‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 34 sur 66 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

KÉSUMÉ ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES DE l’oUVRAGE.

Les détails anatomiques qui viennent d’être exposés dans le courant de ce travail , conduisent à certaines conclusions qu’il convient de tracer en terminant.

Plusieurs de ces conclusions rappelleront seulement les faits anatomiques que je crois avoir vus; elles seront les corollaires des différents paragraphes où ces faits sont détaillés avec plus de précision.

D’autres reproduiront les vues principales que l’on a pu déduire de l’examen des centres nerveux des animaux vertébrés, en opposition avec les idées qu’à mon tour, je me crois autorisé à admettre d’après ma propre expérience. On pourra alors mieux saisir les différences qui séparent ce travail et le distinguent des autres travaux antérieurs.

Les faits anatomiques décrits dans les observations qui précèdent me paraissent être de nature à prouver :

1° Que trois appareils diversement organisés composent le centre nerveux de tous les animaux vertébrés.

2° Que les uns de ces appareils sont constitués par la matière grise et la matière blanche nerveuse réunies , qu’un autre est uniquement formé par la matière blanche.

3° Que les parties de ces appareils dans la composition desquelles

entre la matière grise, senties seules dans lesquelles se terminent en quantité innombrable les extrémités des vaisseaux artériels; tandis que les autres parties , résultant de l’agglomération de la matière blanche, sont presqu’uniquement traversées par ces artères se dirigeant toutes vers la substance grise.

4® Les trois appareils dont la réunion plus ou moins parfaite constitue le centre nerveux des animaux vertébrés , existent tous ensemble dans la classe des mammifères. Dans les autres classes, ils décroissent tous, mais deux d’entre eux se dégradent ou disparaissent successivement, à mesure qu’on s’éloigne de l’homme. Aussi, déj à chez les oiseaux l’un de ces appareils est complètement effacé pour ne plus reparaître, et le troisième perd successivement un nombre plus ou moins grand de ses fragments dans les oiseaux , les reptiles et les poissons.

5® Parmi ces appareils, il en est un dont l’existence n’est point absolument nécessaire à la production de fonctions nerveuses, puisqu’il manque dans l’organisation des poissons, des reptiles et des oiseaux, et qu’il n’est possible de le reconnaître que dans le centre nerveux des animaux mammifères et de l’homme en particulier. Je l’ai désigné constamment sous le nom d’appareil tertiaire.

6° Il en est un autre dont la nécessité ne semble pas non plus devoir être absolue dans toutes les organisations , puisqu’il se détruit pièce à pièce au delà des mammifères; il perd successivement, dans les oiseaux, les reptiles et les poissons, un ou plusieurs des fragments qui le caractérisent, sans cependant que la totalité de ces fragments puisse disparaître. Cet appareil est celui que j’appelle secondaire.

7*^ Le plus important de tous ces appareils est celui sur lequel aboutissent les extrémités du système nerveux périphérique. Il ne disparaît jamais dans la série des êtres vertébrés , quel que soit le degré d’affaiblissement auquel soient descendus les autres appareils, et quelles que soient les dégradations qu’il ait subies lui-même. Il est désigné par moi sous le nom d’appareil fondamental, parce qu’il est la base de toute l’organisation du centre nerveux.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

L’examen de chacun de ces appareils, considéré isolément, met en évidence les faits suivants :

8° L’appareil fondamental est composé, dans tous les animaux vertébrés, de stratifications de matière blanche et d’amas isolés de substance grise plus ou moins étendus.

9° Les stratifications de matière blanche peuvent être divisées en antérieures et en postérieures , dans chacune desquelles divisions on peut reconnaître une portion médiane et deux portions latérales.

10° Les divisions antérieures et postérieures sont rapprochées dans toute l’étendue du prolongement rachidien; elles s’écartent au contraire dans les régions intracrâniennes; et, en se séparant, les unes se portent vers les régions cérébrales, les autres se dirigent vers les régions cérébelleuses.

