‹ Exposition anatomique de l'organisation du centre nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 8 sur 66 · FONDAMENTAL DES POISSONS · texte numérisé non relu

FONDAMENTAL DES POISSONS

G5. Les masses de substance grise du premier groupe indiqué pré- *’g°où°p“e* cédemment, se présentent sous l’apparence d’une longue accumulation roTaLentaL de matière renfermée dans l’intérieur des stratifications blanches du cordon rachidien, depuis sa terminaison inférieure jusqu’à l’endroit où ce cordon se divise pour s’étendre au cerveau et au cervelet.

Malgré l’assertion de Desmoul ins, de Magendie ’ et de plusieurs autres

* € Cbei auriin des (M)isson8 des trenle genres, dans chacun desquels j’ai souvent étudié quatre » à cinq espèces, il n'y a, au système cérébro-spinal, de matière grise ou cendrée en arrière » cl au delà du quatrième ventricule. (An. des systèmes nerveux des an. vertébrés, par A. Des- » moulins et F. Magendie. Paris, 1825, p. H5, I" partie.)

Poissons. — Appareil anatomistes, ie crois devoir, avec Arsaki, regarder la présence de la matière grise dans le centre de la moelle épinière des poissons comme nn fait général , d’une démonstration facile, et qu’il est impossible de nier après un examen sérieux.

Voici comment on doit procéder à l’étude de cette matière grise, renfermée au centre des stratificationsblanches j il faut, ou bien inciser les stratifications d’arrière en avant pour étudier le développement, en longueur, de la matière grise, ou pratiquer à l’aide de scalpels ou de ciseaux très-acérés des sections transversales du prolongement rachidien , de manière à former des disques plus ou moins épais que l’on peut examiner, soit à la loupe avec un grossissement de deux ou quatre diamètres, soit à l’œil nu en plaçant ou non Eobjet sous l’eau.

Lorsque ces disques sont minces, on peut légèrement les comprimer entre deux lames de verre; toutefois, cette compression n’est pas nécessaire; quelle que soit l’épaisseur de la portion soumise à l’examen, l’étude de la surface du disque conduit aux mêmes résultats. L’apparence de cette accumulation de substance grise est celle d’une longue colonne dont les contours sont assez difficiles à définir.

Lorsqu’on regarde la superficie d’une section pratiquée sur un des points du trajet que cette section parcourt, on peut diviser artificiellement cette superficie en trois portions, dont deux sont latérales et la troisième centrale. Cette dernière est moins volumineuse que les précédentes, celles-ci dépassant le niveau des limites qui la bornent, soit en avant soit en arrière (pl. 4, p.g. 48, 49, 50, 51 , 56, 57 , 58; pl. 5,^5r. 70).

Dans les régions supérieures du rachis, cette portion centrale disparait, et les deux portions latérales subsistent seules pour subir des modifications particulières dignes d’intérêt.

La portion centrale de la colonne grise du cordon rachidien est d’abord remarquable, parce que les sillons antérieurs et postérieurs qui régnent sur toute l’étendue de la moelle épinière ne s’étendent pas jusqu’à la superficie de cette portion centrale de la colonne de ma-

DE i;OHGANlSATI()N DU CENTRE NERVEUX.

tière grise ; le fond des sillons est séparé de cette superficie en arrière Poissons. — Apparc

^ ^ fondamental.

et en avant par l’épaissenr des axes transversaux de substance blanche dont j’ai parlé plus haut.

66. Le centre de la colonne de matière grise de la moelle est partout remarquable jusqu’au niveau de l’endroit où les stratifications blanches postérieures de l’appareil s’écartent pour se diriger vers le cervelet (corps restiformes ).

Dans cette région , où parait en général s’effacer la portion centrale de la colonne de matière grise, on peut découvrir l’orifice d’un petit canal, dont on peut poursuivre la trace jusqu’à l’extrémité la plus reculée du prolongement rachidien (pl. 4, jig. 48, 49, 50, 51 , 56,

57, 58; pl. 5, fiq. 70).

