ET SPIRITUEL
ciété t n^avaient qu^une existence extra-légale ; mais le gouvernement plus ou moins libéral des cités grecques les laissait surgir, quitte parfois à les poursuivre et à les condamner.
Rome aboutit : entre tous les peuples civilisés réunis sous une même domination , il n'y a plus alors de guerre possible; et il ne reste plus que celle de Tempire romain et des bartores , de la civilisation contre la barbarie. Dans tout Fempire se propagent uniformément l'évolution intellectuelle do la Grèce, si supérieure à toutes les autres, et la civilisation romaine.
Mais, en s'étendant, le pouvoir s'est fait oppresseur; et entre tous les peuples réunis par la force, un autre lien devient nécessaire. D'ailleurs, vertueux tant que leur but n'est pas atteint, les maîtres du monde, désormais sans principe ot sans but , consomment dans les jouissances d'un égoïsme effréné tous les trésors de l'Humanité , et tendent de plus en plus à exploiter les peuples soumis. Humanum genus paucis nascUurt n'est pas pour les vainqueurs l'expression d'une malheureuse et passagère réalité, mais un fait tout simple , nécessaire et normal, presque un principe. Il faut donc, à tout prix, une morale nouvelle, et qui puisse être universelle. La philosoplue grecque et la religion juive en fournissent les bases ; et les relations des philosophes et de leurs adhérents, du maître et (les disciples, indiquent la possibilité et le moyen de l'établir. Après quatre cents ans de luttes et d'efforts, toutes les sectes philosophiques disparaissent devant la religion catholique, et les relations de maîtres h disciples se transforment en celles de prêtres à ouailles.
Martyrs chrétiens, c'est à flots qu'a coulé votre sang l Mais pour produire de tels fruits quelle semence ne fallait-il pas, et quelle fécondation n'était nécessaire I
Afin do conserver les résultats acquis et de maintenir Funité dans ce vaste empire, formé de tous les autres, qui s'é-
W PHimiii pABîii.
leadilt de FEipIrate à FOcéaii, et des colonnes d'Hercule aux bouches du Danube et du Rbin , un cbef unique était devenu indispensable, après de lonp troubles, de fatales méprises, qui , les pesions aidant , conduisirent au crime ; après des di* visions et des guerres sanglantes qui pouvaient être évitées, César assassiné, Auguste devenait empereur, et l'on voyait bien alors que Fon ne pouvait se passer d'un dictateur. A auguste succédèrent Tibère, Calîgula, Claude, Néron. Jamais, auparavant, il n'y avait eu d'exemple d'une telle position. Chef suprême, unique et absolu, des vainqueurs du monde, Fempereur romain voyait a ses pieds, et tremblant devant W, le genre bumain tout entier. Cependant quelques-insd'entre eux voulurent encore monter, et en trouvèrent le moyen , tout leur étant possible. Us se firent dieux, ain qu'au-dessus d'eux rien ne pût se concevoir ; qu'alTranchis de toute loi divine et bumaine , rien ne fût plus pour eux défendu ni sacré ; et qu'à leurs volontés, à leurs caprices et à leurs crimes, si grands qu'ils fussent, on ne pût rien opposer, lis réussirent si bien que leur souvenir reste, et restera à jamais comme exemple de ce degré inouï de corruption et d'avilissement que la toute-puissiince peut faire atteindre à la nature àumaine. Qtialre siècles s'écoulent, nous montrant tour à tour, sur le trône impérial, d'incapables tyrans, honte et fléau de l'Humanité ; mais souvent aussi des chefs émlnents et vraiment à la hauteur de leur difficile position. Sous Fun des meilleurs et des plus grands d'entre eux, dans une ville de l'empire, pour un frivole motif, une sédition éclate. Des soldats, des oiieiers, le chef même sont tués par le peuple en révolte, oubliant, dans un moment de délire, ce qu'il peut contre l'empire et Fempereur, et les suites, pour lui, du triomphe d'un jour. A la nouvelle de ce qui vient de se passer, l'empereur, quoique bon , sujet à la colère, et excité par de mauvais conseils, ordonne, confondant Finnocent et le coupble, qui la première fête qui réunira le peuple dans
Biv. no pouvoin en temporel et spirituel. 67
le cirque, une fraction désignée en soit mise à mort. L'exécution de ces ordres trop prompts est hâtée par d'indignes courtisans, ils sont même dépassés, et l'histoire a conservé le souvenir des horreurs du massacre de Thessalonique. A Milan, où est alors Fempereur, arrive le récit; il soulève Fopinion parmi les chrétiens. Mais il y avait eu sédition, révolte générale, grand crime à punir; et pour un empereur romain, pour le maître du monde , pour le successeur de Tibère et Néron, en pareil cas, des victimes innocentes, même en certain nombre, ne sont pas, sans doute, une bien grande affaire? Point du tout. L'empereur a vu sa faute; sa conscience est du côté de Fopinion, et, le remords dans l'âme, il n'a plus qu'un désir : celui de son pardon . De son pardon ! Qui donc peut être en position de l'accorder ou de le refuser, d'en déterminer les conditions ? C'est un pauvre vieillard , vénéré de tous , qui est évêque de Milan. Huit mois se passent sans que l'empereur soit admis à