1 1® Les portions latérales et les portions médianes de chacune de ces divisions restent unies intimement dans la plus grande partie du prolongement rachidien ; dans les régions encéphaliques elles éprouvent les modifications suivantes.

12° Les portions médianes ( axes médians) s’arrêtent en avant et en arrière, à des hauteurs variables : lorsque ces portions cessent d’être appréciables, les stratifications latérales se séparent et se prolongent plus ou moins à droite et à gauche , pour aller former les hémisphères du cervelet et du cerveau.

13° L’extrémité supérieure de l’axe ou portion médiane qui réunit les stratifications postérieures de l’appareil fondamental sur la ligne médiane, disparaît ordinairement dans le voisinage de l’extrémité inférieure du ventricule cérébelleux, près de la pointe du calamus scriptorius. Elle ne paraît jamais subir aucun accroissement au moment de cette terminaison.

1 4° L’extrémité supérieure de l’axe ou portion médiane qui réunit les stratifications antérieures de l’appareil fondamental des animaux mammifères sur la ligne médiane, disparaît dans des régions plus élevées que la portion précédente.

15‘^ Dans les animaux de la classe des poissons, des reptiles et des

oiseaux, cet axe antérieur ne subit aucun accroissement au moment de sa terminaison. Chez les mammifères, au contraire, le développement de cette portion des stratifications antérieures est d’autant plus considérable qu’elle s’approche davantage du lieu où elle se termine. Il en résulte de grands changements dans le centre nerveux des mammifères.

16° Les stratifications de l’appareil fondamental étendues au-dessus et au-dessous du niveau où s’arrêtent les portions que j’ai désignées sous le nom d’axes médians, ne sont jamais dans un rapport égal de développement. Tantôt leur extrémité supérieure est infiniment faible, si on la compare aux parties prolongées au-dessous de la limite des portions médianes dans toute l’étendue du canal rachidien : tantôt, au contraire, la portion située au-dessus de la terminaison des axes placés sur la ligne médiane , est énormément plus volumineuse que celle qui s’étend au-dessous. Celle-ci parait trèsfaible lorsqu’on la compare à la première.

1 7° Sur ces stratifications qui concourent à la formation de l’appareil fondamental, sont déposés deux groupes d’accumulations de matière grise.

18° L’un de ces groupes constitue une longue colonne de matière grise , autour de laquelle convergent toutes les extrémités centrales du système nerveux périphérique.

19° Le second groupe renferme des organes distincts, formés de matière grise. Les uns et les autres de ces organes sont distribués dans l’intérieur du crâne, sur les stratifications antérieures et postérieures de l’appareil fondamental.

20° A l’extrémité supérieure des stratifications postérieures de l’appareil fondamental , se remarque constamment l’une de ces accumulations de matière grise.

21° Yers l’extrémité supérieure des stratifications antérieures de l’appareil fondamental, on peut toujours observer une triple série nécessaire de ces accumulations organiques. Elles sont toutes situées les unes derrière les autres, depuis les régions antérieures jusque dans les régions postérieures du cerveau des animaux.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

22° Le nombre des organes de matière grise ainsi placés dans l’intérieur du crâne , est sujet à de si rares variétés , qu’il est possible de le considérer comme constant. Alors, dans toutes les espèces animales, il est permis de distinguer les uns des autres, ceux de ces organes qui sont situés, soit en arrière, soit en avant. Ceux qui se présentent en première ligne, ceux qui sont placés sur le second rang, et tout aussi bien ceux qui, dans le cerveau, constituent la troisième série de ces organes peuvent être comparés mutuellement dans toute la série des animaux vertébrés. -

23° Quoique ces organes soient en nombre régulier, de grandes variations se remarquent en eux : elles portent tantôt sur le volume de ces organes, tantôt sur la forme qui caractérise chacun d’eux, tantôt, enfin, sur la position qu’ils occupent par rapport aux stratifications de matière blanche qui leur servent de support.

24° A la connaissance des stratifications blanches et des masses organiques de substance grise qui entrent dans la composition du centre nerveux des animaux vertébrés, il faut joindre l’appréciation d’une partie placée entre les divisions intracrâniennes cérébrales et cérébelleuses de l’appareil fondamental. Je la désigne sous le nom de lamelle intermédiaire.