Ce canal est situé précisément au milieu de la portion centrale de la colonne grise. Les sections transversales du prolongement rachidien sont nécessaires pour que l’existence de cette cavité puisse être démontrée; car on ne saurait pousser un liquide, ni introduire un instrument dans l’orifice qu’elle présente. On la voit difficilement à l’œil nu, et je doute qu’il ait été possible de l’étudier sans le secours d’un verre capable de grossir les objets.

M. Tiedemann a été conduit à admettre que ce conduit , dont l’existence a depuis longtemps été vérifiée par plusieurs anatomistes, était l’analogue d’un canal qui existe au centre de la moelle épinière des embryons et des fœtus humains, et que ces deux cavités ne différaient entre elles, qu’en ce que l’une est transitoire chez l’homme, et disparait au delà de l’existence utérine, et que l’autre, au contraire, est permanente dans les poissons pendant toute la durée de l’existence de ces animaux.

67. Je n’admets pas que la théorie des transitions successives du centre nerveux de l’embryon humain au travers de toutes les phases de l’organisation des animaux , soit appuyée par ce fait particulier.

Deux raisons principales m’autorisent à émettre cette opinion : l’une est produite par la comparaison de la partie que nous étudions dans l’homme adulte et dans les poissons; l’autre résulte de la description

Poissons. — Appareil fondamenlal.

du canal des embryons humains, faite par le savant anatomiste allemand dans son ouvrage.

Nous retrouvons le canal central de la matière grise de la moelle épinière dans l’homme adulte comme dans les poissons , avec les mêmes dispositions générales; ce canal n’est donc pas transitoire dans les embryons humains, puisqu’il est permanent, non-seulement dans l’espèce humaine, mais encore, comme nous le verrons, dans tous les animaux.

En prenant en considération les faits cités par M. Tiedemann, et en supposant que des dissections faites sur des embryons conservés dans l’alcool, aient pu laisser entrevoir l’apparence même éloignée de la nature, on n’en est pas moins conduit à reconnaître qu’il n’y a aucune analogie entre le canal central de la moelle épinière des poissons et le canal de la même partie dans les fœtus humains.

Je vais reproduire la description de cette dernière cavité d’après l’anatomiste que je combats : on verra en la lisant ce qu’il faut penser de l’analogie. (Tiedemann , Anatomie du cerveau , trad. par Jourdan, p. 125, 126, 127.) — (( Dansla durée du premier mois, et au commen-

T) cernent du second, etc , celle-ci (la pie-mère) s’enfonce un peu

» dans la pulpe à la face antérieure du canal , ce qui donne naissance )) au sillon longitudinal antérieur de la moelle épinière. Elle s’y insi- » nue également à la partie postérieure, où elle forme un grand repli )) longitudinal qui produit le canal de la moelle épinière. » Plus loin (/. c., p. 127): «La moelle rachidienne représente dans l’embryon )) un cylindre creux , dont les parois minces sont recourbées d’avant en )) arrière, et dont la partie supérieure offre une ouverture longitu- )) dinale, car elle est creusée d’un canal qu’on désigne sous le nom de )) canal de la moelle épinière. »

Certes, après avoir pris connaissance de cette citation dans l’ouvrage intéressant auquel je l’emprunte, on pourra être conduit à admettre l’existence d’un canal dans l’intérieur de la moelle des embryons humains; mais il ne sera pas permis, sans forcer l’évidence, de considérer comme étant semblables des parties séparées par d’aussi grandes oppositions.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

Dans l’cnibrvon humain, le canal décrit par Tiedemann est néces- poissons. -Anareii sairement la même chose que le sillon postérieur de la moelle épinière.

Dans les poissons il en est tout autrement , le canal n’est pas le fond du sillon postérieur; il est séparé de ce sillon, premièrement par la portion transversale de substance blanche dont il a été question sous le nom d’axe des stratifications postérieures ; secondement par le segment de matière grise situé en arrière du canal.

Di* sorte que cette cavité ne peut avoir aucune espèce de relation ni avec la pie-mère, ni avec le fond du sillon postérieur, puisqu’elle en est séparée par une double couche de substance blanche et de matière grise.