l'église. Une fête arrive : de nouveau il en fait demander l'entrée. « Qu'il se repente et qu'il fasse pénitence, répond saint Ambroise. — Quoi , l'empereur ! » dit Rufin , le préfet du prétoire, qui a voulu se charger de la demande, promettant de réussir. « J'aime l'empereur, je lui suis soumis, dit Févêque; mais, sur lui, je donne à Dieu la préférence, il a péché, ma vie est entre ses mains; mais, moi vivant. Il n'entrera pas dans Féglise qu'il n'ait fait pénitence. Et c'est à vous, qui avez conseillé ce massacre, à vous moins qu'à tout autre, à intercéder pour lui. » L'empereur romain, le maître du monde, au lieu de commander, cette fois obéit. Il arrive à Féglise, sur le seuil il s'arrête, devant tous il s'accuse, il se repent, il fait la pénitence ordonnée par Févêque, et pendant trente jours, dans tout l'empire , suspend la peine de mort. Saint Ambroise alors lui pardonne , le relève , le console, Fembrasse , l'appelle son fils chéri et l'admet au banquet des chrétiens 1 Voilà donc le pouvoir spirituel séparé du pouvoir tempo-
il?
^ FUMlIlI PAETIE.
rel, Dieu au-dessis de rempereir, la morale en dehors et ai-dessus de la pollUque- Quelle admirable , quelle merveilleuse organlsaiiiii sociale I L'empereur a péché, rempercur, a fait pénitence ; et Tordre n*a pas été troublé, l'anarehle ne 8*en est pas suivie ; et l'empereur est resté empereur, pluf digne encore de l'être après qu'avant une faute si noblement eipiée.
Ahl Eomains, vous aviez vaincu les peuples de la terre i eux alors, vous faisant votre part, voua ont, à leur tour, on peut le dire, conqul& Tacite et Trajan, vous ne vous doutiez guère que Femperour romain devenu chrétien demanderait, UD jour, le pardon d'une faute à un évoque. C'est que vous n'avlea pas compris, sous les ictions alors inévitables, la sublime découverte éternellement vraie apportée au monde par saint Paul, et non en vain attriaéi par le sang de tant de martjra : la morale établie en dehors et au-dessus de la politique par la division du pouvoir en spirituel et en temporel. Telle était la révélation véritable qui soutenait ces chréUens que vous méprisiez, qui les rendait si forts et devait assurer leur triomphe. Tel est le sens de cette légende m of^parence, comme dit M. Llttré, si fictive et si capricieuse. U fallait bien alors que Dieu se fît homme : car au nom de quel autre ce citoyen obscur d'une nation subjuguée eût-il pu s'adresser aui vainqueurs du monde, et les sommer de se rallier à sa foi? et qui donc ce pauvre juif opposera-t-il à César, si ce n'est Dieu lui-mômeî
Mais les Eoniilns convertis deviennent les vaincus, et les barbares sont maîtres de l'empire. Malgré les imperfections, les vices mêmes de sa doctrine, le catholicisme a triomphé de la force appuyant une religion qu'au moins de grands souvenirs rendaient Imposante; il a triomphé d'une philosophie Impuissante , mais subtile, et d'une civilisation raffinée et corrompue I ces dieux tant de fois remerciés de la victoire , ces soplilftei et ces rbéteun al iers de leurs vains
Div. nu i*ouvom en temporel et sriRiTUEL.
talents, si avides de disputes et de controverses n'ont pu l'arrêter : les barbares ne l'arrêteront pas. Le clergé catholique d'ailleurs les a vus venir , et s'est dignement préparé à les recevoir. Pour la seconde fois, religion de vaincus conquérant les vainqueurs, le catholicisme fait la part à la force, gardant pour lui celle de la science et de la vertu. Le pouvoir spirituel, à la fois intellectuel moral, surgit alors avec tous ses attributs caractéristiques, et accomplit noblement sa glorieuse mission. Comme toutes les vertus, c'est dans le clergé que sont toutes les lumières, les grandes intelligences, les supériorités personnelles. Aussi son influence privée, devenant générale, devient nécessairement politique. Ils auront bien une place dans la société, un rôle même dans le gouvernement , ces prêtres qui instruisent tout homme , ces prêtres que croient et respectent également le serf, le vassal, le seigneur et le roi. A côté de la naissance, au-dessus de la naissance , le mérite prend sa place ; et le faible a , contre le fort , un défenseur et un appui institué exprès pour cette sainte mission. Dans la société, toute une classe à part se trouve constituée exclusivement en vue des intérêts moraux, spécialement chargée de toutes les consciences, et tirant toute sa force de cette noble fonction dignement remplie. Enfin pour maintenir l'unité, pour prévenir tout déchirement, est un chef proclamé infaillible. Et assurément, comme il était choisi , si quelqu'un pouvait l'être , c'eût bien été lui ; mais, malheureusement , il dut être puissant pour être indépendant
Par suite de cette savante et admirable organisation , chefd'œuvre, dit M. Comte, de la sagesse humaine . la morale se sépare de la politique et la domine ; le moindre serf est en état et en droit de juger moralement le plus puissant seigneur ; et le moyen âge nous lègue cette admirable maxime aussi peu comprise aujourd'hui que pratiquée : Fais ce que dois » advienne que pourra.