25° La présence de cette lamelle intermédiaire est remarquable dans tous les animaux ; elle éprouve peu de changement en comparaison des transformations que subissent les autres portions du centre nerveux. C’est sur la superficie de cette lamelle que s’insèrent constamment les origines des nerfs de la quatrième et de la seconde paire. C’est également toujours sur elle et près de son extrémité antérieure qu’est appendu, dans tous les animaux vertébrés, le corps pinéal qui ne disparaît jamais, pas plus que la surface qui le soutient.

26° Les extrémités de cette lamelle intermédiaire se terminent, l’une en arrière sur les stratifications cérébelleuses de l’appareil fondamental , l’autre en avant , sur les stratifications cérébrales. Tel est le fait le plus général des terminaisons de cette singulière partie j mais ce fait général est sujet à plusieurs variations.

27° Ces variations ne portent point sur l’insertion postérieure de la lamelle intermédiaire, qui ne change jamais du côté du cervelet. Elles s’opèrent toutes du côté de l’insertion antérieure ou cérébrale : celleci n’est point constamment la même dans les dilférentes familles de mammifères.

28° Ces singulières variations tiennent au déplacement des organes de matière grise placés dans le crâne, au sommet des stratifications antérieures de l’appareil fondamental.

Quoique l’extrémité cérébrale de la lamelle intermédiaire vienne toujours se confondre dans l’intérieur de la substance grise avec les stratifications blanches supportant les masses formées par cette matière grise, le changement de position que subissent, dans chaque classe de vertébrés, plusieurs des séries des organes de matière grise produit un fait digne d’intérêt. L’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire se dirige tantôt alors sur le premier organe cérébral, tantôt sur le second, ailleurs sur le troisième, pour se fixer toujours isolément sur chacun d’eux. Il en résulte d’énormes différences dans le centre nerveux de tel ou tel groupe d’animaux.

29° L’ensemble de l’appareil secondaire est constitué par plusieurs séries de stratifications blanches, prolongées dans une direction transversale, de manière à couper à angle droit le trajet que suivent les prolongements de l’appareil fondamental. Ces stratifications de l’appareil secondaire s’étendent, dans l’encéphale , entre les principaux organes de matière grise de l’appareil fondamental.

30° Cet ensemble peut être composé d’autant de fragments qu’il existe de séries doubles d’organes de matière grise dans les parties cérébrales de l’appareil fondamental. Il est alors complet.

31° Il peut être composé d’une quantité de fragments inférieure au nombre des doubles séries de masses organiques de matière grise, et alors, selon les animaux , il n’y a tantôt qu’un fragment de l’appareil secondaire entre les premiers organes cérébraux, tantôt un seul et unique fragment dans l’intervalle qui sépare les organes de la seconde série.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

32° L’appareil tertiaire est en partie formé par des stratifications de matière blanche qui , par leur direction, tracent dans chaque hémisphère de l’encéphale une courbe coupant obliquement le trajet des stratifications de l’appareil fondamental. Des masses isolées de matière grise, bien moins \olumineuses que celles que l’on rencontre sur l’appareil fondamental, concourent également à constituer cet appareil tertiaire.

33° Cet appareil n’existe point dans tous les centres nerveux : il n’est possible d’en constater l’existence que dans les organisations offrant à notre observation les formes les plus compliquées.

34° L’organisation cérébro-spinale des animaux vertébrés résulte non-seulement de l’intrication mutuelle de deux ou de ces trois appareils, mais encore des changements de volume, de forme et de rapports des diverses parties qui les composent.

35° Cette organisation n’est point la même dans les poissons , les reptiles, les oiseaux et les mammifères, quoique cependant chez tous on constate en totalité ou en partie l’existence des mêmes appareils. Ces appareils sont diversement arrangés , ou dans leurs dispositions intégrantes ou dans leurs rapports réciproques, et il en résulte des organisations séparées, dont chacune est douée de caractères anatomiques très-distincts.

