes, prend fin cette anomalie qui consistait à séparer le groupe si naturel de nos couches fluvio-marines oligocènes en deux tronçons, dont l'un, soi-disant mpélien, devait faire partie de l'Oligocène moyen et l'autre, tongrien, devait se rattacher à l'Oligocène inférieur.
J'ai distingué dans le tongrien supérieur ou fluvio-marin trois horizons bien reconnaissables quoique liés et qui sont :
1" Un horizon fossilifère sableux, inférieur aux argiles vertes de Henis. Les dépôts qui s'y rattachent renferment souvent une faune, peu variée il est vrai, mais présentant une abondance extraordinaire de Cérithes et de Cyrènes qui, constamment in situ^ offrent un développement des plus remarquables, ainsi qu'en témoignent les exemplaires que vous avez sous les yeux. Vous remarquerez que toutes les Cyrènes sont restées bivalves et qu'aucun Cérithe n'est roulé.
Voici des Cyrènes longues de 38 mill. sur 40 mill. et vous remarquerez un Cerithium plicatum atteignant cinq centimètres de long.
Cet horizon a fourni plusieurs espèces nouvelles pour la faune belge. Vous pouvez constater l'abondance de la àAïQhiQ M elania mucronaCajWooà et de la Bithiniaplicata^ Desh. qui, avec le Cardium scohinula^ Merian et la Netitina Duchasteli^ Desh., représentent les principales nouveautés pour la faune belge découvertes dans cet horizon.
Il est à remarquer que la Bithinia plicata joue ici le rôle qu'une forme voisine : la jB.DucIuisleU, Nyst, remplit dans l'horizon supérieur de Vieux- Jonc, dont je parlerai plus loin. Ces deux formes se remplacent, en paraissant toujours s'exclure mutuellement.
Les autres coquilles les plus fréquentes dans ces mêmes couches sont, comme vous pouvez vous en assurer : Cerithium elegans, Cerithium Lamarchi^ Cerithium plicatum^ Cyrena semistriata et un petit nombre d'espèces connues de la faune fluvio-marine du Limbourg.
Il est à noter que le Cerithium Lamarchi est particulièrement abondant
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ici, tandis qu'il est extrêmement rare dans les sables à Cérithes de Ber2. Vieux-Jonc et Elein-Spauwen : gisements représentant l'horizon supérieur.
Les gisements fossilifères de l'horizon fluvio-marin inférieur n'étaiei que peu ou point connus et n'avaient jamais été explorés méthodiq*:ment. Parmi les plus riches je citerai ceux de Bautersem et de Klci: Heyde (au S. de Lovenjoul) sur la planchette de Lubbeek, ainsi que ceu'. situés entre Heyde et la colline du Ransberg, sur la planchette de Léaj.
Des observations délicates faites sur des parties altérées et concrétionnées du dépôt, contenant des empreintes de Cérithes, etc., m'oi* montré (à Brempt : planchette de Lubbeek) que la faune fluvio-marina de l'horizon inférieur descend parfois jusque dans ces mêmes sables g-laiconifères pailletés où j'ai vu, d'autre part, remonter l'Ostrea venlilabru Ce fait confirme l'absence, signalée plus haut, de démarcation stratigra* phique entre les deux étages tongriens.
Localisés vers la partie supérieure des sablés, on trouve parfois des dép!:i marneux, paraissant représenter des apports d'eaux douces et contenaii des Lymnées, des Planorbes, des Mélanies,'etc. , dont quelques espèces soq nouvelles pour la science et qui se trouvent accompagnées de nombreuse graines et tiges de Chara. Ces derniers organismes, inconnus jusqui: dans l'oligocène belge, se retrouvent dans les dépôts correspondants â nie de Wight. Le Chara Lyelli. Forbes, est particulièrement abondai dans les maries à Lymnées de Bautersem.
Dans certaines localités, sur les collines à l'ouest de Brempt ps exemple, j'ai trouvé, entre les sables inférieurs à Cérithes et l'argile verl de Henis qui la recouvre, une marnolithe fossilifère très dure et très coe pacte, véritable calcaire d'eau douce rappelant les roches analogues ( l'étranger ;
2" Au-dessus de ces sables à Cérithes et à Cyrènes se développe x horizon de glaises vertes et noirâtres, tantôt pures et compactes, tant alternant avec des zones sableuses ou bien encore contenant des li argilo-sableux, épars dans leur masse.
Ce sont les argiles de Henis, qui représentent une formation lagunai ou d'origine analogue, peu compatible en tous cas avec le développeme de la vie organique. Les fossiles, en effet, sont rares dans la glaise et s'y rencontrent généralement, surtout dans les parties les plus plastique qu'à Tétat de débris triturés et roulés.
