AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF
« Citoyens Directeurs ,
• Une vérité dont tous ceux qui connoisseut l’histoire du « siège de Mayence en 1793 v. st., sont moralement con- « vaincus, est, que cette place a été livrée ou vendue à l’cn- « nemi. Une vérité matériellement constante est , qu’on n’a «pas daigne penser aux patriotes, lorsqu’on trouva bon de « capituler : preuve que le patriotisme n’eut pas de part à la « capitulation , et qu’on craignait trop les républicains pour « négocier leur passage en France.
« Que les ennemis de la République comptent toujours sur « des trahisons, et malheureusement tous les traîtres n'étaient «pas connus au renouvellement de la guerre, c’est prouvé « par les redditions des places fortes d’Italie, et par les arré- « tés que vous avez pris, citoyens Directeurs, pour traduire « les commandants devant des conseils de guerre.
« Il est vraisemblable, citoyens Directeurs, que si des com- « missaires civils, choisis parmi les Républicains, qui, par leurs « actes passés, ont rompu à jamais avec le despotisme, avaient « assisté aux conseils de guerre de Turin et de Mantoue, ces «forteresses tiendraient encore, Joubcrt vivrait, nos armes . seraient triomphantes, et le Russe et l'Autrichien seraient * relancés au delà des alpes Noriques.
« Des hommes qui ont tout à craindre du retour tîfe leurs « tyrans; qui déjà en 1793 ont essuyé leurs vengeances, alors « bien moins féroces qu’elles le seraient aujourd’hui; qui ont « des propriétés et des familles; ces hommes, citoyens Direc- « teurs, ont besoin d’une garantie, et cette garantie ils ne la « trouveront que dans la nomination d’un commissaire civil « pour la garnison de Mayence ; mais il faut qu’il ait donné
«des gages certaius à la révolution et à la République, et « qu’il ait acquis l’honneur d’être inscrit sur la liste de proscription de la Royauté absolue. Un tel homme, citoyens « Directeurs (et nous croyons l’avoir trouvé dans la personne «du citoyen Lakanal, commissaire de la République dans «nos départemens), revêtu du pouvoir d’opposer son veto * aux décisions d’un conseil de guerre, de préparer une dé- « fense vigoureuse et opiniâtre en cas d’attaque, et de ne « capituler en aucun cas, sans stipuler pour tous les patriotes « et pour leurs familles et leurs propriétés, un tel homme peut « seul nous tranquilliser , et déterminer ceux d’entre nous, «qui, par la nature de leurs fonctions, doivent rester à « Mayence en cas de siège, à ne pas abandonner leurs postes « et à s’exposer encore à tous les périls pour le salut de la « République. •
Suivent les signatures de tous les administrateurs, de tous les juges des principaux tribunaux, et des hommes les plus recommandables du département.
Je n’ai rien à ajouter à des faits qui parlent plus haut que les raisons. Je retournois en France après le dix-huit brumaire, lorsque je reçus à Worms la lettre suivante :
Le général Bonaparte , premier consul de la République ,
au citoyen Lahanal , commissaire du gouvernement dans les
quatre départemens de la rive gauche du Rhin.
« Les services importans que vous avez rendus à tant « d’hommes distingués, vous mériteront dans tous les temps « des droits à l’estime des hommes. Vous pouvez compter « sur le désir que j’ai de vous en donner des preuves, etc.»
L’approvisionnement des places fortes des bords
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du Hhin; l’établissement de la manufacture d’armes à Bergerac ; le dépôt de quatre mille chevaux dans la même ville; la navigation du Drott; l’établissement de dix-neuf écoles centrales dans les départemens, étoient une mine d’or à exploiter: je n’en ai pas retiré une paillette. En ce temps-là les dépositaires suprêmes du pouvoir pouvoient dire ce que Quinte-Curce fait dire aux soldats d’Alexandre, omnium victores, omnium inopes sumus, lib. ix. A l’expiration de ces fonctions, j’ai dû faire un honorable échange de mon travail contre un juste salaire; j’ai rempli longtemps la chaire de langues anciennes vacante à l’école centrale de la rue Saint- Antoine, par la mort de l’abbé Leblanc, membre de l’Institut. Ami de la retraite, sans adresse d’ailleurs pour me faire des prôneurs et des partisans, je me suis assis sur la dernière marche, comme la plus stable en soi. Montaigne.
4° Aux États-Unis j’ai fait honorer le titre de citoyen français. Nommé par le gouvernement de la Louisiane , président de l’université de cette belle et riche partie des États-Unis, je n’ai donné, longtemps après, ma démission volontaire, que pour me réunir à mes vieux amis composant la colonie française du Tombeckbée.
Le général Ciauzei m’écrivit de New-York, au Kentucky :
«Vous avez vu les généraux Lallemant, I.efèvre- « Desnoueltes , Pennières , Garnier de Saintes , etc.; « vous êtes le seul qui ayez bien opéré; il ne nous « reste qu’à vous imiter. »
Voici la lettre du député que les Français réunis à Philadelphie envoyèrent à Washington, pour stipuler leurs intérêts auprès du congrès.
Washington city, a5 février 1817.
Votre lettre du 3 de ce mois , mon respectable ami, m’est parvenue hier dans cette capitale du monde libre. J’ai été envoyé ici, par notre société, comme solliciteur près du congrès, et déjà par son décret du ai de ce mois, le sénat nous a accordé une partie de nos demandes, c’est-à-dire 92,160 acres de terre payables dans quatorze années sans intérêt; il ne nous faut plus que le concours de la chambre des représentans et l'approbation du président (ce dont nous sommes très-assurés, je parle du président) pour que ce décrétait les caractères d’une loi.
N’ayant point d’introduction auprès de M. Claye, je m’en fis une de la copie que yous m’aviez envoyée de sa lettre du mois de juillet dernier. Sa réception fut celle d’un homme qui se fonde entièrement sur la popularité et dont par conséquent tout l’art est de satisfaire sans s’engager. Hier matin , je le vis encore; je savais que vous lui aviez écrit , il en convint, me reçut mieux, mais me parla peu de votre lettre. Le soir je le rencontrai en société ;j’a vois alors reçu la copie de votre lettre de ce mois, et je le lui dis : Dans ce cas obligez-moi de me la traduire : j’ai honte de l'avouer, mais j’ai perdu mon français et je ne puis lire cette lettre. Il étoit alors onze heures du soir; à neuf ce matin, je lui ai porté la traduction de votre lettre , et il a pu se nourrir tout à son aise
de la lettre la plus flatteuse qu’il ait jamais reçue de sa vie , mais la mieux écrite et tellement bien , qu’en dépit de l'excès des louanges , le caractère le plus républicain est obligé de se soumettre et d’avaler la pilule. Il me dit en souriant : Vous méritez qu'on s’emploie pour vous; vous ne vous êtes donc pas couché? Vous êtes digne d’être l’ami de M. Lakanal , je ferai tout pour son ami. Ah ! quand j’ai déclaré que vous étiez le génie qui conduirait notre barque à bon port , et quand j’ai accoutumé chacun de nos membres à vous appeler le régulateur de la société, je n’ai fait que satisfaire à l’élan de mon cœur et à la vérité , etc.
Recevez l’assurance du dévouement sans bornes de votre ami respectueux,
PARMANTIER.