‹ Exposé sommaire des travaux de Joseph LakanalChapitre 34 sur 50 · RAPPORT SUR DAUBENTON · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR DAUBENTON

Je viens vous parler, au nom de vos comités réunis, d’instruction publique, d’agriculture et des arts, du patriarche des sciences, du vénérable Daubenton.

Cet infatigable physicien , qui a formé les collections immenses du Muséum d’histoire naturelle, qui les a soignées et démontrées au public pendant cinquante-trois ans, a employé une partie de sa fortune et plusieurs années de sa vie à faire croître sur le sol de la France, des laines aussi fines que celles d’Espagne , dont l’importation coûte chaque année plusieurs millions.

Ces moyens d’améliorations sont prouvés et confirmés par 2 5 années d’expérience; grand nombre de citoyens ont mis en pratique avec succès le Traité des Moutons , donné par ce naturaliste célèbre.

Cet ouvrage important vient d’être retouché

par l’auteur, et enrichi de nouvelles expériences, faites à sa bergerie de Montbard.

Appauvri par le bien même qu’il a fait aux sciences et aux arts; réduit par la révolution à une fortune très-bornée, Daubenton ne peut pas faire la dépense de l’impression de son ouvrage î cependant l’intérêt de l’agriculture la réclame, et la justice demande de la faire tourner au profit de l’auteur. Il est en effet digne d’une nation qui couvre d’une protection éclairée les savans utiles à leur pays, de leur faire trouver le prix de leurs travaux dans leurs travaux mêmes.

Le comité vous propose d’ordonner que l’ouvrage de Daubenton sera imprimé au nombre de 4,ooo exemplaires, au profit de l’auteur.

Décrété.

C’est au nom du comité d’instruction que j’ai fait ces divers rapports.

Le comité étoit composé habituellement de Daunou , Sieyès , Grégoire , Chénier , Mercier , Villar, ancien principal du collège de la Flèche; Lalande, ex-oratorien, évêque de Nancy; Massieu, traducteur de Lucien et évêque de Beauvais ;i Waudelincourt , principal du collège de Verdun; Arbogast, recteur de l’universiii de Strasbourg, Boissy-d’Anglas, Tibaudeau , Deleyre, David.

Dans la répartition fies mémoires présentés au concours pour la composition des livres élémentaires, il y en eut trois écrits en langue latine, sed sermone pedestri qui nullo modo Cicemnem redolerel. L’examen de ces mémoires me fut dévolu, parce que plusieurs membres du jury savoient que j’avois professé dix-huit ans dans la même congrégation séculière que mon excellent ami Laromiguière. Nous nous sommes plusieurs fois trouvés ensemble, et nous ne. nous sommes jamais perdus de souvenir. Il m’adressa à la Convention, en trois petits cahiers, les premiers jets du cours de philosophie qu’il a fait, dans la suite, dans l’université de Paris, et qui l’a placé si haut dans l’opinion publique. Il étoit, à l’époque de cet envoi , professeur de philosophie au collège de Lesquille à Toulouse; dans la suite, nous nous sommes retrouvés ensemble à l’école normale mère à Paris : il eût dû y être assis sur le fauteuil présidentiel, et moi sur l’humble banquette.

Dans le discours prononcé sur la tombe de cet illustre citoyen, par l’honorable M. Victor le Clerc , membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres , doyen de la faculté des lettres de Paris , on lit:

« Pierre Laromiguière entra en 1756 dans la « congrégation de la doctrine chrétienne, cette

« corporation enseignante qui , avec celle de l’O- « ratoire, a donné tant d’illustres auxiliaires à « l’université renaissante. Laromiguière commença « à parcourir les degrés les plus humbles et à s’é- « lever par son mérite. Il est successivement ré* « gentde cinquième, de quatrième, de troisième , « de seconde , dans les collèges que possédoit la « doctrine à Moissac, Lavaur, Toulouse; puis v professeur de philosophie, etc; Comme Laromiguière, mon confrère et mon constant ami dans la doctrine, j’ai parcouru tous les degrés de la hiérarchie scolaire : régent de cinquième, quatrième, troisième, seconde, à Lectoure, Moissac, Gimont, Castelnaudary ; professeur de rhétorique à Périgtieux.

