‹ Exposé sommaire des travaux de Joseph LakanalChapitre 12 sur 50 · SUR LES LIVRES ÉLÉMENTAIRES · texte numérisé non relu

SUR LES LIVRES ÉLÉMENTAIRES

Magnum quidem e>t educandi incitamentum tollere libéras in spem alimenUrrum : ma jus tamcn in spem liberlatis.

C’est tm grand attrait, pour souhaiter des cnfans, que de savoir qu'après qu’ils seront élevés ils ne manqueront point des secours nécessaires à la vie ; mais c’est un motif bien plus puissant , de savoir qu’ils vivront libres.

Panégyrique de Thajah.

Séance du 1 1\ brumaire an iv.

Citoyens Collègues ,

jury des livres élémentaires , et les mem-

bres de la Convention nationale chargés de l’importante mission de correspondre avec lui , peuvent enfin vous présenter le résultat de leur travail sur les ouvrages mis au concours ouvert par la loi du 9 pluviôse an n de la République.

Il a fallu au jury , pour justifier votre confiance, heureux présage de celle de la nation, surmonter plus d’un obstacle. La multitude îles manuscrits et des livres imprimés qui lui ont été envoyés sur toutes les matières dont se compose renseignement public; l’étendue de quelques-uns de ces écrits, la nature de quelques autres nécessairement abstraits et compliqués : tout lui a fait la loi qu’un écrivain judicieux n’impose qu’aux auteurs , et que leurs juges doivent prendre aussi pour eux , de se hâter lentement.

Tandis que l’impatience des concurrensdemandoit , non sans quelques murmures, ce que faisoit le jury, chacun de ses membres se condamnoit, dans la retraite, à lire et relire des plans déjà lus et relus par d’autres; à comparer ensemble les différens degrés de mérite des ouvrages jugés dignes d’estime; à peser les motifs d’exclusion; à dépister les plagiaires adroits; à remarquer les emprunteurs malhabiles; à suivre dans ses détours le charlatanisme tantôt modeste et même humble, tantôt payant d’andace; à se dé-

fendre de foiblesse en faveur des ouvrages recommandés par l’amitié ou l’engouement; à étudier de nouveau les anciens livres d’élémens qui ont obtenu le suffrage des nations savantes , et qui , comme ceux d 'Aristote, à’ Hippocrate et d ’Euclide, sans cesse déguisés , falsifiés par les modernes , n’ont pu être encore égalés ni détruits.

Au sortir de leurs studieuses demeures , ils revendent assidûment discuter leurs opinions en commun, se contredire réciproquement quand il le falloit, faire de bonne grâce le sacrifice de leur amour-propre à la vérité; la franchise , la concorde, la douce familiarité, fruit de l’intelligence des cœurs , ont toujours présidé à leurs pacifiques débats , et ils n’ont jamais oublié entre eux les antiques lois de l’urbanité française.

Pour imprimer à ses travaux un mouvement prompt et régulier , le jury les a distribués en différentes classes que nous allons parcourir successivement dans leur ordre naturel; les ouvrages qu’elles embrassent sont fort nombreux : nous ne parlerons que de ceux que le jury a regardés comme bons, et par ce mot nous entendons ceux qui réunissent la solidité des principes, la justesse des observations, la clarté ainsi que la pureté du style, et le mérite d’être à la portée de tous les lecteurs que ces ouvrages intéressent , et ils intéressent tous les pères , toutes les mères ,

et le monde d’auxiliaires qu’ils s’associent.

La première classe comprend les ouvrages concernant l’éducation physique et morale , et la conset'vation des enfans depuis leur naissance jusqu'à Y époque de leur entrée dans les écoles nationales.

Dans cette matière , les livres élémentaires sont destinés à éclairer également les citoyens de toutes les professions. Ils doivent donc être à la portée de tous; ils doivent par conséquent, dans les principes, être intelligibles pour tous; dans les faits, conformes à l’observation de tous; dans les préceptes, praticables pour tous. Le style doit en être simple et pur; l'étendue , telle que l’ouvrage ne devienne ni confus par l’abondance des matières, ni insuffisant par leur disette; le choix, fait de manière que rien d’essentiel ne soit omis, que toute superfluité soit rejetée, et que tout ce qui est utile soit estimé suivant son degré d’importance.