36° Le centre nerveux des poissons est presqu’uniquement formé par l’appareil fondamental ; on y rencontre quelques fragments de l’appareil secondaire; on ne saurait y découvrir la moindre apparence d’un appareil tertiaire.

37° Les stratifications de matière blanche de l’appareil fondamental des poissons diminuent considérablement de volume dès qu’elles sont parvenues dans les cavités du crâne.

38° Dans cette cavité , elles rencontrent en arrière une masse grise cérébelleuse , et en avant elles aboutissent à des masses grises cérébrales disposées de diverses manières.

39° Dans le plus grand nombre des poissons les organes cérébraux de matière grise sont au nombre de trois ; dans quelques-uns seule-

ment, les deux premières de ces masses grises sont confondues : on ne saurait alors les distinguer l’une de l’autre.

40° Lorsque le nombre de ces organes est complet, ils sont distribués à l’extrémité des stratifications antérieures de l’appareil fondamental de deux manières. Tantôt les deux premiers sont situés en avant de l’insertion de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire, et alors le troisième seul se trouve en arrière de cette insertion ; tantôt le premier organe cérébral seul est placé en avant de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire, et dans ce cas le second et le troisième sont reculés en arrière de cette insertion.

41° Lorsque le nombre de ces organes cérébraux est incomplet, les deux premiers semblent confondus ensemble ; ils sont placés en avant de l’insertion de la lamelle intermédiaire , et le troisième est apparent en arrière de meme que dans tous les autres poissons.

42° La position des deux premiers organes cérébraux des poissons est constamment supérieure au niveau des stratifications blanches antérieures de l’appareil; la position de la troisième et dernière masse grise cérébrale est toujours , au contraire , inférieure à ces stratifications et les sépare de la base du crâne.

43° La lamelle intermédiaire des poissons s’étend, dans l’intérieur du crâne, entre les parties cérébelleuses et les parties cérébrales de l’appareil fondamental; son insertion postérieure s’opère sur le cervelet; sa terminaison antérieure se fait de plusieurs manières :

44° Tantôt cette insertion a lieu sur le premier organe cérébral de matière grise, et alors lés deux autres organes cérébraux sont placés en arrière de l’endroit où la lamelle est terminée.

45° Ailleurs la lamelle intermédiaire est fixée en avant sur le second organe cérébral , et alors le troisième organe seul est placé en arrière de l’insertion , les deux autres étant antérieurs.

46° Lorsque l’insertion antérieure de la lamelle a lieu sur les premiers et les seconds organes cérébraux confondus en une masse commune , la troisième masse grise seule peut être observée en arrière de cette insertion.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

47° Un fragment isolé de Uappareil secondaire peut être observé entre les deux premiers organes cérébraux; mais ce fait n’est pas général dans les poissons. Aucun autre fragment du même appareil ne réunit sur la ligne médiane les autres organes cérébraux.

48° L’appareil tertiaire n’existe point dans la classe des poissons.

49° Le centre nerveux des reptiles est presqu’entièrement formé par l’appareil fondamental; on y rencontre quelques fragments de l’appareil secondaire, mais on n’y trouve aucune trace de l’appareil tertiaire.

50° Les stratifications blanches de l’appareil fondamental des reptiles n’augmentent pas sensiblement de volume dès qu’elles sont parvenues aux cavités du crâne. Elles rencontrent dans ces cavités, en arrière une très-faible masse grise cérébelleuse, en avant trois organes cérébraux de matière grise diversement disposés.

51° Dans tous les reptiles ces organes cérébraux sont au nombre de trois de chaque côté.

52° Ils sont placés, à l’extrémité des stratifications antérieures, de deux manières : tantôt les deux premiers de ces organes seulement sont supérieurs au niveau de ces stratifications, et alors le troisième est inférieur à ces stratifications et les sépare de la base du crâne ; tantôt toutes les séries de masses grises sont situées les unes derrière les autres, dans un niveau supérieur ou presque supérieur â l’extrémité des stratifications de matière blanche.

