‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 19 sur 59 · III · texte numérisé non relu

III

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^^ BEOIlÈMl PAtttm.

icMas correspoodants, a¥ec un même poids du radical. Cette loi est maiotenant regardée, par iDduction, comme applicable à tous les composés du premier ordre auxquels Tensem- We de leurs propriétés permet d'attribuer le môme degré de neutralité cbimique. Enio les séries d'analjses de Berzéllus ont enlièrement vériiîé, pour les divers degrés, soit d'oxydation, soit de sulfiiratlon d*un radical quelconque, la loi des multiples successifs, découverte par Dalton d'après sa théorie atomistique.

Toutes ces analyses avaient principalement porté sur des composés solides ou liquide& Gay-Lussac pensa que, si la simplicité numérique des rapports des éléments dans les combinaisons était réelle, elle devait surtout se manifester dans les combinaisons gâteuses considérées, non quant au poids, mais quant au voluma De là ses analyses numériques des composés gazeux qui, en vérifiant d'une manière spéciale et Irrécusable le principe général de la doctrine des proportions définies, Fa présenté en même temps sous un nouvel aspect En résultat de ses travaux, il est actuellement reconne que tous les corps à Fétat gazeux se combinent dans des rapports numériques de volumes invariables et extrêmenent simples.

Enfin les travaux de Wollaston font encore partie des recberches fondamentales qui ont constitué la doctrine des proportions chimiques. A la théorie ttomistique, il subsistua Cahord celle des équivalents, plus claire et plus positive. liais ses plus importantes recherches concernent la composition numérique des selp acides ; et les résultats obtenus, ayant pu être, par analogie, étendus aux sels alcalins, forment ainsi le complément indispensable de la découverte de Ritter sur les sels neutres. Wollaston a montré, sur quelques exemples bien choisis, qu'uu sel neutre ne devient point indéfiniment acide à mesure qu'on augmente la quantité d'acide contenue dans sa dissolution , mais qu'il contracte un petit nombre de degrés

LA PHILOSOPHIE HATDRELLE. 22»

successifs d'acidité, caractérisés par certaines proportions fixes où la quantité d'oxygène propre à Facide est tour à tour double, triple, quadruple, de celle qui lui correspond pour le sel neutre. Le principe des proportions définies exigeait cette confirmation , qui est peut-être la plus décisive de toutes.

Tels sont l'enchaînement et la filiation des diverses séries de recherches qui ont produit la constitution actuelle de la chimie numérique. On représente alors par un nombre invariable affecté à chacun des diiîérents corps élémentaires, leurs rapports d'équivalence chimique, d'où, par des formules très-simples, expressions immédiates des lois ci-dessus indiquées, on passe aisément à la proportion numérique propre à chaque combinaison. La réalité de la doctrine des proportions définies est ainsi démontrée d'une manière irrécusable par le concours de tant d'esprits éminents qui, malgré Findépendance et l'originalité de leurs vues, viennent tous y converger et s'accordent ensuite complètement sur son application positive à tous les cas de quelque Importance. La seule diflérence est relative au mode d'expression des résultats, et vient de ce que la théorie atomistique laisse d'indéterminé et par suite de facultatif.

Pourtant, dans Fétat actuel de la science, le principe des proportions définies ne peut être regardé comme entièrement général. Outre la dissolution, à laquelle il ne peut évidemment s'appliquer, mais qui est, comme nous l'avons vu, un mode d'union particulier ayant ses lois propres, distinctes de celles de la combinaison , il reste encore deux cas très-importants où 11 est en défaut : celui des alliages, puis celui des substances organiques.

Dans le premier, on ne peut guère ne pas admettre Fexistence d'un véritable état de combinaison , comparable à celui d'un grand nombre de composés assujettis aux lois de la chimie numérique : et néanmoins presque toutes les propor-

tSO AimitMl PARTIE.

tloiii ■•! trouvent évidemment réalisées entre certaine» llraiti0. Lliypothèse d'un mélange est sans doute un moyen commode de ramener à la loi des proportions définies les diverses combinaisons qui semblent susceptibles d'une proportion indéterminée. Mais il est bien difficile de concevoir, entre des solides, un véritable mélange, qui puisse subir, sans aUérations évidentes, de grands changements de température, Flnfluenoe de la cristallisation, et plusieurs autres causes perturbatrices, qui sembleraient devoir le détruire nécesfairement

