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En plaçant dans les écoles primaires l’étude des principaux phénomènes et des productions les plus usuelles de la nature, on a fait un pas bien important vers l’amélioration de l’instruction pu-
— Cf» —
blique. Depuis longtemps les hommes éclairés gémissoient de voir les établissemens destinés à former la jeunesse française dirigés par une routine aveugle. On lui donnoit à peine quelques leçons de physique et de mathématiques, tandis que nous étions entourés de nations chez lesquelles le premier âge étoit familiarisé de bonne heure avec le spectacle imposant de la nature, et se préparoit ainsi à des observations et des résultats du plus grand intérêt pour la société.
Mais il falloit, pour remplir ces vues d’utilité publique, un ouvrage clair et méthodique, propre à guider les instituteurs, et suffisant pour l’instruction des élèves. Ce livre, plus difficile à rédiger qu’il ne le paroît d’abord , soit parce qu’il l’est toujours beaucoup de rédiger un livre vraiment élémentaire, soit parce que celui-ci exige une réunion de connaissances qu’on ne rencontre pas facilement, devroit comprendre, non-seulement des notions exactes de tous les êtres qui composent l’univers, la description de leurs organes, la détermination des caractères qui les différencient, mais encore l’ensemble des lois qui les régissent. Ce ne seroit point assez pour la perfection de cet ouvrage de réunir des connoissances aussi variées, il seroit encore important qu’elles fussent présentées dans l’ordre le plus propre à les graver dans l’esprit de la jeunesse ,
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avec une précision qui ne rendît pas leur élude trop fatigante, avec une simplicité qui mît à la portée des esprits les plus ordinaires les principes et les observations d’où découlent les plus importantes vérités. Jusqu’à présent on ne conuoît aucun ouvrage français qui porte ces caractères: on a quelques bons traités sur plusieurs classes d’histoire naturelle, mais aucun qui convienne à l’instruction de la jeunesse, et jamais cette science n’a été réduite en un cours élémentaire et complet.
Les élémens de physique sont assez multipliés; mais les uns sont bien éloignés du courant des connoissances actuelles, les autres offrent trop de difficultés à un âge qui se rebute facilement, et la plupart manquent des qualités que l’on doit désirer dans ces sortes d’ouvrages.
Le concours ouvert par la Convention nationale n’a fourni qu’un bon livre en ce genre. Il a « pour titre : Elémens <t histoire naturelle, par M illin.
Le plan et la rédaction de cet ouvrage annoncent que l’auteur a eu une juste idée de ce que doit être un livre élémentaire , également éloigné de la marche vague et incertaine de l’empirisme, si opposé au but de l’instruction , et des formes sèches et rebutantes qui en écartent le premier âge. Il a réussi à rendre l’instruction exacte et so-
lide; il s’est surtout appliqué à donner à son style beaucoup de clarté et de précision.
Après avoir défini l’Iiistoire naturelle , et donné une idée de la méthode qui sert à différencier et à classer les êtres, il examine ces êtres euxmêmes, qu’il divise en corps célestes et corps terrestres.
11 ne parle des premiers qu’en naturaliste, laissant les détails plus circonstanciés à l’astronomie.
Il établit deux grandes divisions entre les corps terrestres : celle des substances inorganiques ou privées des organes nécessaires à la vie, et celle des substances organiques , qui en sont pourvues.
Il range les substances inorganiques d’après la méthode de Daubenton fondée sur les caractères extérieurs les plus sensibles et les plus frappans.
Dans cette partie de son ouvrage, comme dans toutes les autres, l’auteur s’attache à fixer avec précision les caractères des classes et des ordres; » mais il se borne à ces grandes sous-divisions qui lui paroissent avec raison suffisantes pour les premiers degrés d’enseignement.
Cependant il s’écarte quelquefois de la règle qu’il s’est prescrite, en faveur de quelques espèces principales qui servent à des usages utiles : alors il en donne une description succincte, et il indique la manière de les employer.