53° Deux de ces organes , le premier et le second , sont constamment placés en avant de l’insertion de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire.

54° Le troisième organe cérébral des reptiles subit des changements de place qui le rendent remarquable : tantôt il est appréciable à la base du crâne au-dessous des stratifications antérieures , et alors il est situé en arrière de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire ; tantôt on le voit dans la cavité ventriculaire, au-dessus de ces mêmes stratifications; dans ce cas il est placé, comme les deux autres organes, en avant de l’insertion de la lamelle intermédiaire.

55° La lamelle intermédiaire des reptiles s’insère par son extrémité cérébelleuse ou postérieure sur le cervelet. Cette lamelle'se termine par son extrémité antérieure ou cérébrale, de deux manières différentes : soit sur le second organe cérébral , alors le troisième organe est placé à la base de l’encéphale , en arrière de l’insertion , et les deux premiers organes cérébraux sont situés en avant de cette insertion; soit sur le troisième organe, et alors les trois masses grises cérébrales sont disposées à la suite les unes des autres, en avant de la terminaison de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire.

56° Il n’existe de fragment de l’appareil secondaire dans le centre nerveux des reptiles qu’entre la première série des organes cérébraux de matière grise.

57° L’encéphale des reptiles ne présente aucune trace de l’existence de l’appareil tertiaire.

58° Le centre nerveux des oiseaux est presqu’entièrement formé par l’appareil fondamental. On y rencontre un des fragments de l’appareil secondaire , mais il n’y a pas de trace de l’appareil tertiaire. Les stratifications de matière blanche qui composent l’appareil fondamental, augmentent déjà de volume dans le voisinage des cavités du crâne.

59° Les stratifications de l’appareil fondamental de ces animaux rencontrent, en arrière, une masse grise cérébelleuse, et, en avant, des masses grises cérébrales disposées d’une manière constante et régulière dans toutes les familles.

60° La série de ces masses grises est complète ; elles sont au nombre de trois constamment placées au devant de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire ; la première cache et recouvre les deux autres.

61° L’insertion postérieure delà lamelle intermédiaire s’opère sur la masse grise cérébelleuse; l’insertion antérieure se fait dans toutes les espèces d’oiseaux sur le troisième organe cérébral.

62° Le fragment unique de l’appareil secondaire qui est appréciable dans les oiseaux , s’étend entre les organes cérébraux de la seconde série.

63° L’appareil tertiaire n’existe point chez les oiseaux.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

64° Le centre nerveux des animaux mammifères est composé par la réunion des trois appareils , fondamental , secondaire et tertiaire.

65° Les stratifications de l’appareil fondamental des mammifères augmentent de volume de plus en plus, à mesure qu’elles pénètrent dans les cavités intracrâniennes.

66° Cette augmentation de volume porte principalement sur les portions latérales des stratifications de l’appareil ; mais dans les régions antérieures, elle s’opère également sur les portions de ces stratifications qui occupent la ligne médiane.

67° Les portions latérales rencontrent , en arrière , supérieurement , l’organe cérébelleux de matière grise ; antérieurement, elles se perdent dans les trois organes cérébraux également composés de matière grise, et qui appartiennent à l’appareil fondamental.

68° La portion médiane (axe médian) des stratifications postérieures ne s’élève pas jusqu’au cervelet. La portion médiane (axe médian)des stratifications antérieures se termine auprès de Xinfundibulum.

69° Cette portion médiane des stratifications antérieures des mammifères augmente de volume en se rapprochant du cerveau. Par cette augmentation de volume, elle concourt à la formation des corps olivaires, quand ils existent ; elle détermine l’apparence de l’entrecroisement; elle constitue la protubérance annulaire. Les prolongements qui émanent de cette portion médiane vont se perdre d’une part dans la substance blanche du cervelet, de l’autre dans le troisième et dernier des organes cérébraux.

70° Les organes de matière grise placés dans le cerveau sur ces stratifications antérieures, sont au nombre de trois; le premier recouvre et cache les deux autres.

