APPAREIL SECONDAIRE DU CENTRE NERVEUX DES REPTILES
120. Il est assez difficile d’étudier les diverses portions de l’appareil secondaire des reptiles; l’exiguité des parties s’oppose très-souvent au travail de l’observateur. Cependant, avec beaucoup de persévérance, en plaçant les parties qui doivent être disséquées sous l’eau, et en s’aidant de verres grossissants, d’une puissance capable de doubler au moins le volume des objets, on peut assez bien constater, pour être certain de leur existence, les faits suivants, qui du reste ont déjà été signalés par plusieurs anatomistes.
Dans les batraciens , la confusion des parties antérieures des deux premiers organes cérébraux de matière grise ne saurait être regardée comme une commissure, il y a autre chose dans ce détail de l’organisation de ces reptiles. C’est une fusion véritable des deux côtés internes des premières masses grises que l’on observe à cet endroit, et cette fusion pourrait être considérée comme analogue à celle que présente à l’observation, dans la classe des poissons, l’encéphale des raies et des signales (pl. 5, 58,59, 60, 61, a', a"\ pl. 6,^Sr.71,72,o'}.
D’autres reptiles ont leurs premiers organes cérébraux de matière grise réunis entre eux de gauche à droite par une petite bandelette transversale que l’on distingue en écartant les deux organes.
Cette bandelette peut être fort bien étudiée dans le lézard {Lacerta agilis, Lacerta viridis, Lacerta sepium), dans le gecko des murailles, dans le caméléon, dans le Scincus ocellatus , dans la couleuvre, etc. Elle est située au fond de la scissure qui sépare les deux hémisphères , immédiatement en avant du corps pinéal et de l’insertion de la lamelle intermédiaire.
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
Dans cet endroit, ce serment de l’appareil secondaire est constitué Reptiles. — Appareil
^ ^ ^ * .secondaire.
par une très-légère stratification de substance blanche dirigée transversalement d’une masse de matière grise à l’autre, et il se perd trèsrapidement dans l’épaisseur de chacune d’elles.
C’est en arrière de cette commissure que se voit l’orifice très-étroit qui conduit dans chaque portion de la cavité antérieure des ventricules, développé entre le premier et le second organe de matière grise.
121. Je n’ai pu découvrir aucune portion de l’appareil secondaire entre les deux seconds organes de matière grise. Ces organes sont seulement réunis sur la ligne médiane par la fusion partielle de leur substance grise, qui réunit l’un à l’autre, et que j’ai précédemment signalée ($ 1 14).
Quelles que puissent être les positions du troisième organe, soit dans le ventricule, soit à la base du cerveau , il ne m’a jamais non plus paru présenter l’apparence de quelque portion transversale de substance blanche capable d’être considérée comme une véritable commissure; peut-être cependant en est-il autrement dans des animaux que je n’ai pu examiner à cause de leur rareté.
r.e que je viens de dire à l’occasion de l’appareil secondaire des reptiles, prouve que cet appareil est fort peu développé chez ces animaux, et que, de même que dans la classe des poissons, c’est entre les deux premières masses grises cérébrales que se manifestent les stratifications transversales blanches par lesquelles en est révélée l’existence.
Il est impossible de reconnaître la moindre trace de l’appareil tertiaire dans la classe des reptiles.
122. Les cavités ventriculaires qui pénètrent dans l’intérieur de la Cavités ventriculaircsdu
^ " cerveau des reptiles.
masse encéphalique de ces animaux, ne diffèrent de celles que l’on observe dans les poissons que par la terminaison de leur extrémité antérieure; partout ailleurs la similitude est assez évidente dans les deux classes.
Ces cavités commencent en arrière, sous le cervelet, à l’endroit où
les stratifications rachidiennes, écartées l’une de l’autre , laissent à découvert et l’orifice du canal de la moelle épinière et l’extrémité supérieure des deux colonnes de matière grise situées à chacun de sescôtés.
De cet endroit, ces cavités se prolongent sous le cervelet, puis ensuite sous la lamelle intermédiaire , jusqu’au lieu de son insertion antérieure.
On peut alors remarquer sur le plancher du ventricule , c’est-à-dire au-dessous du corps pinéal et sur la surface qui est séparée de la lamelle intermédiaire par toute la hauteur de la cavité ventriculaire , un pertuis infundibuliforme assez étroit, qui se prolonge en descendant entre les troisièmes organes de matière grise, quelle que puisse être leur situation, soit dans la cavité ventriculaire, soit à la base de l’encéphale.
