A CE DÉVELOPPEMENT
Nihil eœ nihilo; nihil in nihilum. Rien ne peut sortir de rien ; rien ne peut rentrer dans le néant.
C'est de ce principe qu'est parti Montgolfler , qui semble avoir entrevu déjà Tune des données essentielles de la théorie moderne. C'est de ce principe qu'est parti le Dr. Meyer de Heilbronn, qui, le premier incontestablement, a formulé le terme A^équivalent méccmique de la chaleur. Ce terme, aussi expressif qu'heureusement choisi, marque le commencement d'une ère nouvelle dans la science, et il demeurera , parce qu'il n'implique aucune hypothèse , parce qu'U indique seulement une relation nécessaire qui existe entre deux ordres de phénomènes, si distincts en apparence, qu'ils étaient conflues dans deux sciences de noms différents.
Deux réflexions critiques doivent cependant s'être présentées déjà à l'esprit du lecteur.
Sans nous occuper un seul instant de ce que c'est que le Calorique, et en partant seulement de ce fait évident , c'est que ce que nous nommons chaleur est capable de modifier la forme des corps , et de nous donner ainsi du travaU mécanique; nous sommes arrivés à
condnre qu'il doit nécessairement disparaître (au moins en apparence) une quantité déterminée de chaleur chaque fois que Taction de cette chaleur sur un corps produit du travail. Mais une telle conclusion ne nous force-t-elle pas , malgré nous , à nous former une idée nouvelle sur la nature de la chaleur? Cela est évident. On assimilait autrefois le calorique à un principe capable de pénétrer les corps et de les dilater, mais d'ailleurs toujours et partout semblable à luimême « et par là même susceptible seulement d'être concentré ou dispersé plus ou moins. Une teUe interprétation est désormais insoutenable , et demande en tout cas à être grandement modiQée. Aussi y a-t-on de suite substitué plusieurs autres hypothèses : pour un grand nombre de physiciens la chaleur n'est plus qu'un mouvement particulier des molécules ou des atomes mêmes des corps ; pour d'autres elle est un mouvement de Téther. Je montrerai de mon côté, et sous la forme la plus élémentaire, que le calorique doit être considéré comme un principe à part , capable de déterminer dans la matière des eflTets statiques et dynamiques, mais sucseptible aussi d'un mode de manifestation très différent qui nous le fait apparaître comme chaleur ; je montrerai , en un mot , qu'il peut se manifester alternativement comme force, et conmie agent thermique.
Mais ce qui est évident, et c'est la seule chose que j'aie dû prouver pour le moment, c'est que la théorie mécanique ne dérive d'aucune de ces interprétations, quelle que soit leur.valeur intrinsèque. L'examen critique de ces hypothèses et de ces interprétations, si élevé qae soit un tel sujet, doit donc suivre, et non précéder, l'étude de la théorie d'une part, et la vérification de la théorie par les faits d'autre part. Un principe supérieur d'équilibre domine les hypothèses, qui sont condamnées à y satisfaire , et domine la théorie , à laquelle il sert de véritable base. C'est ce qui doit paraître maintenant évident à tout le monde.
Mais ici se présente, comme je l'ai dit, une seconde réflexion critique à laquelle il importe de répondre de suite sommairement, et dont l'examen approfondi méritera de faire le sujet d'un chapitre spécial.
À Taide d'une démoDStration tout À lait élémenlaire appuyée, exolrusivement sur oe pnncipe : « quMl ne peut se peaduife ni fie perdre spontanément de travail dans la nature » , nous sommes arrivés d'une part à Tune des affirmations les plus remarquaUes de h physèque moderne, et 'd'autre part à la constatalÀOB d'une des pro{»iétés les plus essentielles des gaz (et, «pourbien^dine,. de tous les corps); nous avons reconou que, quand raclâoQ de la chaleur nous donne du travail rmëcanique, il faut qu'il disparaisse une part de chalettr proportionnelle à oe travail ; nous avons reconnu suissi que la c^acité calorifique des gaz ne peut dépendi*e que parlîeileaieat de la pressîoiQ.