Les lits argilo-sableux renferment cependant quelques coquilles in sii Je citerai notamment la Cytherea incrassata^ localisée vers le haut > dépôt. On trouve encore dans la glaise quelques Cérithes, parmi lesqu^ vous remarquerez le Cerithium trochleare et le C. plicatum var. Qaleot
des Mélanies, la BitMnia plicata^ des Néritines, des Planorbes, des Cy rênes, etc.;
3" L'argile verte de Henis est surmontée de couches très variables, formées d'argiles sableuses et marneuses, qui se présentent sous des aspects divers. Parfois, ce sont des alternances d'argiles compactes et de sables argileux coquilliers avec Cy rênes in situ; parfois l'élément sableux prédomine et constitue des gisements à Cérithes, tels que ceux de Vieux- Jonc et Klein-Spauwen ; parfois encore, les coquilles de ces couches du tongrien supérieur ont été lavées, remaniées et dispersées dans la base du rupélien marin qui les recouvre, comme dans les couches sableuses inférieures de Berg et en d'autres localités de la même région.
C'est à ces remaniements, très fréquents, qui ont réuni dans un même dépôt les éléments fauniques de deux formations différentes, dont l'une, marine, a affouillé l'autre, qu'il faut attribuer la consécration de l'opinion inexacte, mais si généralement répandue, qu'une partie de la formation fluvio-marine du Limbourg devrait se rattacher au système rupélien.
Ces remaniements aussi, favorisés par l'absence de toute couche recouvrante, compacte et résistante, ont été la cause générale de la grande rareté des gisements de coquilles réellement in situ dans l'horizon fluviomarin sableux supérieur, tandis que, sous le dépôt protecteur de l'argile de Henis, les coquilles de l'horizon sableux inférieur se montrent toujours en place et non remaniées par les affouillements des eaux de la mer rupélienne.
Bien que mes recherches paléontologiques dans les gisements fluviomarins supérieurs du Limbourg aient été très nombreuses, je n'ai rien de particulier à signaler comme addition à la faune de ce niveau, qui depuis longtemps d'ailleurs a été soigneusement étudié.
On se rappellera que c'est dans ces couches que j'ai découvert, à Kerniel, les premiers fossiles des genres Pupa et Verligo ayant été observés dans nos terrains tertiaires.
Lorsqu'on envisage l'ensemble de la formation fluvio-marine du bassin oligocène belge, on remarque une répartition inégale et tout à fait spéciale des trois horizons que je viens de signaler.
L'horizon fossilifère sableux inférieur se trouve particulièrement bien développé dans la partie occidentale du bassin, c'est-à-dire entre Louvain et Tirlemont, et méma jusqu'à la colline du Ransberg, au nord-ouest de Léau.
L'horizon fossilifère supérieur est au contraire nettement caractéristique de la région orientale du bassin, c'est-à-dire du, Limbourg proprement dit. Entre ces deux massifs fossilifères se développent, les séparant
h la fois stratigraphiquement et géographiquement, les glaises vertes de rhorizon de Henis, avec fossiles plus rares.
La faune âuvio-marine parait donc s'être développée dans la région littorale de l'ouest et s'être ensuite retirée vers Test avec le relèvement et le retrait graduel du bassin tongrien. Cette faune, se déplaçant et s'élevant obliquement à travers les sédiments de la formation fluvio-marine, pour ne s'épanouir réellement que dans les dépôts sableux ou non lagunaires, parait s'être modifiée peu à peu pour faire place subiteinent aux éléments nouveaux apportés de l'est, par l'invasion des eaux de la mer rupélienne. Il est à noter que c'est vers l'origine de la période fluvio-marine, c'est-àdire dans rhorizon fossilifère inférieur, que les Cérithes et les Cyrènes apparaissent en plus grand nombre et avec le développement individuel le plus remarquable.
Comme corollaire de cette thèse d'un relèvement continental, qui reportait la ligne des rivages tongriens vers l'est pendant la période fluviomarine, je signalerai ce fait que dans la partie occidentale du bassin on trouve, correspondant aux dépôts fossilifères supérieurs de la région orientale, de puissantes couches de sables graveleux ou grossiers, à stratification croisée et oblique, avec tubulures d'annélides, galets roulés de glaise ; présentant en un mot un faciès littoral parfaitement caractérisé.
Ces dépôts — restés peu connus et à peine étudiés jusqu'ici — sont particulièrement bien visibles à Kerckom (planchette de Lubbeek), ainsi qu'à Kleyn-Kensberg (planchette de Glabbeek), où ils reposent sur l'argile de Henis. Dans ces deux localités, nous les avons trouvés surmontés des cailloux noirs, base du système rupélien,qui se développait au-dessus. Le plus souvent cependant, dans la région occidentale du bassin tongrien, les couches de l'étage fluvio-marin ont été complètement enlevées parla dénudation rupélienne. C'est ainsi qu'aux environs de Louvain, la base caillouteuse et graveleuse du système rupélien repose directement sur le tongrien inférieur marin. Ceci montre bien qu'une discordance stratigraphique importante correspond à la démarcation des deux systèmes tongriens et rupéliens telle qu'elle se trouve ici indiquée.
SYSTÈME RUPËUEN.