Il partage les substances organiques en deux divisions : celles qui ne peuvent pas changer de place à volonté , les végétaux ; et celles qui peuvent changer de place à volonté , les animaux.
Les préliminaires de la division des végétaux offrent des élémens de botanique très-abrégés, mais suffi sa ns pour les premières notions convenables à l’enfance. L’auteur, sans priver la science des mots qui lui appartiennent, évite, autant qu’il lui est possible, les termes hérissés d’étymologies grecques, latines; et lorsqu’il emploie des mots consacrés par la langue particulière de la science, il les place de manière qulils s’expliquent par leur position.
Après avoir ainsi décrit les parties des végétaux, il examine leurs fonctions, leur organisation physique, les principes que la chimie en sait extraire , et enfin leurs habitudes particulières. 11 a adopté pour leur distribution la méthode de Jussieu , qui lui a paru la plus facile et la plus commode pour acquérir les premières connoissances.
Il distribue les animaux en six classes, d’après la méthode de Linné ; chacune de ces classes est précédée d’observations générales, semblables à celles qu’il a placées à la tète de la partie de son ouvrage où il traite des végétaux.
Les mammifères , qui forment la première classe,
sont divisés en cinq ordres , d’après la forme des pieds. Les oiseaux sont distribués d’après la méthode de Linné , avec quelques légers changeraens ; les amphibies en deux ordres : ceux à quatre pieds, et ceux qui en sont privés. Les poissons sont rangés d’après la position de leurs nageoires, selon la méthode de Linné rectifiée par Daubent on. L’auteur a adopté pour les insectes la méthode d 'Olivier, et il a classé les vers d’après celle de Bruguière.
Ainsi, cet ouvrage renferme les principes vraiment élémentaires de toutes les parties de l’his^ toire naturelle, et le jury a pensé qu’il peut être admis avec avantage dans les écoles nationales,
Le concours ouvert pour les élémens de la morale est celui de tous qui paroît avoir excité le plus d’émulation. Les ouvrages de cette classe ont été nombreux, et cet empressement ne doit pas surprendre : tous les esprits ont senti le besoin de recréer les mœurs en même temps que les lois, au moment où la République s’est élevée. Comme tous les hommes sont plus ou moins avertis, par le seul sentiment intérieur, des devoirs que prescrit la morale, un grand nombre a dû se croire plus propre dans ce genre que dans
tout autre à raisonner avec facilité île ce qu’il pratiquoit naturellement.
Mais si le sentiment intérieur suffit pour guider sûrement ceux qui l’écoutent avec attention, l’art de le décomposer, de remonter à son principe et d’en tirer des conséquences, cet art, sans lequel on ne peut écrire de bons élémens de morale, n’appartient qu’à l’homme supérieur. C’est ici qu’il faut appeler à son secours cet instrument <le l’analyse, qui, perfectionné dans ce siècle et appliqué par des mains habiles aux sciences naturelles, en étend de jour en jour toutes les bornes.
La science de la morale peut être soumise aux mêmes procédés ; et c’est le moyen d’éviter les deux défauts ordinaires où tombent ceux qui la traitent , les lieux communs et les idées bizarres. Elle doit démontrer rigoureusement à la raison ce que devinent les cœurs bien faits, comme par instinct; c’est dans l’amour de soi bien dirigé, c’est dans le sentiment éclairé de la douleur et du plaisir qu’on trouvera ces premiers principes. On montrera facilement la dépendance de nos droits et de nos devoirs; on prouvera que les premiers s’affermissent ou se perdent à mesure que les derniers sont bien ou mal observés; l’intérêt attachera l’homme à la vertu; enfin le moraliste, non moins éloigné d’une fausse philosophie que
d’une superstition aveugle, donnera un nouvel appui à la morale , déjà fondée sur les rapports des hommes entre eux , en l’attachant à l’idée d’une cause première d’où émanent l’ordre, la raison et la justice, et de qui elles reçoivent leur récompense.
Un ouvrage exécuté sur ce plan ne parleroit encore qu’à la raison formée : c’est à celle des enfans qu’il faut s’adresser dans les écoles primaires.