On remarque plusieurs défauts communs à presque tous les ouvrages de ce genre , sans en excepter peut-être les plus universellement et les plus justement estimés. Un de ces défauts est de poser trop généralement les réglés dans une

matière dans laquelle il est aussi essentiel de faire sentir les exceptions que les règles mêmes, parce que les cas de ces exceptions sont très-fréquens.

Un autre défaut est X exagération : d’une part, on déclame contre des pratiques vicieuses sans doute, mais auxquelles* on attribue beaucoup plus d’in convéniens qu’on ne leur en trouve réellement quand on veut observer sans préventions; d’un autre côté, on vante exclusivement quelques méthodes utiles , mais qu’il est dangereux d’estimer au delà de leur juste valeur : on n’apprécie pas assez, dans le succès qu’on leur attribue, quelle partie est due au simple éloignement des choses nuisibles et aux forces mêmes de la nature.

Enfin il est peu de traités où l’on n’ait sacrifié à des pratiques favorites la plus générale peutêtre, et peut-être aussi la plus utile de toutes les règles, qui est de ne point faire contracter à l’enfance des habitudes et par conséquent des besoins qu’elle peut se trouver ensuite dans l’impossibilité de satisfaire.

En général, la science de l’éducation physique est beaucoup plus simple qu’on ne l’a faite, et les ouvrages qu’on a publiés sur cette matière présentent beaucoup moins de choses à ajouter qu’à retrancher.

Dàns le grand nombre de mémoires qui ont

été présentés au concours sur cette importante matière , trois ont mérité plus particulièrement les suffrages du jury.

Le premier a pour titre : Instruction sur la conservation des enfans , depuis la grossesse inclusivement, et sur leur éducation physique depuis la naissance jusqu'à V époque de leur entrée dans les écoles nationales;

et pour épigraphe :

La patrie a besoin d’en fa ns sains et robustes.

Cet ouvrage, fait par un homme de l’art, qui a cinq enfans, dont il a dirigé lui-même L’éducation pLiysique, et qui tous ont été nourris par leur mère , a le très-grand mérite d’être appuyé sur une expérience éclairée par le savoir , d’unir la précision à la clarté, de présenter dans un espace resserré beaucoup de détails, et d’offrir des préceptes courts , simples, populaires, et dégagés de toute la métaphysique des discussions.

Mais l’auteur de cette estimable production n’a pas embrassé la totalité de son sujet. Il ne parle point des soins qu’on doit à la mère pendant l’allaitement, ni des précautions propres à le faire réussir quand il est difficile. Cet objet important n’est traité que dans un seul mémoire,

qui , d’ailleurs , pour tout le reste , est médiocre. Il a pour épigraphe :

Sollicitude pour l’enfance ;

et est coté n° 4-

En conseillant l’usage des bains froids , il nous semble que l’auteur du mémoire numéro i auroit dû insister sur les cas où ils peuvent être funestes. Une prudente circonspection ne doitelle pas en graduer la température ? La tendre enfance doit-elle passer brusquement du liquide dans lequel elle est plongée dans l’amnios,et dont la température est de 3o degrés, à un bain refroidi par la rigueur des hivers ? Quelques succès qu’on puisse citer en faveur de cette manière de tremper le corps de l’enfant qui vient de naître, ils ne compenseront pas les malheurs dont on ne parle point ; ils ne détruiront pas les lois les plus générales de la nature ; il ne nous feront pas attribuer à la hardiesse de l’art ce que l’on ne doit qu’au bienfait d’une constitution robuste; ils ne feront pas qu’une témérité quelquefois heureuse ne soit une témérité. Enfin il ne faut ni conseiller d’une manière trop générale , ni faire tourner en habitude des pratiques que bien des circonstances peuvent obliger d’interrompre ; et certainement l’usage journalier des bains , dans l’éduca-

tion des enfans , ne peut être conseillé parmi nous à cette nombreuse portion de citoyens qui remplissent la classe laborieuse et indigente.

Le second ouvrage est intitulé : Instruction sur la conservation des enfans , depuis la grossesse inclusivement , et sur leur éducation physique.

Il a pour épigraphe :

L'éducation de l’homme commence à sa naissance.

