‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 2 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

1 . Il n’a pas fallu de longues observations pour reconnaître les colorations diverses de la substance nerveuse , pour la séparer en deux parties, l’une d’une couleur grise plus ou moins foncée, l’autre d’une teinte blanche ou nacrée, et pour savoir que ces colorations opposées se rencontraient constamment dans toutes les espèces ani-

males dont le corps est intérieurement soutenu par une charpente osseuse. Mais, s’il a été facile d’apprécier au premier examen ces caractères distinctifs , il a fallu plus de temps et plus de peine pour entrer dans l’épaisseur même de chacune des deux matières, et savoir ce qui, dans leur constitution intime, pouvait séparer l’une de l’autre.

Plusieurs opinions ont été émises sur ces caractères intimes. On sait que, depuis Délia Terre (1776) jusqu’à nos jours, la plupart des obserteurs, Prochaska, Wenzel, Home, Carus, etc., se sont accordés pour regarder ces deux substances comme étant composées de globules ; quelques-uns d’entre eux ont faitreposer les dissemblances principales des deux matières sur le volume différent de ces globules.

Mais , soit à cause de l’incertitude des descriptions , et plutôt encore à cause de l’insuffisance des moyens d’observation, la plupart des faits que ces anatomistes ont avancés sont controversables ; aussi les savants de notre époque, plus riches d’instruments capables d’éclairer l’anatomie , ont-ils fourni à la science des résultats bien supérieurs à ceux que leurs prédécesseurs avaient obtenus.

Quoique plusieurs des faits que je vais indiquer dans ce chapitre ne soient que confirmatifs de ceux qui ont été rendus publics par un savant anatomiste allemand, M. Ehrenberg, je crois cependant ne devoir point me dispenser de les reproduire, en insistant sur cette constitution intime des deux matières , parce que c’est surtout sur les connexions mutuelles des agglomérations qu’elles forment dans le crâne et dans la cavité rachidienne des animaux, que reposent les principales idées contenues dans cet ouvrage.

Examen de la substance 2. Pour étudier convenablement la substance nerveuse, il est né-

nerveuse. Procédé ana-

‘"■"Wue cessaire de la déposer au foyer de lentilles de grossissements varia-

bles depuis quatre-vingts jusques à quatre cents diamètres; des verres plus puissants encore peuvent être employés et fournissent les mêmes résultats. J’ai employé pour mes recherches un excellent microscope achromatique du grand modèle de Charles Chevalier.

La partie que l’on veut examiner doit être adroitement séparée du reste de la masse , de manière à ne présenter que la moindre épaisseur

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

possible; l’épaisseur d’un demi-millimètre est déjà trop considérable. Cette section de substance s’opère soit avec des ciseaux , soit à l’aide de scalpels d’un excellent tranchant.

Ces fragments, ainsi séparés, sont déposés sur une lame de verre; on les , environne d’une goutte d’eau, on les recouvre d’une autre lame de verre extrêmement mince; alors , le poids seul de la lame de verre superposée ou une légère pression des doigts, peuvent aplatir le fragment destiné à l’examen , et le rendre assez transparent pour que l’on puisse voir dans son épaisseur.

Ce procédé est le seul qui soit applicable à la plus grande partie de la masse nerveuse ; malheureusement il entraîne avec lui de grands inconvénients, desquels dérivent plusieurs chances d’insuccès ou d’erreur; aussi plusieurs personnes fort distinguées se sont-elles crues autorisées à penser que le procédé lui-même donnait à la matière une apparence qu’elle était loin de posséder en réalité.

Je conçois toutes les imperfections d’une préparation anatomique bien grossière, si on la compare à l’excessive délicatesse des parties ; cependant, je suis bien loin de partager le doute trop absolu des observateurs dont je parle, et je leur conseille d’employer l’artifice que je vais décrire, au moyen duquel on peut, sans crainte d’erreur, étudier parfaitement bien la substance nerveuse. Cette manière d’agir n’est pas , il est vrai , applicable à tous les animaux et à toutes les parties ; malgré cela, comme elle donne souvent une démonstration très-satisfaisante , elle offre un moyen de comparaison assuré, à l’aide duquel toutes les observations peuvent être éclairées ou rectifiées.

Il y a sur beaucoup d’animaux, peut-être même sur tous, des endroits dans le centre nerveux où la matière est transparente , à cause du peu d’épaisseur des parties qu’elle forme; par exemple, chez plusieurs poissons , la raie , entre autres , cette transparence s’observe dans une très-mince lame de substance, qui se trouve en avant du cervelet et au-dessus du ventricule.

Dans les oiseaux, et parmi ces animaux , dans la poule, dans le pigeon, une partie lamelleuse et souvent diaphane sur plusieurs points

Substance blanche, tière amorphe.

de son étendue , borne toujours le ventricule médian du côté de la grande scissure du cerveau.

Dans plusieurs mammifères, dans les ruminants, dans l’homme, la valvule de Vieussens peut aussi être complètement traversée par la lumière^ c’est donc dans ces endroits que j’indique qu’il faut d’abord chercher à reconnaître la texture du centre nerveux.

