‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 1 sur 66 · L.iï · texte numérisé non relu

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AVANT-PROPOS

Il m’est facile d’indiquer au lecteur le but auquel je me suis proposé de parvenir.

J’ai voulu, dans cet ouvrage, étudier une organisation que des travaux multipliés n’ont pas fait complètement connaître, et présenter à l’examen quelques points de vue obscurs encore , ou même inaperçus.

On pourra penser , qu’après tant d’observations publiées jusqu’à nos jours, il est plus qu’imprudent de se placer sur un terrain parcouru par les hommes les plus éminents qui ont éclairé la science depuis Fracassati jusqu’à nos jours ; mais comme il n’est point un de ces hommes qui n’ait avoué ce qu’il y a d’incomplet dans l’œuvre qu’il a produite, et qui n’ait regretté de laisser à ses successeurs d’énormes amas de matériaux ignorés, je me crois excusable d’avoir osé recueillir plusieurs remarques sur la route difficile qu’ils ont suivie.

Si j’abordais un autre sujet, je penserais être moins obligé de rendre compte des habitudes que j’ai suivies pour étudier la matière; mais, dans les investigations que j’entreprends, ces habitudes ont une trop grande influence sur les vues personnelles, pour que je doive m’abstenir de parler de celles que j’ai toujours conservées, et à l’aide des-

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quelles les faits que j’expose ont pu m’apparaitre avec l’évidence la plus complète.

On a trop souvent fait précéder l’observation des organes des animaux , par des idées antérieures à toute recherche ; et alors, on a pu malheureusement être conduit à forcer les travaux anatomiques de servir d’appui à des conceptions prématurées. Plus d’un ouvrage s’est ainsi terminé, riche en apparence de faits, mais n’offrant en réalité que des matériaux trop peu cohérents pour résister à l’analyse.

Peut-être suis-je tombé dans des fautes plus graves encore, mais j’ai certainement fait de grands efforts pour éviter l’écueil que tout le monde signale^ et que peu de personnes évitent.

J’ai commencé ces travaux en me séparant des théories enseignées sur la matière, j’ai voulu pendant longtemps les oublier toutes; et ce n’est que lorsque des épreuves multipliées m’ont obligé de me former une opinion, que je me suis replacé vis-à-vis des idées actuellement reçues , prêt à reconnaître ce que l’étude devait m’obliger d’accueillir dans les travaux antérieurs aux miens, prêt également à repousser comme douteux ou erroné ce que mes recherches me défendaient de croire.

Il est difficile à qui que ce soit de contrôler assez ses propres œuvres pour être juge de leur importance ; aussi en soumettant ce travail à l’examen, je n’ose rien préjuger sur sa valeur scientifique, j’affirme seulement qu’il n’est point une œuvre d’imagination. C’est le fruit d’une tâche pénible que je produis, c’est le sillon d’un manœuvre que j’achève.

Si , malgré mon désir, ces recherches ne peuvent conduire à faire accepter une manière de voir nouvelle, je souhaite au moins qu’elles offrent quelques remarques capables d’attirer l’attention des anatomistes, et que surtout on veuille penser que je me suis étudié autant qu’il m’a été possible de le faire à traduire simplement la nature. Une théorie de plus n’eùt point augmenté la richesse de ses détails et l’intérêt qui leur appartient.

Nulle autre matière ne doit mieux que la matière nerveuse se prêter

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à la hardiesse de toutes les imaginations; en raison du peu de solidité des éléments qui la composent, tout en elle change rapidement après la mort , et les contacts même les plus légers en altèrent les formes ou les font disparaître ; aussi , combien ne faut-il pas douter de la certitude des résultats obtenus par quelques observateurs, lorsqu’ils veulent étendre l’encéphale, soit avec la pression des doigts, soit à l’aide de divers artifices plus ou moins grossiers , dans l’intention de suivre ce qu’ils nomment des fibres, et dans le but d’en déplisser, comme on ledit, les expansions? N’est-ce pas une vicieuse manière d’étudier une organisation que de commencer par la rendre méconnaissable ?

Il est malheureusement peu de savants, même parmi les plus expérimentés, qui n’enseignent encore sous nos yeux comme les meilleurs parmi les procédés à suivre, ceux qui, précisément, sont les plus capables de faire disparaître le caractère de la structure des parties.