Reçu docteur ès arts à l’université d’Angers, j’ai professé trois ans la rhétorique au collège de Bourges, nouvellement confié à la doctrine, et dont le recteur, les professeurs de philosophie et de rhétorique, formoient, à l’université, la faculté des arts. Nommé ensuite professeur de philosophie à Moulins, capitale du Bourbonnais , j’occupois cette chaire, pour la quatrième année, à l’aurore dé la révolution. J’ai trouvé à la Convention les parens de mes anciens élèves. C’est le département où je suis né , qui me nomma à la Convention, et je passai au Conseil des Cinq-Cents par le choix de cinq départemens. La congrégation

<le la doctrine étoit supprimée depuis longtemps, lorsque j’appris que son ancien et vénérable général languissoit dans un état voisin de l’indigence. Je m’empressai de me rendre auprès d’un vieillard respectable qui m’avoit toujours traité en père , et j’agis envers lui comme un fils respectueux et reconnoissant. Je le proposai au comité, pour une place importante; malheureusement il étoit connu de plusieurs de mes collègues, par son aversion trop peu circonspecte pour le nouvel ordre de choses, et ma proposition fut rejetée. Quelque temps après, le professeur Duhamel , instituteur-adjoint des sourds-muets de l’école de Paris, dirigée par l’abbé Sicard , qui, comme Laromiguière et moi , avoit longtemps professé dans la congrégation de la doctrine , vint me demander d’être admis comme élève à l’école normale; nous accueillîmes sa demande mon collègue et moi. La place d’instituteur-adjoint des sourds-muets étoit vacante ; je priai M. Sicard de demander au comité d’instruction d’y nommer notre père commun. Je ne priai pas , je suppliai le comité d’accueillir cette demande; je fus exaucé, et ce fut un des plus heureux jours de ma vie. Voyez l’acte de la démission de Duhamel et la pétition de Sicard. ( Voyez la correspondance).

M. Sicard se trouvoit dans la position la plus périlleuse; il s’agissoit de sa sûreté, entièrement

compromise, et peut-être même de sa vie; c’est en exposant la mienne que je l’ai sauvé. Voyez sa lettre dans la correspondance.

J’omets un grand nombre de rapports dont les projets ont été adoptés par nos assemblées nationales, i° sur les écoles militaires; a° sur le collège de Saint-Martial à Toulouse; 3° sur l’université de Montpellier; 4° sur l’école d’Auxerre ; 5° sur Joseph Sauveur, massacré dans la Vendée; (j° sur le dictionnaire de l’Académie; 7 0 sur les députés détenus dans les prisons de l’Autriche et livrés par Dumouriez. La plupart de ces rapports sont dans le Moniteur.

Mon unique ambition fut toujours de servir mon pays en défendant la cause des lettres. Nul motif d’intérêt personnel n’altérera jamais la pureté de ces principes. Membre du corps électoral du département de Seine-et-Oise en l’an VI, je fus nommé au Corps législatif, et je refusai cet honneur. Je fus réélu dans la même session ; je refusai de nouveau, et je fis insérer dans le procès- Yerhal cette courte allocution :

« Lorsque les armées ennemies étoient aux a portes de la capitale , j’ai accepté les fonctions a périlleuses de représentant du peuple; aujour- « d’hui, que les Alpes, les Pyrénées s’aplanissent

« sous la marche triomphale des armées françaises* « je me retire à l’écart avec mes livres et quelques « amis, les seuls biens dont mon cœur soit avide.»

Le bon citoyen accourt quand la patrie est en danger, il rentre dans la foule quand le danger est passé.

Ces faits, consignés dans les journaux du temps, se conservent dans la mémoire de plusieurs té-? moins oculaires.

Les hommes honorables que j’ai obligés n’ont pas eu à rougir de mes bienfaits.