On isole avec précaution ces portions transparentes , on les enlève sans les déchirer , et on les place sur une lame de verre, en ayant soin de les y étaler avec le souffle, ou bien à l’aide d’un pinceau trèsflexible. On peut les recouvrir d’une seconde plaque de verre , mais ce soin n’est point nécessaire , et les observations peuvent être faites sur les parties sans qu’elles aient été soumises à la plus faible pression, c’est-à-dire, sans qu’elles aient été recouvertes par une lame de verre superposée.

On peut ajouter à la substance nerveuse ainsi étendue quelques gouttes d’eau , pour empêcher qu’elle ne se dessèche trop vite. Mais cette eau ne rendant pas la vue des objets plus claire , il n’est pas indispensable de s’en servir.

Les parties ainsi disposées ne laissent donc plus de chances d’erreur à redouter. La matière peut être vue telle qu’elle est, et l’observateur n’a plus rien à craindre que de son instrument ou de lui-même.

Placées sous l’objectif du microscope, ces préparations y doivent toujours être soumises à l’action des lentilles dont j’ai tout à l’heure indiqué les puissances variées ; et les études suivantes peuvent être faites.

3. Examinons d’abord la composition intime de la substance blanche par l’emploi des deux procédés que je viens de décrire.

Elle parait composée , premièrement, d’une matière amorphe , impossible à décrire et à figurer, qui représente une sorte de gangue , dans laquelle sont répandus les matériaux dont la forme peut être dessinée.

Il n’y a point de partie de l’encéphale dans laquelle on ne puisse rencontrer une plus ou moins grande quantité de cette matière

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

amorphe, qui paraît être, tout aussi bien que les particules élémentaires dont l’examen va suivre , une des nécessités de l’organisation nerveuse.

Si je ne me trompe , la proportion dans laquelle on la trouve n’est pas la même dans toutes les espèces; mais je n’ose insister sur cette observation , tant est grande la difficulté qu’on éprouve à la faire à l’aide de la comparaison réciproque de très-minimes fragments d’encépbales d’animaux différents.

Cette matière pulpeuse amorphe n’est pas le résultat de la section de la substance nerveuse , car on la découvre au centre de la valvule de Vieussens, dans l’épaisseur de la cloison transparente du cerveau de l’espèce humaine et dans toutes les parties diaphanes du centre nerveux des divers animaux. L’existence n’en peut être non plus attribuée à un phénomène de décomposition cadavérique; en effet, on l’observe sur l’encéphale des poissons, des reptiles, des oiseaux et des mammifères , en commençant les recherches immédiatement après la mort de l’animal.

4. Une matière globuleuse ou granuleuse , composée de particules Substance blanche. Magénéralement sphéroïdales , d’un volume variable, entre un cinquantième et un cent vingtième de millimètre , se rencontre aussi parmi les éléments de la substance blanche (voir planche aaaa aaa).

On constate la forme de ces globules pendant les différents mouvements qu’ils exécutent lorsqu’on les environne d’une certaine quantité d’eau.

Ces globules m’ont paru, tantôt réguliers , tantôt irréguliers , et j’ai été presque toujours conduit à penser que la proportion des irréguliers était partout supérieure à celle des réguliers.

Les uns semblent être contenus dans une enveloppe, ou circonscrits par une surface très-lisse (planche U® a a o). Le plus grand nombre offre un aspect granuleux , et la surface de ceux-ci , très-raboteuse , ne présente rien qui puisse induire à soupçonner la présence d’une enveloppe.

Un certain nombre de ces globules se laisse très-bien traverser par

la lumière; ceux-ci sont transparents, hormis dans le voisinage de leur circonférence, vers laquelle un petit liseré circulaire semble indiquer une sorte de membrane périphérique, placée tout autour des limites du globule.

D’autres, sans être absolument opaques, ont dans leur intérieur quelque chose qui arrête la lumière, qui se dessine à l’œil de l’observateur comme une légère silhouette, et permet alors d’étudier assez bien des espèces de corps , tantôt simples, tantôt multiples , de forme ou régulière ou confuse; ces corps, le plus souvent, ressemblent à des particules globuleuses, séparées au milieu de leur enveloppe comme par des linéaments très-rapprochés les uns des autres (planche aaa a).

Le nombre de ces petits corps ainsi enfermés dans le centre d’un globule n’a rien de régulier, quelques-uns sont uniques, d’autres sont doubles, d’autres triples, d’autres plus nombreux encore. Il me semble qu’il n’y a de constant que la variété de ces agglomérations.

La quantité de ces globules dans la substance blanche n’est pas aussi considérable que celle des autres parties élémentaires; cependant ce fait peut ne pas être aussi général que je le suppose, car sur tel encéphale, dans telle partie, on peut en apercevoir un grand nombre que l’on n’observe plus au même endroitsur un autre encéphale.

Que l’on compare, sous ce rapport, des fragments de substance blanche de la moelle épinière de l’homme, des différents mammifères et des poissons, on constatera, sans un examen bien long, des variations assez remarquables, mais cependant fort difficiles à apprécier, soit à cause du nombre des globules, soit en raison de l’exiguité des parties.

Il reste à savoir si ces parties globuleuses peuvent être considérées comme de la matière nerveuse , ou comme un élément accessoire dont la présence n’est pas absolument nécessaire aux actes du centre nerveux, mais je n’oserais débattre cette question, qui me paraît devoir rester longtemps encore dans une obscurité profonde.