Corps pituitaire des Cet entonnoir conduit au-dessous du cerveau jusqu’à un corps
^ pituitaire (pl. 6, fig. 72, 73, 74, 77, 78, 79, 82, 83, 84, 87, 88, 89) arrondi, placé toujours au-dessous du niveau des stratifications blanches cérébrales, mais rapproché de ces stratifications dans les chéloniens, séparé d’elles, dans les ophidiens, les sauriens et les batraciens, par toute l’épaisseur du troisième organe cérébral de matière grise. La base de ce corps pituitaire s’appuie sur la paroi osseuse du plancher inférieur du crâne.
123. De chaque côté de l’ouverture ventriculaire de cet infundibulum, en avant de la marge qui la circonscrit, on peut voir avec beaucoup d’attention un orifice très-étroit, ouvert au-dessous de la lamelle intermédiaire, par lequel passe un filament cellulo-vasculaire, qui se continue avec un très-petit plexus choroïdien situé dans la cavité à laquelle conduit cet orifice.
Cette ouverture, dans laquelle on peut aisément introduire un cheveu ou un fil de soie , permet de pénétrer de chaque côté dans un trèslarge ventricule dont la cavité s’étend entre les deux premiers organes cérébraux de matière grise.
Par son extrémité la plus antérieure, chacun de ces ventricules latéraux se continue encore quelque peu par un petit canal dans le
DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX
centre inéinedes prolongements olfactifs. Chez les batraciens, ces ventricules coinmuniquent ensemble par une ouverture très-apparente au-dessous de l’endroit où les deux premières masses grises cérébrales s’unissent en confondant leur substance.
Celte exposition de l’encéphale des reptiles peut assez bien démontrer au premier aperçu, je l’espère du moins, les principales différences qui séparent ces animaux de ceux de la classe précédente.
124. Quelques personnes paraissent regarder les poissons comme inférieurs aux reptiles ; leur opinion est-elle fondée?
L’observation peut seulement prouver, ce me semble, que les organisations des reptiles et des poissons ne sont pas absolument les mêmes, mais elle ne démontre en rien l’infériorité de l’une ou de l’autre.
Les changements des masses grises cérébrales et de la masse grise cérébelleuse, ainsi que la variation de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire , établissent une distinction bien tranchée entre le centre nerveux du reptile et celui du poisson.
En effet, le premier organe cérébral de matière grise, globuleux dans le poisson , prend, dans les animaux qui nous occupent actuellement, l’apparence d’une couche mince, étendue autour d’une large cavité ventriculaire. Dans les uns, le second organe cérébral de matière grise peut être situé en arrière de l’insertion de la lamelle intermédiaire ; dans les reptiles , au contraire, cet organe est constamment placé en avant de cette insertion.
Chez les poissons , la troisième masse cérébrale de matière grise est partout visible à la base de l’encéphale : dans les reptiles, la place occupée par cet organe peut changer, et il peut apparaître dans la cavité ventriculaire, en arrière du second organe cérébral.
Deul-on considérer comme un perfectionnement l’insertion de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire qui, fixée dans la classe des poissons sur le premier ou sur le second des organes cérébraux, est établie chez les reptiles sur la seconde ou la troisième de ces masses de matière grise ? Ne doit-on pas voir plutôt , dans ces faits sin-
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guliers, des différences anatomiques ayant un rapport probable avec des facultés opposées et disparates, mais ne témoignant en aucune manière, soit d’une organisation plus parfaite, soit d’actions et de perceptions plus multipliées ou plus complexes dans une de ces classes d’animaux que dans l’autre?
Si l’on n’envisageait dans l’encéphale que la masse grise cérébelleuse, on devrait être plutôt conduit à penser, en regardant les dimensions exiguës qu’elle présente dans les animaux reptiles, et les proportions considérables qui la caractérisent généralement dans la classe des poissons , que de ce côté l’encéphale a plutôt subi le décroissement que l’accroissement; mais lorsqu’on examine avec la loupe la surface du cervelet des reptiles, il devient bien évident par les détails qui se révèlent à l’observation, que la partie n’est ni plus ni moins parfaite ; elle offre seulement des formes différemment travaillées.
125. Tiedemann assure ’ que les hémisphères du cerveau des reptiles ressemblent manifestement à ceux des fœtus âgés de trois mois.
