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RÉPONSE

AUX OBSERVATIONS DE MM. COGtELS ET VAN ERTBORN

FAITES A l'occasion DE

L'EXf>OSË SOMMAIRE DE MES RECHERCHES DANS LE LIMBOURG PRÉSENTÉ A LA SÉANCE DU 3 SEPTEMBRE 1E81

(Séa.nce dia 8 janvier 1882)

L'exposé présenté par moi à la Société, dans la séance du 3 septembre dernier, des résultats stratigraphiques et paléontologiques de mes études dans le Limbourg pendant ces deux dernières années, vient de fournir à nos honorables collègues MM. Cogels et van'Ertborn la matière d'un certain nombre d'observations et de remarques relatives à ces recherches.

M. Cogels s est réservé l'examen critique de ce qui concerne le tertiaire supérieur. et le quaternaire; M. van Ertborn à'est attaché à Toligocène.

Comme il me parait de mon devoir de tenir compte de tout ce qui peut tendre à améliorer et à perfectionner la part dont je suis chargé dans Tœuvre importante de la carte géologique, je pense qu'il convient de passer consciencieusement en revue les observations présentées par nos honorables confrères, afin d'en retirer tout le fruit possible.

M. CogelSy constatant que Télucida^ion de la question de Tanversien m'a engagé à exclure celui-ci des couches types de la période pliocène, demande pourquoi je ne le classe pas résolument dans le miocène, comme lui, et — aurait-il pu ajouter — comme H. Nyst et sir Ch. Lyell l'avaient déjà fait antérieurement pour une partie de ces couches. Il y a lieu de remarquer d'abord que le texte de ma communication dit en toutes lettres que c ces couches n'ont fait l'objet d'aucune investigation de ma part depuis mon entrée au service de la carte ». Je ne pouvais donc exprimer aucune opinion fondée à leur égard comme résultat de mes dernières recherches.

M. Cogels ne voudrait certainement pas me pousser à entrer dans la voie dangereuse qui consisterait à modifier mes vues sans me baser sur

— iodes études préalables et & accepter purement et simplement son opinion, quelque exacte d'ailleurs que celle-ci puisse être.

En second lieu, M. Cogels, rappelant la démarcation importante caractérisant la base du diestien ou pliocène inférieur, s'étonne que j'aie recours c à ce terme hybride de mio-pliocène » poyr des couches si bien délimitées à tous égards. A cela, je répondrai que la t démarcation si claire > à laquelle fait allusion mon honorable contradicteur existe, non à la base, mais au sommet de l'anversien, et que c'est elle précisément qui m'a fait exclure ce système du groupe pliocène. Pour décider si l'anversien est franchement miocène ou mio-pliocène, il faut l'avoir étudié, lui ou ses correspondants incontestableSt dans ses relations stratigraphiques avec les horizons inférieurs, et je pense que M. Cogels serait fort embarrassé d'affirmer s'il existe ou s'il n*existe pas de démarcation entre son an versien et les couches types de la période miocène, ou bien, le cas échéant, de déterminer exactement la valeur des relations constatées.

Cette question ne peut d'ailleurs être élucidée en Belgique, où la disposition transgressive des couches du bassin tertiaire supérieur fait reposer l'anversien sur des dépôts oligocènes

Quant aux couches miocènes et mio-pliocènes du nord de TAUemagne, elles ne sont pas encore, quoi qu'en pense M. Cogels, assez bien connues ni suffisamment définies comme âge pour que des conclusions définitives puissent être établies sur leurs rapports précis avec nos dépôts anversiens.

A un autre point de vue, la forte proportion d'espèces encore vivantes que l'on constate dans la faune anversienne exige également une grande prudence. Dans mon Bsquisse\yB,U après un relevé rendu aussi consciencieux que possible, constaté que, sur les 230 espèces de mollusques mentionnées dans l'anversien, 110 au moins se trouvent encore actuellement vivantes, soit 47 p. c*. J'ai fait remarquer aussi que si l'on envisage l'étage supérieur du système, c'est-à-dire l'horizon des sables à Ptctunculus pilosus, cette proportion s'élève même à 51 p. c. De ces 230 espèces il y en a, d'autre part, 121, soit 52 p. c, se retrouvant dans les dépôts pliocènés anglais. J'ajouterai encore que, dans une liste de 88 espèces de mollusques de nos sables, incontestablement pliocènes, à Isocardia cor^ j'en ai noté 50 en commun avec la faune de l'anversien, soit 57 p. c.

Or, ces divers chiffres, dussent-ils même se trouver diminués de quelques unités, permettent de classer l'anversien parmi les « terrains à

1 Esquisse géologique et paléontologique des dépôts pliocônes des environs d*Anvers, par Ernest Van den Broeck. — Ann. Soc. Malac. de Belgique, t. IX, 1874. Bruxelles, 1876-78.

' Suivant un dépouillement établi d'après des appréciations zoologiques quelque peu différentes pour certaines espèces ou variétés critiques, il paraîtrait qu'il n'y a dans l'anversien que 106 espèces vivantes, soit 46 p. c.

faune mixte » pour lesquels M. Cogels est porté à admettre l'emploi du terme mio-pliocène. On peut affirmer, en tous cas, que ces chiffres ne correspondent nullement à ceux qui caractérisent les couches types de la période miocène, même supérieure. C'est ainsi, disais-je encore dans l'j^^quisse^ que, dans le lortonien ou miocène supérieur de la péninsule italique, la proportion des espèces vivantes, signalée comme étant de 15 p. c, tout en se trouvant en réalité supérieure à ce chiffre, ne dépasse certainement pas 20 p. c.