68. Les deux portions de la colonne de matière grise de la moelle épinière, qui, situées à droite et à gauche, ne sont que la continuation latérale de la partie médiane au centre de laquelle est situé le canal central, paraissent subir tant de modifications dans leur forme, chez les différentes espèces de poissons, que l’on ne saurait avec précision présenter une description exacte de cette partie.

Celte variété continuelle de forme est remarquable, non-seulement aux mêmes niveaux de la moelle dans deux poissons de familles différentes, mais encore dans le même animal, à des points opposés de la hauteur de l’organe (pl. 48, 49, 50,51, 56, 57, 58; pl. 70),

Ainsi ces parties latérales sont autrement dessinées, lorsqu’on examine la surface de la section qui les divise, soit vers l’extrémité postérieure du prolongement rachidien, soit dans le milieu de cet organe, soit dans le voisinage de la tète.

11 est cependant possible de faire remarquer la disposition que présentent en général ces parties latérales.

Chacune d’elles peut être artificiellement séparée en deux segments de forme différente, l’un est antérieur, l’autre postérieur.

De l’épaisseur de chacun de ces segments sort une grande quantité de stries délicates, visibles surtout à la loupe; elles s’enfoncent en rayonnant dans la substance blanche.

Deux stries plus prononcées que toutes les autres, naissent l’une

du segment antérieur, l’autre du segment postérieur; cette dernière est toujours apparente et nettement indiquée.

Toutes deux se prolongent jusqu’à la superficie du cordon rachidien , et c’est sur l’endroit où l’extrémité de ces stries de matière grise touche à la superficie de la moelle épinière , que s’implantent toutes les racines antérieures et postérieures des nerfs rachidiens (pl. 4, fig. 48, 49, 50, 51, 56, 57, 58; pl. 5, fig. 70).

69. Dans les régions supérieures de la moelle épinière, au moment où les stratifications blanches s’écartent en arrière pour se prolonger vers le cervelet, les parties latérales de la colonne grise dont il est question se découvrent en raison de cet écartement au-dessous et en arrière du cervelet. Elles apparaissent alors à la superficie du cordon rachidien et subissent dans les différentes familles de poissons des changements assez intéressants pour devoir être examinés.

Tantôt ces parties latérales s’éteignent en arrière et en haut insensiblement, comme dans les harengs [Clupea harengus), l’anguille {Murœna anguilla) (pl. 5, fig. 66); ailleurs, comme on le voit dans le Gadus morrhua (pl. 4, fig. 23), dans les Cyprins {Cyp. carpio , Cyp. tinca), dans le brochet {Esox ferox) (pl. 4, fig. 36, 42, 44, 47), 'dans le merlan (pl. ^,fig- 16, 17 ) , etc., l’extrémité des parties latérales de la colonne grise de la moelle épinière, représente de chaque côté un tubercule de forme très-variable. Dans les Cyprins, ces tubercules débordent de chaque côté le niveau latéral du cervelet.

Sur d’autres animaux, ces extrémités supérieures des parties latérales de la colonne de matière grise de la moelle épinière , représentent de chaque côté une élévation qui soulève le cervelet en arrière, et sur laquelle on observe plusieurs sillons variables en profondeur; on peut étudier cette disposition dans la raie (Raia clavata , Ram bâtis) (pl. 5, fig. 58, 60, 61).

Sur les pleuronectes [Pleuronectes platessa), sur les trigles {Trigla cuculus) (pl. 3, fig. 28,31, 32 , 35), on distingue un autre arrangement de l’extrémité supérieure de la colonne de matière grise ; cette extrémité supérieure est constituée par une série de tubercules dis-

DE L’ORGAMSATION DU CENTRE NERVEUX

posés par étages successifs d’avant en arrière , placés à droite et à Poissons. — Appareil

* fondamental.

gauche en regard les uns des autres et en nombre assez changeant.