Rien ne doit plus conduire au doute, ou servir à propager l’erreur, que ces préparations grossières qui modifient complètement la matière, lors même qu’elles ne la détruisent point absolument: tel soutient que l’encéphale est lamelleux , le fait bouillir dans le vinaigre et démontre les lamelles séparées comme les feuillets d’un livre ; tel prétend qu’il est fibreux , le plonge et le fait macérer dans l’alcool et y découvre des apparences de fibres; tel autre voudrait assurer qu’il est granuleux, pourrait le faire bouillir dans l’huile, et verrait certainement la matière se séparer en granulations irrégulières. Autant de procédés différents, autant d’erreurs produites, ou pour le moins autant de doutes jetés à la discussion.

M. Tiedemann lui-même, cet habile anatomiste, met en pratique une de ces préparations que je rejette, et la conseille par son exemple : « En ouvrant la pie-mère à la huitième semaine de la conception, je )) vis, dit ce savant ( du cerveau traduite par Jourdan,

)) pag. 19, ligne 3), s’écouler la substance blanche et pultacée du )) cerveau, qui avait la consistance du blanc d’œuf : comme l’extrême » mollesse de cette substance s’opposait à ce que j’approfondisse la )) structure de l’encéphale et de la moelle, j’essayai de lui faire ac-

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)) quérir plus de solidité par l’immersion du corps entier de l’embryon )) dans l’alcool, etc. )) Cette citation, que je fais à dessein, prouve que l’homme d’un haut mérite auquel je l’emprunte a refusé de regarder ce que la nature lui faisait apercevoir. Autant vaudrait, ce me semble , étudier le corps vitré de l’œil en faisant bouillir cet organe ; on s’en ferait assurément une idée aussi erronée que si l’on voulait juger la structure délicate d’un œuf, après avoir fait coaguler l’albumine qui le compose.

Entre les diverses manières d’étudier les centres nerveux , celle que je choisis, et que je préfère aux autres, consiste à examiner les parties avant qu’elles n’aient subi aucune décomposition cadavérique, et, à plus forte raison , sans les avoir mises en contact avec des substances capables de leur imprimer un changement.

On dissèque la substance nerveuse dans le plus court délai après la mort de l’animal auquel elle appartient , et sous une température assez peu élevée pour ne produire dans les formes aucune altération immédiate : c’est alors seulement que les observations sont faites.

Cette manière d’agir est pénible, il est vrai; elle sert lentement l’intelligence toujours pressée d’arriver à un résultat; elle exige une plus grande quantité de matériaux , elle demande plus de multiplicité dans les opérations manuelles, mais l’anatomiste gagne, en l’employant, l’avantage de ne rien défigurer, de rarement détruire et de voir constamment les organes dans un état naturel.

Il faut, en adoptant cette habitude de travail, recueillir toujours à l’aide du dessin les remarques que l’on a pu faire, car tous les moyens de conservation de la matière sont insuffisants à la préserver , et permettent peu de retrouver les traces certaines de ce qui a frappé l’observateur.

Lorsque la série d’études paraît assez complète, lorsque tous les détails ont été recueillis et figurés avec soin, ils peuvent être alors comparés les uns aux autres, étudiés dans toutes leurs ressemblances et leurs différences, à l’effet de connaître et d’apprécier les véritables rapports des objets, leur forme, leur étendue, leur décroissement,

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leur disparition dans chaque classe, et dans toutes les espèces d’animaux vertébrés; si les investigations ont été prudemment dirigées au milieu des mille chances d’erreur qui les entravent, elles doivent nécessairement conduire à quelque résultat capable d’intéresser.

C’est de cette manière que j’ai entrepris l’examen des centres nerveux.

Comme il est impossible de présenter à un même coup d’œil tous les points de vue de l’organisation que je vais décrire, je dois nécessairement offrir, en plusieurs divisions, les résultats auxquels je suis parvenu , et chacune d’elles forme l’un des chapitres qui vont suivre.

En premier lieu, je m’occuperai de la substance nerveuse en ellemême, c’est-à-dire de la texture du système cérébro-spinal.

Immédiatement ensuite, viendra l’exposition de l’arrangement organique de cette substance en général , ou l’appréciation de la structure des centres nerveux dans les animaux vertébrés.

Après ces généralités il sera plus facile, je l’espère , de comprendre le troisième point de vue, destiné à faire connaître l’arrangement particulier des organes nerveux dans les poissons , les reptiles , les oiseaux , les mammifères et dans l’espèce humaine.

Lorsque tous les animaux vertébrés auront été ainsi examinés en général et en particulier, il sera possible de réunir et de présenter en bloc les résultats qui se déduisent de ces études ; et, en les comparant à ceux que des travaux antérieurs aux miens ont déjà mis en relief, on jugera s’ils doivent être rangés dans le nombre des faits dignes de l’étude des anatomistes ou rejetés dans le domaine de l’hypothèse.

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