PIEIIlÈRfi PARTIE.
Mais une doclrino inconséquente et absolue se prêtant mal à la difislon des deux pouvoirs, à peine le clergé a-t-il conquis son indépendance et son iniuence légitimes qili succombe à la tentation malgré la noble résistance de sa meilleure partie. La reconnaissance, la vénération et Tamour des populations, ou ne le touchent pi us ^ ou ne lui suffisent pins ; II veut en outre la richesse et le pouvoir temporel , sur lequel 11 s'efforce d'empiéter, manquant ainsi à son origine et à la condition fondamentale de sa mission. En même temps, la divIsloE réalisée des deux pouvoirs suscite promptemenl un progrès industriel et Intellectuel avec lequel se trouve incompatible la doctrine générale du catholicisme, doctrine qui est le fondement de tout le système Cette incompatibilité détermine à la fin du moyen ftge la défaite du pouvoir spirituel dans sa lutte avec le pouvoir temporel, qu'appuie l'opinioD. A partir de ce moment, l'organisation sociale du moyen âge s'altère de plus en plus. En même temps que le pouvoir temporel se concentre, suivant les pays, soit dans la royauté, solt dans raristocratie, le mouvement intellectuel continue à s'éloigner du catholicisme, dont le clergé alors cherche de plus en plus dans les richesses, solt un dédommagement de son influence perdue, soit un moyen de la reconquérir.
N'ayant plus la force, ni le désir de remplir sa mission qui est de protéger les faibles contre les forts, et de veiller à ce que tous conforment leur conduite ani règles de la morale, le clergé devenu rétrograde et antipathique aux populations est directement attaqué. Il trouve aisément dans un pouvoir temporel , à qui H ne donne plus d'ombrage, l'appui qu'il lui demande et triomphe ainsi dans le midi de l'Europe. Mais, service pour service; il est bien évident qu'il payera le secours qui lui est donné des derniers restes de son indépendance, se contentant désormais de prêcher la soumission aux faibles, sans plus parler des devoirs des forts, sinon pour la forma Que les pritnf ftttont «itlioliques ou deviennent
protestants. Il n'est plus question de la division des deux pouvoirs et de rindépendancc du pouvoir spirituel. Mais l'impuissance morale et sociale du catholicisme est plus évidente encore que celle du protestantisme; et la contradiction entre la doctrine et la conduite du clergé devient saisissante et manifeste pour tous. Ah ! prêtres du xv* et du XVI* siècles, les bourreaux, cette fois, sont de votre côté, ces milliers de martyrs qui ont fondé votre religion, n'en saviez-vous donc pas l'histoire? Et ne compreniez-vous pas que cette histoire veut dire, à la gloire du genre humain, que les bourreaux qui ne purent empêcher votre religion de surgir, ne peuvent, non plus, si son heure est venue, Tempêcherde succomber î
Après le partage de l'Europe entre le protestantisme et le catholicisme, le mouvement social s'accélère, en môme temps que le sens en est mieux prononcé dans les pays restés nominalement catholiques. Des savants, des philosophes, des écrivains et gens de lettres, en rivalité plus ou moins ouverte ou cachée avec le clergé, que soutient tant fju'elle peut la puissance temporelle, surgissent alors ; et Topinion, adoptant et exaltant leurs découvertes ou leurs conceptions, se met de leur côté. N'ayant plus depuis longtemps aucune influence politique, le clergé perd rapidement son influence privée, qui devient de plus en plus restreinte et partielle. Il n'est plus qu'officiellement et par tradition pouvoir spirituel; et, comme c'est le caractère propre tle ce pouvoir de ne pas permettre qu'on le donne ou. qu'on l'acquière réellement de cette façon, il ne conserve d'influence que sur la partie la plus arriérée de la nation. Pour la plus avancée, le pouvoir spirituel est passé, plus ou moins décomposé, aux savants, aux philosophes, aux académiciens; <^nfin aux littérateurs de toutes sortes, aux sophistes mêmes. Mais, d'accord pour nier (sauf les savants spéciaux qui, par ^uîte, entraînent tout le monde), les nouveaux chefs spiri-
FIIEMIaRB FARI'IK*
lueis n@ le sont pliisc]iiaid ila affirment; et ils ne peuvent parvenir à coEstruire. Be là donc les divisions infinies, et ranarcble intellectuelle dans laquelle nous sommes encore quant aux conceptions générales et à tout ce qui regarde les pliéoomènea sociaux et moraux.