Lorsqu’on aura examiné la colonne de matière grise de la moelle épinière dans les régions les plus voisines et les plus éloignées du crâne, on reconnaitra,. je le pense, sans difficulté, que cette partie se modifie d’une manière évidente dans sa forme, à mesure qu’elle se rapproche de l’encéphale, et il sera possible de se convaincre que ces changements extraordinaires correspondent aux originesde certains nerfs, dont l’action , quoique généralement analogue , ne saurait être absolument la même dans des animaux pourvus de besoins différents, et entraînés aux appétits les plus variés.

70. Si nous jetons un coup d’œil sur les origines des nerfs rachidiens dans les poissons, nous verrons que la démonstration de l’implantation de l’origine de ces nerfs sur les parties latérales de la colonne grise, est généralement possible, mais que cette démonstration est surtout d’une évidence parfaite à l’occasion des origines postérieures. On ne peut conserver aucun doute à cet égard lorsqu’on pratique une section transversale du prolongement rachidien au niveau d’une racine nerveuse. En étudiant les nerfs crâniens, depuis les origines inférieures de la huitième paire jusqu’à l’origine du nerf de la troisième paire, on reconnaît également la démonstration générale du même fait. Il est cependant aussi fort intéressant de faire remarquer avec quelle facilité on poursuit l’origine des nerfs qui naissent en arrière de la moelle épinière jusqu’à leur insertion sur la matière grise; on peut facilement s’en assurer à l’occasion de la huitième paire (pl. 8®, fig. 2.8), de la paire auditive, de la cinquième paire de nerfs : avec quelle incertitude au contraire suit-on jusqu’à cette matière grise les nerfs crâniens d’origine antérieure, semblables en cela aux racines rcachidiennes antérieures.

Ainsi, autant la démonstration du siège de l’origine est claire pour les nerfs que j’ai désignés, autant elle est souvent obscure lorsque l’on considère la terminaison des racines des nerfs de la sixième et de la troisième paire. L’existence des nerfs glosso-pharyngiens , et celle

Poissons. — Appareil fondamental.

des nerfs faciaux ne me paraissent pas d’une évidence assez constamment générales dans la classe des poissons, pour que je puisse parier de l’origine de ces parties sur le centre nerveux.

Les racines de la sixième et de la troisième paire de nerfs peuvent, chez les poissons, laisser des doutes à l’égard de leur terminaison sur la colonne de matière grise ; mais les nerfs qui , avec la huitième paire , prennent leur origine en arrière, ne doivent laisser aucune erreur possible au sujet de leur naissance.

La huitième paire, qui, dans les poissons, envoie des rameaux à l’oreille, à la langue , aux branchies, à chaque partie latérale du corps , naît, vers la région supérieure, des parties latérales de la colonne de matière grise de la moelle, sur lesquelles s’implantent ses filets d’origine. A l’endroit de l’origine du nerf, la forme de l’accumulation de matière grise est diversement modifiée ; elle affecte selon les espèces plusieurs dispositions particulières plus ou moins analogues à celles que j’ai précédemment décrites dans les pleuronectes, les cyprins, les gades, etc., etc.

La cinquième paire prend également son origine sur la partie supérieure de la colonne de matière grise rachidienne, dont la forme présente aussi de nombreux changements au niveau de l’endroit duquel émerge l’origine nerveuse ; c’est ce que j’ai indiqué, et ce que l’on peut voir dans la raie , à l’origine de la cinquième paire et des nerfs auditifs confondus ensemble : on constate également ce fait dans les morues, les trigles, les pleuronectes, chez lesquels les variations de la forme de la colonne grise à l’origine de la cinquième paire sont partout dissemblables.

Il reste, pour compléter l’esquisse de l’origine des nerfs des poissons, à parler des accumulations de matière grise apparentes aux endroits où naissent les nerfs de la quatrième , de la seconde et de la première paire.

Ces masses grises n’appartiennent plus à la longue colonne grise qui parcourt tout le prolongement rachidien , elles sont éloignées de la limite de sa terminaison supérieure.