Substance blanche. Fi- 5. L’élément le plus important qui entre dans la composition de la

brilles moailiformes. 1 1 i i

matière blanche, et sur l’existence duquel aucun doute ne saurait s’é-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

lever, est celui qui constitue véritablement la masse de celte substance, et, par conséquent, la plus grande partie du centre cérébrospinal.

Il se présente sous l’aspect de filaments très-singuliers, découverts et très-savamment décrits par M. Ehrenberg , sous le nom de tubes moniliformes.

Examinés en général, ces filaments représentent des corps à peu près rectilignes , d’une longueur indéterminée, d’un diamètre incertain ; ces corps laissent apercevoir, sur leur trajet ou à leur extrémité, des renflements de volume variable , séparés par des intervalles rarement égaux ( planche b bb b b).

Ces fibres délicates, dont l’existence a été trop légèrement niée, à mon avis , par quelques personnes , ne demandent pas d’autres préparations, pour être bien reconnues , que celles que j’ai indiquées.

Il faut savoir cependant que ces artifices ne peuvent donner le résultat cherché que lorsque la valvule de Vieussens est d’une transparence suffisante.

Tous les animaux ne sauraient, avec le même avantage, servir à cette démonstration. L’encéphale du mouton, celui de la raie, peuvent être préférés ; c’est d’abord sur ces animaux qu’il faut chercher les fibres moniliformes ; lorsqu’ainsi on aura pu apprendre à les reconnaître, on saura les retrouver facilement sur des fragments comprimés ou non de la masse nerveuse dans tous les autres animaux.

Toutes ces fibres ou tubes moniliformes ou variqueux, quel que puisse être le nom qu’on veuille leur assigner, toutes ces fibres, dis-je, semblables entre elles, lorsqu’on en étudie les caractères généraux, ne présentent pas constamment la même configuration particulière, et il est bien certain que, malgré l’analogie très-grande qui les rapproche toutes, il existe entre elles plusieurs espèces assez distinctes.

Les unes représentent des fibres tout à fait droites, dont la tige est très-peu visible, et qui se distinguent surtout par la netteté et la grande régularité du volume et de la forme de leurs renflements (planche 1^^®, fig. h b b).

Les autres sont caraetérisées par une tige plus volumijieuse que dans le cas précédent, en général flexueuse , et dilatée dans des intervalles très-irréguliers (planche fig. hhb), par des renflements de volumes inégaux. Ces renflements sont quelquefois alors à peine appréciables; ailleurs ils ne se remarquent que d’un seul coté de la tige qui les porte ; ils peuvent être alternes; dans d’autres endroits du même filament, ils forment des renflements opposés , placés vis-à-vis les uns des autres.

C’est surtout dans ces espèces de fibres très-volumineuses que l’on peut reconnaître l’apparence de parties creuses; rien, en effet, ne donne plus la ressemblance d’une cavité tubuleuse que ces fibrilles, limitées par un double liseré qui semble indiquer le diamètre de la paroi, au-dessous de laquelle se prolongerait un canal.

On peut encore apercevoir dans la substance blanche une autre espèce de fibres, mais en quantité beaucoup moindre; on les aperçoit accidentellement auprès des précédentes; elles sont singulièrement flexueuses et n’offrent aucun renflement appréciable dans toute leur étendue. Peut-être ces fibres, dont je fais ici une espèce, afin d’exposer plus complètement une texture curieuse à connaître , ne sontelles que les mêmes fibres déjà décrites, seulement avec des renflements trop éloignés les uns des autres pour pouvoir être compris dans les limites du foyer de l’instrument qui sert à les examiner ( pl. li"®,

fig- b")- .

Il serait fort intéressant de savoir si ces organes singuliers sont des cylindres pleins ou des tubes creux. La preuve de l’un ou de l’autre de ces deux faits pourrait conduire probablement, soit à des manières de voir nouvelles, soit à la confirmation des idées anciennes touchant les centres nerveux.

Si la réalité d’une cavité centrale dans ehacune de ces fibrilles était reconnue, peu de raisons s’opposeraient à ce que l’on pùt penser à l’existence de quelque matière subtile , capable de les parcourir pendant la vie de l’animal.

M. Ehrenberg s’est beaueoup occupé d’approfondir cette question importante. La pression graduée entre deux lames de verre, rappro-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

chées par l’instrument connu sous le nom de compresseur , a été mise en œuvre, et le savant anatomiste affirme avoir vu pendant cette pression sortir un liquide de l’extrémité des fibrilles soumises à l’examen. La gravure a reproduit cette expérience, que plusieurs observateurs ont accueillie, et que plusieurs disent avoir répétée avec succès.

Des autorités aussi grandes en pareille matière que celles d’Ehrenberg et de Valentin, qui partage la même opinion, peuvent faire admettre l’existence de fibres creuses, ou mieux alors de tubes moniliformes, qui composeraient en grande partie la substance des centres nerveux; néanmoins, sans vouloir déprécier des travaux très-remarquables, je dois dire que jamais je n’ai pu , même avec la patience la plus grande, obtenir par la pression un résultat qui fût capable de me satisfaire. Je suis toujours resté, après chaque expérience, sans savoir si les particules irrégulières, déplacées par la pression, venaient, en réalité, de la substance d’une fibrille écrasée, de l’intérieur d’un tube dont les parois auraient été rapprochées, ou de l’espace dans lequel se trouve répandue la matière soumise à l’examen microscopique.