Le mouveinent politique n'est pas alors moins prononcé, en France mrtout. Plus favorable aux intérêts généraux que tous les autres pouvoirs et mieux en rapport avec le génie de la nation, la royauté française, appuyée par l'opinion, concentre en elle la puissance temporelle, auparavant répartie entre les nombres d'une ari^stocratie dont le roi n'était guère d'abord que le chef nominal. Hais, en outre, les anciennes croyances perdant toujours et les bommes supérieurs s'éloignant de plus en plus du clergé, la royauté, seul pouvoir sttbslstant, se trouve hériter, non, ce qui était impossible, de l'inlluenoe proprement dite qui constitue le pouvoir spirituel, mais des principales attributions qui en sont la conséquence normale et régulière : à savoir la récompense des efforte Intellectuels, leur direction et celle de l'éducation pu-
Tout le gouvernement de la société roule donc sur la royauté, qui , réunissant une foule d'attributs incohérents et incompatibles, devient la fonction la plus difficile à remplir. Aussi , le titulaire se bornant à la représentation extérieure, le gouvernement réel est laissé aux ministres alors lustituéi. Nécessaire et favorable même pendant quelque temps aux progrès de la société, un tel régime ne tarde pas à leur devenir contraire. D'ailleurs, la corruption et les abus de tout genre qui surgissent et que flétrit l'opinion sans pouvoir les empocher, faute de représentants accrédités, ne montrent que trop, en dehors de toute étude systématique, qu'il peut, non pas constituer un état normal et régulier, nais ôlre^ seuleneot la nécessité d'un tuomeul.
niv. DU poDvom eh temporel et spirituel.
Ç s. — Conccplion de la iliviffon du pouvoir en eiécnlir et en légîslilif. — m It tiberié poiîiique. — Concluftion.
Ainsi, le point do départ, à partir du moyen âge, étant la division du pouvoir en spirituel eten temporel, et larépartition du pouvoir temporel entre les membres d'une aristocratie liéréditaire, présidés par l'un d'eux, supérieur aux autres en dignité bien plutôt qu'en puissance , on était arrivé en France, au xvii* siècle, à la dictature absolue d'un seul. Évidemment, de nouvelles conceptions sur le gouvernement étaient nécessaires et devaient surgir. Et, en effet, il fut conçu que le principe fondamental de l'organisation du pouvoir devait être sa division en législatif et en exécutif, l'institution de chacun d'eux comportant d'ailleurs des diversités assez grandes regardées comme compatibles avec îa division principale. Cette conception, essentiellement duo, en France, à Montesquieu, avait une double source. Le régime du moyen ûge avait entraîné dans sa chute le principe do la division du pouvoir en temporel et en spirituel, et la liaine aveugle, inspirée contre ce régime par l'oppression et riiypocrisie qui caractérisèrent les derniers temps du catliolicîsme, s'était même étendue jusqu'à cet admirable principe lui-môme et en avait amené la complète inintelligence. Toutefois, le grand spectacle de la soumission de tous aux principes de la morale universelle qu'avait produit la réalisation effective de la séparation du pouvoir en temporel et en spirituel avait dû laisser nécessairement une impression ineffaçable. Telle fut la source de la conception du pouvoir législatif à côté du pouvoir exécutif: conception qui fondait la liberté et la dignité humaines sur la soumission de tous à des lois votées par la majorité d'une assemblée plus ou moins nombreuse que le pouvoir exécutif était alors chargé seulement de faire exécuter. En outre, en Angleterre, ce système paraissait être appliqué et fonctionner avec une parfaite régularité.
(tt
ffiiMlIll PART».