DE L’OUGAMSATION DU CENTRE NERVEUX

Deux (l’entre elles s’observent sur la partie indiquée sous le nom de lamelle intermédiaire : ce sont celles qui se trouvent placées aux origines des nerfs de la seconde et de la quatrième paire; les autres ont leur siège à la partie antérieure du crâne , à l’extrémité d’un prolongement de substance blanche qui est la continuation des stratifications intracrâniennes antérieures ou cérébrales; de ces dernières émergent les racines des nerfs olfactifs par un nombre indéterminé de filets qui plongent, aussitôt après leur naissance, dans les cavités nasales, et se répandent à la surface de leurs parois.

71. La position des masses organiques de matière grise situées â l’extrémité intracrânienne de l’appareil fondamental des poissons, parait d’abord très-variable : toutefois on reconnaît que l’une d’elles est placée au sommet des stratifications blanches postérieures de la moelle épinière (corps restiformes) ; que les autres sont successivement appréciables, soit à l’extrémité ou bien sur le trajet intracrânien des stratifications antérieures qui proviennent du prolongement rachidien ( pyramides).

Parmi ces masses grises, celle qui repose sur l’extrémité supérieure des stratifications blanches postérieures de l’appareil fondamental, constitue, par les rapports qui l’unissent avec ces stratifications, la portion de l’encéphale désignée sous le nom de cervelet dans les poissons, de même que dans les autres animaux \

Gît organe présente, dans la classe des poissons, une forme bien différente de celle que l’on observe dans les autres vertébrés; cette forme est si peu semblable â celle cjui distingue la même partie dans le reptile, l’oiseau ou le mammifère, que l’on pourrait se refuser, au premier aperçu, à considérer comme analogues entre eux des organes aussi opposés par leur configuration extérieure ; mais en considérant leur position sur l’extrémité supérieure des stratifications postérieures de l’appareil, et en remarquant la communication invariable qui les unit antérieurement avec l’insertion postérieure de la lamelle inter-

l.a lettiv b' indique cet organe dans toutes les planches.

Poissoo.s. — Appareil fondanicntal.

Deuxième groupe des organes de matière grise.

Organe cérébelleux.

médiaire, on se convaincra sans peine que l’organe actuellement examiné est ici le même que celui que Uon rencontre ailleurs avec d’autres formes; on n’en saurait douter en faisant attention que cette masse de matière grise est invariablement fixée sur la même place de l’encéphale , avec les mêmes rapports dans toute la série des animaux vertébrés.

La forme générale de cette partie varie peu chez les poissons : elle offre presque toujours l’aspect d’un corps conoïde, légèrement aplati, arrondi sur tous ses côtés, dont le sommet se dirige en arrière (pl. 3, voir aux différentes figures ô'; pl. 4, id. ô'; pl. 5, id. b'). Dans plusieurs espèces , cette forme générale se rapproche de celle d’un losange arrondi sur tous ses angles : alors une des extrémités se dirige en avant, tandis que l’autre se porte dans une direction postérieure (pl. 5, /î^r. 58 b').

La superficie de celte masse grise est presque constamment lisse; toutefois sur le cervelet des raies et des squales on peut apercevoir quelques sillons irréguliers (pl. 5, fig. 58 b') offrant une analogie très-éloignée avec les circonvolutions remarquables sur le même organe dans les oiseaux et les mammifères.

La superficie supérieure de cette masse grise est recouverte par la pie-mère et constitue l’une des surfaces supérieures de l’encéphale. Sa superficie inférieure recouvre le ventricule , dont elle forme l’un des plafonds.

En faisant une section sur la ligne médiane afin d’observer la conformation intérieure du cervelet, il est facile de s’apercevoir que la matière grise entre en majeure partie dans la composition de cet organe; la matière blanche se perd insensiblement au milieu de la première sans en être séparée par une ligne de démarcation nettement tranchée, comme dans les classes supérieures (pl. 3, 4, 5 b' , passim).

En soulevant cette masse organique, on découvre fréquemment audessous d’elle les amas de substance grise situés en haut des parties latérales de la colonne grise de la moelle épinière , près de l’origine des

DE L’OHGAMSATIOxN DE CENTUE NERVEUX.

nerfs de la Imitième, de la cinquième et de la septième paire. On a considéré ces parties comme dépendantes du cervelet des poissons, elles ont été nommées étages du cervelet : on a vu précédemment qu’après les avoir envisagées d’un tout autre point de vue, je les désignais d’une autre manière.