On Conçoit, en réunissant les données paléontologiqnes et stratigraphiques qui précèdent, que si j'ai pu me prononcer sur les relations de Tanversien avec les couches plus récentes, il n*en pouvait être de même pour celles qu'il présente avec les dépôts plus anciens, et tel est le motif qui m'a engagé à ne pas sortir d'une réserve prudente, commandée d'ailleurs par le premier des motifs ci-dessus exposés.

En résumé donc, le premier point abordé par M. Cogels ne semble fournir aucun argument ni aucun fait dont on puisse tirer parti pour modifier les idées exposées dans ma communication, ni pour les préciser davantage dans l'un ou dans l'autre sens.

M. Cogels conteste ensuite l'exactitude de l'expression : banc coquillier classique, dont je me suis servi pour désigner l'ancien gîte fossilifère du Bolderberg. D'après lui, Dumont et M. Gosselet, ayant déjà parlé de c fossiles se trouvant dans le gravier qui surmonte les sables blancs et dans le poudingue de la base du diestien > , auraient ainsi « dit clairement qu'il existe dans la localité précitée deux niveaux géologiques avec des fossiles > . Je pense que si M. Cogels avait supprimé de sa rédaction le mot « géologiques >, sa conclusion eût été plus exacte, ainsi qu'on le verra d'ailleurs plus loin.

Mon honorable contradicteur déclare enfin que l'expression employée par moi donne à supposer que Ton n'avait autrefois constaté la présence de fossiles qu'à un seul niveau géologique. Or, ceci est absolument exact, si l'on en excepte la mention — sur laquelle je reviendrai plus loin — d'une Terébratula grandis trouvée il y a 20 ans au Bolderberg par M. Bosquet, et si l'on écarte, à juste titre, Tobservation de fossiles remaniés à la base de la formation dies tienne, documents de nulle valeur au point de vue de la mention des faunes de niveaux géologiques distincts.

£n désignant sous le nom de banc coquillier classique du Bolderberg le niveau fossilifère anversien, je me suis basé sur ce fait incontestable que plus des neuf dixièmes des espèces et au moins les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des échantillons ayant servi à former les collections et à dresser les listes classiques du Bolderberg, proviennent de ce niveau. Plus haut, le niveau caillouteux base du diestien n'est pas, à proprement parler, un

niveau fossilifère spécial. On y trouve, presque toujours en menus débris, les éléments remaniés de la faune sous-jacente et, mélangées à ceux-ci, quelques rares empreintes de coquilles diestiennes pliocènes. Si ce dernier fait avait été reconnu avant mes recherches, certes, on eût pu dire que deux niveaux géologiques distincts et fossilifères avaient déjà été observés; mais il n'en est pas ainsi, comme le montrent d'ailleurs les listes classiques du Bolderbergy où tous ces éléments hétérogènes : fossiles an versions du banc inférieur, fossiles anversiens remaniés et fossiles diestiens du banc supérieur se trouvent réunis sans aucune distinction et comme s'ils appartenaient tous à la même faune ^

Je suis heureux toutefois de pouvoir rendre à M. Cogels cette justice qu'il a été Tun des premiers, je pense, que le peu d'homogénéité de cette prétendue faune a sérieusement frappés. Toutefois, la présence, dans cette liste, d espèces scaldisiennes ou indiquant une faune très récente lui paraissait en partie due à des erreurs de détermination. C'était le moment cependant de tenter de rattacher ces éléments fauniques plus récents au dépôt recouvrant le niveau coquillier classique et d'arriver ainsi à la solution obtenue pendant mes explorations d'octobre 1880.

Continuant l'examen de la note de M. Cogels, on trouve qu'il se base sur le fait de la découverte, il y a 20 ans, par M. Bosquet, d'une Terehratula grandis pour dire que « la présence du fossile caractéristique de la formation diestienne attestait de toute nécessité l'existence d'une faune en place dans la localité » .

Mon honorable contradicteur ajoute que les considérations exposées par lui en 1877 * permettaient également de prévoir ce résultat.

Mais alors, pourquoi n'a-t-il pas formulé celui-ci dès 1877, et pourquoi

1 Relativement à ropinion attribuée par M. Cogels & Dumont et à M. Gosselet sar Texistence, « dans la localité précitée, de deux niveaux géologiques avec des fossiles •, il suffira, pour mettre M. Cogels en contradiction avec lui-même, de rappeler les phrases suivantes, textuellement extraites de ses Considérations nouvelles sur les systèmes boldérien et diestien (Ann. Soc. Malac. de Belgique, t. XII, 1877, p. 7.) On lit p. 19 (p. 17 du tiré à part) : « M. Gosselet parle de Texistence de deux couches au Bolderberg, l'une étant une formation littorale contenant les fossiles contemporains du dépôt, Tautre les contenant remaniés et constituant la base du système diestien. »

On lit encore, p. 15 (p. 13 du tiré à part) : « Pour Dumont, il est nécessaire de le répéter, les fossiles du Bolderherg n'appartiennent pas a la même formation que les sables diestiens.*

J'ajouterai d'ailleurs que Dumont, parlant du poudingue caillouteux, base du diestien, au Pellenberg et au Bolderberg, dit textuellement « qu'il renferme des empreintes de fossiles mal conservés, et qui s*y sont trouvés enfouis lors de la catastrophe qui a donné naissance au système diestien •. (Mém, sur les terrains crétacés et tertiaires, t. II, p. 211.

Or, je ne sache pas que l'on puisse attribuer à des empreintes indéterminables de fossiles enfouis dans un poudingue caillouteux, base d'un système en discordance, contenant des éléments remaniés divers et ayant profondément raviné partout les dépôts sons- Jacents, la valeur d'une indication et à plus forte raison d'une preuve de faune m situ.