Si Je défais afoir actuellemeal besoîii de longues explications poir faire ïoir combien une telle conception est fauss(^ irrationnelle et inapplicable dans tout autre pays que celui où spontanément a sorgi ce gouvernement, j'aurais bien mal atteint le but que je me suis proposé dans cette première partie ; j*espère donc que quelques considérations courtes mais directes et précises, pourront maintenant paraître parfiiitement suffisantes à une complète appréciation»
Personoe d'abord ne peut, je pense, sérieusement contester que ce qui constitue pour chacun la véritable liberté et la véritable dignité, c'est sa soumission à des règles dont luimême reconnaît la nécessité, la convenance, la justice. Comme je me suis tant efl'orcé de le montrer, Fadmirable propriété de l'autorité spirituelle est d'amener ce genre de soumission ; et tel fut au moyen âge, dans TEurope occidentale, le caractère de celle sur laquelle reposa lorganisatien sociale. Mais le pouvoir législatif peut-il rien produire de semblable 7 Les règlements ou lois et les mesures qu'il vote peuvent-ils avoir une autre sanction que celle de la force? L'approbation d'une majorité ne peut certes empêcher de les juger, de les apprécier en eux-mêmes. Et celui qui, les trouvant dangereux, oppresseurs, mauvais, sera forcé de participer à leur exécution, tout au moins de s'y soumettre, serap-tp-ll vraiment libre? La véritable liberté n'est-elle pas de pouvoir faire toujours ce que Ton croit bon, juste, utile, et de n'avoir jamais à faire que ce qui est ainsi jugé ? Les majorités peuvent-elles avoir le moindre empire sur les consciences, et feront* elles le vrai ou le faux, le bien ou le mal, le devoir et le droit? Non certainement, quoique, comme tous les forts, elles aient prétendu le faire. Et, h vrai dire, l'histoire ne le montre que trop, il n'y a pas eu de tyrans plus cruels et plus implacables que les majorités ; et, pour condamner tous les progrès, il s'en est trouvé tant qu'on a voulu. C'était bien la miyorité qui condamnait Socrate à boire
niv. nu pouvoir in tempohel it spibituil. 65
e ciguë, puis exilait Aristote ; c'était bien aussi lamajorité qui, plus tard, voulait voir les chrétiens aux lions; et, pour voter la Saint-Barthélémy, on n'eût pas été en peine, sans doute, de trouver une majorité Enfin, en faisant appel aux souvenirs de quiconque me lira, de quelque parti qu'il soit, combien, à son sens, d'absurdes et oppressives mesures votées par des majorités n'y trouvera-t-il pas ?
Quant à l'exemple de l'Angleterre, qu'elle soit bien ou mal gouvernée, ce n'est qu'une appréciation bien superficielle et bien fausse qui peut faire croire qu'elle l'est effectivement par un pouvoir divisé en exécutif et en législatif. Elle l'est réellement par une aristocratie puissante et fortement constituée qui, non-seulement réunit les pouvoirs exécutif et législatif, mais aussi, autant au moins qu'il est actuellement possible éele faire, lespouvoirs spirituel et temporel Est-ce que, comme naguère en France, le premier avocat venu y peut devenir ministi-e ? Est-ce que les lords ne sont pas à la fois ministres et législateurs? Est-ce que le clergé, l'éducation et l'instruction ne sont pas en leur dépendance ? Seulement, ce que l'on disait en France sous l'ancien régime de la dictature monarchique, s'applique plus justement encore au gouvernement de l'aristocratie anglaise : c'est une dictature modérée par l'opinion.
Et si une liberté légale plus grande que partout ailleurs s'est trouvée, en Angleterre, compatible avec l'ordre, c'est que, les esprits y étant moins divisés, et des croyances communes ralliant encore la masse de la nation , l'ordre matériel y repose plus qu'ailleurs sur la convergence intellectuelle, et a moins besoin de force pour être maintenu. Mais une situation plus pénible et plus orageuse peut être en réalité plus avancée. Le progrès en tout genre c'est l'ordre devenant de plus en plus parfait. Mais ie passage d'un ordre moins parfait à un autre, qui l'est plus, est impossible sans m moment de désordre, d'ailleurs plus ou moins long suivant
m mmmtfii partii:,
les Muences Indlvidiiôlles qui, en de telles circonstances,
surgissent et dominent.
ainsi donc 1^ tranquillité de FAngleterre et la liberté dont ony jouit, enfin tous les bienfaits qoe l'on voudra attribuer à son gouvernement, ne doivent pas être regardés comme uiu; conséquence de ce que le pouvoir y est divisé en exécutif et en législatif, car cette division n'y est qu'une affaire de forme et qu'une vaine apparence. Et appliqué k d'autres situations. transporté dans des pays où ne se trouvent ni une foi encore profonde et presque générale ni une aristocratie puissante et babile, appuyée par l'opinion et respectée de tous, ce système do gouvernement y produira infailliblement de tout autres résultats que ceux qu'en fait attendre et espérer une fausse et Irrationnelle appréciation.