Les organes de matière grise établis à l’extrémité ou bien sur la continuité du trajet des stratilications antérieures ou cérébrales de l’appareil fondamental, sont au nombre de trois et, de même que dans les animaux des classes supérieures, ces trois niasses sont placées à la suite les unes des autres. Je vais procéder à leur examen en commençant par celui de ces trois amas organiques qui est situé le plus en arrière (pl. 3,

ti(j. 16, 17, 18, 20, 21, 22, 25, 26, 27, 29, 30, 31, 33, 34, 35

a'"; pl. 4,//<7. 37, 38, 39, 41, 42, 43, 45, 46, 47, 53, 54, 55

a'" ; pl. 5 , fig. 59 , 60, 61 , 63 , 64, 65, 67 , 68, 69 a'").

G} dernier organe est arrondi et légèrement ovoïde, sa longueur la plus grande s’observe dans la direction antéro-postérieure; il est placé à la base de l’encéphale. Sa limite antérieure commence derrière le chiasma des nerfs optiques, sa limite postérieure s’arrête toujours en avant de l’endroit où naissent les nerfs de la troisième paire. Sa face la plus inférieure repose sur la base du crâne, sa face supérieure est en contact avec les stratifications antérieures de l’appareil fondamental ; par sa face interne il touche à peu près l’organe semblable qui est situé de l’autre côté du corps, en laissant toutefois, tantôt vers son milieu , tantôt vers sa partie antérieure, quelquefois en arrière, un petit espace qui est l’entonnoir ou l’infudibulum des ventricules, dont les paroisse prolongent dans l’épaisseur d’un corps pituitaire plus ou moins volumineux , mais toujours apparent.

G*t organe est de tous ceux que l’on voit sur les stratifications an-

' Chacune de ces trois niasses organiques de matière grise est désignée dans les différentes planches [wr les inènies lettres. Un peut donc les comparer avec facilité. a. !*remière masse grise cérébrale.

a”. Seconde masse grise cérébrale.

a". Troi.sièmc masse grise cérébrale, qui est celle dont il est question maintenant.

Poissons. — Appareil fondamcotal.

Organes cérébraux.

Troisième organe cérébral.

Poissons - Appareil térlcures Ic dIus reculé en arrière ; il est séparé de la cavité ventriculaire placée dans un niveau supérieur au sien, par ces stratifications antérieures , qui , après lui avoir envoyé quelques irradiations plus ou moins visibles , comme on peut le voir dans les gades , les raies , les pleuronectes, continuent leur route en avant, pour aller se jeter dans d’autres masses de matière grise situées dans des régions ou plus élevées ou plus antérieures.

Second organe cérébral. Cette accumulation de matière grise ne subit point de modifications très-appréciables dans la classe des poissons : que l’on envisage sa forme et son volume, ou bien que l’on remarque uniquement sa position , ce fait est également appréciable.

Cette position est invariable et ne change jamais dans aucun des animaux de cette classe ; elle existe constamment là où je l’ai indiquée , c’est-à-dire en arrière du chiasma des nerfs optiques, et en avant de l’origine des nerfs de la troisième paire.

72. Le deuxième amas de substance grise placé dans le crâne sur les stratifications cérébrales antérieures de l’appareil fondamental , n’est pas établi sur le même niveau que l’organe précédent. Au lieu d’être, comme lui, placé au-dessous des stratifications antérieures de l’appareil fondamental, à la base de l’encéphale, il repose au contraire sur elles.

Il est développé dans la profondeur de la masse encéphalique , et, pour reconnaître son existence, il faut, par une section perpendiculaire dirigée d’avant en arrière et sur la ligne médiane, pénétrer dans la cavité ventriculaire (pl. 3, fg. 18, 22, 27 , 31 , 35 a" ; pl. 4, fig. 40, 43, 47,55 a").