Lorsqu’il m’est arrivé de ne pas immédiatement détruire, par le rapprochement des deux lames de verre , des parties trop délicates pour pouvoir être , sans d’immenses chances d’erreur, examinées de cette manière, j’ai cependant toujours été contraint de rester dans l’incertitude la plus complète.

6. Ces fibres ou tubes moniliformes ont une ressemblance générale dans toutes les espèces animales ; mais cette ressemblance ne paraît pas impliquer une similitude parfaite dans tous les animaux vertébrés. Il me semble que , dans certaines espèces, ces fibres, quoique renflées comme partout ailleurs, sont beaucoup plus ténues que dans d’autres animaux : si on les compare par exemple dans la grenouille, le merlan, la raie, le mouton et dans l’homme, on saisira de suite des dissemblances appréciables, quoique difficiles à caractériser avec précision , tant ces organes sont exigus. Dans les deux premiers de ces animaux , le diamètre en est d’une petitesse extrême , il se dessine au contraire clairement par un volume très-saisissable dans les trois derniers.

Si le volume de ces fibres varie dans plus d’une organisation, il ne faut pas en conclure que cette variation soit un fait général. J’ai cherché vainement à constater, dans les conditions physiques de ces parties, quelque chose qui fût un caractère propre à chaque classe des vertébrés ; il ne m’a jamais été possible de parvenir à ce résultat. Peut-être que d’autres observateurs, munis de meilleurs instruments d’optique que les miens, ou plus patients que moi , ou plus habiles, sauront un jour découvrir, dans ces profondeurs matérielles, des différences partout nettement arrêtées; mais maintenant, même avec la plus grande habitude de l’observation microscopique, on ne saurait, à mon avis, indiquer, d’après l’examen d’une ou de plusieurs de ces fibres, l’animal auquel elles appartiennent.

Autant j’ai été curieux de connaître les caractères opposés que peuvent présenter ces fibres dans les diverses espèces d’animaux, autant j’ai désiré savoir si elles étaient les mêmes dans les parties blanches occupant les régions du centre nerveux les plus opposées.

7. Je n’ai jamais pu distinguer nulle part les fibrilles des parties antérieures du prolongement rachidien, d’avec celles qui proviennent des régions postérieures. Je n’ai point trouvé de séparation à établir entre celles du cerveau et celles qui appartiennent au cervelet. Je me crois donc autorisé à dire qu’il ne faut pas chercher à expliquer la variété d’action de ces parties organiques par l’idée hypothétique d’une texture opposée de la trame qui les constitue.

Ces fibrilles élémentaires ne sont pas entrelacées d’une manière irrégulière, comme pourrait le faire supposer un examen superficiel d’un fragment de la substance nerveuse comprimé entre deux lames de verre : sur des préparations faites avec délicatesse, on peut juger que, loin de former par leur réunion un feutrage confus, elles constituent, au contraire, assez nettement, par leur juxtaposition, des amas semblables à des faisceaux.

Ces faisceaux ont une direction déterminée, qu’il est possible de suivre jusqu’à la limite du champ de l’instrument sur lequel sont étendus les objets.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

Souvent , plusieurs de ces faisceaux sont voisins, d’autrefois un intervalle plus ou moins large les sépare; beaucoup d’entre eux sont grêles et minces, d’autres, placés dans leur voisinage, ont un volume considérable. On peut en observer qui, prolongés dans des directions opposées, se croisent en se superposant et en formant entre eux des angles plus ou moins ouverts. Ces remarques se font sans difficulté dans la valvule de Vieussens de la raie, du mouton, de l’homme, du bœuf et dans la partie très-mince qui recouvre la cavité ventriculaire du cerveau des oiseaux et la sépare de la grande scissure interlobaire.

Cette étude conduit à reconnaître que chacune des fibrilles n’est qu’une division très-minime de masses fibrillaires plus volumineuses, qui, réunies à leur tour entre elles, forment des agglomérations à la surface desquelles, à la vue simple, on a déjà voulu découvrir des fibres que l’on a nommées; comme si l’homme, avec la faiblesse de ses yeux, pouvait connaître ce qu’une puissance centuplant la force de ces organes peut seule lui enseigner avec certitude.

Il m’a toujours paru que le rapport mutuel des particules fibrillaires était constamment le même dans tous les points du cerveau où l’on observe la substance blanche. Elles sont placées les unes à côté des autres, dans le sens général du faisceau que l’on observe, et seulement séparées par une quantité variable de matière , soit amorphe, soit globuleuse.

La disposition à peu près parallèle de ces fibrilles, dans les faisceaux qu’elles forment, est la plus générale et la plus commune; cependant je n’oserais affirmer qu’il ne puisse en être autrement dans certaines régions des centres nerveux, quoiqu’il m’ait alors toujours paru que le croisement confus des fibrilles était du à l’imperfection du procédé anatomique employé pour la préparation des objets.

8. Je pense que des difficultés très-nombreuses s’opposeront encore longtemps à ce que l’on puisse parler de la longueur de ces fibrilles : il est presque impossible de suivre un seul de ces petits organes dans tout le diamètre que présente le fragment de matière placé sous le microscope; que serait-ce, si l’on prétendait entreprendre

Pexamen de leur continuité dans toute la longueur du centre nerveux?