71° La lamelle intermédiaire des animaux mammifères s’insère en arrière sur le cervelet, et en avant se fixe invariablement sur le dernier ou troisième organe cérébral.

72° Les trois séries d’organes cérébraux de matière grise sont placées dans toute la classe des mammifères en avant de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire.

73° Les fragments de l’appareil secondaire sont au complet dans l’encéphale des mammifères. Chacun d’eux s’étend sur la ligne médiane entre chaque série des organes cérébraux.

74° L’appareil tertiaire concourt à la formation du centre nerveux de ces animaux, il est composé de stratifications de matière blanche, et de plusieurs masses de matière grise placées soit aux extrémités, soit sur le trajet de ces stratifications.

Parmi les opinions principales qui ont été émises à l’occasion des centres nerveux, celle qui a prévalu considère l’appareil nerveux cérébro-spinal comme un axe unique très-peu développé dans toute l’étendue du canal rachidien, et dont les formes, le volume, s’accroissent considérablement dans l’intérieur des cavités du crâne.

A cette manière de voir se rattache intimement une autre opinion, qui regarde le centre nerveux comme un appareil construit sur le •même plan dans les vertébrés, comme un appareil dont les parties, constamment analogues sous le plus grand nombre de leurs rapports , sont, lorsqu’elles n’ont pas disparu, seulement changées en vertu des variations de la forme et du volume. Sur ce dernier aperçu se greffe une théorie à laquelle ont adhéré de très-habiles anatomistes ; elle enseigne que le système nerveux central , considéré dans les quatre classes d’animaux vertébrés , traverse successivement un nombre défini de phases, représentées isolément par la structure nerveuse du poisson , du reptile , de l’oiseau , du mammifère avant d’arriver à l’homme , résumé de toutes les autres organisations. De plus, l’homme pendant la vie intra-utérine représenterait, aux diverses époques de la gestation, ces phases multiples , permanentes pendant toute la durée de l’existence dans chacune des classes d’animaux d’une condition inférieure.

A mon avis, la première opinion ne saurait être acceptable pour toutes les parties dont se compose le centre nerveux. Il en est parmi elles qui forment, avec le prolongement rachidien surtout, un ensemble parfaitement continu ; mais il me parait évident qu’il en est d’autres à l’occasion desquelles cette continuité avec la moelle épinière ne saurait être démontrée d’une manière exacte. Aussi , malgré les efforts ten-

tés par plusieurs anatomistes, je persiste à séparer du prolongement rachidien, plusieurs portions du centre nerveux, telles que les fragments des diverses commissures cérébrales, telles que l’appareil de la voûte, parties dont la direction est entièrement opposée à celle qu’affectent les stratifications blanches dérivées du cordon rachidien.

C’est à cause de cette différence de direction dans la substance blanche , et aussi parce que l’existence de ces parties n’est point liée à celle des stratifications dépendantes de la moelle épinière, que je les ai considérées comme des appareils séparés, indépendants du prolongement rachidien, même, lorsqu’on les observe placés sur les expansions de ce prolongement dans chaque hémisphère cérébral des animaux.

L’axe cérébro-rachidien est pour tous les anatomistes l’ensemble , la réunion intime de tous les objets que je sépare.

L’unique portion du centre nerveux qui pourrait peut-être recevoir ce nom est pour moi constituée par les parties du centre nerveux, que j’ai désignées sous le nom d’appareil fondamental.

Sur cet appareil fondamental et dans une direction opposée à celle des stratifications blanches, dont il est en grande partie composé, peuvent exister ou manquer d’autres parties organiques indépendantes de l’existence de l’appareil, puisqu’elles peuvent paraître ou disparaître, s’accroître ou décroître ; ce sont celles que j’ai considérées sous les noms d’appareil secondaire et tertiaire.

Il est donc clair, par ce que je viens de dire et d’après ce que j’ai précédemment exposé en détail , que je reconnais dans le centre nerveux des animaux vertébrés une portion permanente dans toutes les espèces, et d’autres portions non permanentes qui n’appartiennent plus à l’appareil fondamental.