Mais, dira-^tron, ce principe général d'équilibre n'est pas oeuf; il a été accepté impUottement comme vrai à partir de Newton. S'il mène d'une mamëre si directe à deux des données les plus capitales de la physique, comment se faii4l donc que la théorie mécanique de la chaleur mi une doctrine toute luodûrae? <Ie principe aurait-il par hasard été méceonu dans la scienœ ?
n est clair que cette dernière question ne saurait être posée sérieusement. Il serait puéril de vouloir prouver qu'aucun (des grands géomètres du siècle dernier^ cm du comBiencemeDt ide celui-ci, n'a douté du principe de la conservationdes forces vives; et, à dire vrai, œ sont eux qui lui ont donné sa solidité réelle. Pour ne nous en tenir qu'à ceux qui se sont occupés de physi^ que mathémaiiique, il est certain que ni Lai^ace, ni Poisson (quoi*qu'en aient dît quelques auteurs modernes), ni Carnot et dapeyron qui, les premiers , ont fondé une théorie mathématique des effets dynamiques de la chaleur, n'ont jamais ^pensé un seul instant qu'il puisse se perdre quelque chose dans la nature ou s'y produire quelque chose spontaaaément. Les deux d^*niers mathématiciens avaient même constamment présente à l'esprât l'impossibilité du mouvement perpétuel. Aucun de ces grands esprits n'aurait admis qu'un principe aussi supérieur aux faits puisse jamais être dominé par les laits, et en «recevoir un démenti, liais
0» qalls fensBîmt, «I avec mison, €*e8t qu'un principe très vrai peut «tre mal a^liqué, et que ce a'est pas toujours parce qu'il semble cootraiFe à oertaiîQS faits •qu'on esft en émt ée Teijeler ceas-d, avant d'avoir fait Ions les efforts possiUes pour tes w^ cîiier avec ce principe.
Notre démonstration élémentaire est très bdie, augourd'bm que les expériences les plus simples de M. Joifle d'abord, et de heanotap d'autnes observateurs ensuite, ont mis an jour la proportieniBiîté du travail jnrec la obaleur qm apparaît ou disparaît, et qm les belles rediepctes de IL Begnanlt ioot ppouvé que la ca» padté des gaz «est à feu prés invariable ; mais il ne faut pas OQbiier qu'à l'époque oA GamDt(1824K et ensuite da^eyron, ont écrit kurs beaiis tcavaux, la permamence du Calorique, ^omme dialeur, semUait vêi des laits les plus inattaquables de la pliysiqie : ots deux anlystes ont donc pe^trétre rendu plus de ser^ vil» à la science an ^épniflant tout <ce qm pravait étretemfeixmtr la Goncttation idu pnneipe avec le fait présumé juste, iqu'en rqjetant celui-ci é priori.
Quoiqu'il en soit, c'est A cette prudence, peutnâtre exagérée, ât ce respect pour un Hast qm n'en était fos im, qu'est (due indubitaUement la durée d'une doctrine, inexacte sous plus d'un sappcoît.
Après cette espèce de justificatiooL de la persistattoe de cette doctrine» él iaiporte de bien foire ressortir une différence easentidle qui eiSste entre elle et la doctrine moderne qui s'y «est sabstitaée. Tandis que la deniiàre a pour oonsé(iumGe des hypoftèses fflouvelles, sur la natuBe «du Caloricpie, aiaqueUes elle nons forteA recourir, la première au contraire, il fsut bien le dire, Fqx>8ait réellement sur une bypdthèoe.
La :permaneace du Calorique, comme ppindpe ide xihalear, ne devient mi fait nécessaire qu'à la condition que Ton assiimle la ctudear à quelque chose die matériel qui s'ajoute aux >corps ou (pd s'en letrancbe. Dans €e .cas, le fait est au «oins aussi impé-
ratif que celui de la conservation des forces vives, car on ne peut pas admettre que quelque chose puisse cesser d'être, ou prendre naissance là où il n'y avait rien antérieurement. Mais, on le voit, une assimilation semblable n'aurait jamais dû ôtre tenue que pour ce qu'elle est, pour wne hypothèse ; et, il faut l'avouer, pour une hypothèse qui n'a jamais été à la hauteur des faits expérimentaux connus.
