‹ Exposition analytique et expérimentale de la théorie mécanique de la chaleurChapitre 56 sur 72 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES ET CRITIQUES SUR LES THÉORIES PARTICDlIiRES DES DIFFÉRENTS GENRES DE MOTEURS CALORIQUES.

A la suite du beau chapitre de Zeuner sur les propriétés de la vapeur d'eau saturée, à la suite de l'exposé à la fois théorique et expérimental que je viens de faire des propriétés les plus essentielles de la vapeur surchauffée, plus d'un lecteur, sans doute, désirerait trouver, à titre de vérification encore plus complète, sinon une théorie succincte des fonctions de la machine à vapeur, du moins un certain nombre d'applications des diverses données toutes scientifiques auxquelles nous "sommes parvenus. Dans les expériences variées que j'ai faites sur les divers systèmes de machines à vapeur, on conçoit que j'aie dû recueillir une foule de données qui rentrent plus ou moins dans l'ordre des problèmes qui ont été étudiés successivement dans ce livre : en ce sens donc l'attente du lecteur semble encore plus légitime. Loin d'y répondre cependant, je vais faire précisément tout le contraire; je vais prouver qu'une théorie réellement exacte et scientifique d'un moteur à calorique quelconque est à tout jamais impossible, et que ce que l'on a fait, ce que l'on fera dans l'avenir, ne pourra jamais être considéré que comme une approximation, utile certes à un point de vue technique et industriel, mais dénuée du premier caractère que doit présenter toute théorie, celui d'être,

sinon correcte dans les résultats numériques, du moins rationnelle dans son origine.

Mon but est encore ainsi d'appuyer la théorie mécanique, mais sous une forme inattendue, peutrétre, du lecteur. Partout où cela m'a été possible, je me suis efforcé de montrer à quel degré remar-* quable les données de cette doctrine concordent avec celles de Texpérience. Mais il ne suffit pas, pour assurer Texistence d'une théorie, de prouver qu'elle satisfait à l'interprétation des faits : il faut encore prouver qu'aucun fait ne la contredit, il faut surtout la mettre à l'abri des contradictions qui ne sont que spécieuses, et n'ont absolument pour elles que l'apparence.

Les physiciens, les ingénieurs qui se trouveront dans des conditions favorables pour expérimenter sur la machine à vapeur, voudront indubitablement constater dans quelle mesure les calculs faits d'après la théorie mécanique sont plus corrects que ceux que l'on tirait des anciens principes de la physique. S'il m'est permis d'en juger par ce qui m'est arrivé maintes fois à moi-môme en pareil cas , ils arriveront fréquemment à croire que la théorie mécanique se trouve radicalement en défaut : un examen sévère et attentif des phénomènes étudiés leur prouvera toujours que leur jugement était trop prématuré, et que c'est lui qui se trouvait en défaut. C'est cet examen que je vais chercher à faciliter à l'avance, sous une forme tout-à-fait générale.

L'espèce de travail critique que je vais présenter dans une partie de ce chapitre aura ainsi, je l'espère, une utilité plus grande, à bien des égards, que la démonstration expérimentale, mais limitée, que j'ai donnée dans la troisième partie.

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