Quant aui substances organiques, Il a été précédemment remarqué que les proportions ne seraient pas réellement déinios, si, pour représenter la composition numérique de certaines substances, on était forcé d'y supposer un très-grand nombre d'atomes élémentaires n'excluant point d'ailleurs, dans d'autres combinaisons, rexistence des nombres inférieurs. Or c'est ce qui a éminemment lieu et de la manière la plus étendue dans ce qu'on nomme la chimie organique, où l'on voit souvent un élément entrer tantôt pour cent cinquante ou deux cents atomes, tantôt pour deux ou trois, et oftir ensuite la plupart des degrés Intermédfaires. Aussi les cbimistes conviennent-Ils aujourd'hui, plus ou moins franchement, que lea lubstances organliiiis échappent au principe de» proportions définies.

Or, en concevant ces substances soumises à la loi du dusliame, et en distinguant à leur égard l'analyse immédiate de Fanalys© élénentaire, il serait cependant facile de les y faire rentrer, une fois qu'on aurait renvoyé à la physiologie toutes lei recherches qui, relatives à des mélanges organiques, lu! appartiennent véritablement Ayant d'abord reconnu Tirrationnefle eitensîon de la chimie dite organique, Il deviendra aisé de concevoir la possibilité de cette Importante généralifeition de la loi du dualisme.

La chimie organique actuelle comprend certainement,

comme déjà 11 a été dit, deux sortes de recherches d'une na* ture parfaitement distincte, les unes chimiques, les autres physiologiques. Ainsi, par exemple, l'étude des acides organiques, celle des alcools , des éthers, etc., ont aussi bien le caractère chimique qu'aucune de» études inorganiques pro-^ prement dites. D'un autre côté, le caractère biologique n'est nullement douteux dans l'examen de la composition de la sève ou du sang, dans l'analyse des divers produits de la respiration végétale ou animale, et dans une foule d'autres sujets qu'embrasse maintenant la chimie organique.

Le principe d'une convenable répartition de ces différentes études se réduit à la séparation essentielle entre l'état de mort et l'état de vie, ou, ce qui revient à peu près au môme dans le point de vue actuel, entre la stabilité et l'instabilité dei combinaisons proposées. Parmi les composés indistinctement nkmisaujourd'hui sous la dénomination d'organiques.lesuns, ne devant leur existence qu'au mouvement vital, sont assujettis à des variations continuelles et constituent presque toujours de simples mélanges i ceux-là ne sauraient appartenir à la chimie et rentrent dans le domaine de la biologie; tels sont, par exemple, le sang, la lymphe, la graisse, etc. Les autres, au contraire, qui forment les principes les plus immédiats des premiers, sont des substances essentiellement mortes, susceptibles d'une permanence remarquable, et présentant tous les caractères de véritables combinaisons indépendantes de la vie; tels sont les acides organiques, l'alcool, ralbumina, l'urée, etc. : ceux ci ont évidemment leur place naturelle dans le système général de la science chimique parmi les substances d'origine inorganique, dont ils ne diffèrent réellement par aucune propriété essentielle. Et s'il importe de faire ressortir aveo soin les phénomènes chimiques qui leur sont vraiment communs, par exemple, les différentes espèces de fermentations, ces phénomènes ne peuvent cependant constituer une raison suffisante pour réunir l'en-

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DEllIÈHE PA1TI&

seiaW© de ces nibstiuices dans une môme catégorie, Isolée de tout le reste du système chimique.

Il devient maintenant aisé de concevoir, comment, ayant distingué dans les composés organiques les mélanges des véritables substances, le dualisme pourra faire rentrer cellesci dans la loi des proportions déterminées.

En eifel, considérons d'abord les composés d'origine végétale essentiellement formés de trois éléments : oxygène, hydrogène, carbone. Bans l'état actuel de la chimie, chacun d'eux pouvant se combiner en deux proportions différentes avec les deux autres, on a donc six composés binaires du premier ordre, susceptibles d'être les principes imraédiati d'au moins douze composés binaires du second ordre, comprenant ces mêmes trois élémenta Et en supposant que ces principes immédiats puissent se combiner en trois proportions différentes, Tune constituant la neutralisation parfaite et les deux autres les limites extrêmes de la saturation réciproque, on aurait trente-six composés distincts, sans dépasser le second ordre. Enin, en concevant une troisième combinaison possible entre l'oxygène et le carbone, ou entre celuici et l'hydrogène, etc., qui, de nos jours, en fournissent deux après avoir été longtemps regardés comme n'en admettant qu'une, le dualisme permettrait d'assujettir, de la manière la plus complète et la plus naturelle, à la loi des proportions définies, quatre-vingt-un composés du second ordre formés d'oxygène, d'hydrogène et de carbona Certainement ce serait plus que suffisant pour représenter l'analyse élémentaire de toutes les substances vraiment distinctes propres à la chimie végétale.