Toutefois , sans être arrêté par l’obscurité qui couvre cette matière, l’esprit humain a été aussi hardi au sujet de la longueur des fibre nerveuses, qu’il l’avait été à l’occasion de leur existence; ici, comme en mille autres choses , il a inventé une image de la nature avant d’avoir su découvrir la réalité.

Avec les idées ordinaires des anatomistes , la question de la longueur des fibres cérébrales ne laisse pas l’ombre d’un doute. Ces fibres , que pas un d’eux n’a connues avant Ehrenberg , marchent d’une extrémité jusqu’à l’autre dans le centre nerveux; parvenues aux régions supérieures, elles se renflent selon les uns ; se renforcent, s’entrecroisent selon les autres ; quelques-uns pensent au contraire qu’elles se replient et s’infléchissent en revenant sur leurs pas.

La réalité ne répond pas à tous ces aperçus imaginaires , car il n’est pas permis de démontrer que les fibrilles élémentaires soient prolongées et continuées dans toute l’étendue des centres nerveux, et il est au contraire possible de faire voir que cette continuité n’existe pas.

Dans l’épaisseur des parties blanches transparentes que l’on peut examiner sans pression ,'on aperçoit très-manifestement des fibrilles variqueuses, dont la terminaison est évidente et remarquable par la configuration particulière de l’extrémité fibrillaire.

9. Cette extrémité, qui n’est point le résultat d’une section, puisqu’on la distingue dans l’épaisseur de la matière, loin des bords du fragment observé, est tantôt dirigée vers le prolongement rachidien, tantôt vers les parties cérébrales du centre nerveux; de sorte que cette double direction prouve à la fois : premièrement, que toutes les fibrilles ne marchent point sans interruption des régions inférieures aux supérieures; secondement, que l’origine d’un grand nombre d’entre elles peut commencer au-dessus du prolongement rachidien.

Si les fibres du prolongement rachidien étaient les seules qui entrassent dans la composition de l’encéphale en se renflant, comme le disent quelques anatomistes , il serait nécessaire qu’elles fussent ou plus volumineuses, ou plus écartées les unes des autres dans le crâne ,

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

afin d’occuper dans sa cavité un espace plus considérable que celui qu’elles remplissent dans le canal vertébral. Or, il n’y a aucune espèce dedilTérence dans le volume des fibrilles moniliformes de l’encéphale, comparé aux fibrilles de la moelle épinière : il n’y a point non plus de différence dans la largeur des intervalles qui les séparent, soit dans les régions supérieures, soit dans les régions inférieures du centre nerveux.

Néanmoins il se peut faire que, si toutes les fibrilles élémentaires du prolongement rachidien ne vont pas se répandre dans la masse encéphalique 5 il y en ait cependant un grand nombre qui s’y termine. Dans l’opinion commune ce fait est admis ; je le crois probable , mais que d’opinions probables attendent encore une démonstration évidente !

Dois-je rappeler que je n’entends nullement parler de la continuité des masses de substance blanche examinées à la simple vue, et que je m’occupe seulement de la continuité des fibrilles moniliformes dont l’aggrégation constitue cette substance? Sur les parties examinées en masse , cette continuité incessante ne paraît pas douteuse; elle est au contraire loin d’étre évidemment démontrée par l’étude des détails microscopiques.

10. La terminaison de ces fibrilles moniliformes est un sujet intéressant de recherches. Malgré les difficultés qui entravent à chaque instant l’observateur, elle m’a toujours paru affecter deux modes opposés : les unes s’arrêtent dans la substance blanche, les autres se prolongent jusqu’à la substance grise.

Je veux seulement parler maintenant de celles de ces fibrilles qui paraissent se terminer dans la substances blanche, plus tard j’aurai l’occasion de m’étendre sur le second mode de terminaison de ces organes, à l’occasion de la matière grise; non pas que ces fibrilles en fassent véritablement partie, mais parce qu’elles se perdent en quantité plus ou moins considérable dans son épaisseur.

Plusieurs fibrilles moniliformes, très-rares il est vrai, se bifurquent à leur extrémité ; ce fait est exceptionnel, aussi je ne puis faire autre chose que l’indiquer. Ces dichotomisations, qu’il m’est arrivé de

rencontrer par hasard, sont simples, c’est-à-dire qu’une fibrille se sépare en deux branches sans que celles-ci se subdivisent à leur tour.

Lorsque ces fibrilles se terminent sans arriver jusqu’au contact de la substance grise, l’extrémité s’en présente sous l’apparence d’une sorte d’ampoule ou de vésicule (Ehrenberg). Planche 1’’®, ccc.

Ces espèces d’ampoules, que Ion ne voit que dans la substance blanche, peuvent, à mon avis, être regardées tantôt comme le commencement, tantôt comme la terminaison des fibrilles à l’extrémité desquelles on les remarque. Voici pourquoi : lorsqu’on analyse ces apparences dans la valvule de Vieussens , on voit qu’elles se trouvent placées , soit à l’extrémité antérieure de certaines fibrilles qui marchent du cervelet au cerveau, soit, au contraire, à leur extrémité postérieure ou cérébelleuse; il s’en suit donc, que dans le premier cas ces ampoules peuvent être considérées comme la terminaison des fibrilles, et dans le second comme leur commencement.