Ce mémoire, remarquable par une division de matières qui annonce un bon esprit , est écrit avec clarté et sagesse. Cependant il n’atteint pas le but du concours : plus fait pour plaire aux hommes instruits , que pour être lu avec fruit par des gens sans expérience, il est en grande partie plus théorique que pratique; plus recommandable par la bonté des principes que par la précision des préceptes nécessaires pour en faire l’application ; en général il est peu propre à diriger les mères et le commun des hommes dans la pratique de l’éducation physique. Du reste, cet ouvrage renferme une foule de choses utiles et neuves , particulièrement sur la petite vérole et l’inoculation.

L’ouvrage n° 3 a pour titre : Opinion sur la conservation des petits enfans, depuis la grossesse

inclusivement , jusqu à l'époque île leur entrée dans les écoles nationales ;

et pour devise :

L’enfant, à son premier soupir, n’est qu’un être absolument passif.

Cet écrit présente avec clarté et avec force les principes fondamentaux d’une bonne éducation physique, mais il est insuffisant pour les détails. Il y a sans doute peu de choses nouvelles à dire sur un pareil sujet; mais bien dire et bien placer les choses communes , ne point surcharger les idées de mots , se faire lire avec plaisir et retenir avec facilité, est un grand point dans une production de cette espèce. L’auteur ne paroît pas avoir travaillé d’après les leçons de l’expérience. Son ouvrage est déparé par quelques erreurs. Il ne présente pas la solution de beaucoup de difficultés qu’offre l’éducation physique dans les différens états de la société, et c’est moins un traité qu’une excellente introduction à un traité.

Nous avons parlé de l’ouvrage coté n" 4- L’ouvrage n° 5 a pour épigraphe :

La première éducation est celle qui importe le plus; et cette première éducation appartient incontestablement ans femmes.

Ce mémoire est très-détaillé, écrit avec simplicité, ordre et clarté; il eût obtenu une place plus distinguée si les erreurs nombreuses qui le déparent ne le rendoient pas d’un usage dangereux dans les écoles nationales.

Les mémoires dont nous venons de parler contiennent à peu près tout ce qu’on peut attendre du concours.

Le jury a pensé qu’en réunissant ces différens ouvrages séparés, il étoit possible et même facile d’en former un tout homogène et complet, et ce soin doit naturellement être confié aux examinateurs eux-mêmes.

Le mémoire n° i servira d’introduction ; le n° a formera le corps de l’ouvrage , auquel on ajoutera quelques passages de l’écrit qui a pour épigraphe :

.Sollicitude pour l’enfance;

et le n° 3 fournira un supplément excellent et des notes très-instructives. On aura ainsi un très-bon traité sur la partie la plus importante tout à la fois et la plus difficile de l’éducation , traité qui nous manque et qu’il est bien à craindre qu’un seul homme ne nous donne pas de longtemps.

Nous observerons , en terminant ce que nous avions à dire sur cette classe , qu’en ce genre

comme en beaucoup d’autres , l’illustre philosophe de Genève a fait de très-mauvais disciples. En matière d’éducation physique, Rousseau est , de tous les auteurs, celui qu’il est le plus utile de lire et le plus dangereux de copier.

Les ouvrages destinés à diriger les instituteurs primaires dans leurs fonctions étoient la suite immédiate de ceux qui ont été réunis dans la première classe; ils font l’objet de la seconde; aussi quelques-uns des auteurs qui ont traité de l’éducation de la première enfance se sont-ils crus obligés d’étendre leurs vues jusqu’à l’éducation , soit physique , soit morale , dè l’enfance , dans les écoles primaires , et de joindre à leur travail des conseils pour les instituteurs de cet âge.

Cependant une différence essentielle distingue ces ouvrages de tous ceux qui appartiennent à la première classe; ce n’est plus à tous les hommes que l’auteur doit s’adresser , mais à des hommes déjà éclairés sur leurs devoirs , instruits des principales parties qui doivent composer l'enseignement et l’éducation, et qu’il faut seulement éclairer sur la manière de former des citoyens bons et forts, que la patrie puisse s’applaudir un

jour d’avoir pour défenseurs au dehors et pour conservateurs au dedans.

Ce n’est donc plus aux détails qu’il faut descendre, c’est aux principes qu’il faut s’arrêter. Ce n’est plus dans les détours de l’exécution qu’il faut conduire pas à pas le lecteur; il faut jalonner comme de loin sa route, l’avertir des écueils, et lui indiquer les moyens de ne pas s’égarer. Cette idée sur la manière dont doivent être composés les ouvrages de cette classe est également conforme aux besoins de l’âge qui doit fixer l’attention de l’instituteur.