< Loc. cit.

M. Cogels a-t-il attendu mes observations décisives au Bolderberg pour essayer de contester la priorité de mes conclusions ?

A un autre point de vue, quelle valeur stratigraphique spéciale représente le document dont parle mon honorable contradicteur î Est-il en Belgique un fossile dont le niveau géologique ait été plus discuté précisément que la T. grandis î II n'y a peut-être, pour lutter avec lui h ce point de vue, que les grandes Rostellaires qui ont fait l'objet de longues controverses au sein de la Société. (Voir Ann. Soc. Malac. de Belgique, t. XI, 1876, et t. XII, 1877.)

Or, il a été reconnu pour celles-ci que les erreurs commises dans la détermination, comme dans la distribution géologique des espèces, résultaient précisément de ce que l'on avait étudié la question d'après les listes et les travaux des auteurs, et non d'après des échantillons authentiques ou recueillis dans les conditions voulues.

Dans les sciences d'observation, on ne doit ajouter foi qu'aux données positives et immédiatement vérifiables. C'est sans doute pour cette cause que la circonstance à laquelle M. Cogels a fait allusion n'a pu, aux yeux de personne, « attester de toute nécessité l'existence d'une faune en place dans la localité >. On remarquera d'ailleurs que M. Cogels, pour accepter comme démontrée cette existence, n'a même pas songé, après mes explorations d'octobre 1880, à signaler l'absence, parmi les fossiles signalés par moi, de la Terebratula grandis, que lui-même vient tout récemment, nous annonce-t-il, de retrouver au Bolderberg.

En dernier lieu, je ferai remarquer qu'il serait difficile de concilier le reproche que me fait indirectement M. Cogels avec la réserve qu'il a luimême mise à tirer l'une ou l'autre conclusion positive de la présence, en la même localité, d'un certain nombre de fossiles scaldisiens, ou qui du moins n'étaient alors connus que dans nos dépôts pliocènes supérieurs.

€ L'analyse, disait judicieusement M. Cogels en 1877, des matériaux fauniques recueillis dans le conglomérat tend à démontrer que toutes les espèces ne sont pas contemporaines. » Il signale ensuite quelques coquilles caractéristiques de couches pliocènes scaldisiennes, etc. Or, M. Cogels n'a eu garde cependant de conclure qu'il y avait au Bolderberg une faune pliocène in situ. Pourquoi aurait-on dû accorder une signification plus spéciale au fait de la découverte — non vérifiée, celle-ci, — de la Terebratula grandis î

La vérité, est que, dans les deux cas, ces fossiles provenaient, non du conglomérat anversien, mais du diestien. Ce fait de l'existence d'un horizon diestien fossilifère in situ et indépendant du conglomérat demandait à être vu et prouvé comme je l'ai fait, et c'est depuis lors seulement que l'on peut considérer comme définitivement acquise à la science l'exis-

tence de deux faunes bien différentes et successives dans les dépôts de la célèbre colline.

En résumé, je pense donc pouvoir maintenir que j'ai découvert ^àaxis les sables diestiens du Bolderberg, « un horizon fossilifère in situ d'une grande richesse, bien que resté jusqu'ici complètement inexploré » . Je rappellerai encore, comme je l'ai dit dans ma communication du 6 novembre 1880, que le niveau fossilifère diestien avec coquilles en place s'observe en certains points de la colline jusqu'à deux mètres au-dessus de la base caillouteuse du dépôt, et c'est lui qui m'a fourni les matériaux les plus riches et les plus variés. C'est là le véritable niveau diestien avec faune in situ: car on n'y rencontre pas, comme à la base de la formation — lorsqu'elle est fossilifère — des éléments remaniés de la faune anversienne sous-jacente.

M. Cogels a cru pouvoir trouver un sens blâmable, pour se l'appliquer, dans la réflexion émise par moi que l'on paraissait avoir perdu de vue le fait important ^ de la découverte de la Terébratula grandis au Bolderberg.

Je pouvais d'autant moins songer à blâmer M. Cogels que je signale, au contraire, le rappel fait par lui de cette observation et que, sans lui, je serais peut-être encore à l'ignorer moi -môme 1

Plus loin, M. Cogels veut bien déclarer que la reconnaissance, établie par moi au Bolderberg, de l'autonomie des sables coquilliers anversiens, constitue à ses yeux un progrès bien plus considérable que celui effectué par la découverte de fossiles diestiens.

Je suis heureux de voir mon honorable contradicteur apprécier toute l'importance de cette découverte ; mais si je ne suis plus revenu sur ce point capital, c'est parce que je pensais Tavoir mis suffisamment en évidence dans ma communication du 6 novembre 1880, où je disais : « De toutes façons donc, le lit inférieur fossilifère du Bolderberg, ainsi que les vestiges de sédiments sableux qui le surmontent, forment un groupe spé^ cial dans la série, représentant une phase distincte de sédimentation, inter- *médiaire entre celles ayant formé les dépôts encaissants. »

Plus loin, j'ajoutais que les fossiles de ce niveau représentent les vestiges d'une faune qui s'était développée sans doute dans la région du nord-est pendant une phase antérieure à la sédimentation des sables glauconifères à Panopées et à Pétoncles des environs d'Anvers.