Ces parties, d’apparence vésiculaire, sont arrondies irrégulièrement ; souvent, au contraire, elles sont inégales et rugueuses à leur circonférence. Elles sont souvent transparentes, la lumière les traverse alors avec la plus grande facilité. Il peut arriver aussi que la limpidité de leur substance soit troublée par certaines opacités dues à des corps dont la forme , en général mal déterminée , est d’apparence globuleuse , irrégulière ou régulière ; ce qui peut faire prendre ces sortes de renflements terminaux des fibrilles , pour des parties creusées par une cavité intérieure; cette opinion est adoptée par les anatomistes qui regardent les fibrilles moniliformes comme des tubes se terminant, selon eux, dans ces renflements vésiculeux.

Je pense que la démonstration de la cavité des vésicules est aussi incertaine que celle de la cavité des fibrilles moniliformes. Le doute sur ce sujet a toujours été le résultat de mes investigations.

Ce qui donne à ces terminaisons renflées l’apparence de vésicules, c’est d’abord leur forme arrondie , puis l’espèce de double linéament noirâtre qui en dessine le contour; de sorte que chacun de ces linéa-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

ments semble être la limite appréciable des surfaces externes et internes qui circonscriraient la cavité. (PI. 1 , fig. c c c c.)

On a pensé que ces renflements étaient le produit de la pression ; l’on pourrait croire également qu’ils sont déterminés par l’action du scalpel ; mais, comme d’une part, on les observe sur des valvules de Vieussens non comprimées entre deux lames de verre, et que, de l’autre , on ne les voit pas seulement sur les bords , mais qu’on les aperçoit très-bien dans le centre des parties soumises à l’examen , aucune de ces opinions ne saurait infirmer la preuve de leur existence.

Telle est l’organisation des fibrilles moniliformes dans l’intérieur de la substance blanche. Il nous reste à étudier ces fibrilles dans la substance grise, de laquelle je vais actuellement m’occuper.

1 1 . Si l’on place au foyer d’un microscope un fragment du centre nerveux composé de substance blanche et de substance grise, et qu’on l’examine en masse, ce qui frappe d’abord , c’est la différence dans la transparence des parties lorsqu’on les a éclairées par dessous : la matière blanche réfléchit fortement la lumière venant du miroir et paraît alors brune ou noire , la matière grise au contraire se laisse traverser par les rayons lumineux , et semble en quelque sorte diaphane; de sorte que, dans certaines observations, la transparence et l’opacité de ces matières peuvent indiquer à peu près la limite de leurs rapports mutuels.

La substance grise, c’est-à-dire celle qui se laisse le mieux traverser par la lumière , me paraît être composée : premièrement de matière amorphe, secondement de globules ou granulations irrégulières, troisièmement d’un épithélium étendu sur certaines de ses surfaces.

C’est dans cette matière que plongent et se perdent, d’une part, une grande quantité des fibrilles moniliformes de la substance blanche, de l’autre un nombre considérable de globules sanguins qui ont été charriés par les vaisseaux artériels.

De sorte que, si l’on étudie un petit morceau de substance grise

corticale du cerveau , ou peut démontrer qu’il contient dans son épaisseur une partie de substance blanche, représentée par les fibrilles moniliformes; le reste est à proprement parler la substance grise, dans laquelle viennent partout plonger ces fibrilles en innombrables quantités.

Particules amorphes de 12. Les particules amorphes de la matière grise offrent les ap-

) a matière grise. • i .1

parences par lesquelles se distinguent les particules analogues de la substance blanche, seulement ici la quantité en parait bien autrement considérable dans un espace de même étendue; un très-petit fragment pris au hasard, soit à la surface du cerveau ou du cervelet , soit à la superficie du corps strié ou de la couche optique , comparé avec un fragment de même dimension , séparé de la substance blanche de la moelle épinière ou du cerveau, peut fournir des preuves convaincantes à cet égard.

Dans plusieurs circonstances , ces matériaux amorphes sont en proportion si notable, qu’ils semblent presqu’entièrement isolés des autres particules élémentaires qui entrent dans la composition du centre neveux.

Granulations de la sub- 13. Les granulations irrégulières sont répandues au milieu de cette

sUoce grise. ^ O 1

matière amorphe, sous l’apparence générale de globules plus ou moins réguliers dans leur forme, tantôt transparents, tantôt demitransparents. (Planche 1 , a a a a a a.)

J’ai essayé, dans un grand nombre d’espèces animales, de constater la forme de ces granulations; elle est à peu près sphérique, je dis à peu près, car rien n’est aussi peu régulier que leur contour. Le volume en paraît également sujet à une multitude de changements, car le diamètre en varie entre la cent quatre- vingtième et la cinquantième partie d’un millimètre, termes extrêmes, entre lesquels on rencontre toujours une foule de nuances , même dans les granulations les plus rapprochées les unes des autres.

Ces globules ou granulations ont les mêmes apparences physiques que les particules du même nom observées et décrites entre les fibrilles moniliformes de la substance blanche; dans leur intérieur, on peut

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

rencontrer, de même que dans l’intérieur de ces dernières, des aggrégations confuses, séparées par des linéaments noirâtres, semblables à plusieurs parties globuleuses renfermées les unes à côté des autres dans une même enveloppe. (PI. \ ^ a a a a a a.)