Familiarisé avec les objets qui l’environnent, déjà l’homme sent , connoît et veüt : il n’est plus nécessaire qu’on étudie ses besoins , il les exprime; ses pas ne sont plus chancelans, il marche, il court, il s’élance; déjà, et plus que jamais peutêtre , il goûte le plaisir d’être libre : il faut l’instruire et le guider dans l’usage de cette liberté, et l’empêcher de la tourner contre lui-même et contre ses semblables; il faut ébaucher son bonheur , développer son intelligence , former son cœur , diriger ses forces, les modifier par l’adresse, lui préparer et les moyens d’exister et tous ceux d’embellir son existence , c’est-à-dire que l’éducation doit se partager en éducation physique , morale et intellectuelle .

Le traité destiné à ouvrir cette carrière, et dont

les ouvrages qui doivent remplir les autres classes sont comme les complémens , doit être encore simple et clair , ainsi que ceux de la première classe ; mais il doit présenter plus d’ensemble et moins de détails, plus de principes et moins de préceptes : car il faut abandonner à l’instituteur les finesses de l’exécution , et toute cette variété »le mouvement que nécessitent et l’étude des caractères et l’observation des circonstances ; s’il n’est pas en état de suppléer aux livres , qu’il s’éloigne d’un emploi trop considérable pour ses forces, et qu’il le laisse à de plus habiles que lui.

Le seul objet sur lequel il faudroit ici s’abandonner à quelques détails, seroit peut-être la gymnastique, et c’est justement la partie qui manque presque absolument dans tous les ouvrages dont nous avons pris connoissance.

Ici les examinateurs ont partagé en trois sections les ouvrages qui leur ont été présentés.

La première comprend ceux où l’on s’est occupé à développer la théorie et les principes généraux d’une bonne éducation dans les écoles primaires ; c’étoit là véritablement l’objet du concours.

La seconde renferme les méthodes particulières ( renseignement , que chacun peut varier ou à son gré ou selon les différentes dispositions de ses

élèves, mais qui néanmoins doivent être fondées sur des principes uniformes.

La troisième est consacrée aux ouvrages dans lesquels on a cherché à développer la théorie des livres élémentaires , ce qui offre un plan vaste , difficile à remplir, et qui embrasse la totalité du concours.

Nous allons parcourir sommairement les ouvrages qui, dans cette classe, ont mérité l’attention du jury.

On en distingue trois dans la première section.

L’ouvrage n° j a pour titre : Instruction aux instituteurs et aux institutrices , conformément au décret, etc.

C’est le meilleur des mémoires consacrés au développement des principes généraux de l’éducation physique et morale. C’est un discours écrit avec rapidité et sans désordre , avec élévation sans enflure , avec précision sans sécheresse ; mais ce n’est point un traité d’éducation.

Après avoir exposé l’objet des écoles primaires, l’auteur trace un tableau sommaire des devoirs des instituteurs destinés à ces écoles; il dirige leur attention sur deux points principaux : les mœurs ou la formation du cœur, l’instruction ou la formation de l’esprit; il commence par les mœurs.

Pour préparer l’enfant à l’exercice des vertus ,

il cherche à jeter dans son cœur les germes du civisme , qui consiste principalement dans le sacrifice de l’intérêt particulier à l’intérêt général ; et de là naît l’idce et le développement du véritable courage : il lui fait chérir les vertus domestiques, qui sont la source du bonheur des familles; il veut que l’exemple des instituteurs en soit la première leçon ; il désire que les représentations des traits les plus caractéristiques de ces vertus servent d’ornement aux salles dans lesquelles s’assemblent les enfans; enfin , il fait concevoir à l’élève une idée juste de la divinité qui cimente et les vertus privées et les vertus publiques. C’est ainsi qu’il complète le tableau de ce qui doit rendre l’homme bon.

Venant ensuite à l’instruction proprement dite, ou à la formation de l’esprit , il fait sentir l’importance de la mesurer aux forces et aux facultés de l’âge auquel elle est destinée ; il insiste sur l’ordre, la succession et la variété qu’il est important de mettre dans les premières leçons élémentaires , il démontre toute l’utilité de la méthode et de l’ordre dans cette partie de l’instruction nationale.