J’appelle la sévérité de mes concitoyens sur ma conduite depuis les premiers jours de la révolution ; le compte à rendre embrasse : i° ce que j’ai fait dans les assemblées nationales ; a° mes missions comme représentant du peuple dans les départemens; 3° mon commissariat général dans les pays conquis sur la rive gauche du Rhin; 4° et mon séjour dans les États-Unis d’Amérique.

i 0 Dans les assemblées nationales , je ne me suis occupé qu’à combattre le vandalisme , en provoquant l’établissement des institutions consacrées à l’instruction publique; et quant à mes votes, je n’ai que quatre mots à dire , et je les emprunte au saint Père ; ïxi conscience arnnt tout.

a° Sur ma mission dans les départemens avec des pouvoirs illimités, en l’an n, c’est-à-dire à l’époque la plus violente de la révolution.

Écoutez un des hommes les plus éclairés, les plus sages, les plus vertueux de nos assemblées nationales, l’ami intime de l’illustre Daunou, Baudin des Ardennes, mort de satisfaction en apprenant le retour de Bonaparte de son expédition d’Egypte ; en vrai citoyen , Baudin des Ardennes pensa que le héros de l’Italie sauveroit la France ; les affaires publiques étoient dans un état véritablement alarmant à cette triste époque: c’est ainsi que l’éphore Chiron meurt de joie en apprenant que son fils a remporté le prix du ceste aux jeux Olympiques.

Paris , décadi soir, 1 0 messidor , l’an in de la R. F.

« Ce n’est qu'aujourd'hui, citoyen collègue, que j’ai reçu « votre lettre chargée, datée de Bourges du a de ce mois. « J’ai dit en effet avec plaisir, qu’à votre retour de mission « d’un département dont je ne me rappelle pas même le nom « je vous avois entendu vous vanter dans un temps où il y « avoit i la courage a le faire , de n’avoir point ordonné d’aria restation ; que m’étant promené longtemps avec vous dans • le salon de la Liberté, notre conversation avoitété fréquem- « nient interrompue par des collègues qui ne m’étoient pas « connus la plupart, et qui venoient vous féliciter des témoi- « gnages avantageux qui résultoient de leur correspondance « avec les districts que vous aviez parcourus. Voilà ce que « j’ai dit, je 1 écris et je le signe.

« Je vous ai vu de la confiance pour quelques personnes « qui n’avoient pas la mienne; les événemens ultérieurs ont ( pu vous détromper. Sur cela, comme sur tout le reste, j’ai « respecté vos opinions, et avec d’autant plus de justice que

« je vous ai vu constamment respecter vous-même celle «les » autres, et ne point vous éloigner d’hommes estimables lors- « que des préventions redoutables jetoient sur eux de la dé- « faveur.

« Nous avons eu soin de déposer dans le projet d’acte cons- « titutionnel des bases d’instruction qui ne se trouvoient dans n aucune précédente constitution. La réduction des écoles « centrales n’est point impérative. Nous avons cru consolider « ces établissemens en demandant qu’il y en eût au moins un » pour deux départemeus. L’essentiel est de n’entraver l’opé- « ration ni par la dépense, ni par la difficulté de trouver « des professeurs , et de faciliter l’organisation en la restreix gnant provisoirement à ce qui est possible. Notre but consx tant a été d’étendre les lumières, et d’en assurer la conser- « vation. »

Je vous salue, citoyen collègue, fraternellement et de tout mon cœur,

P.-C.-L. BACDI.V (îles Ardennes).

3° Dans le cours de mon commissariat général pour l’organisation des quatre départemens de la rive gauche du Rhin, j’ai mérité, j’ai obtenu la confiance publique. Lise? la pétition adressée à mon insu, par tous les fonctionnaires publics de Mayence, au Directoire exécutif qui me la renvoya ; lisez aussi l’extrait de la lettre du général Muller.

LE GÉNÉRAL EN CHEF AU CITOYEN LaK.INAL , COMMISSAIRE DE LA RÉPUBLIQUE.

x Le sort de l’armée, citoyen commissaire, repose en partie x sur vous; Mayence tombera au pouvoir de l’ennemi quis’a- « vance ; sans vos efforts et votre appui je ne puis l’arrcter. *

Mayence , le 28 fructidor , an vu de la R. F.

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