ÉTAGE INFÉRIEUR
Comme je Tai dit plus haut, le système rupélien ne doit comprendre que les couches essentiellement marines, commençant avec les sables à Pétoncles dans le Limbourg.
La légende de la Carte de Dumont résume parfaitement la constitution
géologique de ce système. Elle indique pour l'étage inférieur : Gravier, Sable à Pétoncles, Argile h Nucules, Sable jaunâtre.
Sans tenir compte des interprétations différentes qui ont été données et généralement admises, je me bornerai à maintenir ce texte comme s'accordant en tous points avec les observations stratigraphiques que j'ai réunies sur l'ensemble du bassin rupélien.
Ni Dumont, ni aucun autre géologue après lui, n'ont jamais pu retrouver au dessus de l'argile de Henis, ni au-dessus des couches fossilifères fluvio marines du Limbourg, le niveau de cailloux noirs et plats si caractéristique, dans la région de l'ouest, de la base des sables rupéliens. On a même cru qu'entre l'argile de Henis et ces cailloux il y avait une sorte d'exclusion forcée, résultant d'un synchronisme qui faisait considérer l'argile de Henis comme l'équivalent stratigraphique des cailloux plats.
Dans le texte de leur carte de Lubbeek, MM. Cogels et van Ertborn maintiennent, à l'exemple de Dumont, l'antériorité de l'argile de Henis à ces éléments grossiers, base du rupélien. Toutefois, erux non plus n'ont jamais observé les cailloux plats en contact avec l'argile.
Or, il résulte de mes recherches que la superposition des cailloux caractéristiques de la base du rupélien, non seulement à l'argile de Henis, mais encore aux sédiments fluvio-marins supérieurs du Limbourg, ainsi qu'aux sables graveleux avec galets d'argile verte, qui en sont l'équivalent dans le Brabant oriental, est aujourd'hui un fait démontré^et complètement hors de doute.
J'ai, en effet, constaté le contact des cailloux rupéliens et des argiles tongriennes de Henis, au nord de Kleyn-Heyde (planchette de Lubbeek); entre Leenhaege et le Ransberg (planchette de Léau) ; dans la colline du Proef Bosch, entre Beverst et Hombrouck (planchette de Bilsen), ainsi qu'en d'autres localités, qui seront précisées plus tard.
Quant au contact des cailloux rupéliens avec les couches fluvio-marines supérieures à Cérithes du Limbourg, j'en ai observé de remarquables exemples à Hern-Saint-Hubert (planchette de Bilsen); à Grand-Spauwen et à Kleyn-Spauwen (idem); à Colraont (planchette de Loôz), ainsi qu'à Bosselaer, près de Vieux- Jonc (planchette de Bilsen) ^ Dans les deux premières localités, les cailloux se trouvaient même disposés en deux lits superposés, à petite distance l'un de l'autre. Enfin, le contact des cailloux rupéliens avec les sables graveleux représentant l'horizon fluvio-marin supérieur dans le Brabant oriental, est visible dans l'une des sablières de
1 Dans une fouille pratiquée ô Berg, pour les recherches paléontologiques rattachées aux travaux de la carte, M. O. Vincent a, de son côté, constaté la superposition des graviers et des cailloux de la base du rupélien aux couches fluvio-marines tongriennes de cette localité. {Note cloutée pendant Vimpression.)
Kerckom (planchette de Lubbeek) et surtout dans celles de Klejn- Kensberg, au nord de Tirlemont.
Ces observations, qui n'avaient pas encore été faites jusqu'ici, sont de la plus haute importance, car elles tranchent définitivement la question de la démarcation strati graphique entré les système tongrien et rupélien.
L'assise sableuse, généralement caractérisée par la présence du Pectunculus subovatus^ et qui constitue le premier terme de l'étage inférieur rupélien, présente un développement très variable.
Elle atteint souvent une épaisseur considérable, tandis que parfois elle présente une réduction telle que l'argile à Nucules au-dessus se trouve à peine séparée, par quelques décimètres de sable jaune, de l'argile verte tongrienne, ainsi que je l'ai observé près de Bilsen,sur les rives du Démer.
La faune des sables à Pétoncles réclame une revision attentive, car dans la plupart des gisements explorés, on a compris dans cette faune les éléments remaniés du fluvio-marin tongrien, qui s y trouvent réunis.
Le gisement de Hern-Saint-Hubert, dont vous voyez ici une petite série, m'a fourni de nombreux gastéropodes marins rares ou nouveaux pour notre faune rupélienne. Vous remarquerez notamment une Mitra et un Fusus^ sans doute nouveaux, accompagnant Strepsidura Thirensiy 'Ro^(\.et S, suturosa, Nyst; Voluta RatMeri, Hébert; Pleurotoma BeU ' gica, Goldf.; PL laiiclavia, Beyr.; P. costellaria, Nyst; Borsonia Deltici, Nyst; Triton Flandricum^ De Koninck; Murex Deshayesi, Nyst; Ficula concinna^ Beyr. ; Cardita Omaîiusi, Nyst et Nucula compta, Munst.
L'argile à Nucules a été bien à tort considérée comme représentant le dernier terme de l'étage inférieur rupélien et même comme correspondant à l'argile schistoïde ou à l'argile de Boom. Elle en est, au contraire, toujours nettement séparée par des sédiments sableux parfois très développés et au sein desquels j'ai môme découvert, comme on lé verra plus loin, une démarcation stratigraphique séparant les deux étag^es rupéliens tels qu'ils ont été établis par Dumont.
L'argile à Nucules doit être considérée comme une formation locale et représentant de véritables lentilles plus ou moins développées au sein des sédiments sableux de l'étage rupélien inférieur.
Sauf de nombreux foraminifères et une grande Psammobia paraissant être YappeTïdiculaia^ Lmk. , je n'ai guère trouvé dans cette assise argilo-sableuse A'siniTes {ossïïes qnelsL IV^ucuIa Lyelliana,? Bosq. (iV. compta^ Muhst.).
Il est à remarquer que c*est pour avoir accepté l'opinion généralement reçue, que l'argile à Nucules représenterait l'équivalent des argiles rupéliennes supérieures, que M. Rutot et moi nous avons été amenés à considérer, dans la tranchée de Kerniel, les sédiments sableux recouvrants comme représentant le boldérien, dont ils offrent d'ailleurs
tous les caractères lithologiques. C'est une généralisation trop hâtive des relations stratigraphiques observées eu ce point, et faussement attribuées au boldérien, qui nous a fait admettre que celui-ci n'était pas séparé du rupélien par un niveau de cailloux roulés.
Lorsqu'on envisage dans son ensemble l'étage rupélien inférieur, on remarque que dans la région occidentale, où l'élément sableux prédomine, les galets et graviers de la base s'épaississent, se dédoublent, se multiplient même, avec tous les caractères de cordons littoraux. Enfin, c'est dans ces régions voisines des rivages que les phénomènes de ravinement et de dénudation se montrent avec le plus de fréquence et d'intensité. L'enlèvement de toute la série fluvio-marine tongrienne aux environs de Louvain en est un frappant exemple.
Dans la région orientale, au contraire, où sont représentées les parties les plus profondes du bassin, les sables sont plus fins et généralement fossilifères; l'argile à Nucules est bien développée et presque constante; les cailloux de la base sont plus rares, souvent dispersés au sein de la masse sableuse avec les lits de Pétoncles et enfin, les dénudations ont toujours respecté l'argile de Henis et souvent môme les sédiments coquilliers argilo-sableux qui la surmontent.