Si l'on passe maintenant aux considérations dans lesquelles est entré M. Cogels relativement à ce que j'ai dit du parallélisme des couches dies-

i Important à mes yeux à cause de l'impulsion que cette donnée, quelque yague qu'elle fût, devait apporter aux recherches , mais nullement important ou décisif au point de vue des conclusions positives à en tirer, ainsi que Je Tai exposé plus haut.

tiennes avec les formations d*Ânvers, on remarquera que, tout en constatant la forme dubitative employée par moi pour aborder ce sujet, — que je n'avais d'ailleurs pas à élucider, — et que tout en annonçant s'abstenir de toute discussion approfondie sur les idées qu'il dit c émises par moi avec une grande prudence » , M. Cogels entre cependant au cœur de la discussion.

Certes, la manière dont la question du synchronisme des couches diestiennes se trouve posée dans mon texte ne devait pas permettre à M.Cogels de dire qu'il lui semble étrange de voir les sables à Térébratules devenir la zone littorale ou côtière de la mer des sables à Isocardia cor. Ils ne pourront le devenir que du jour où cette opinion aurait été confirmée, après avoir été nettement exprimée, ce qui n'est môme pas le cas actuellement.

M. Cogels demande ensuite pourquoi — en admettant la réalité de cette hypothèse, aurait-il pu ajouter — je n'ai pas assimilé les sables diestiens à Térébratules aux sables à Térébratules d'Anvers, plutôt qu'aux sables à Isocardia cor, où ce brachiopode est rare.

D'abord, parce que, ne connaissant pas de gisement en place des sédiments à bryozoaires et à Térébratules auxquels fait allusion M. Cogels, je ne puis faire de pareilles assimilations. Ensuite, parce que les sables à Isocardia cor, dont la faune est celle du Coralline Crag — où la Terébratula grandis est très abondante — présentent, avec les éléments actuellement connus de la faune diestienne, des analogies telles que cette assimilation s'impose en quelque sorte à lesprit.

Quant aux expressions de dépôts profonds, côtiers et littoraux, qui ont une valeur toute relative, elles prêteront toujours aisément le flanc à des critiques telles que celles émises par M. Cogels. Aussi ne les relèverai-je que pour déclarer que si j'ai, àansV Fsquisse, considéré les sables à Térébratules et à bryozoaires d'Anvers comme représentant un dépôt profond, c'est parce que les nombreuses espèces de bryozoaires (une centaine environ) ainsi que les foraminifères et les quelques mollusques de ce dépôt indiquent en toute évidence que ces sédiments — dont le gisement, assez localisé, n'a pas été retrouvé — ont dû être déposés sous une profondeur d^eau plus grande que celle caractérisant, à Anvers, le dépôt des sables à Isocardia cor. Ceux-ci indiquent certainement une formation côtière ou littorale, mais, — ainsi que cela se trouve parfaitement indiqué dans le travail auquel fait allusion M. Cogels, — non pas dans l'acception stricte de ce dernier mot, puisque le dépôt en question s'étend au loin et s'épaissit vers le nord dans le sous-sol de la Hollande, où il atteint, à Utrecht, une puissance d'environ 130 mètres ^

1 Voir l'Esquisse, loc, cit. , p. 250 (p. 172 du tiré à part).

Quant aux sables diestiens à Térébratules, d'un caractère littoral incontestablement plus accentué que les sables à Isocardia cor^ ils le sont à un haut degré, et l'abondance des Térébratules dans des couches de valeurs bathymétriques très différentes est un fait en harmonie avec des observations faites à diverses reprises, mais surtout depuis peu, sur la distribution bathymétrique des brachiopodes.

Dans mon Esquisse^ je n'hésite pas à le reconnaître, je ne pensais pas qu*il pouvait en être ainsi, et je suis heureux de Toccasion qui s'offre de le déclarer, bien que cela ressorte en toute évidence des dernières observations auxquelles ont donné lieu les sables diestiens.

Arrivons maintenant au dernier point traité par M. Cogeîs : la formation quaternaire.

J'ai dit, dans ma communication du 3 septembre, que les nombreuses observations réunies par moi pendant ces deux dernières années me permettent de maintenir en tous points les vues que M. Rutot et moi nous avons depuis longtemps défendues sur l'origine 6t sur4es relations de nos dépôts quaternaires. M. Cogels déclare, de son côté, qu'il maintient ses vues sur le rôle des glaces flottantes et sur celui de la mer dans l'explication des phénomènes relatifs à la dispersion des cailloux et au creusement primitif du relief du sol. Ces vues théoriques, basées sur des appréciations bien plus que sur des faits, n'ont naturellement pu faire avancer d'un pas la solution de la question, et cette partie du texte de M. Cogels ne m'a donc apporté aucun éclaircissement.

Mon intention étant de réserver l'exposé critique et complet de cette question, ainsi que l'analyse des argumeuts antérieurement présentés par MM. Cogels et van Ertborn, pour un travail spécial, que je ferai paraître en temps opportun, je me bornerai, poursuivant le but défini tantôt en commençant l'examen des observations de mon honorable contradicteur, à constater que sur ce dernier point, pas plus que sur les précédents, il ne m'a été possible de tirer utilement parti de la critique de mon honorable confrère.

Passons maintenant à la communication de M. van Ertborn.

Dans le texte de leur planchette de Lubbeek, MM. van Ertborn et Cogels, parlant du tongrien inférieur de cette région, déclarent « qu'on ne trouve pas de fossiles dans ce dépôt », et ils ajoutent c que le raccordement de ces couches avec les gisements types à Ostrea "oentilàbrum formerait un travail aussi intéressant que celui qu'ils ont exécuté pour les sables glauconifères à Terehratula grandis.