Les composés d'origine animale, comprenant quatre éléments, sont regardés comme des combinaisons quaternaires formées d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d'azota Entre ceux-ci il y a apjourd'liul quatorze combinaisons connues du premier ordre qui peuvent donc être les principes immédiati

d'autant de combinaisons binaires du second ordre, et de quarante-deux en supposant, comme précédemment, que ces principes immédiats doivent pouvoir se combiner en trois proportions différentes. Mais, en admettant pour tous les degrés de composition, sans s'arrêter aux inévitables lacunes de la chimie actuelle, une triple combinaison binaire, on arrive à quatre-vingt-dix-neuf composés secondaires comprenant toujours les quatre mêmes éléments. L'analyse rationnelle des substances animales est probablement fort loin d'exiger un aussi grand nombre de substances différentes. Enfin, las matières animales ayant subi, en général, un degré d'élaboration vitale de plus que les matières végétales, il serait très-rationnel de reconnaître, à leur égard, la possibilité d'un ordre de composition supérieur. En admettant donc des composés du troisième ordre, résultant d'une triple combinaison binaire, cette conception suffirait à représenter entre l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et Tazote, plus de dix mille composés prétendus quaternaires. Sans doute la nature n'offre pas la réalisation effective de la plupart de ces combinaisons spéculatives; mais telle est la fécondité des ressources qu'apporte, pour l'extension, aux substances organiques, du principe des proportions définies, la conception du dualisme perpétuel appliquée à ces substances.

Enfin, à un dernier point de vue, l'extension de la loi du dualisme est encore nécessaire à la chimie. Déjà elle offre quelques exemples irrécusables (et ils paraissent tendre à se multiplier beaucoup], oii Ton ne peut saisir aucune différence de composition entre deux substances qu'une exacte comparaison de leurs propriétés ne permet pas d'ailleurs de regarder comme identiques : telles sont, entre autres, le sucre et la gomme. Or, en distinguant l'analyse immédiate de l'analyse élémentaire, le dualisme résout, de la manière la plus naturelle, le paradoxe de la diversité de deux substances composées des mêmes éléments, s'y trouvant en même pro-

^^ BEDïifelIE PllTIE. .

portion. En effet, ce» substances isomères différeraient par leur analyse Iramédlate, quoique l'analyse élémentaire donnât des résultats parfalteroent identiques : et ainsi seraient eipliquées leurs propriétés différentea

L'ensemble des considérations précédentes montre que la science chimique, si riche en détails, n*est encore qulmparfaitement constituée comme science abstraite et rationnelle. It, de ce côté, elle ne pourra afancer qu'en remplissant une double condition , à savoir : fusion de toutes les études chimiques , préalablement bien circonscrites d'après la nature de la science, en un seul corps de doctrine homogène; extension à tous les composés de la loi du dualisme ; le dualisme qu'on ne démontrer» jamais ne pas exister, et qui, quand il ne peut être prouvé, peut, au moins, toiyours être supposé.

Par la chimie nous achevons l'étude des différents genres d'activité propres à la malièra Mous connaissons, par la mathématique, rastronomie et la physique, son activité générale, c'eat-à-dire les pliénomènes qu'elle présente toujours et toujours les mêmes, au degré près, quelle qu'elle soit et quels que soient ses états d'agrégation, et nous connaissons par la chimie Factivité spéciale, particulière, de ses différentes représentations. Chaque substance, dans l'union qu'elle peut contracter avec d'autres, dans les combinaisons qu'elle forme, a un mode d'action qui lui est propre, et llniinie variété de Citia sorte de phénomènes n'en exclut pas la régularité. Tordre; enfin, comme tous ceux qui ont été précédemment étudiés. Ils sont soumis à des lois invariables.