Cette manière de voir s’éloigne évidemment de l’opinion commune, tout en s’en rapprochant sous un rapport.

11 résulte aussi des études analysées dans le cours de cet ouvrage, que l’on ne saurait envisager exactement l’ensemble ou les détails des appareils dont j’admets l’existence dans le centre nerveux, sans avoir

séparé avec soin les portions de ces appareils dont l’organisation n’est point la même , et dont les rapports avec le système artériel sont opposés.

Cette séparation des stratifications de matière blanche, et des diverses masses de substance grise si remarquables par leur structure, par leur isolement et par la manière dont les extrémités artérielles se comportent à leur égard en s’y terminant, ne me semble avoir été jusqu’ici regardée que comme étant d’une médiocre importance. Elle n’a jamais offert à l’observation qu’un but d’étude très-secondaire , tandis que je la considère comme un objet intéressant et principal, digne d’un examen très-sérieux.

L’appréciation de ces masses organiques de matière grise m’a conduit à reconnaitre que , si on les considérait en général , abstraction faite de l’appareil auquel elles appartiennent, un fait commun à toutes apparaissait avec évidence. Ce fait est la terminaison des artères à la surface et dans l’épaisseur de ces organes composés de matière grise, ce qui, tout aussi bien que la coloration et la structure, sépare ces portions organiques d’avec la substance blanche.

Cette séparation complète, jointe à plusieurs faits déjà connus de physiologie expérimentale et de pathologie, m’engage à considérer chacune de ces portions du centre nerveux comme douée de fonctions très-distinctes. L’une est véritablement active, c’est la matière grise; c’est dans elle et par le secours du système artériel principalement, que se produisent les actions nerveuses , ou que s’opèrent toutes les perceptions. L’autre est uniquement passive, elle ne sert qu’à conduire les actes produits par la matière grise, ou bien qu’à transmettre à cette matière les différentes impressions qu’elle doit percevoir. Cependant, il faut le dire, dans un sujet aussi difficile à connaître, de pareilles idées ne peuvent être émises qu’avec la plus grande réserve.

Il est certain qu’au milieu de tous les faits, dont j’ai essayé de donner la démonstration, une grande analogie semble réunir l’appareil fondamental de tous les animaux vertébrés. Cet appareil paraît , au premier aperçu, partout établi sur un plan commun et constam-

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

ment le même. Dans toutes les espèces il est en effet, composé de stratifications longitudinales de matière blanche et de masses organiques de substance grise, placées soit auprès des origines nerveuses, soit sur les extrémités intracrâniennes des stratifications de l’appareil. Partout ces organes de matière grise se présentent en nombre semblable, et semblent d’abord ne varier que par leur position , leur forme et leurs rapports.

Mais un autre ordre de faits sur l’examen desquels je me suis étendu en étudiant chaque classe d’animaux, vient diminuer cette analogie générale, si saillante en apparence. II fait voir que, si une grande partie du plan général de l’appareil fondamental offre dans tous les vertébrés, une similitude générale constamment reconnaissable , il est pourtant un point déterminé de cet ensemble , sur lequel cette similitude est imaginaire. Là, certaines particularités sont trop variables, pour qu’il soit permis de penser que le centre nerveux des animaux, et meme que l’appareil fondamental, soient dans chaque classe construits de même.

L’étude des insertions variables de la portion du système nerveux désignée sous le nom de lamelle intermédiaire, conduit, si je ne m’abuse, à reconnaître qu’en vertu de ces insertions diverses le plan général de l’appareil fondamental des animaux vertébrés est considérablement modifié. Si la disposition de cet appareil était la même dans toutes les espèces , l’insertion antérieure ou cérébrale de la lamelle intermédiaire ne varierait jamais dans chacune des espèces animales.

J’ai fait voir que cette lamelle intermédiaire se terminait constamment en arrière , sur les mêmes points du même appareil , dans les quatre classes d’animaux vertébrés; j’ai fait également observer que l’extrémité antérieure de cette partie importante s’insérait d’une manière différente dans chaque classe. Elle se termine alors alternativement sur chacun des trois organes de matière grise formant des reliefs distincts à l’extrémité cérébrale des stratifications antérieures de l’appareil fondamental.