Enfin, quant à la pratique du gouvernement en elle-même, en laissant de coté la pondération chimérique des diverses fractions du pouvoir conçu comme exécutif ou législatif, et arrivant à lapensée principale de la conception qui est de faire décider les riîglements et les mesures politiques par une assemblée plus ou moins nombreuse, il est bien aisé de reconnaître qu'elle est condamnée par la plus simple et la plu^ sûre connaissance positive des forces humaines individuellement considérées, et des conditions que doit remplir tout satisfaisant exercice da pouvoir. J'ai dit que celui-ci ne devait pas revenir à la supériorité intellectuelle, et qu'il ne l'exigeait pas heureusement. Mais, quoiqu'il ne soit pas une fonction qui réclame ou le plus grand, ou le meilleur, le gouvernement politique a encore de hautes difficultés , et qui exigent une aptitude sfiéciale. Cette aptitude dépend plus, il est vrai, du cariclère que de l'esprit; mais le premier venu, certes, ne peut faire un homme d'État, et, entre beaucoup, peu sont trouvés qui aient les qualités nécessaires. Outre la volonté de bien faire, outre la préoccupation constante des avantages de tous, outre la préférence toujours accordée
DIT, no pouvom m tkmporil et spiritueii. 67
aux intérêts généraux sur ceux d'une caste, d'une coterie, d'une famille ; ce que l'observation nous fait voir encore dans les actes de tout bon gouvernement, c'est un sentiment juste et profond de la situation, de ce qu'elle permet ou ne permet pas, et des améliorations qu'elle comporte; c'est surtout l'unité de direction; ce sont des vues d'ensemble dominant toujours l'appréciation des détails; enfin, une longue et mûre réflexion précédant toute détermination prise; la suite et la fixité dans les idées; une volonté ferme et persistante sachant s'en tenir à des desseins arrêtés longtemps à l'avance, desseins dont Texécution est longuement et habilement préparée, et pour lesquels l'occasion favorable est patiemment attendue.
Or rien de tout cela est-il possible avec la puissance d'une assemblée? Évidemment non. Il suffit vraiment que la question soit posée pour qu'elle soit résolue. Une assemblée n'est pas, en réalité, plus capable de bien gouverner que de faire un bon livre, une tragédie, un poëme, toute œuvre intellectuelle enfin. Les forces matérielles s'ajoutent, mais les forces Intellectuelles et morales ne s'ajoutent pas. Et trois ou quatre cents personnes, si distinguées et bien choisies qu'on veuille les supposer, n'équivaudront jamais à un seul homme d'État , et n'en pourront tenir lieu. En réalité, excepté la Convention, et, c'est-à-dire, le comité de salut public, il n'y a jamais eu d'assemblée ayant gouverné, sauf pendant de courts moments d'anarchie et de troubles. Et toutes celles que l'histoire nous montre avoir jeté quelque éclat, n'ont jamais été que la réunion des membres d'une aristocratie liéréditaire , ayant des traditions , une préparation et des vues propres.
Non-seulemeut une assemblée ne peut produire l'équivalent de véritables hommes d'État, mais elle est même incompatible avec leur présence au pouvoir. Croit-on qu'une capacité politique, telle que celle de Sully, de Richelieu , de Colbert, existant en France, pendant qu'y était en vigueur le gou-
^0 PlflIllRE PARTIE.
feriiemeiit parlementaire, ou aiiriit pu arriver au pouvoir, ou aurall pu même conseotir à Texercer dans de telles condi* tions. ion, non, certainement. Mais il est vrai de dire aussi, que, si peu qu'un chef politique en concurrence avec une assemblée soit véritablement homme d'État, il sera toujours certainement pies populaire qu'elle, et qu'il lui sera toujours aussi facile de s'en débarrasser qu'à Cromwell et à d'autres. Enfin les abus révoltants qui sont la conséquence immédiate, infaillible et néceisiire du gouvernement parlemeotiire sont encore plus évldeols que son impuissance politique, et ce sont eux surtout qui ont tant contribué à en dégoûter si profondément la masse de la nation. Dans le dernier essai tenté en France, la politique, devenue directement matérielle, prétendait rester indépendante des doctrines et des sentiments, et ne reposer désormais qm sur la seule considération des intérêts. Le pouvoir fut alors regardé par les sophistes, les rhéteurs, les avocats. les parleurs de toutes sortes, comme le but naturel de leurs efforts, et le prix de leur habileté. Et sans avoir d'autres idées sur l'exercice môme du pouvoir que les rivaux qulls voulaient remplacer, ils s'en disputèrent la possession avec acharnement. La corruption sous toutes ses formes et avec toutes les variétés qu'elle comporte dut être alors évidemment le grand moyen pour obtenir et conserver la majorité. Là-dessus il n'y a pas besoin dlnslster ; tout le monde sait en France ce qu'y a été moralement le gouvernement parlementaire.
0n tel pouvoir ainsi organisé ne peut donc constituer qu'une sorte d'anarchie chronique, où l'ordre matériel est plus ou BOlns péniblement maintenu par une combinaison variable entre la corruption et l'oppression, et où les intérêts généraux sont sacrifiés à un petit nombre d'ambitions vulgaires. Et le théorème politique suivant, qui n'est d'ailleurs évidemment applicable qu'aux époques de transition : un pays sera toujours bien mieux gouverné par un dictateur, non sans
doute exceptionnellement mauvais, mais même médiocre, que par une assemblée un peu nombreuse , paraîtra, j'ose le dire et l'écrire, aussi sûr et aussi démontré qu'aucun théorème de géométrie, à tout homme sensé et désintéressé dans la question, qui voudra réfléchir, se rappeler et observer. Mais la liberté? dira-t-on.