Mais cette complication supérieure qui en rend les lois bien plus diflciles à découvrir et bien moins propres à permettre des prévisions rationnelles, augmente d'autant nos ressources pour modifier, supprimer ou déterminer le phénomène luimôme. Dans l'innombrable multitude de faits chimiques au-

jourd'hui connus, la plupart doivent leur existence à Tintervention humainequi seule a pu réaliser Fensemblesi complexe des circonstances nécessaires à leur production. Déjà, en passant de l'astronomie à la physique, nous avons vu la modification des phénomènes devenue possible en même temps que disparaissait presque, au moins comparativement, la faculté de les prévoir. En passant de la physique à la chimie, il en est encore de même : les modifications réalisables augmentent en étendue, en importance, et la prévision possible diminue encore. La physique nous apprend à disposer les corps de manière à apporter, dans le phénomène produit, la modification qui nous est la plus avantageuse ; par la chimie, ce sont les corps eux-mêmes que, suivant nos besoins, nous parvenons à produire Cette science nous montre la matière éternellement existante, ne se créant, ni ne se détruisant jamais , mais toujours en travail de composition et de décomposition. Que les lois suivant lesquelles ce travail s'accomplit nous soient connues, nous serons maîtres alors de le diriger ; et les corps soumis, savamment combinés, se transformeront à notre gré les uns dans les autres. Ainsi maintenant, entre tant d'autres merveilles de la science moderne, la houille pour nous éclairer donne du gaz, et la betterave pour nous nourrir donne du suera Si l'industrie humaine ne peut multiplier, suivant nos besoins, les produits de la terre, elle triomphe autrement de la fatalité qui nous en prive, retrouve, dans les plus différents, les mêmes principes, et, où manquent les uns, y supplée par les autres.

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.OlOlJilE PARTIE.

CIAPITRE TI.

BlOiOfill..

S <. — O^iït., nortu i'eiplorilion et éifi<ioof de la biologie.

Entre toutes les substances qvâ composent la matière, qiel(Hies-unes, à reiclusion des autres, ont, outre les propriétés qui leur sont communes à toutes, celle de pouvoir fifre. Ainsi, sous certaines conditions, dans des circonstances particulières et déterminées, Foxygène, Thydrogène, le carbone et Fazote .i Vf aiitseiii et livent, ce que ne peuvent faire le chlore, le soufre, Flode par eiemple. Quels sont alors, exactement analysés, les nouveaux phénomènes qui i-ésultent de ce singulier privilège de quelques substances? Quelles sont leurs relations avec ceux qui ont été examinés pFécédemmentî Enfin quelles sont leure lois? tel est ce qui doit maintenant nous occuper.

11 y a deux sortes de vies : la première, la vie fondamentale, est la fie fégétative ou organique; c'est donc elle qui doit d'abord être étudiée, et qu'il faut avant tout définir. Or la particularité nette et précise, qui, se retrouvant dans tous les êtres vivants, les sépare profondément de tous les êti-es Inertes, c'est un mouf ement intestin, à la fois général et continu, de décomposition et de composition. Toute matière vîvante dont les matériaux ne sont pas renouvelés, devient Inerte el bientot se dissout ; ce n'est donc jamais que temporairement que vivent les molécules susceptibles de vivre. Cette définition de la vie suggère immédiatement la double pensée d'une organisation disposée de manière à permettre cette rénovation continuelle, et d'un milieu susceptible de provoquer rexhalation et de fournir à FabsorpUon. Ainsi un organisme déterminé et un milieu convenable sont les

deux conditions de l'état vivant. Quant à la nature des phénomènes qui le caractérisent, elle est évidemment chimique puisqu'elle consiste en une décomposition et recomposition perpétuelles. Au moment précis où s'opère une combinaison quelconque, il se passe réellement quelque chose d'analogue à la vie. Mais ce qui distingue profondément celle-ci, c'est que les phénomènes chimiques auxquels elle donne lieu, au lieu d'être instantanés, sont continus; et de là résulte le maintien et le renouvellement de l'état organique, en même temps que l'impossibilité d'un entier accomplissement de l'acte chimique. L'action moléculaire, ne dépend plus uniquement de la simple composition des corps entre lesquels elle a lieu, mais elle est modifiée par leur organisation proprement dite, c'est-à-dire par leur structure anatomique.