On remarque alors l’organe dont il est question dans chaque partie latérale du ventricule , sur laquelle il est caractérisé par un relief généralement arrondi, plus ou moins élevé, et dont la forme varie considérablement suivant les espèces.

La saillie que forme ce deuxième organe dans chaque cavité latérale du ventricule, est tantôt rapprochée du niveau du bord antérieur du cervelet, d’autre fois éloignée du niveau de ce même bord

DE L’OUGAMSATION DU CENTRE NERVEUX

par un intervalle assez considérable, comme dans les anguilles (pl. 5, Poissons. — Appareil

* O M ? fondamental.

fig. 66 , 67 , 68, 69 a" ).

Dans la plupart des poissons, cet organe fait une saillie très-manifeste et s’élève assez haut dans l’intérieur du ventricule; dans d’autres, comme dans les gades il est peu saillant. Suivant les espèces, il se rapproche plus ou moins de la première masse de matière grise cérébrale située plus en avant ; on a un exemple de ce rapprochement dans les poissons suivants : Murœna conger, Murœna anguilla (pl. 5 , 62,

Il serait dillicile de donner une idée générale de la forme de ce deuxième organe de matière grise, parce qu’elle est beaucoup plus variable que celle de l’organe précédemment indiqué; mais si on ne veut point s’attacher à une très-grande précision de langage, on peut dire, que cette forme est généralement celle d’un ovoïde légèrement allongé d’avant en arrière, et plus ou moins effilé à son extrémité postérieure, presque toujours plus étroite que l’antérieure.

73. Il est facile d’apercevoir dans les raies ainsi que dans quelques autres espèces, peut-être également dans d’autres animaux que je n’ai point eu l’occasion d’examiner, que cette seconde masse grise peut se confondre avec une autre partie grise située en avant d’elle. Sa distinction est alors beaucoup plus difficile à établir, parce que ses formes et son étendue sont fort mal délimitées et quelquefois nullement appréciables dans l’intérieur de la cavité des ventricules (pl. 5, jig. 58,

Cette variation du second organe cérébral de matière grise dans les poissons cartilagineux et diins les murènes , prouve donc que sa fixité n’est point aussi grande que celle de l’organe précédemment étudié.

Le rapprochement ou la confusion plus ou moins appréciable du second organe cérébral de matière grise avec l’organe qui le précède, est un fait assez remarquable pour mériter l’attention. Il en résulte, qu’en ne considérant ce second organe que sous le rapport de sa situation , on pourrait partager la classe des poissons en trois divi-

sions :

Poissons. — Appareil Dans Pline, ce second oreane gris est situé au-dessous de la lamelle

rondamental. ^ ^

intermédiaire et au-dessus de la masse organique grise précédemment décrite , seulement séparé de cette dernière par l’épaisseur des stratifications antérieures de l’appareil fondamental.

Dans l’autre, il 'est placé en avant de la lamelle intermédiaire, comme on le voit dans les anguilles , le congre, etc.

Dans la troisième division se rangent les animaux tels que les sélaciens, chez lesquels ce second organe est entièrement confondu avec la première accumulation de matière grise , qui sera tout à l’heure examinée.

Premier organe cérébral. y 4. La première des accumulations de matière grise situées sur le trajet des stratifications antérieures de l’appareil fondamental des poissons ‘ , est placée dans une région de l’encéphale tout à fait antérieure ; elle siège en avant du lieu où l’on remarque les deux organes dont j’ai précédemment parlé. Cette première masse organique de matière grise est plus facile à reconnaître que les précédentes; elle existe à la partie la plus avancée de l’encéphale. C’est de cet organe que sortent, soit à droite soit à gauche du cerveau, les extrémités les plus antérieures des stratifications blanches provenant des pyramides, à la terminaison desquelles des amas particuliers de substance grise portent les origines multiples des nerfs olfactifs.

Le premier organe cérébral de matière grise des poissons est généralement terminé en avant de la même manière dans la plupart des espèces; c’est de ce côté que sortent les parties blanches qui marchent vers les masses olfactives; mais en bas et en arrière , les bornes qui le limitent sont relatives au déplacement que j’ai signalé tout cà l’heure, à l’occasion du second organe cérébral.