Ce que l'on entend maintenant proprement par la liberté, ce sont des garanties assurant chacun que le gouvernement ne pourra jamais rien, administrativement, sur lui, sur le lieu de sa résidence, sa liberté, ses biens de toutes natures, quelque dangereux qu'à tort ou à raison il puisse le juger. Il en résulte alors que le pouvoir ne peut jamais prévenir aucun acte, quand bien même il a lieu de le croire imminent et de nature à troubler l'ordre matériel, que son devoir est de maintenir; et qu'aussi il ne peut jamais punir que par l'intermédiaire de la justice, les délits de presse comme les autres : dans la liberté, eu effet, on comprend une liberté complète d'exposition et de discussion.
Certainement, dans une société où il y aurait mêmes principes, mêmes croyances, universellement adoptés, où «ne même morale suffisamment précise et complète serait admise par tous; certainement, dis-je, dans une telle société cette liberté politique serait très-possible, très-compatible avec l'ordre, et tellement même sans danger, qu'elle y existerait indubitablement. Mais, certainement aussi, dans une société qui est profondément et à l'infini divisée, où les divergences portent sur les points fondamentaux, sur les principes les plus importants; où ce que l'un regarde comme un devoir, un autre le juge une faute, un délit, un crime même ; où ce qui est nécessaire et sacré pour l'un est pour un autre ridicule et mauvais ; certainement, dans une telle société, la liberté ci-dessus définie est impossible, parce qu'elle y serait incompatible avec l'ordre matériel. Et l'ordre matériel est pour une société le besoin fondamental, comme pour
70 PiiMiàti PAMTie.
riiomme celui ilc se nourrir. C'est le besoin (ïni doit prlmor tous los autroa, et, qnmâ Ils ne peuvent tous être à la fois satisfaits, celui auiiuel les autres doivent être sacrifiés.
11 me semble impossible f|o'ou ne soit parfaitement fixé sur la réalité d'une telle appréciation, si on veut bien, laissant de côté le moment actuel, se reporter h une époque qui, n'en étant pas bien éloignée, a cet avantage d'être parfaitement connue de tout le monde, et dans tous ses détails : je vefu parler de celle qui suivit la Convention et fut régie par la constitution de Fan 111. Elle présente, certes, rexemplo saisiss«iiit d'une situation (pii ne comportait pas cette liberté individuelle ci-dessus définie. Les événements ultérieurs n'ont qiio trop prouvé combien II y eut alors plus de liberté qu'il n'eu fallait, et que n'en voulait la masse de la nation. Et si, par bonbeur, il y en avait eu moins, Il y aurait eu aussi moins d'anarcbie et de corruption, et moins d'oppression plus tard.
â de telles époques, on peut donc dire que le point fondamental, le nœud de la politique, est vraiment l'étendue deri limites do la liberté que comporte la situation, et la naturt^ des garanties qui peuvent être données. Cette appréciation ne |»eut être qu'une afllilre de tact et d'habileté politique. Si les llmiles sont trop resserrées, il y a oppression, et, avec le temps, d'une manièreou d'une autre, crise, catastrophe, réaction ; si elles sont trop étendues, il y a trouble, anarchie, et réaction encore. Il y a donc là une appréciation h faire bien importante et bien délicate, et qui, pour être bien faite, exige frainient le coup Cœil de l'homme d'État,
le gouvernement parlementaire, par suite même du dépècement de pouvoir qui le caractérise, donne naturellement ou facilement une liberté comprise entre des limites assez étendues. Et c'est ce qui explique, dans ce qu'ils ont d'honorable, les regrets qu'il excite. Mais,indépendamment de tous les inconvénients et de tous les abus qui lui sont propres, sa grave imperfertion à cet égard ast, par sa natnrf
DIV. nu POUVOIB EN TEMPOIIEL ET SI>IIîITCEL. 71
même, de ne pouvoir se prêter a sjsez aux convenances propres de la situation; et, par suite, de trop donner dans un sens, et de trop refuser dans un autre. Gela est, par exemple, évident en ce qui concerne la presse, qui ne peut être réglée que par la force ou par ropinion, et non réellement par une législation évidemment impuissante à prévoir d'avance tous les cas qui peuvent se présenter. Cette manière de vouloir la régler, amenant nécessairement des procès plus scandaleux et plus dangereux encore que les actes qu'elle veut empêcher, se trouve alors produire des eflfets tout contraires à ceux que l'on avait en vue.