Sans doute, les phénomènes qui surtout caractérisent la fie, les sentiments et la pensée, semblent bien en dehors et bien loin de la définition qui vient d'en être donnée. Mais cela même fait mieux ressortir la profondeur et la parfaite convenance de cette définition.

En effet, les plus nobles propriétés vitales, l'intelligence et la moralité, ont d'abord pour base, pour point de départ nécessaire, cette existence nutritive qui résulté de l'exhalation et de l'absorption que chaque être vivant exerce sans cesse dans le milieu correspondant. Quelles qu'aient été les illusions et les croyances primitives, et quelles qu'elles soient encore en bien des cas peut-être, Fobservation a toujours montré que, partout où la composition matérielle reste invariable, il n'existe jamais aucune trace de sensibilité et de contractilité, et, par suite, de pensée ni d'afi'ection. Enfin, dans tous les êtres qui en jouissent, cette vie qui constitue la vie animale, la vie de relation, et qui comprend les sensations, l'innervation et les divers mouvements, n'est jamais qu'un perfectionnement complémentaire, surajouté, pour ainsi dire, à la vie végétative ou organique, et propre, soit à lui

2M DEUXIÈME PAITIE.

procurer ûm «itirlâux par une intelligente réaction sur le monde extérieur, aoit à préparer on â faciliter ses actes, soit

enHn à la préserver des influences défavorablea Ce n'est guère que pour se nourrir que pensent et agissent les miU maux, même les plus élevés. Et si, dans le cas de l'homme, la relation générale des vies végétative et animale peut être intervertie, ce n'est cjtie par suite d'iin développement considénWe de Fintelligence et de la sociabilité, et en résultat d'une action constamment progressive de Tespèce sur la nature extérieure et auaw sur la nature humaine. Mais la vie organique, outre qu'elle constitue à. la fois la base et In but de la fie tnlmale, reste encore, dans les organismes supérieurs où celle-ci est le plus développée, la seule entièrement commune aux diveraes parties dont ils sont composés, en môme temps qu'elle est aussi continue, la vie animale étant au contraire essentiellement intermittente.

îïous avons reconnu que l'idée de vie suppose deux éléments lécessairea : un organisme approprié et un milieu couYenable, en prenant ce mot milieu dans son sens le plus général, c'est-à-dire pour désigner non-seulement le nulde où l'organisme est plongé, mais l'ensemble des circonstances extérieures qui agissent sur lui. C'est de l'action réciproque de ces deux éléments que résultent tous les phénomènes fitanx, végétatifs et animanx. Le problème de la biologie est alors d'établir, d'après le moindre nombre possible de lois, une exacte harmonie scientifique entre ces éléments et ficte même qui constitue la vie. i'anatomie, qui décompose l'organisme, et la physiologie, qui décompose l'existence, ne ne sont alors conçues que comme les deux faces inséparibles d'une recherche unique, qui ne distingue que pour les lier l« uns aux autres, les différents degrés de structure et de vie, les différentes parties de Têtre vivant et les fonctions diverses qui l'entretiennent i»lacé^dans un système donné de circoistaiicei extérieures , un organisme déHni doit toujours

agir d'une manière déterminée, et, en sens Inverse, la même action ne saurait être produite par des organismes vraiment distincts. Il y a donc à conclure alternativement ou l'acte d'après ragent ou l'agent d'après l'acte. Le milieu étant toujours censé préalablement connu par Tensemble des autres sciences fondamentales, on voit que le double problème biologique peut être posé suivant l'énoncé le plus mathématique possible en ces termes généraux : étant donné l'organe ou la modification organique, trouver la fonction ou l'acte, et, réciproquement, celui-ci étant connu, en conclure l'organe. Cette définition satisfait à la condition caractéristique, la prévision, de toute science réelle, opposée à la simple érudition ; car elle indique clairement que la vraie biologie doit tendre â permettre de toujours prévoir comment agira , dans des circonstances données, tel organisme déterminé, ou par quel état organique tel acte a pu être produit

ainsi donc, la définition positiviste de la biologie ne sépare point la physiologie proprement dite de la simple anatomie : c'est qu'en effet il ne peut exister de saine physiologie isolée de I'anatomie; et, sans la physiologie, Tanatomie n'aurait pas un véritable caractère scientifique et serait même le plus souvent inintelligible : les considérations d'usage éclairant autant celles de structure qu'elles en sont éclairées. Mais, en outre, à I'anatomie et à la physiologie doit même se joindre une troisième partie essentielle. En effet, si l'idée de vie est réellement inséparable de celle d'organisation, l'une et l'aufre le sont de l'idée d'un milieu spécial en relation déterminée avec l'organisme et avec l'activité qu'il prend dans ce milieu. 11 en résulte donc un nouvel aspect nécessaire du sujet de la biologie : savoir la théorie générale des milieux organiques, et de leur action sur l'organisme envisagée d'une manière abstraite. Blain ville le premier a directement tenté de l'introduire dans la science sous le nom trèsexpressif d'étude des modificateurs externes soit généraux,