J'ai annoncé avoir fait ce raccordement et avoir observé un gisement fossilifère dans le tongrien inférieur de cette région. Le texte de M. van Ertborn tend à rendre cette découverte et la solution du desideratum

signalé beaucoup moins c intéressantes » que l'indiquait le texte de la planchette de Lubbeek.

M. van Ertborn, passant à l'étage tongrien supérieur, conteste l'importance de mes observations sur la distinction de trois horizons dans le groupe fluvio-marin. Il déclare que ces subdivisions étaient connues et que mes recherches confirment simplement celles de mes devanciers. Il convient, toutefois, que j'ai mieux précisé la faune des différents niveaux, et c*est, lui semble-t-il, le vrai résultat de mes investigations.

Or, non seulement il ne sera pas difficile de renverser ces affirmations, mais, ainsi qu'on va le voir, les véritables rapports, comme la composition du groupe fluvio-marin, ont été si peu compris par MM. van Ertborn et Cogels, que, dans des travaux récents, ils ont, dans un cas, indiqué l'horizon supérieur comme appartenant au tongrien inférieur ou marin et, dans un autre, placé un faciès différent du même horizon comme se trouvant au-dessus des galets noirs, base du rupélien, lesquels, en réalité, recouvrent et ravinent cet horizon supérieur tongrien.

Rappelant d'une manière très incomplète les caractères principaux de mes trois horizons fluvio-marins, mon honorable contradicteur parait ne pas avoir compris l'importance de Thorizon sableux inférieur, si bien développé cependant à tous égards, et si nettement caractérisé par sa fjîune spéciale, toujours in sitii. Son texte tendrait à faiire croire qu'il ne s'agit que d'une des alternances sableuses accompagnant les bancs de glaise caractérisant le niveau de Henis. De plus, l'un des faciès les plus intéressants et les moins connus de mon horizon sableux supérieur est passé complètement sous silence. Je veux parler des « puissantes couches de sables graveleux et grossiers, à stratification croisée et oblique, avec tubulures d'annélides, galets roulés de glaise, etc., » en un mot, du faciès littoral de Thorizon supérieur, signalé par moi dans la région orientale du bassin oligocène.

Le motif qui, sans doute, a engagé M. van Ertborn à ne faire aucune allusion à ces couches, réside dans la méprise qu'il a faite avec M. Cogels, dans la planchette de Lubbeek, en considérant ces dépôts, visibles dans toutes les sablières de Kerckom, comme appartenant au tongrien inférieur ou marin. (Voir le texte explicatif de la planchette de Lubbeek, coupes 103, 104 et 105, ainsi que la carte.)

Seule, la présence d'un mince lit d'argile verte a, dans Tun de ces cas, fait admettre dubitativement, par les auteurs de la planchette, que l'on pouvait avoir affaire, vers le sommet de ces couches, au tongrien supérieur.

M. van Ertborn recopie ensuite un passage du Prodrome de M. Dewalque donnant la description lithologique d'une série successive, mais

• -Sinon complète, de sédiments appartenant au tongrien supérieur. Il y retrouve, paralt-il, tout ce qui constitue mes trois horizons.

J'avoue ne pouvoir atteindre à la même pénétration, car j'y vois surtout la description détaillée de mon horizon moyen ou de Henis.

M. van Ertborn ajoute que cette description lui a paru tellement claire, que M. Cogels et lui l'ont introduite dans le texte explicatif de la planchette de Lubbeek, sans la modifier Toujours pour décrire l'horizon

moyen ou de Henis, alors ! et tout au plus pour faire allusion à l'horizon sableux inférieur, considéré, en tous cas, comme un dépôt sans importance ni caractères dislinctifs.

Voyons d'ailleurs si la légende de la planchette de Lubbeek fait mention de ces trois horizons, si bien connus avant mes travaux, d'après M. van Ertborn, et qui, en réalité, existent tous trois aussi dans le territoire de cette région. Cette légende, en face des mots : tongrien supérieur, se borne à indiquer : AlterTiances d^argile verte et de sable fin. C'est le résumé de la description de M. Dewalque et c'est là l'indication des trois horizons connus de M. van Ertborn !

Si l'on passe maintenant au texte explicatif de la même planchette, on lit, page 10 : « L'étage tongrien supérieur y repose (sur le territoire de la planchette) sur des sable> gris bleuâtres ayant plusieurs mètres d'épaisseur et où l'on voit çà et là des empreintes friables et peu distinctes de coquilles, parmi lesquelles il en est qui rappellent tout à fait les Cyrènes. Certains fossiles caractéristiques de l'étage tongrien supérieur feraient donc déjà leur apparition à un horizon stratigraphique inférieur à celui des argiles vertes. Il s'ensuit qu'il y a des raisons défaire commencer V étage à un niveau plus bas que celui des argiles. » Tel est l'énoncé de la timide conclusion que M. van Ertborn voudrait opposer comme priorité à l'établissement, complètement démontré, de mes trois horizons et aussi bien appuyé par leurs caractères paléontdogiqnes et stratigraphiques — sommairement mis en lumière dans ma dernière communication — que par leur disposition débordante ou transgressive, dans l'ensemble du bassin oligocène. De cette disposition, M. van Ertborn s'est gardé, d'ailleurs, de dire un mot.

Je viens de montrer comment les auteurs de la planchette de Lubbeek comprennent mon horizon sableux inférieur. J'ai indiqué plus haut ce qu'ils ont fait à Kerckom de l'un des faciès de mon horizon sableux supérieur. Bien que la question soit entièrement jugée, je vais encore montrer comment mes honorables contradicteurs ont compris les relations d'un autre faciès de mon horizon supérieur. Je veux parler des couches à Cérithes de Berg et de Kleyn-Spauwen.