Ce que le cœur sent, ce que l’habitude nécessite, il faut que l’esprit le conçoive. Non content d’avoir inspiré l’amour des vertus à ses élèves , l’auteur du mémoire veut les leur faire connoître

dans l’instruction morale et politique. , dont le but est, en convaincant l’esprit, de fortifier les vertus qui ont germé dans le cœur. Cette instruction consiste dans l’étude des droits et des devoirs de l’homme et du citoyen, dans le discernement de la vraie liberté et de la véritable égalité, dans la connoissance et l’amour des lois.

A notre avis, il manqueroit peu de choses à ce petit ouvrage, si l’on y trouvoit des principes sur les exercices du corps ou la gymnastique des enfans , si nécessaire au développement de leurs forces et à la conservation de leur santé.

L’ouvrage no a a pour titre : Réflexions sur V éducation , par un professeur de mathématiques du collège national de Tours.

Cet ouvrage, sagement écrit, présente un ensemble moins complet que le précédent : ses parties , inégalement développées , ne le sont pas dans la proportion de leur importance; on désireroit plus de méthode dans cet écrit estimable, et un plan plus également rempli. Ce que dit l’auteur des langues anciennes excède la mesure des écoles primaires , principal objet du concours.

Malgré de nombreux défauts, nous ne devons pas passer sous silence l’ouvrage intitulé : Instruction pour les instituteurs nationaux sur l’éducation physique et morale des enfans.

Cet écrit renferme des pensées judicieuses et un bon système pour l’enseignement de la morale : mais il est écrit avec plus de prétention que de pureté; le style en est fatigant à force d’être affecté, même en parlant d’arithmétique.

La seconde section ne nous fournit qu’un ou- ' vrage digne de fixer votre attention ; il a pour titre : Nouvelle méthode d' enseignement avec plusieurs applications à diverses sciences. C’est l’ouvrage d’un homme d’esprit.

Rapporter tontes les parties de l’éducation à des formes sensibles, frapper les yeux des élèves, les faire toucher, goûter, voir, entendre et sentir, et ne leur mettre entre les mains aucun livre, en un mot , créer l’entendement par les sens , rectifier les sens les uns par les autres , faire éclore la morale de la sensibilité comme l’entendement de la sensation ; enfin mettre les enfans dans la situation la plus favorable à ces développemens , telle est la méthode à laquelle l’auteur s’est attaché.

Nous recueillerons de ce mémoire une réflexion importante qu’il eût été à désirer que beaucoup de personnes sentissent ; elle est relative à l’ Emile de Jean-Jacques Rousseau , que tant d’auteurs ont voulu copier, tandis qu’il ne fallait que l’étudier et l’entendre. « Émile, dit-il , est l’homme de la « nature et non l’homme de la société. » Il a rai-

son : pour nous , nous devons former l’homme pour la société, après l’avoir reçu des mains de la nature.

Dans la troisième section , le jury n’a distingué que l’ouvrage intitulé : Essai didactique sur les livres élémentaires qui doivent servir à l’instruction publique. Le plan de l’auteur est vaste; mais il a manqué souvent des forces nécessaires pour le remplir, et la précipitation du zèle qui se hâte de répondre à l’appel de la patrie, a nui quelquefois à la maturité de la réflexion dans une matière qui exige, plus que toute autre, des eonnoissances nombreuses et exactes , réunies aux épreuves de l’expérience et au calme de la méditation.

Il résulte de l’examen fait par le jury que dans cette classe aucun des concurrens n’a atteint d’une manière précise le but du concours : plusieurs ont dirigé leurs pensées d’une manière spéciale vers tel ou tel cidte, contre telle ou telle croyance; ils ont oublié que le fanatisme n’est pas l’apanage exclusif des idées religieuses. Tout ce qui prend la force de l’opinion des hommes , religion , philosophie , politique , ne le savons-nous pas aujourd’hui? est sujet à devenir le prétexte de l’intolérance, le germe du fanatisme, l’instrument «le la persécution. La première des vérités qu’il faut apprendre à la génération actuelle ,

parce qu’il n’en est aucune que les hommes oublient plus facilement, c’est que, réunis par les principes qui ne changent pas, ils peuvent différer d’opinions sans cesser d’être frères, et qu’il n’en est qu’un seul qui soit l’ennemi de tous , c’est Le persécuteur.

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