‹ Exposition abrégée du système phalanstérien de FourierChapitre 24 sur 37 · XV' THÈSE · texte numérisé non relu

XV' THÈSE

nismede l'homme est bon,notre organisme social est mauvais.—Dès lors le problème capital de la science sociale s'offre à nous sous la forme suivante :

Etant donné l'homme, avec les Energies de sa nature, appelées besoins, goûts, penchants, autrement dit, avec les Passions gui résultent de son essence et de son organisme, déterminer la forme de société qui satisfait ces besoins, emploie ces goûtspt ces penchants, coordonne toutes ces Énergies, utilise toutes ces Passions; enfin la forme sociale correspondante à la nature humaine.

De l'Antériorité des sociétés subversives.

Avant de rechercher, parmi toutes les formes possibles, cette organisation sociale déduite de la nature de l’homme, nous devons lever une difficulté qui se présente naturellement à l’esprit.

S’il peut exister, est-on tenté de dire, une société qui soit en harmonie avec la nature humaine, qui réalise le bien et le bonheur, pourquoi l’homme nel'at-il pas inaugurée dès les premiers jours de sa vio terrestre? pourquoi ce retard dans la Destinée heureuse ? pourquoi les douleurs et les misères qui auront précédé les beaux jours et les joies?

La solution de cette difficulté touche à une question supérieure, à celte question mystérieuse, si long-temps et si vainement agitée, de l’existence du Mal dans l’Ordre-uriiversel, formidable problème

DE D’ANTÉRIORITÉ DE DA SUBVERSION; 77 dont nous avons, dont nous donnerons la solution « priori claire et absolue, mais que nous ne pouvons traiter ici dans sa généralité, puisque ce serait sortir de notre étude sociale pour rentrer dans la théorie cosmogonique ou del’ünité universelle. Nous nous contenterons donc, en restant dans notre domaine spécial, de lever la difficulté par une considération à posteriori très-simple et très-facile à saisir.

Oui, disons-nous , nos douleurs et nos misères doivent se changer en richesses et en joies; oui, l’existence antérieure des sociétés pauvres, douloureuses, incohérentes etsubversives, ne détruit pas la possibilité d’une société postérieure harmonique et heureuse ; et même il est facile de voir que cette dernière devait être précédée etamenée par celle-là, et que cette antériorité est conforme à la loi universelle du développement des choses. ■ ■

En effet, l’existence d’une société harmonique sur la terre, d’une société convenante à la nature de l’homme , capable de répondre aux nombreuses exigences de son organisation, ne se conçoit qu’à la condition d’une immense création de richesses et de 1 moyens de satisfaction des besoins physiques, moraux et intellectuels de tous les hommes. Cette forme sociale qui doit investir l’humanité de la gestion générale du globe, de l’empire delà terre, exige donc un développement préalable des sciences, des arts, des procédés techniques de l’industrie, des connaissances et des inventions de toutes sortes, qui doivent être les instruments et les organes de son ac-'

78 IV e ■ THÈSE.

tivité utile et productive, de son travail sur la nature

extérieure.

Comment l’homme, avant la conquête de ces instruments et de ces moyens, eût-il assis sa domination sur le monde, façonné et réduit les éléments à son usage? comment eût-il fécondé, exploité, administré le domaine de la création? comment enfin eût-il développé les richesses de toutes sortes dont la surabondance est nécessaire à la satisfaction des besoins matériels, affectifs et intellectuels des individus et des peuples, et sans laquelle les intérêts et les passions ne sauraient s’accorder?

L’organisation de la société harmonique, telle que nous l’avons généralement définie, est donc subordonnée à la création préalable des instruments et des moyens de puissance de l’humanité, au développement des arts, des sciences, des forces de l’industrie. Il faut à l’humanité bien des tâtonnements et des peinespourapprendre à construire ses machines, ses vaisseaux, ses palais; pour former ses légions de praticiens, de savants et d’artistes; pour rassembler les éléments fondamentaux de sa prospérité collective et de sa puissance. Tant qu’elle n’a pas rempli ces conditions premières, elle n’est pas en mesure d’entrer dans sa vraie Destinée, de réaliser l’organisation sociale apte à satisfaire les besoins, à utiliser et harmoniser les passions de tous les membres qui la composent.

Ainsi, comme la planète, comme l’animal, comme l’être humain lui-même, l’humanité, qui est unÈtre vivant, d’un degré supérieur, a ses époques em«

DE D’ANTÉRIORITÉ DE LA SUBVERSION. 79 bryonnaires et son enfance. L’humanité ne peut atteindre l’âge de la force, la plénitude de la vie, qu’e'n traversant d’abord des âges d’ignorance, de faiblesse et de douleur. — Ces premiers âges sont précisément les temps des sociétés pauvres, incohérentes, incapables de répondre par des jouissances aux désirs de notre nature, de réaliser le bonheur dont elles doivent préparer lesinstruments, façonner et rassembler le matériel immense. Ces premiers âges sont ceux des phases que nous avons nommées subversives.

Ces phases se divisent en périodes successives désignées par les noms de Sauvagerie, Patriarcat, Bar.-, barie, Civilisation. — Celles-ci se distinguent par certains caractères spéciaux et particulièrement par les degrés progressifs du développement des arts, des lumières, de l’industrie, en un mot, par l’accumulation des instruments nécessaires à l’organisation des sociétés harmoniques. — Bien entendu, les idées et les principes comptent en première ligne parmi ces instruments de l’avenir et de la destinée heureuse.

Ainsi l’industrie, bornée, dans la période sauvage, à la chasse, à la pêche, à la fabrication des armes grossières, s’étend, dansla période patriarcale, aux soins des troupeaux. Les peuples barbares se livrent déjà à l’agriculture et commencent à fabriquer. Enfin la Civilisation développe les sciences et les arts, perfectionne les procédés techniques en toute branche, crée les grands moyens de communication et tous les éléments de la grande industrie. Dès.

Page 1