Pour cela, je reproduirai le tableau que MM. van Ertborn et Cogels

ont donné, dans le texte de la planchette précitée, des relations stratigra^ phiques qu'ils proposent pour les couches rupéliennes et tongriennes de V oligocène belge.

iRUPéLIEN SUP' ( Élage SUp'. | ArgUe de Boom et argile à Nucules. (-a-), i ÉCageinfér. | rr^e^irH^s""^" / Couches inférieures de Berg et de Kleyn RUPÉLIEN INF' (fluviO-marin). | Spauwen, à faune fluvio-marine.

( Grains de rix, galets plats et noirs.

OLIGOCÈNE INFÉRIEUR (TONGRIENSUP' (fluvio-marin). | Tongnen supérieur de Dumont (périodede soulèvement), 1^^^^^^^^^^^ inférieur (marin). | Tongrien inférieur de Dumont.

Or, tandis que, comme je Tai annoncé dans ma communication du 3 septembre, j*ai constaté, dans diverses coupes et dans plusieurs sondages, que les galets noirs et plats, base du rupélien, reposent c sur les couches inférieures de l'horizon de Berg et Kleyn-Spauwen, à faune fluvio-marine, qui se trouvent ainsi incontestablement rattachées au tongrien supérieur, il résulte de l'examen du tableau ci-dessus que les galets plats et noirs du rupélien se trouvent indiqués en dessous de ces couches ! Cette inversion stratigraphiqUe — qui reflète d'ailleurs les idées généralement admises avant mes dernières observations — montre que M. van Ertborn s'est dangereusement aventuré en n'attachant pas à mes données stratigraphiques la portée qu'elles ont réellement et en prétendant quïl n'y avait rien de nouveau dans l'établissement des caractères et des relations de mes trois horizons fluvio-marins du tongrien supérieur. Si M. van Ertborn doutait de l'exactitude de mes observations, je m'empresserais de lui indiquer les points précis et presque toujours multiples, à Hern-Saint-Hubert, à Colmont, à Grand-Spauwen, à Kleyn-Spauwen, à Bosselaer, et en d'autres lieux encore, où j'ai constaté la superposition annoncée.

Puisque j'ai reproduit le tableau résumant l'opinion actuelle de MM. van Ertborn et Cogels sur l'oligocène belge, je ferai encore remarquer que ces auteurs mettent sur la même ligne, pour les grouper dans l'étage supérieur du rupélien supérieur, l'argile à Nucules et l'argile de Boom.

C'est là encore une donnée que mes observations de ces deux dernières années, résumées dans ma note du 3 septembre, viennent radicalement modifier. J'ai découvert la démarcation stratigraphique, parfois caillouteuse, généralement graveleuse, qui sépare le rupélien en deux étages. Or, elle passe constamment au-dessus de l'argile à Nucules, qui ne constitue, à vrai dire, que des lentilles plus ou moins développées dans

les sables à Pétoncles, et qui se rattache ainsi au rupélien inférieur.

L*argile schistoïde ou de Boom forme la masse principale du rupélien supérieur, qui commence par un horizon sableux débutant lui-même par ce gravier séparatif.

Voici, me paraît-il, deux exemples frappants montrant le danger qu'il y a à généraliser — comme M. Rutot et moi l'avons d'ailleurs fait nousmêmes pour Kerniel, en 1878 — des conclusions quelconques sans une exploration préalable des diverses régions d'un bassin, et mettant en évidence les avantages sérieux que présente, à ce point de vue, une étude monographique préliminaire, système adopté pour les explorations et les travaux qui m'occupent actuellement.

M. van Ertborn, qui, dans le sondage n" 151 de la planchette de Lubbeek, a signalé, à Bierbeek , un sable vert avec < fragments de grès à Bidsoasy rappelle qu'il l'a fait sans y attacher d'importance. Il parait laisser croire que tout autre a été mon sentiment, lorsque j'ai signalé € la découverte de grès à Rissoa » à Brempt, sur le territoire de la planchette de Lubbeek. On chercherait vainement, je pense, l'expression d'une semblable pensée dans mon texte. Bien plus, je ferai remarquer à mon honorable contradicteur que je n'ai même pas parlé de «grèsèRissoa* . J'ai annoncé avoir reconnu, entre les sables inférieurs à Cérithes et t'argile verte de Henis qui les recouvre, nin niveau spécial constitué par une max" nolithe fossilifère très dure et très compacte, vériishle^ calcaire d'eau douce rappelant les roches analogues de l'étranger. Ce n'est pas tout à fait la même chose, je pense, que les fragments de grès à Rissoa observés dans le sondage de M. van Ertborn t

En réalité, j'aurais pu m'étonner de ce que ce niveau intéressant et encore non signalé parmi les éléments lithologiques du tongrien supérieur, n'eût point été mentionné spécialement et correctement dans le texte de la planchette de Lubbeek, d'autant plus que les nodules de la marnolithe en question occupent une aire assez étendue et facilement reconnaissable par les nombreux débris dispersés à la surface du sol. Je ne l'ai point fait. M. van Ertborn aurait pu m'en savoir gré!

Abordant ensuite le système rupélien, mon honorable contradicteur, qui est d'accord avec moi,- comme avec tout le monde sans doute, pour fixer au niveau des galets noirs et plats la base du système rupélien, dit qu'il € ne peut partager mon avis quant à Vaisence complète de dépôts fluvio-marins dans l'étage inférieur du système rupélien ». Or, présentée de cette façon, l'affirmation que fait peser sur moi M. van Ertborn pourrait, en effet, ne pas répondre à la réalité des faits.

