DE LA DUALITÉ SOCIALE
Les sociétés sontsubversives (fausses,incohérentes, oppressives) ou harmoniques, suivant que leurs formes sont en disconvenance ou en convenance avec l’organisme passionnel de l’homme, avec la nature humaine.
Il est évident, en effet, que si l’homme, avec ses énergies natives, si nombreuses, si variées, si puissantes, est destiné à une forme sociale où chacune de celles-ci trouve sa place, son utilité, son emploi, et concourt à l’harmonie et au bien,—il est évident qu’EN dehoks de cette forme qui seule les utilise et les rallie, ces forces passionnelles ne peuvent que discorder, se heurter, se choquer les unes contre les autres, réaliser enfin le désordre et le mal.
Dans cette conflagration générale, dans ce combat furieux de toutes les forces de la nature humaine, il ne peut être question que d’atténuer le mal ; et le seulmoyen d’atténuation, c’est de modérer, de con.r tenir, d’enchaîner ces forces. Aussi, dans les sociétés subversives, voyons-nous l’intelligence elle-même s’emparer du rôle répressif; et, se résolvant en acte, produire des systèmes de législation ou de répression externe, étayée de peines et de supplices, et des systèmes de morale ou de répression interne, étayée de flétrissures. Elle fait appel à tout ce qu’il y a dé puissance dans la passion religieuse,- et l’exalte par la crainte des peines ou l’espoir des récompenses des vies ultérieures, pour obtenir le sacrifice ou la compression des autres passions de la nature. En un mot, elle organise la contrainte à tous les degrés et' sous toutes les fîmes: contrainte physique, contrainte
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morale, contrainte religieuse. Et comme la contrainte du code pénal est, après tout, la plus nécessaire^ la plus efficace, il est vrai de dire que le bourreau est la pierre angulaire des sociétés subversives. — Dans ces sociétés l’homme n’est pas libre.
Dans la forme sociale harmonique, toutes les passions que l’hommè tient de Dieu sont utilisées ; les impulsions se coordonnent au bien général et se dirigent sur les travaux et les œuvres que l’intelligence sociale propose à l’activité des individus. — Lés prisons et les échafauds ont pu sans danger disparaître; — il n’y a plus à morigéner les hommes avec des moralités pédagogiques, entraînés qu’ils sont à toutes les vertus sociales par les séductions même du plaisir, par la puissante voix de l’enthousiasme et du bonheur. —La religion enfin, dépouillée de son voile noir, de ses habits lugubres, a renoncé à ses pratiques austères et cruelles, à ses mystères de rigueur, .à ses condamnations et à ses anathèmes : — couronnée de fleurs, parée comme la nouvelle époiise ; elle chante au ciel, d’un pôle à l’autre, les saints et joyeux cantiques de la reconnaissance, du triomphe et de l’amour; car le royaume de Dieu et sa justice sont enfin établis sur la terre.
La loi de contrainte , — qui opprime la nature humaine dans les sociétés subversives, — est remplacée par la loi d'allrail , à laquelle tout être obéit avec bonheur dans la plénitude de sa liberté. — L’homme est donc vraiment libre; et les harmonies sociales étant régies par l’Attraction passionnelle, de même que, dans un autre ordre, les harmonies molé-
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Gulaires.planétairesoustellaires sontrégiespar l’Attraction matérielle, l’humanité fonctionne alors conformément à la loi supérieure qui gouverne les choses; elle entre enfin en rapport vrai, en unité avec l’univers.
Dans cette transformation, les passions n’ont pas changé de nature, seulement de nouvelles circonstances les environnent, de nombreux et magnifiques essors leur sont ouverts. La nature de l’hommeest restée la même; le milieu social a été modifié et approprié aux exigences de cette immuable nature. Ainsi, les mêmes molécules aériennes tantôt s’agitent en affreuses tempêtes, se déchaînent en ouragans destructeurs ; tantôt soufflent en brises parfumées et légères, enflent les voiles de nos grands navires, rafraîchissent nos campagnes ou leur apportent des pluies chaudes et fécondantes. Ainsi encore, les mêmes éléments qui mugissent et bouillonnent déchaînés dans le chaos, produisent au jour delacréation lescontinents et les mers et leurs sublimes harmonies, les plaines, les forêts, les montagnes verdoyantes , leurs lacs et leurs rivières, leurs habitants et leurs fleurs.
Il résulte des considérations précédemment émises sur la nature de l’homme, sur sa Destinée et sur les différentes sortes de sociétés dans lesquelles il peut être engagé, que le mal n’est pas inhérent à l’Être de l’homme, mais seulement aux vices des constitutions sociales, qui, au lieu d’utiliseret de rallier les forces de cet Être, les mutilent, les froissent, les irritentet les arment les uns contre les autres. L’orga-