Un concours n’a été établi que pour les livres convenables à ces écoles. L’art de bien parler aux enfans est peut-être un des plus difficiles; de grands hommes l’ont quelquefois ignoré : ceux qui ont atteint les dernières bornes du champ de la science n’ont pas toujours le talent d’y introduire et d’y guider pas à pas l’élève sans expérience.
Il faut surtout un génie particulier pour écrire des traités de morale à l’usage de l’enfance; la simplicité des formes et la grâce naïve du style doivent s’y mêler à la justesse des idées; l’art de raisonner n’y doit jamais être séparé de celui d’intéresser l’imagination : un tel ouvrage doit être conçu par un logicien profond et exécuté par un homme sensible; on voudrait y trouver en quelque sorte l’esprit analytique de Condillac et l’âme de Fénelon.
Nous allons donner une analyse succincte des
ouvrages de cette classe qui ont mérité l’attention et les suffrages du jury.
i° Le premier et le meilleur de tous a pour titre : Principes de la morale républicaine, parla Chabaussière. Cet écrit, plein de solidité, de goût et d’esprit, brille encore par les images, le coloris poétique et l’harmonie ; les quatrains de Pibrae, admirés, non sans raison, par nos pères, sont effacés. Le jury propose de mettre cette intéressante production entre les mains des élèves des écoles primaires.
a° Les Instructions élémentaires sur la morale républicaine , avec cette épigraphe :
Quiel Irges sine moribus vanœ proficiunt ?
sont écrites avec sagesse et méthode; c’est un des essais qui se rapproche le plus du but du concours; on y trouve de la clarté dans les idées et dans le style ; l’auteur paroit nourri de ce qu’il y a de meilleur dans la philosophie moderne.
3° Le Catéchisme de morale républicaine , par Lanneau, renferme quelques définitions inexactes : il porte cependant l’empreinte d’une raison ferme et sûre; on y distingue surtout les chapitres- concernant l’amour de la patrie et les propriétés.
L’empressement avec lequel on a recherché dans leur nouveauté les Èpîtres et Évangiles du républicain , par Henriquez, ne permet pas de le passer sous silence; cet estimable auteur a donné une foule d’opuscules utiles à l’instruction publique.
On remarque dans quelques autres ouvrages adressés au jury, mais à un degré inférieur, des morceaux qui ne sont pas sans mérite ; de ce nombre sont les Principes de morale , par le citoyen Maublac , professeur de philosophie ; /’ Homme moral , par le citoyen Birol ; le Vieillard de Vichi.
Les amis des lettres et des mœurs attendent avec impatience les Élémens de morale, dont la composition a été confiée, par décret de la Convention , à l’illustre et sensible auteur de Paul et Virginie.
L’agriculture, les arts et le commerce sont les bases naturelles de la prospérité de la France ; cependant ni l’économie rurale, ni les arts, ni le commerce ne sont entrés, jusqu’à présent, dans l’instruction publique.
La Convention nationale avoit senti qu’il étoit du devoir du gouvernement de rappeler l'opinion publique aux objets dont il est essentiel qu’elle
s’occupe; elle a vu que le plus sûr moyen de la fixer sur un objet de si haute importance étoit de le lui présenter comme devant former une partie de l’instruction de tous les citoyens.
Le spectacle d’une population nombreuse de cultivateurs, enchaînés d’âge en âge par une routine aveugle, incapable de faire faire un seul pas à l’art qu’ils professent , pour qui leur voisinage est un monde entier, dont le langage technique offre des différences multipliées à l’infini, J’a convaincue qu’il falloit éclairer les hahitans des campagnes sur les véritables principes des différentes branches de l’art agricole ; mais elle a considéré en même temps que l’exemple étant le moyen le plus efficace d’instruire le cultivateur , elle ne pouvoit attendre de révolution utile en agriculture qu’en multipliant des exemples à offrir au* cultivateurs.