Qu'ai-je dit, en somme? Que les dépôts fluvio-marins du Limbourg,

« caractérisés par la présence des Cérithes et des Cyrènes, doivent se rattacher tous, indistinctement, au système tongrien supérieur ». J'ajoutais ensuite qu'«il ne doit rester dans le rupélien que les iépàts franchement marins^ commençant par les sables à Pétoncles » . Parlant, plus loin, de l'étage inférieur du système rupélien, je disais encore : « Le système rupélien ne doit comprendre que les couches essentiellement marines^ commençant avec les sables à Pétoncles dans le Liinbourg. »

Ai-je dit quelque part que les sédiments rupéliens dussent être exclusivement marins? Produire une telle énonciation reviendrait à contester que n'importe quelle mer put être bordée, dans ses régions littorales, ou le long de ses plages, d'estuaires, de lagunes ou de dépôts saumâtres.

M. van Ertborn s'est donc trop attaché à la lettre, au lieu de s'en tenir à ridée, et il a ainsi transformé le sens de ma thèse.

Ce que j'ai annoncé et puis prouver^ c'est que les gisements fossilifères fluvio-marins du Limbourg, ainsi que ceux du Brabant oriental, doivent tous indistinctement se rapporter au système tongrien. Cela résulte d'ailleurs fatalement des relations de ces dépôts avec le niveau de galets noirs et plats, base du rupélien, relations découvertes par moi, vérifiées en de nombreuses localités, et que MM. van Ertborn et Cogels ont si inexactement interprétées dans leur tableau stratigraphique reproduit plus haut, en intervertissant la succession de ces couches.

Quant à la présence, vers la base du rupélien dans la région littorale des sables à Pétoncles, de lits argileux verd&tres rappelant les conditions de sédimentation de l'argile de Henis, je suis loin de la nier. J'en ai moimême observé plusieurs exemples. Ce que je ne saurais admettre toutefois, c'est que l'on puisse actuellement citer, dans toute l'étendue du bassin oligocène belge, un seul gisement fossilifère in sitUy fluvio-marin, qui pût se rapporter à ces niveaux d'argiles verdâtres rupéliennes. Toutes les coquilles de la faune fluvio-marine observées jusqu'ici dans les sédiments réellement rupéliens ou mélangées avec les éléments de la faune marine de ceux-ci, s'y trouvaient à l'état remanié. Il n'est pas un seul des gisements classiques ou inédits accessibles du Limbourg qiie je n'aie trouvé confirmatif à ce point de vue... Malgré cette donnée cependant, rien ne dit qu'un jour on ne puisse trouver dans le rupélien des coquilles saumâtres ou fluvio-marines in situ. Mais cette découverte est encore à faire en Belgique.

M. van Ertborn s'est donné la peine bien inutile — pour me convaincre que des lits d'argile verdâtre peuvent exister dans le rupélien — de reproduire la coupe n** 74 de la planchette de Lubbeek. J'ajouterai incidemment que son exemple n'est pas très heureusement choisi, car j'avoue qu'il existe, dans mon esprit, des doutes sérieux sur la signification du

niveau de graviers et de galets (rares, s'il y en a) indiqué dans cette coupe comme représeutant la base du rupélien. Je suis plutôt porté à y voir, soit le gravier séparatif des deux étages rupéliens, soit plutôt encore l'un des niveaux sporadiques multiples des sables rupéliens de l'étage inférieur. Ce serait un niveau identique à celui que Ton peut constater, à 2 mètres au-dessus de la vraie base du rupélien et également accompagné de lits d'argile verd&tre, dans la grande sablière de la route de Louvain vers Tirlemont, entre les bornes 28 et 29.

 la suite de leur texte relatif à la planchette de Lubbeek, MM. van Ertborn et Cogels ont d'ailleurs minutieusement décrit, pour divers points, ces récurrences de niveaux graveleux, multiples et variables, supérieurs au véritable niveau caillouteux de la base du rupélien.

Jusqu'à plus ample information, je considère les sables chocolatés fins et les sables grossiers presque graveleux qui s'observent à un niveau encore inférieur à la coupe n"" 74, non comme tongriens inférieurs, mais comme rupéliens. Et si, contre toute attente, ils devaient rester rattachés au système tongrien, ce serait certainement à l'étage supérieur ou fluvio-marin.

Jusqu'à preuve du contraire, en tout cas, je considère le banc caillouteux de la base du rupélien comme se trouvant plus bas que le niveau graveleux indiqué dans la coupe n" 74. Cette divergence de vues, simple problème local, que je compte résoudre à la première occasion, n*a aucune influence sur le fond de la question. L'exemple a été mal choisi ; c'est tout ce que je tenais à déclarer.

Belativemeut à la superposition des galets et graviers de la base du rupélien à l'argile verte de Henis, M. van Ertborn, pour revendiquer la priorité de la constatation de ce contact important, s'en réfère à la coupe n" 103 de la planchette de Lubbeek. Or, la planchette, en ce point, n'indique pas de tongrien supérieur ; partant, pas d'argile de Henis i Le texte du sondage n'en montre, pas davantage. Des deux côtés, nous voyons le rupélien in/Vm«r reposant sur le tongrien inférieur. Au contact se trouve signalé un gravier (grains de riz) et de rares galets. Une remarque vient ensuite pour constater qu'une partie des galets se trouve empâtée dans de l'argile verte. Voilà pour les faits.

