TITRE II
« On donnera dans le Muséum douze cours, savoir :
i° Un cours de minéralogie;
a 0 de chimie générale;
3° des arts chimiques ;
4 ° de botanique dans le Muséum ;
5° de botanique dans la campagne;
6 ° de culture;
7 et 8 ° deux cours de zoologie;
9“ d’anatomie humaine;
io° d’anatomie des animaux;
ii° de géologie ;
i a° d’iconographie naturelle.
«La nature des objets qui doivent être traités dans ces cours , et les détails relatifs à l’organisation particulière du Muséum , seront l’objet d’un règlement que les professeurs sont chargés de rédiger, et qu’ils communiqueront au comité d’instruction publique. »
Le titre ni ordonne qu’il y aura au Muséum une bibliothèque où l’on réunira les livres d’histoire naturelle qui se trouvent dans les dépôts appartenant à la nation, les doubles de ceux qui sont à la grande bibliothèque nationale, et la collection des plantes et animaux peints d’après nature , qui est déposée dans la même bibliothèque.
Le titre iv porte que le Muséum sera en correspondance avec tous les établissemens analogues, placés dans les départemens.
Dans le décret dont nous venons d’extraire les principaux articles, douze chaires sont établies, sans qu’on désigne par leur nom ceux qui doivent les remplir. Il est seulement dit qu’elles le seront par les douze officiers du jardin : on laisse à ceux-ci le soin de distribuer entre eux les fonctions.
Ces douze officiers étoient :
MM. Daubenton, garde du cabinet et professeur de minéralogie au collège de France ;
Fourcroy, professeur de chimie;
Brongniart, démonstrateur de chimie;
Desfontaiues, professeur de botanique ;
De Jussieu, démonstrateur;
Portai, professeur d’anatomie ;
Mertrud, démonstrateur;
Lamarck, botaniste du cabinet, chargé «les herbiers ;
Faujas de Saint-Fond,, adjoint à la garde du cabinet, chargé de la correspondance;
Geoffroy, sous-garde et sous-démonstrateur du cabinet, élève de M. Daubenton pour la zoologie ;
Vanspaendonck , peintre du cabinet;
A. Thouin , jardinier en chef, etc.
M. Defontaines , secrétaire de la réunion des professeurs, ses collègues, m’écrivit en leur nom et au sien. ( Voyez sa lettre à la fin de cet opuscule).
Voici un court extrait du rapport.
De tous les monumens élevés par la munificence des nations à la gloire des sciences naturelles , aucun n’a mieux mérité l’attention des législateurs que le jardin des plantes.
C’est à cet établissement que la France a dû plusieurs des grands hommes qui ont fait l’ornement de leur patrie , Fagon , Winslou , Tournefort, Macquer, les Jussieu, Daubenton, et Buffon, qui, parles vues philosophiques et les images sublimes répandues dans ses ouvrages , a si bien préparé les esprits aux grandes idées de liberté et de régénération.
Le livre immense de la nature est en quelque sorte ouvert au jardin des plantes; ses pages réfléchissent de toutes parts les richesses des trois règnes.
Ici c’est la famille des animaux, depuis l’oiseau timide qui confie sa postérité au frêle arbrisseau , jusqu’au tyran de l’air qui s’écarte pour la déposer sur la roche sauvage où le chêne a vieilli.
Là , les peuples végétaux, depuis la plante fugitive cpii se dérobe aux regards le long des torrens, au faîte des montagnes, jusqu’à la rose prodigue qui embaume nos jardins.
Ailleurs, les créations minérales, depuis la lave que les volcans ont élancée naguère de leurs entrailles , jusqu’aux débris des montagnes, témoins des premiers jours du monde.
Des serres chaudes protègent les végétaux délicats des tropiques , et déjà la collection des plantes vivantes est composée de plus de six mille espèces, pendant que l’on conserve dans des her-
biers presque toutes les plantes connues au nombre de plus de vingt mille , et que l’on possède un assortiment très-étendu des différentes parties des végétaux qui peuvent donner des lumières sur leur organisation, leur amélioration et le traitement de leurs maladies.
C’est dans ce jardin national qu’ont été faites les premières plantations du cèdre du Liban , de plusieurs espèces d’érables, de platanes, de chênes d’Amérique, et de beaucoup d’autres arbres qui embellissent nos départemens.
Les plantations considérables des grands arbres exotiques, mais naturels à des climats analogues à ceux de nos départemens, sont destinées à porter des graines qui fertiliseront les vastes terrains encore incultes où les arbres indigènes ne peuvent croître; elles dispenseront un jour de payer des tributs annuels et considérables aux nations du Nord , pour l’achat des bois de construction navale.
Le jardin des plantes fournit tous les ans aux divers départemens de la République des graines et des plantes, quelquefois jusqu’au nombre de douze mille espèces.
Les académies, sociétés littéraires ou facultés de médecine, établies dans les différentes parties de la France, ont formé des jardins de botanique avec les produits de la culture du jardin des plantes.
Les premiers cafés qui furent transportés à la Martinique furent tirés de ce jardin, et c’est à cet établissement que la France, et particulièrement nos départemens maritimes, sont redevables d’une branche de commerce de la plus haute importance.
Des connoissances utiles pourroient échapper, malgré l’avantage des rapprochemens , à ceux qui commencent à étudier la nature; des savans consacrés à l’instruction publique, exposent, aux yeux des citoyens, tous les objets utiles au progrès des sciences naturelles, et suppléent à ce qu’on n’a pu écrire sur l’agriculture, le commerce et les arts.
Et ce ne sont pas seulement les citoyens français qu’on admet aux différens cours donnés au jardin des plantes; les étrangers y forment une partie considérable des auditeurs; il n’est pas rare de trouver parmi eux des Péruviens, des Brésiliens, des Auglo- Américains, et même des Asiatiques, que l’étude de l’histoire naturelle attire et retient pendant très-longtemps en France; l’établissement du jardin des plantes n’augmente-t-il pas ainsi la prépondérance et la gloire de la nation, par un des moyens politiques les plus nobles et souvent les plus avantageux?
Pour que les connoissances naturelles puissent s’accroître par tous les moyens de comparaison,
des cours d’anatomie achèvent de montrer la conformation et les rapports intérieurs de l’homme et des animaux, dont les dépouilles sont renfermées dans le cabinet , pendant que des cours de chimie apprennent quels peuvent être les principes constituans des végétaux et des minéraux.
Il viendra un temps, sans doute, où l’on élèvera au jardin national les espèces de quadrupèdes, d’oiseaux, et d’autres animaux étrangers qui peuvent s’acclimater sur le sol de la France, et lui procurer ainsi de nouvelles richesses.
Vous n’apprendrez pas sans étonnement que le jardin des plantes et le cabinet d’histoire naturelle ont été près d’un siècle sans règlemens fixes , sans lois précises; que des savans, égaux aux yeux de l’Europe lettrée , sont inégalement traités , qu’ils n’ont pas le droit de se choisir des coopérateurs, ou plutôt d’être l’écho de l’opinion publique ; pour appeler auprès d’eux les hommes les plus distingués par leurs lumières.
Il suffira de vous montrer les abus pour que vous les enleviez à leurs antiques racines : l’arbre de la liberté seroit-il le seul qui ne pût pas être naturalisé au jardin des plantes?