C’est dans cette circonstance que nous devons connoître les bienfaits d’une révolution qui ramène les propriétaires au soin de leurs domaines, qui inspire à chaque citoyen français le vœu do devenir cultivateur. Les propriétaires sont aussi naturellement appelés à donner aux habitans des campagnes l’exemple de la bonne culture, et plus cette propriété sera médiocre , plus cet exemple sera utile , parce que leurs voisins conuoissant leurs facultés, vivaut avec eux , sachant
tous les détails de leur économie, en concluront <jue s'ils se sont déterminés à adopter une méthode de culture, c’est qu’il étoit de leur intérêt de l’adopter.
Mais cette classe de nouveaux cultivateurs , dont l’exemple peut être si précieux , connoîtelle les saines méthodes de l’agriculture ? ceux même dont l’éducation a été soignée sont entièrement étrangers à la connoissance de l’économie rurale. Ils ont donc besoin d'être instruits.... Puiseront-ils cette instruction dans les campagnes qu’il s’agit de régénérer, et où ils ne pourroient recevoir des leçons que des préjugés et de la routine? Une théorie saine résultant d’une pratique reconnue doit les préparer à recevoir les leçons de l’expérience et de l’observation.
Un livre élémentaire rédigé dans ces vues est donc un des moyens que le législateur a dû employer pour accélérer les progrès de l’agriculture. Nous étions d’autant plus fondés à en faire usage, que ce système d’instruction a depuis longtemps un succès complet chez les nations voisines qui l’ont adopté. La Convention nationale a donc demandé un livre élémentaire pour l’agriculture. Qu'avoient à faire les concurrens pour remploies vues de la Convention ?
Ils dévoient, ou réunir dans un ouvrage trèscourt les notions générales d’agriculture qui con-
viennent au premier degré d’instruction, ou présenter dans un ouvrage plus étendu , et destiné à un âge plus avancé , les principes généraux de la culture , et les principes particuliers pour chacune des productions qu’il est intéressant de cidtiver.
Dans le premier cas, il falloit que l’ouvrage ne contînt que des définitions courtes et claires des objets que les enfans ont tant d’intérêt à connoître, et qui frappent continuellement leurs regards sans exciter leur attention.
Dans le second cas, le livre élémentaire tracé sur le plan le plus méthodique , entièrement fondé sur les faits, ne devoit en contenir cpie l’énoncé et les principes qui en résultent naturellement et sans effort, ainsi que les fleurs naissent de leur tige.
Les ouvrages présentés ne remplissent aucune de ces conditions, et il importe que quelque citoyen éclairé répare bientôt cette lacune dans le système de l’instruction publique.
Les élémens d’agriculture lus aux écoles normales par le citoyen Dubois paraissent fixer les suffrages de tous les connoisseurs éclairés et impartiaux. Nous regrettons que cet ouvrage n’ait pas été présenté au jury des livres élémentaires : ions ne doutons pas qu’il ne l’eût accueilli avec împressement.
L.\ dixième et dernière classe, appelée convenablement mélanges, est celle qui réunit toutes les sortes d’ouvrages qui, n’appartenant en particulier à aucune des classes précédentes, nè laissent pas d’être de quelque utilité pour l’instruction publique. Un grand nombre d’ouvrages ont été placés dans cette classe ; mais presque tous ont Lié rejetés.
La Gymnastique des enfans convalescens , infirmes, foibles et délicats, contient de bonnes vues; c’est dommage que ce traité soit écrit avec prétention; n’introduisons point ce style dans les écoles primaires.
Le Portefeuille des enfans a réuni tous les suffrages. Costumes , animaux, géographie, histoire, l’auteur donne habilement et avec ordre à ses tendres élèves des notions de tout ce qui intéresse dans la nature et les arts ; ce sera X Encyclopédie de V enfance. Vous devez récompenser et soutenir tant de travail et de si fortes dépenses.
Il est un art trop négligé parmi nous, et dont le citoyen Turquin a présenté la théorie : c’est celui de la natation. Son ouvrage, adressé au jury des livres élémentaires , est écrit avec candeur. Cet estimable citoyen mérite d’être puissamment