Les variations de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire représentent un fait curieux en lui-méme , non pas seulement parce qu’il n’a point été remarqué, mais encore parce que ce fait donne un caractère particulier à chaque classe des animaux vertébrés , poissons , reptiles, oiseaux ou mammifères. Ces variations sont de plus intéressantes , parce qu’elles coïncident avec le déplacement de chacun des trois organes cérébraux composés de matière grise. De telle sorte que, cette insertion se fait-elle sur le troisième de ces organes cérébraux? les deux premiers s’avancent en avant de la lamelle : s’opère-t-elle au contraire sur la première de ces trois masses grises? les deux autres organes se reportent en arrière et s’éloignent du point où l’insertion est appréciable.

De telles observations doivent être de nature à faire douter de la régularité que plusieurs anatomistes reconnaissent dans le plan du centre nerveux cérébro-spinal.

Ce plan, quoiqu’uniformément disposé dans plusieurs des parties de l’appareil fondamental , ne conserve pas chez tous les animaux sa régularité à l’endroit où je signale l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire; il n’est donc pas permis de comparer les centres nerveux des divers animaux entre eux, de chercher les analogies qui les rapprochent, avant d’avoir tenu compte des variétés d’insertion que j’indique. Des différences capitales dans chaque organisation s’accordent incessamment avec la manière d’être de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire.

Le défaut d’uniformité de la structure du centre nerveux se fait tout aussi nettement remarquer dans la disposition des appareils secondaire et tertiaire. Il est impossible d’assurer que l’arrangement suivant lequel ces appareils sont construits est le même, lorsqu’ils n’existent point, ou bien lorsque l’on ne peut observer que certains fragments isolés, vagues indices de ces appareils.

On ne peut constater, même sur l’appareil tertiaire commun à tous les mammifères, un nombre d’amas organiques de matière grise placés sur le trajet des stratifications blanches, égal et semblable dans

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

tous ces animaux au nombre que l’on peut reconnaître et compter dans l’espèce humaine. Il n’y a donc pas uniformité de construction même dans l’encéphale des êtres les plus voisins les uns des autres.

Il suit de là que je puis être autorisé à penser que l’idée d’un plan régulier du centre nerveux, généralement admise, ne saurait être acceptée sans de très-grandes restrictions. Si la matière se ressemble, si quelques-uns de ses arrangements sont analogues, il est d’autres dispositions qui, jointes aux différences de formes, de rapports, de volume, signalées en partie dans cet ouvrage, séparent les animaux vertébrés en plusieurs groupes. C’est dans l’organisation de chacun de ces groupes, qu’il est seulement permis de rencontrer un plan commun, une générale uniformité, mais non point encore une similitude parfaite.

Si mes observations sont exactes, elles démontrent que le centre nerveux d’un animal, tel que le poisson, par exemple, ne saurait être regardé comme la phase nécessaire de l’organisation nerveuse d’un autre animal vertébré, tel que le reptile, l’oiseau ou le mammifère. Mon esprit se refuse à de pareilles exagérations. Le centre nerveux cérébro-spinal du poisson, du reptile, de l’oiseau, dût-il augmenter mille fois de volume, ne saurait en aucune manière représenter le centre nerveux du mammifère ou de l’homme , sans que les trois masses grises cérébrales n’eussent changé de position, de forme et de rapports, sans que l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire ne fût venue s’insérer à la place où elle doit être fixée dans l’espèce humaine, c’est-à-dire au lieu où elle ne s’insère jamais dans les poissons et les reptiles.

Si de tels changements étaient opérés par la nature, si pendant la création embryonnaire de l’homme une semblable mobilité pouvait être observée, elle serait facile à constater, et l’appréciation d’un pareil fait ne saurait être douteuse. Or, ces modifications du centre nerveux ne pouvant être reconnues pendant la durée de la vie intra-utérine, on est obligé d’être convaincu que la science de l’orga-

Page 1