Ce qui est donc vrai, c'est que, dans de telles situations, la question de la liberté ne peut comporter immédiatement que des solutions relatives et provisoires. Et certainement, comme je l'ai déjà dit autre part, en de telles circonstances un dictateur progressif, comme l'ont été Crom well et Frédéric U, ppr exemple, serait en mesure de donner une liberté bien plus réelle et complète, bien plus en rapport avec les besoins véritables du moment que tout gouvernement parlementaire, tout pouvoir divisé en exécutif et en législatif. Mais si un seul peut alors hâter ou retarder les progrès de l'Humanité, nul ne peut les arrêter; et c'est de ces progrès seuls que dépend la solution définitive de la question de la liberté, dans un avenir d'ailleurs plus ou moins prochain ou éloigné, suivant les influences Individuelles de toute nature qui surgiront.
Quant à cette solution définitive, elle ne sera obtenue que (juand l'ordre matériel reposera, non plus seulement sur laforce, mais sur l'ordre intellectuel et moral. J'ai dit et démontré, je pense, dans l'ensemble de cette première partie, ce que devait être cet ordre, d« quelle seule manière il pouvait s'établir, et quelles devaient en être les conséquences. Il existera, quand le même accord qui règne aujourd'hui sur toutes les parties do la philosophie naturelle, régnera également sur la philosophie morulc; quand tous les hommes,
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réunis dans one môme foi et poursuivant un même but comprendroiit de même la nécessité, les obligations, les devoiis et les droits des fonctions qu'entraîne et qu'exige l'existence socjale. La soumission volontaire rendra alors Inutiles les moyens et les efforts nécessaires pour amener la soumission tewée; et, la guerre extérieure disparaissant aussi, quelques gendarmes, de moins en moins nombreux, suffiront au maîatlen de Tordre matériel.
Nous en viendrons là, c'est sûr; car le progrès n'est pas un mot, mais un fait Immense, irrésistible, qui s'est produit de lui-même sans avoir été prévu ni cherché, aiais, ayant surgi spontanément, la science Fa étudié; elle en a cherclié et découvert le sens; enfin elle a montré qu'il était la loi de l'existence sociale, en même temps que le but qu'elle devait poursuivre. Le progrès né de Tordre doit aussi y ramener. Et le progrès Intellectuel et moral ramenant Tordre Intellectuel et moral, la question de la liberté pourra être alors définitivement résolue.
En effet cet ordre doit consister évidemment dans Tadhésion universelle à une doctrine complète, consistante, liomogène, qui, à Tétat de civilisation où nous sommes parvenus, doit être nécessairement toujours démontrable. La fondation, la propagation, ensuite la culture, l'enseignement régulier, et enfin l'application de cette doctrine, tout à la fois supposentetentraînentlnévitablementTavènement d'un nouveau
pouvoir spirituel. Les préceptes généraux d'une morale, môme universellement admise, seraient certainement insuffisants pour maintenir chacun dans le devoir, si l'application journalière en était laissée à l'appréciation individuelle. Et bien que l'opinion publique tende à modérer d'une manière puissante en approuvant on en réprouvant, elle ne peut le faire toutefois avec assez de précision et d'opportunité quand elle manque de représentants systématiques. Aussi, quand elle a longtemps condamné et flétri sans
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pouvoir empêcher, arrive-t-ll des crises et des catastrophes.
Mais la division du pouvoir en spirituel et en temporel, reconnaissant et régularisant l'action de l'opinion, les préviendra à jamais. Lumière de tous, voués à Tenseignement et au perfectionnement de la doctrine commune, renonçant, cela est fondamental, à la richesse et au pouvoir, représentants avoués et reconnus de l'opinion, tirant d'elle toute leur force, telle est, et telle doit être dans la société la position de véritables chefs spirituels. W'ayant qu'une modeste aisance, dignement assurée et pleinement indépendante du pouvoir temporel; récompensés de leurs services, surtout par l'estime, la reconnaissance et la vénération, eux seuls peuvent être convenablement placés pour dire à tous leurs devoirs, et, au besoin, les rappeler efficacement, sans que Tordre en soit jamais troublé. Dans une société où , comme au moyen âge, personne ne pourra être si haut placé que quelqu'un n'ait mission de lui parler de ses devoirs, de veiller à ce qu'il y conforme sa conduite, et ne soit en position de le faire, les droits et la liberté de chacun seront infailliblement garantis, et résulteront des devoirs des autres à son égard.
Le grand Intérêt, comme aussi la grande difficulté du moment, est donc que surgisse le nouveau pouvoir spirituel. Et il surgira comme a surgi l'ancien : la nouvelle synthèse ralliant toutes les Intelligences sainement progressives et tous les vrais dévouements. Mais cela doit être long ; car il ne peut commencer que par des vocationsbien caractérisées, toujours fort rares et probablement encore bien entravées, outre les difficultés propres de leur tâche. Et, pour prix de leurs efforts et de leur bonne volonté, les propagateurs de la nouvelle doctrine doivent sans doute s'attendre à être voués au malheur, comme l'ont été tous les novateurs. Quoi qu'il en soit, lien viendra, et ils vaincront. Us vaincront, car le pouvoir