Tout en admettant une analogie parfaite entre les globules granuleux des deux matières grise et blanche, je fais remarquer que la quantité et l’accumulation de ces particules n’est nulle part aussi considérable que dans les masses grises soit extérieures , soit centrales de l’encéphale 5 elles sont alors très-serrées les unes contre les autres, de sorte qu’au premier coup d’œil il n’est pas très-facile de les distinguer pour les étudier, et elles ressemblent d’abord à une masse confuse de matière. Quelques tâtonnements, et l’habitude que l’on doit acquérir de pratiquer des sections très-minces de substance grise, remédient facilement à ces premières difficultés.

Les granulations de la matière grise ne m’ont pas offert plus de différences appréciables dans les diverses espèces d’animaux, que je n’en ai trouvé dans les fibrilles de la substance blanche , et je ne pense pas qu’abstraction faite de larges amas d’huile qui pourraient servir à guider l’observateur dans plusieurs circonstances, on puisse distinguer au microscope cette matière granuleuse, soit qu’elle provienne de l’homme , soit qu’on l’ait empruntée à un encéphale d’oiseau , de reptile ou de poisson.

II ne m’a pas davantage paru possible de découvrir même une nuance , qui pût me faire distinguer les granulations provenant d’un point ou d’un autre du centre nerveux. La substance grise est partout analogue dans ses éléments, et elle ne diffère que par la forme et l’étendue des masses constituées par ses molécules élémentaires.

14. L’examen de l’épithélium de la matière grise se fait avec de Epithelium de la mstière très-grandes difficultés; la plupart du temps on déforme les fragments que l’on veut séparer, et, lorsqu’avec beaucoup de patience, on est quelquefois parvenu à découvrir une apparence capable de satisfaire, cette apparence s’efface avec une telle rapidité par la détérioration des parties qu’il devient impossible de la reproduire parle dessin.

Coloration <le la m grise.

Je considère donc ces études comme les plus douteuses et les plus difficiles parmi toutes celles que l’on peut entreprendre.

Cet épithélium m’a paru composé d’une sorte de réseau, formé de mailles irrégulièrement polygonales, dont les caractères disparaissent avec la plus grande rapidité.

On aperçoit ce réseau à la superficie de l’encéphale des animaux qui viennent d’étre tués. On peut avec peine le reconnaître dans les mammifères , on l’observe quelquefois dans les oiseaux ; nulle part on ne le voit aussi distinctement que chez les batraciens.

Je ne l’ai pas vu dans l’espèce humaine, ce qui tient probablement au temps qui s’écoule entre la mort et le travail anatomique.

Au centre de l’espace circonscrit par chaque maille du réseau , il m’a paru que l’on pouvait reconnaître l’élévation d’une des granulations décrites tout à l’heure.

Quelle est la composition de ce singulier réseau? Quels en sont les rapports avec le système nerveux et la circulation? c’est ce que j’ignore absolument. Mon observation n’a pu dépasser ces limités.

Est-on dans la vérité en nommant cette apparence un épithélium, ou bien n’est -elle que la conséquence du rapprochement des granulations superficielles? Quoi qu’il en soit , il m’a paru certain qu’on observait ces particularités, non pas sur toutes les surfaces du fragment soumis à l’examen , mais seulement sur la portion de substance grise qui était superficielle dans l’encéphale, atière 15. Curleux de savoir quelle est la valeur de l’opinion qui attribue la coloration de la matière grise à la présence de globules sanguins, j’ai cherché plus d’une fois à apprécier le rapport de la quantité de ces globules et de l’intensité de la couleur foncée. Je suis arrivé à cette conclusion , c’est que le sang n’est en aucune manière la cause de la teinte foncée de la substance.

Il y a des animaux, tels entre autres que les poissons et les reptiles, chez lesquels la matière grise est très-colorée , et certes ce n’est point chez eux que cette matière renferme une grande quantité de globules sanguins; c’est au contraire dans ces sortes d’espèces que les granula-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

lions composant la matière grise sont unies à la somme la moins appréciable de ces globules.

Dans riiomme, chez lequel la matière grise reçoit certainement plus d’artères que dans aucun autre animal, les petits fragments que l’on étudie peuvent être très-colorés en gris, et cependant on peut s’assurer que cette coloration est indépendante des globules sanguins, puisque la quantité de ces globules varie sans que la nuance de la coloration cendrée se modifie. La partie devient seulement rougeâtre lorsque les molécules sanguines se sont accumulées en très-grand nombre dans l’épaisseur de la substance.

Si l’on compare la substance grise de quelques animaux chez lesquels cette matière reçoit évidemment peu d’artères, à celle de riiomme, dont les parties grises sont au contraire parcourues par un nombre très-grand de ces vaisseaux, enverra que les deux sont également colorées.

Les tubercules quadrijumeaux des ruminants, des solipèdes, sont arrosés par moins d’artères que les mêmes organes placés dans l’espèce humaine. Ils sont cependant également colorés dans les deux circonstances, quoique la couche de substance soit plus épaisse dans les deux familles d’animaux désignées que dans l’homme.

La coloration de la substance grise n’étant pas due au sang qui la traverse, dépend nécessairement des molécules constituantes de la matière et de leur union mutuelle. Cette opinion se déduit encore de l’examen de la valvule de Vieussens, lorsque cette partie est transparente ; on peut voir alors , l’une à côté de l’autre , la matière grise et la blanche, et reconnaître, à la vue simple, la coloration de la première de ces deux substances, même lorsqu’avec un instrument d’optique on ne peut distinguer le plus petit rameau vasculaire dans l’épaisseur de l’une ou de l’autre.

