‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 11 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EXAMEN HISTORIQUE DE LA SÉPARATION DES POUVOIRS TEMPOREL ET SPIRITUEL. — CONCLUSION.

§ 1.— Confusion nécesiaire des deux pouvoirs i l'origine de la cIyIHsaiion. — L'ensemble des différents progrès en délermineau moyen âge la séparation momentanée.

Cette découverte de la distinction, puis de la séparation nécessaire du pouvoir en spirituel et temporel , qui jette une si vive lumière sur la situation actuelle, n'est pas moins importante et féconde, qu'il s'agisse d'expliquer le passé, de découvrir l'avenir ou d'éclairer le présent. Nous avons vu quels étaient le sens et la source du principe en lui-même. Il nous reste à voir comment d'abord il dut être nécessairement méconnu ; comment ensuite, à mesure que la société s'est développée et que la civilisation a cheminé, la diversité, l'opposition des deux pouvoirs temporel et spirituel s'étant prononcée davantage, le principe de leur séparation, surgissant, a comporté une courte application, qui, si elle n'a pu durer, a produit cependant d'immensesbienfaits, et laissé d'admirables exemples et un précieux enseignement. Nous verrons ensuite que les causes qui ont empêché le succès permanent et complet de l'essai tenté sont parfaitement indépendantes du principe en lui-même, et viennent au contraire de ce qu'il ne pouvait être alors suffisamment compris. Enfin , nous verrons comment il fut de nouveau complètement méconnu , jusqu'à ce que, redonné par la science positive, expliqué , démontré et systématisé par elle, il devienne cette fois susceptible d'une éternelle application.

Kn s'en tenant à la réalité, que nous fait connaître l'observation , et laissant de côté les conceptions sulyectives

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iniginées à friart , on ?oit que la société ii*est pas due à dlBaginalres contrats, mais qu'ainsi que la civilisation elle est née lie la force. L'une el l'autre ont commencé par les liommes soumis, pour se continuer par les peuples soumis» A Forigine, pour surmonter les énergiques penchants qui poussaient fliomme à rindiscipline, au vagabondage, et son éloignement, son liorreur même, pour tout travail lépdler, le pouvoir a eu besoin de toute la force , de toute la concentration possible. Les premiers gouvernants ont donc dû être à la fois, pour leurs subordonnés, des chefs spirituels el temporels. Et tel est le véritable caractère du régime théocratique, où tous les genres de supériorité, lumières, ricbeases, pouvoir, se concentrent dans la caste sacerdotale, regardée comme issue des Dieux, en rapports babltuels avec eux, et intermédiaire nécessaire entre eux el le reste de la nation.

Bans celte puissante organisation, essentiellement fondée sur la confusion des deux pouvoirs, c'est le pouvoir temporel qui , au lien de rester Indépendant, est subordonné au pouvoir spirituel. La puissance politique des prêtres, en effet, vient alors surtout de ce qu'ils sont regardés par la masse de la nation comme d*une nature supérieure à celle des autres hommes, et plus puissants qu'eux sur le monde extérieur. Quelques connaissances permettant de produire des effets qui, à la foule, paraissent extraordinaires, leur suflîsent pour inspirer une crainte superstitieuse, et obtenir une aveugle coniance, La caste sacerdotale , comprimant en dehors d'elle tout mouvement intellecluel, et surtout préoccupée des soins du gouvernement et des besoins de la pratique , arrive promptoiienl à ne plus s'efforcer d'augmenter des lumières qui, telles qu'elles sont, suffisent à son pouvoir, et, au nom de l'ordre, arrêtant tout progrès, elle finit par exploiter à son profit les populations qu'elle gouverne.

Sans aucune exception, toutes les civilisations ont com^

mencé par le régime théocratique. Mais dans deux cas, en Grèce et à Rome, il a présenté une admirable transformation, d'où sont résultées la société et la civilisation modernes. La nation juive a été aussi une exception qui a eu une influence heureuse, quoique secondaire, sur le mouvement humain et Ta réellement accéléré. Contrairement à ce qui avait lieu dans les pays voisins, où dominait naturellement la foi polythéique, le régime théocratique reposait, en Judée, sur un monothéisme prématuré , impopulaire et péniblement maintenu. Mais, convenablement modifié, il devint propre plus tard à se substituer au polythéisme gréco-romain quand celui-ci eut produit tous les résultats qu'il comportait , et fourni sa carrière.

Le danger de tout le système théocratique vient de la caste des guerriers, qui est la plus puissante après celle des prêtres. Aussi la politique de la caste sacerdotale est-elle, pour diminuer l'influence de leurs rivaux, de pousser le plus possible les populations qu'elle gouverne à la vie industrielle, comme le témoignent les immenses travaux de Thèbes, Memphis, Babylone et Ninive. Enfin, les colonies, qui sont de véritables expatriations, débarrassent les prêtres de leurs adversaires les plus actifs et les plus turbulents.

Les influences du sol et de la situation environnante, influences si puissantes alors, y aidant, contrairement à ce qui a lieu dans la mère patrie, l'activité militaire prévaut naturellement dans les colonies sur l'activité industrielle. La caste purement sacerdotale disparaît alors, et ses fonctions s'ajoutent comme accessoires à celles des chefs militaires. Mais bien que l'une et l'autre confondissent les deux pouvoirs , et les concentrassent dans les mêmes mains, il y avait, entre le régime militaire de la Grèce et de Rome et le régime théocratique, cette grande différence que, dans celuici, le pouvoir dominant était le pouvoir spirituel, et que, dans celui-là, c'était le pouvoir temporel. Telle est la véritable

M " Pllflill PARTIf!.

mnrm êm résultats si opposés quils ont produits, la théocratie eréant un ordre sooial trèft^stal^le , mais où le progrès est sacriié à la stabilité ; et la démocratie et Taristocratie mîlitalres , un ordre éminemment progressif, m aïs fréquemment iHHiMi, et susceptible seulement d'une courte durée. Le rapprocliement de ce double cas montre alors clairement combien la dominalion du pouvoir spirituel est plus oppres- Bi?e que celle du pouvoir temporel. La première, en effet, a toujours et partout à peu près complètement arrêté tout mouvement intellectuel; la seconde, au contraire, malgré des entraves momentanées, et des persécutions passagères, a laiisé d*abord surgir, puis s^accomplir en partie un immense mouvement intellectuel, qui ensuite a toujours été protégé et excité par les plus éminents des chefs temporels. Et ce mouvement intellectuel a été la base et le point de départ de tous les progrès ultérieurs de rilumanité.

Sous la domination des chefs militaires, en Grèce et à Home, la société s'organise donc pour la guerre, regardée comme la seule occupation digne des hommes libres que doit nourrir le travail des esclaves. Le but de Texistence sociale est alors la conquête du monde. La Grèce avorte et lîome aboutit.

La Grèce avorte ; et, divisée, déchirée par les guerres Intestines, le monde lui échappa Mais elle le conquerra par une autre voie. I^rroi ces guerriers, parmi ces hommes libres que la guerre n'occupe pas, les mieux doués, qui manquent de destination, créent la poésie, la philosophie, la science. Le pouvoir spirituel surgit alors avec tous ses attributs caractéristiques. €*ôtaient des chefs spirituels, ces sages que toute une ville, sans contrainte obéissant à leurs lois, prenait pour législateurs; ces philosophes que suivaient de nombreux disciples et pour qui le maitretadil était Fargument sans réplique. Et sages et philosophes , sans autorité officielle, même sans place régulière dans la so*

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