Ces considérations étaient nécessaires pour légitimer la tentative si heureuse des premiers fondateurs de la théorie moderne ; elles présentent d'ailleurs cette tentative sous son côté véritablement élevé. En effet, dans les sciences, c'est faire bien plutôt preuve d'audace que de véritable perspicacité, que de s'en prendre à un fait, bien ou mal observé d'ailleurs, en vertu d'une idée préconçue, juste ou fausse d'aiUeurs aussi, et quelles que puissent être les conséquences d'une^ telle négation. C'est faire preuve, au contraire, d'une pénétration judicieuse et élevée, que desavoir analyser les faits, de manière à distinguer ceux qui méritent réellement ce nom de ceux qui n'ont que l'apparence de faits et qui sont au fond des suppositions, des hypothèses.
Nous avons vu quelle est l'affirmation fondamentale de la théorie mécanique ; nous avons vu d'où dérive cette affirmation. Est-ce là tout ce qui doit nous occuper dans la partie historique de la doctrine moderne ? Assurément non.
C'était certes faire faire un pas immense à la science, que de montrer une corrélation nécessaire entre la chaleur et la force motrice ; l'expression même d'équivalent mécanique de la chaleur marque le conmoiencement d'une ère nouvelle. Mais, il faut bien le dire, c'est là le point de départ d'une doctrine, et non la doctrine elle-même ; on tomberait dans une exagération singulièrement injuste en voulant s'arrêter à ce point. Une citation de l'ordre le plus élevé, et, d'ailleurs, sous plus d'un rapport appropriée au cas qui nous occupe, va nous le faire comprendre.
Pour la masse du public qui s'intéresse aux sciences naturelles
sans en avoir pourtant autre chose que des notions superficielles, la gloire de Newton se résume dans la découverte de la gravitation universelle. L'histoire anecdotique nous montre ce grand homme assis dans son jardin, et goûtant un moment de repos, de rêverie : une pomme tombe d'un arbre, le rêveur devine qu'elle est attirée par la terre, et le génie réveillé devine aussitôt que la terre doit attirer la lune, que le soleil doit attirer la terre. D se peut que tel soit en effet le point de départ, le germe de cette prodigieuse conquête de l'esprit humain. La découverte de l'attraction réciproque, à distance, de deox points matériels est certes un pas de géant, mais on peut affirmer que si Newton n'avait fait que ce pas, la partie du public pour laquelle son génie s'y résume ne le connaîtrait même point.
Que dis -je ! Robert Hook avait assez nettement formulé déjà l'attraction universelle; il avait deviné juste, aussi : ce nom pourtant est tombé dans l'oubli. Oubli injuste, sans doute, si, en histoire, on ne veut faire que de la chronologie; plus juste peut-être si, avec raison, on s'attache un peu moins à* une découverte en elle-même, et un peu plus à la manière dont le génie l'a élaborée, aux conséquences qu'il en a tirées. A ce point de vue la gloire immortelle et incontestable de Newton, c'est son Lwre des Pri/ndpes, où il a prouvé analytiquement comment tout s'enchaîne dans le mouvements des corps, à l'aide de ce qu'il appelait prudemment lui-même une.hypothëse, et où, on peut le dire par rapport à l'homme, il a donné la loi aux astres.
L'exemple que je viens de dter s'applique, en bien des points, à l'historique de la théorie des effets mécaniques de la chaleur; il s'y apphqne au double point de vde de l'appréciation des faits et du récit chronologique, mais avec des différences qui caractérisent non seulement les faits eux-mêmes, mais les époques.
Le Calorique avait été très bien étudié déjà en partie à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci ; il avait été employé défjà à nous fournir de la force motrice à l'aide de la vapeur; il avait étéétudié, môme dans ses effets mécaniques, par Gamot etClapeyron.
H semUe quH n'y ait plus eu ici possibUité de Êdre une découverte qui puisse luôma de*kttn se coiarparer àà celle de la gravitatioa. Gepcuïdaiit il est clair que par ce fait mâne cp'ou admettait la parsisr teoce indéfinie d'une zoéme quantité de chaleur, cette cbala*v eessail impUcrteanent d'être la cause directe du laouvesient qu'ott m ebt&* naii : l'existence et la masifestatien de la Force caloriii{ue se ea* chaient en quelque sorte da&s Tintermédiaire qid servait à obtenir le travail ; ainsi dans les machines à vapeur, cornai le nom inême l'indique, c'est la vs^ur qui figure comme la source du oioavemevl de la machine, et non la chaleur qui produit la vapeur. L'expression même d'équâvaleut mécanique, au contraire, en établissant entre le calorique et ses effets dynamiques les relations immédiates de cause à effet, est venue doimer au calorique son véritable titre daosi la nature : le titre de Forgb» quelles que soient maintenant les idées qu'on $e lasse de la nature de cette Force en partieulief , et de la FoME en géfu^al. L'introduction de ce terme dans; la science constitue donc une découverte immmse, et tout à fait a^ialogue à celk de la gravitatios.