Il suffit de mettre en regard la figure d’un cerveau appartenant à un être humain de cet âge avec la figure d’un cerveau de reptile, dessiné sur la nature fraîche et non encore altérée, pour faire ressortir le défaut d’une exagération évidente; mais ensuite, à quel cerveau de reptile, parmi ceux des chéloniens,des ophidiens, des sauriens ou des batraciens , pourrait-on comparer le cerveau de l’homme à cette période de la vie? Serait-ce à une seule de ces familles que l’organisation de l’espèce humaine aurait le privilège de ressembler avant sa formation parfaite, ou successivement résumerait-elle les organisations différentes signalées tout à l’heure?
On ne devrait point s’arrêter à la considération unique et frivole de quelques formes vaguement dessinées , pour chercher à démontrer
* Tiedemann , Anat. du cerveau, trad. par Jourdan , p. 245, 1. 16. « Chaque hémisphère représente » un sac membraneux. La membrane médullaire, fort mince, qui s’élève des parties antérieures et » latérales des corps striés, est renversée d’avant en arrière et de dehors en dedans, disposition en » vertu de laquelle elle constitue la paroi du ventricule. Dans cet état, les hémisphères du cerveau » des reptiles ressemblent manifestement à ceux du fœtus de trois mois. »
DE L’ORGAiMSATlON DU CENTRE NERVEUX.
la similitude de l’encéphale du reptile avec l’encéphale de l’embryon de trois mois, 11 faudrait établir d’abord avec évidence que le cervelet de cet embryon , après avoir présenté à un mois ou à deux les caractères que le volume et la forme de cet organe offrent dans le poisson, perd en un mois plus de six fois la quantité de matière acquise dans les huit premières semaines de son existence, pour atteindre l’exiguité caractéristique du cervelet des reptiles. Cette décroissance n’est pas appréciable, puisque l’illustre anatomiste allemand assure (/. c.j p. 158, l. 22) qu’au commencement du deuxième mois, le cervelet de l’embryon humain est fluide , tandis qu’au troisième mois ses faisceaux forment une petite masse étroite, tendue en manière de pont au-dessus du quatrième ventricule (/. c. , p. 159); or donc, si l’on voulait s’appuyer sur ce fait particulier pour démontrer que l’encéphale humain subit toutes les phases de l’organisation animale, ce fait serait mal choisi, puisqu’il ne servirait k démontrer autre chose sinon que le cervelet de l’embryon peut offrir une certaine analogie , quoique très-vague, avec le cervelet du reptile, sans cependant avoir auparavant présenté aucune ressemblance capable de le rapprocher de l’organe partic»ilier aux poissons, ce qui infirme singulièrement la prétendue loi générale.
126. Il serait encore nécessaire qu’en comparant l’encéphale de l’embryon humain à celui des reptiles, l’anatomiste dont je viens de prononcer le nom ne se contentât point, pour faire prévaloir son opinion, démettre uniquement en regard l’une de l’autre, la masse grise antérieure des reptiles qu’il appelle membraneuse, et la partie, membraneuse encore , de l’hémisphère des embryons humains à trois mois. Une analyse plus sévère est convenable avant d’établir une ressemblance aussi positive que celle que l’on indique : ces parties membraneuses doivent communiquer dans l’embryon par une confusion antérieure qui réunit è la fois et la substance des deux hémisphères et la continuité des deux ventricules, comme dans les batraciens, ou bien elles doivent être pourvues d’une commissure vers leur partie postérieure, comme dans les autres reptiles.
Oiseaux. — Appareil foodamental.
Or , le premier fait n’existe point, et quant au second , il se présente dans l’encéphale des embryons humains avec des conditions absolument opposées : l’auteur que je combats le déclare lui-méme, en indiquant qu’à la fin seulement du troisième mois(/. c., 262, lig. 20 et suiv.), « on trouve les deux hémisphères membrani formes réunis en devant )) par une petite commissure perpendiculaire , tandis qu’ils sont tout )) à fait séparés en arrière. )) C’est le contraire, comme on le voit, de ce qu’on obsèrve et de ce que j’ai cherché à faire remarquer à l’occasion de l’étude de l’appareil secondaire des reptiles. § 120.
Il eût encore été absolument indispensable d’envisager la comparaison des autres parties de l’encéphale, soit de la seconde ou de la troisième masse grise cérébrale , soit de l’insertion de la lamelle intermédiaire, etc. On ne l’a point fait; à mon avis, il eût été impossible de le faire sans renoncer aussitôt à des idées conçues loin de la nature.