16. Il est une partie de l’encéphale dans laquelle la coloration estp due à un pigmentum particulier , que l’on reconnaît en masse à la vue simple, et que l’on peut étudier sans difficulté avec des lentilles d’une puissance médiocre.

igmenlum placé à l’origine de la 3>“' paire crânienne.

C’est dans les pédoncules du cerveau de l’homme que réside ce pigmentum particulier, dont la présence donne lieu à une coloration étendue dans un espace borné , aux limites duquel commencent à paraître les origines des nerfs de la troisième paire (pl. U®, fig. dddd dd).

Une portion très-mince de cette tache noire , soumise à une trèslégère pression entre deux lames de verre, et placée sous le microscope, présente, au milieu d’un amas de tubes moniliformes et de granulations, une série très-irrégulièrement disposée de petits corps colorés qui paraissent offrir la disposition suivante.

La forme n’en est pas régulière , elle donne à ces petits corps l’aspect de petites gouttelettes brunâtres; l’une de leurs extrémités, et quelquefois les deux , ne sont pas arrêtées avec précision , et la couleur n’en est pas très-nette.

J’ai cherché vainement à savoir si les molécules de cette singulière matière, semée dans un endroit déterminé du cerveau de l’homme, étaient pourvues d’une cavité intérieure : on n’aperçoit au travers de leur substance qu’une foule de petites ponctuations noirâtres , trèsminimes, qui ressemblent, dans chacune des molécules, â une semée de poussière.

On a admis qu’un endroit du cervelet de l’homme était coloré par une tache bleue. Cette apparence très-distincte à la surface du ventricule du cervelet, est due à la présence d’une veine placée au-dessous d’une couche mince de substance blanche. Il n’y a dans ce lieu aucune coloration propre â la matière nerveuse, qui offre la même organisation que partout ailleurs.

Il n’est pas démontré par les faits que je viens de produire, que les deux substances qui composent le centre nerveux soient absolument différentes l’une de l’autre. Il semble , d’après ces faits , plus probable qu’elles ne se séparent que par la proportion inégale de leurs molécules élémentaires. Toutes deux sont formées par des granulations globuleuses et par des fibrilles moniliformes, mais ces fibrilles entrent surtout en une immense proportion dans la composition de la matière blanche.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

La substance grise, au contraire, est, dans la majeure partie de la masse, formée par les granulations globuleuses.

1 7. Il est intéressant de chercher à connaître quel est le rapport intime qui joint l’une à l’autre, et d’examiner, par conséquent, comment la matière blanche se confond et s’unit avec la matière grise.

Il est certain que toutes deux se rencontrent toujours rapprochées par un contact très-exact.

De quelle manière se produit ce contact?

Les éléments de la substance blanche se terminent-ils brusquement aux limites auxquelles commencent à paraître les amas de particules élémentaires de la substance grise; ou bien, les uns et les autres ne se confondent-ils que graduellement, de façon à ce qu’on puisse remarquer encore dans la matière grise une certaine quantité des matériaux de la substance blanche, de même que dans les endroits du centre nerveux , même les plus blancs, on peut apprécier les granulations , dont le nombre est si multiplié dans la matière cendrée?

Le contact des deux matières semble se produire par une sorte de fusion qui s’opère entre elles. Les fibrilles moniliformes paraissent véritablement s’irradier dans les diverses masses de substance grise et s’y terminer. Mais comment se fait cette terminaison ultime? C’est ce que des expériences très-multipliées ne m’ont point permis de savoir. Je confesse donc mon ignorance totale à ce sujet, et je souhaite sincèrement que d’autres observateurs soient plus heureux dans leurs recherches que je ne l’ai été dans celles que j’ai longtemps poursuivies.

Voici tout ce que mon observation m’a permis de recueillir à cet égard.

Que l’on sépare une très-mince portion , comprenant les deux substances d’une lamelle du cervelet d’un mammifère , de manière à constater au centre de la partie coupée la matière blanche , et à sa circonférence la substance grise corticale; que l’on place cette partie entre deux lames de verre , au foyer d’un microscope , sous un grossissement de cent diamètres ; que l’on répète la même expérience, en

détachant transversalement une tranche très-fine du cordon rachidien, ou en se servant d’un fragment de circonvolution cérébrale coupée verticalement ; on verra que partout c’est en s’irradiant dans la matière grise que les fibrilles moniliformes se terminent.

Quelquefois j’ai pu penser que leur extrémité présentait un léger renflement analogue à ceux que j’ai précédemment décrits, mais le plus souvent mes observations ont été douteuses, quoique je les aie faites avec beaucoup de patience. Je crois donc que le moyen par lequel s’unissent les deux substances nous échappe encore. Ce qu’il nous est permis de savoir de ce singulier contact ne se révèle point à nous dans les profondeurs de la matière ; nous ne le trouvons que dans l’observation, faite à la vue simple, de la réunion générale des longs prolongements de substance blanche, et des masses isolées de matière grise placées sur eux ; c’est sur cette étude que je vais à présent appeler l’attention.

Page 1