Tantôt il est borné en arrière par cette seconde masse de matière grise qui le sépare alors de l’extrémité antérieure de la lamelle intermédiaire; il est dans ce cas plus ou moins antérieur au chiasma des nerfs optiques {Murœna anguilla).

* Cet organe est indiqué dans toutes les figures où il est représenté, par la lettre a'.

DE L’ORGANISATION DU CENTRE NERVEUX

Ailleurs, soit que le premier organe cérébral ne puisse être séparé Poissons. — Appareil du deuxième comme dans les raies, soit que le second organe ait son siège dans la cavité ventriculaire au-dessous de la lamelle intermédiaire, la partie qui nous occupe est limitée en haut et en arrière par le niveau de l’insertion antérieure de la lamelle intermédiaire^ par le corps pinéal , et par le bord antérieur des tubercules optiques, et en bas par le chiasma des nerfs de la seconde paire.

Les incertitudes que peut offrir au premier aperçu la délimitation postérieure de ce premier organe cérébral , tiennent donc seulement aux variations continuelles des deux organes de matière grise placés en arrière de lui.

La forme en est généralement arrondie, globuleuse, la surface lisse au premier coup d’œil; mais, lorsque, dans plusieurs poissons, on l’examine avec une lentille capable de grossir quelque peu l’apparence des parties, on peut, dans plusieurs espèces, remarquer sur cette surface de véritables circonvolutions (pl. 3, fig. X^bis). Elles sont peu nombreuses, il est vrai , mais assez apparentes à la partie supérieure et inférieure de l’organe, pour qu’enjoignant ce caractère à ceux qui se déduisent de la situation de cette masse de matière grise à l’extrémité des stratifications de l’appareil fondamental, on puisse comparer cette partie organique au premier organe cérébral de l’appareil fondamental des mammifères, c’est-à-dire, à la grande couche de matière corticale qui recouvre en dehors le cerveau de ces animaux.

75. Dans la plupart des poissons, lorsque cet organe est double , il présente alors à l’examen une face supérieure, une face inférieure, et une face interne appuyée sur la face correspondante de l’organe semblable, situé de l’autre coté du corps, et séparé de lui par un sillon plus ou moins profond.

Mais dans quelques familles de ces animaux , la séparation de ces deux portions, isolées ailleurs par un sillon médian, ne peut plus se faire, et les deux organes, celui de droite et celui de gauche, sont réunis et confondus en un seul ; c’est ce que l’on peut constater dans les raies et dans les squales; c’est justement dans cette circonstance

Poissons. — Appareil que ce premier organe ne peut être distingué du second, qui le suit d’ordinaire.

Lorsqu’on incise verticalement ce premier organe de matière grise, on s’aperçoit que dans beaucoup d’espèces il est creusé par une cavité ventriculaire. Cette disposition se remarque dans les raies , les squales et les anguilles; mais dans la plupart des autres poissons les cavités ventriculaires ne sont point assez étendues pour qu’on arrive à les démontrer avec facilité et avec une grande évidence.

La totalité de ce premier organe est presque entièrement formée par la matière grise ; les traces des stratifications blanches qui se perdent dans son épaisseur, sont généralement faibles et délicates, et même souvent entièrement invisibles.

Le volume de la matière grise est évidemment considérable dès qu’on le compare au volume de la substance blanche. Ce fait est surtout appréciable dans les squales et les raies , mais il faut remarquer que dans ces animaux les deux premières masses cérébrales de matière grise ne paraissent former qu’une seule et même agglomération.

Ce que je viens de dire à l’occasion de chacune de ces accumulations de matière grise, démontre bien la différence tranchée qui sépare celles d’entre elles qui sont placées sur les stratifications antérieures ou cérébrales, d’avec la masse grise qui est située à l’extrémité des stratifications postérieures ou cérébelleuses de l’appareil fondamental. Ce queje vais ajouter à l’occasion de la description de la lamelle intermédiaire, donnera plus d’intérêt encore à la connaissance de ces parties, dont le siège aussi est différent.

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