Dans le texte de la planchette, aucune donnée décisive en plus ou d'une portée plus grande ; et, en somme, faute de pouvoir se servir dans leur argumentation de la vraie glaise de Henis, MM. van Ertborn et Cogels se trouvent obligés de considérer comme représentant ce niveau la mince couche ou les plaquettes d'argile verdâtre ou verte observées par eux. Or, la présence, indéniable, comme je l'ai dit plus haut, de minces couches d'argile verte ou grise accompagnant divers niveaux graveleux épars dans la masse sableuse inférieure du rupélien, rend plus que probléma-

tique et, en tout cas, sujette à caution, Tidentification des lits minces, des vestiges ou des plaquettes d'argile verdâtre mentionnés par mes honorables contradicteurs comme représentant l'argile de Henis.

Il y a loin, je pense, de ces observations et d^ la portée qu'on peut leur attribuer aux constatations positives, faites par moi, de la superposition d'amas de cailloux plats et noirs rupéliens, aux puissants bancs de glaise typique de Henis des localités très distantes où j'ai observé ces faits. Je citais, dans ma communication du 3 septembre, les régions de Leenhaege et du Ransberg, la colline de Proef-Bosch et Kleyn-Heyde. Je ferai remarquer, à propos de cette dernière, qu'elle se trouve sur le territoire de la planchette de Lubbeek, et il est vraiment regrettable, pour M. van Ertborn, que ce point important, et qui aurait pu si utilement appuyer sa revendication, ait échappé à ses recherches.

Ce que je reconnaîtrai toutefois bien volontiers, c'est que, les premiers, je pense, MM. van Ertborn et Cogels ont prévu que les graviers et cailloux rupéliens devaient pouvoir se trouver superposés à l'argile de Henis. Mais de là et de la portée d'observations analogues à celles du point 103 de la planchette de Lubbeek, il y a trop loin pour laisser mes honorables confrères s'attribuer le mérite d'avoir définitivement introduit dans la science la démonstration du fait positif de cette superposition.

En somme, il est acquis que l'établissement de mes trois horizons fluvio-marins du tongrîen supérieur, loin de pouvoir m'étre contesté, ou bien de l'être comme fait nouveau, a rencontré, dans l'examen des travaux les plus récents de mes contradicteurs, des appréciations en contradiction flagrante avec les données stratigraphiques positives, et immédiatement vérifiables, sur lesquelles j'ai fondé mes conclusions. De plus, les relations de contact établies par . moi entre le tongrien et le rupélien avec les preuves nécessaires à l'appui, c'est-à-dire grâce à la superposition constatée des cailloux plats caractéristiques aux dépôts de mes trois horizons fluvio-marins tongriens, ces relations, dis-je, ont été, dans un cas, simplement prévues ou insuflisamment indiquées, dans les autres, absolument méconnues et faussées par mes contradicteurs.

De ces circonstances, il résulte que les progrès sérieux que je crois avoir fait faire à la connaissance des dépôts fluvio-marins du Limbourg, tant dans leurs caractères stratigraphiques et paléontologiques que dans l'établissement de leurs relations avec le rupélien marin qui les recouvre, pourraient diflBcilement m'ôtre contestés.

Relativement au système boldérien, mou honorable contradicteur s'estime heureux de me voir rendre à cet horizon son autonomie, que M. Rutot et moi lui avions, pendant un certain temps, contestée. M. van Eftborn ajoute que ce fait de mon abandon d'idées défendues

précédemment constitue Tun des résultats durables dus à ses travaux et à ceux de M. Cogels.

Cette affirmation me parait sortir des limites d*une saine appréciation des faits acquis. Je crois avoir, dans mon texte du 3 septembre, fait large part à l'influence des travaux précités, en disant que « la persistance avec laquelle MM. van Ertborn et Cogels ont, dans ces dernières années, continué à défendre les idées de Dumont, en ce qui concerne l'autonomie du boldérien et l'âge pliocène du diestien type de cet auteur, m'a engagé à reprendre attentivement l'étude de ces questions > .

Si M. van Ertborn persistait à laisser croire que c'est à ses travaux et à ceux de M. Cogels qu'est dû le résultat qu'il constate, j'opposerais, aux deux seules observations personnelles qu'il a signalées comme lui ayant fourni les cailloux et graviers du contact cherché, les nombreux faits de même nature et plus décisifs encore observés par moi pendant les travaux de mes dernières campagnes : contacts caillouteux s'élevant au nombre de onze ou douze, signalés dans mon texte du 3 septembre et qui, avec ma découverte de l'existence — non soupçonnée jusqu'ici — de couches fossilifères dans le boldérien marin glauconifère (découverte à laquelle M. van Ertborn n'a pas cru, d'ailleurs, devoir faire allusion), démontrent clairement que, sans autre donnée, mes recherches personnelles suffisaient amplement pour me conduire à un résultat exact et incontestable.

En terminant ce travail, je constate que si l'examen consciencieux et impartial des observations et des critiques de MM. Cogels et van Ertborn ne m'a point fourni l'occasion de modifier ou d'améliorer les vues que j'ai exposées dans ma communication du 3 septembre, il a eu au moins cet avantage de me permettre de mieux préciser peut-être la portée de mes observations stratigraphiques, et de mieux mettre en évidence certaines divergences de vues avec mes contradicteurs. Ce dernier résultat a précisément porté sur des points où mes honorables confrères pensaient que, d'accord avec eux, je n'avais nullement exposé des conclusions nouvelles; enfin, cet examen m'a permis de confirmer, sous une forme souvent différente, et parfois plus explicite, toutes les conclusions de mon précédent travail.

Il ne me reste donc plus qu'à remercier MM. Cogels et van Ertborn de leur utile initiative et à prier mes. collègues de la Société Malacologique d'excuser l'inévitable étendue que devait avoir une telle communication.

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