Après ave» ainsi rendu justice à. cette coaquète, après en avoir montré la gcande«r, il est de notre devoirt pour continuer à rester juste, de reconnaître que ce n'est pas elle seul» cpn eoo^ titue la valeur totale de la doctrine moderne.
De mteae (pe la découverte de la giaivitatioa n'eût porté aucmtfmfît si le génie de Newton n'avait pas su montrer, à L'aide i» Vwdjst mathématique, l'accord parfait des eonséquenœs de cette déoooverte avec les faite conuus, s'il n'avait ^ même temps donné aux sdenees exactes le plus puissant des instruments inteUectu^, le seul avec lequel il eet possible de tirer parti.de la découverte, le caleul infinitésimal en un mot,, de même l'idée d'un éqtkwaient méeam^ qmde la chaleur; l'idée tfassiimler la cbaleur à un« Forcze, Uki restée à rét£^ de lettre morte, si quekpies anal^istes ésHBMts. ne. l'eussent rendue féoondie^ w y appUi{aut L'instrument, mattaér matique dé)ià si puissant, majs encore, penfectioâuié par eux, et si.
d'aa autre côté, les (Aeervateurs ne s'étaient pas ims bravemeai à Térifier «ne à une toutes les inducfioiis de bt théocie.
1 est une remarque qui nous frappe dans l'examen du développement des deux doctrines. En astronomie, Febservatîon dîre'cte, WeH qrfapproxinmtfre d*abord, d'un grand nombre de faits, avait précédé la théorie, pras a constamment marché de front avec elle et, dans le début, n'a été devancée par elle, qu'en de rares occasions. Ainsi le génie de Newton lui-même avait été arrêté par certains phénamèfies de perturbations des mouvements des corps célestes, qui Farvaient portée A croire que notre ffionde- solaire tomberait dans le désordre et la ruine , sî la volonté de Siesr ne venait de temps à autre rétablir Tordre et l'harmonie. Ce n'esl guère que vers l'époque de Laplace que l'éqmlâve s'est établi dans la science entre les faits, de plus en plus précis, conquis pour l'observation, et lesdionnées de plus en phis rigom^uses aussi de la théorie. Bn physique, au contraire, lattiéDoe, dans son début, a rapidement devancé les faits cormu^, et a souvent attendu assee loisgtemps la confirmation expérimentale dé ses aiirmatiODs. Ainsi, bien avant que te fait n'eût été observé, l'^nahfse avait prouvé que la vapeur d'eau qui se détend, sans addition ni soirtraction de chateur, doit partiellementse condenser. H fautméme l'avmier, la théoriea été sravest entravée' par des expériences, non soflisammrat exactes , qui lui semblaient contraires. Les raisons de cette'difâFeBce singulière sont très daires. D'une part, Fastronemie â^ihservatto» est une ssienee universelle par rapport aux hommes , c'e8l4-dire queâe est, dans de certaines limites', à la portée* du gratd nembre; la marche des saisons, leskmaisons^lesécHpses, etc.^ peuvent, avec une certaine approximation, être étudiées directenenlpar chacun. Laphyaiqpie, ai contraire, est une science à la portée d'an petit nombire d'individue. Aussi, tandis qu'on ne saurait, sms irqiastice, contester à Fantiiquijté' «n certain nombre d'observa^ tioBs célestes approximatives, peut-on hardiment affirmer que la piqsûpe propfemeat dile n'a pas un siècle et demû d'existence. I>'aatre part^ Vaaabfse mathématique est ineontestaUemem d^un
nianiement beaucoup plus diiDcile dans Tétude des effets de la Forge GRAviFiQUE que dans celle des effets de la Forge calorique ; au contraire une bien plus grande exactitude expérimentale est possible dans la première que dans la seconde science ; tandis que Tastronome appelle approximatives des observations justes & un millionième près, le physicien s'estime fort heureux, quand il est sûr, au millième près, dans ses recherches sur la chaleur, par exemple.
n est une autre différence qu'il importe de signaler maintenant, bien moins pour elle-même, il est vrai, qu'à cause des conséquences que nous devons en tirer. La découverte de la gi^vitation universelle et une partie essentielle des immenses résultats auxquels elle a conduit, ont été saisies par le génie d'un seul homme. Newton a tellement devancé et étonné son époque, qu'il s'écoula un bon nombre d'années avant que d'autres analystes osassent le suivre et pussent espérer ajouter quelque chose à son œuvre. Il n'en a pas été ainsi quant au développement de la théorie mécanique de la chaleur. L'idée, présentée sous une forme si frappante et si nette par le D*" Meyer, a été presque simultanément accueillie et fécondée par plusieurs analystes, et étudiée expérimentalement par plusieurs observateurs. Nous n'avons point à nous occuper des raisons de cette différence, qui sont d'ailleurs d'un ordre beaucoup plus élevé qu'on ne pourrait être porté à le croire d'abord; nous ne devons faire ressortir que les modifications qu'elle force l'historien & introduire dans im exposé du développement de la science, pour peu qu'il veuille rester juste.
D'après wie tendance qu'ont eue presque de tout temps les personnes qui s'occupent de l'histoire des sciences, tendance qui est poussée i l'excès chez les biographes de nos jours , la date d'une découverte soit expérimentale, soit -théorique, serait le seul élément dont il y aurait à s'occuper ; c'est elle qui constituerait en quelque sorte tout le mérite de la découverte , au point de vue de la person-
nalité de son auteur ; de deux hommes qui s'occupent d'une même question à l'insu l'un de l'autre, celui-là aurait tout le mérite qui aurait pu le premier officiellement faire connaître ses recherches. Le résultat immédiat d'une semblable critique historique, c'est de convertir l'ensemble des travaux scientifiques en une espèce de course au clocher, où chacun est obligé de se h&ter, pour arriver avant tout autre, s'il ne veut être dépouillé du fruit de ses peines et de ses réflexions.
Nous n'avons pas à nous arrêter à ce qu'il y a d'absurde à faire ainsi dépendre le jugement qu'on porte sur deux penseurs ou sur deux observateurs s'occupant consciencieusement d'un même siqet, de ce fait que l'un a devancé l'autre de qudques instants dans la même découverte : fait souvent fortuit, reposant sur les circonstances où chacun se trouve; dépendant pour l'observateur, par exemple, du plus ou moins de célérité que mettra un opticien à lui livrer un thermomètre, une balance, etc. Ce que l'on peut affirmerhardiment» c'est qu'il n'y a peut-être pas une seule découverte, de quelque espèce qu'elle soit, qui puisse être attribuée exclusivement à un seul homme; c'est que presque toyjours une idée neuve se manifeste chez plusieurs penseurs de la même époque, mais sous des formes différentes, plus ou moins nettes, plus ou moins complètes ; il devient ainsi souverainement iquste de tout attribuer à l'un aux dépens des autres, en vertu d'une question de moment. Cette considération, mortifiante , si l'on veut, pour nos vanités isolées , est au contraire consolante quant à l'idée du progrès continu des connaissances humaines, qu'elle rend plus indépendant de l'action unique de telle ou telle individualité ; elle modifie la t&che de l'historien, et si elle ne la facilite pas, elle lui donne en tous cas un caractère beaucoup plus élevé. Le devoir réel de l'historien sensé est, en effet, non de constater quelle est la date de telle ou telle découverte, ni quel est celui qui l'a faite un jour avant un autre, mais de chercher soigneusement quels sont ceux qui l'ont faite conciencieusement et indépendamment les uns des autres, et d'apprécier le mérite de chacun
(Faprès la forme de son œuvre. Br s'élevast au-ciessus d» skofie cltroitHiueBr , pou? se peser eomme critique et comme juge, l^bisteriea remplit un rôie évidefnment plus neMe, plus utile, qui suppose, il est Trai , la connaissame approfondie de la science dont &tt vent tracer le progrès, mais qui pourtant n'est pas plt» diificile au fond que eelui de compilateur fidèle de dates, et qui tend à ramener Teii^ tente et la, concorde entre des hommes que des vanités injustement froissées ne divisent que trop souvent. La découverte du cateul infinitésimal, en le sait, a donné lieu entre Newton et Leîbnitz à une diseussion de priorité, que les contemporains de ces grands bommes ont poussée parfois jusqu'à racharnemeot et l'injure. Dans ces derniers temps^ Ârago a ciserehé à prounrer que la priorité appartient â Fermât : après avoir dépouillé Newton pour Leibnits et Leibnita pour Newton, £audra*t-i]i maintenant les spolier tous deux au nom de Fenna/t? Au poir»t de vue des àates peut-être; à toul auAre point de vwv ce qui est évident, c'est que si les biopaphes de Leibnîtt et de Newton avaient bien étudié ce qui faisait l'objet de leurs querelles, ils eussent promplement reconnu qu'une part égale revemit à ces deux graoâs génies, quiavaient,^ chacun de son oôté, cooqins à la science l'instrument intellectuel le plus puissant dont elle dispose jusqu'ici : les notations employées, le point de départ méta^physique V la méthode en dle-Eième, font teltemenl différer tecateui infinitéslBoal de Leibnitz^ du caicul des flucPkms de Newton^ que des biographes ignorants ou de mauvaise foi ont seuls pu avoir le soutpçon d'un plagiat, ou eomnettre l'injustiee de tevnir' la glaire de Fun de ces penseurs pour accroître celle de Fautre.
Les considérations que je dével(^)pe ki, et que je viens d'appuyer sur un exemple célèbre dans 1- histoire de h science , treoraentr comme je Tai dit, l'application la plus nécessaire et la plue entière dans Vhistarique de la théorie de la chaleur. Il est peu de branches des sciences à l'avancement des qioelles s'aient concouru, presque simittttanânettt, un plus grand nombre de travailteiirs. Malgré b facilUé des moyens de. publication, et par suite de la nouveauté!
même de l'idée première et de la rapidité de âon Mveloppeiœnt, les observateurs et les analystes ont pu, à l'insu les mis des antres et très loyalement, s'occuper d'un même siget, et, au point de vue si peu important des dates, se croire, les uns ou les autres, des dvcât&i la priorité pour \iSB questîoa d^ résolue par un autre.
Telle expérience, qui a fait bruit cbez nous, était déjâr coonve à Maxicbester ou t Glascaw depuis trois o«l quatre années; lel âiéorëaae important, mis ea lumière en AUen^gne, avait déj^, quelques mois plus tôt, vu le jour en Angleterre. Gomme une même expérience faite par deux (d^servateurs diSérents est presque toujours exécutée avec des procédés diféreots ; coiasoe une même question aaalytiqiae traitée paor deux matbémaitîcieos porte, toiqour» l'empieinte particulière à l'esprit de chacun , la scicAce n'a pu que gagner ^ ces répétUiofns so«s de nouvelles for jaes ; et comme cellesci <»^ été loyalement faites, l'historien aura qudqueebose de mieux à faire que de s'arrêter exclusivement aux dates et à la priorité, rajioote ici en pa&saat que c'est hwaii ainsi que la.questioR a été comprise par les quelquee anatystes. éoninents qui, ea Allemagne et en Angleterre, ont en iréaUté fead^ la partie mathématique de la théorie; il serait, je croisv difficile, de tirewer un plus bel exemple d'esprit de concorde pour l'avaBcemeot de la science, ei œ même temps de bienveillante urbanité entre des hommes qui se sonit occupés d'uie même ({oestioa, et qui la résolvaient, souvent piesipie siBuiitanément, sous ses diverses focraes.
& ne m'appartient nullement de faire l'historique de la théorie mécaniqueau point de vue que je viens d'indiquer, et de me poser, par suîta, comme juge de ce qui a été fait. Je crois cependant être utile MX tecteftTS. qui s'int^*e»ent à l'étude naérne du dév^oppement des sciences, en donnant une table un peu détaillée des» divers travaux dans l'ordre où ils ont été publiés. Une aoalyse compaorative de ces dernières serait certes énûnemment utile, et devra être faite im jour : mais, on le conçoit, elle pendra, i elle seule tout un volume.
TITRB ET SOMMAIRE DU CONTENU DES PRINCIPAUX OUVRAGES QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉS SUR LA THEORIE MÉGANIQUE DE LA CHALEUR.