240 DEUXIÈME i»ARTIE.

Mit spéclmi. Mais cette partie de la biologie est encore trèsimparfaite, et la nécessité môme en est méconnue par la plupart des physiologistes actuels.

Diaprés la déinitlon de la biologie, il est clair que ce n'est pas seulement dans un organisme unique, mais dans tous les organismes que cette science doit s'efforcer d'établir une harmonie constante et néceaaaire entre le point de vue anatomlque et le point vue physiologique. Toutefois l'étude de l'homme doit toujours dominer le système complet de la science soit comme point de départ, soit comme but. Ce n'est que pour arriver aux lumières indispensables à l'exacte connaissance de ce type suprême que nous devons étudier tout autre organisme ; et, d'autre pari, l'homme adulte et sain constitue inévitablement la seule unité d'après laquelle nous puissions apprécier tous les autres systèmes organiques.

En dehors même de tout examen détaillé et approfondi des relations directes des phénomènes vitaux avec tous ceux que présent© la madère inerte, il est bien évident que la complication en est supérieure. Tous les ordres possibles de phéno* mènes concourent à produire ceux de la vie; et on ne peut étudier les êtres organisés en faisant abstraction des phénomènes de forme, de mouvement, de pesanteur, etc., qu'ils présentent De là, résulte que la biologie doit nécessairement reposer sur Feniemble des sciences inorganiques et les suivre dans l'ordre et rèxposition rationnels des différentes branches de la science abstraite et positive.

Mais la complication supérieure de la biologie n'est pas sans compensation; et cette science offre, au contraire, une éclatante conirmation de la loi qui lie raccroissement des difficultés et celui des ressources on moyens d'exploration.

Non-seulement l'observation comporte en biologiel'usagede tous les sens, mais encore elle s'y aide des appareils propres à perfectionner les sensations naturelles. Ceux qui concernent la vision sont surtout importants m ce qu'ils permettent de

LA PHILOSOPHIE «ATURBLLB, 241

mieux apprécier une structure dont les moindres détails peuvent avoir sur les phénomènes vitaux une influence capitale En outre, la biologie dispose évidemment de l'ensemble des procédés chimiques comme d'une sorte de faculté nouvelle pour perfectionner l'exploration préliminaire du sujet de ses recherches. C'est surtout dans les observations anatomiques que l'on a déjà fait usage de tels procédés pour mieux caractériser les divers tissus élémentaires et les principaux produits de l'organisme Eniîn, les substances qui composent immédiatement les corps organisés étant presque toujours par leur nature plus ou moins alibiles, il en résulte que l'examen des effets alimentaires peut souvent devenir, mais au seul point de vue anatomique, un utile complément de l'exploration chimique et de la gustation dont il constitue, pour ainsi dire, un appendice naturel.

Quant à l'expérimentation, toujours destinée à découvrir suivant quelle loi chacune des influences déterminantes ou modificatrices d'un phénomène participe à son accomplissement, elle est susceptible, en physique et en chimie, d'une application bien plus étendue qu'en biologie, où l'on ne peut presque jamais parvenir à comparer deux cas ne différant qu'à un seul point de vue. Toutefois, en distinguant dans les phénomènes vitaux les deux ordres de conditions dont ils dépendent, les unes relatives au milieu, les autres à l'organisme lui-même, on reconnaît aisément que les expériences physiologiques dans lesquelles, sans affecter directement les organes, on modifie seulement le système des circonstances extérieures, sont en général les mieux appropriées à la nature des phénomènes vitaux. Mais, une fois qu'on est parvenu à réaliser l'ensemble si complexe des conditionsqu'elles exigent, les expériences physiologiques peuvent rendre à la science les plus grands services, comme le prouvent celles de Harvey sur la circulation, de Haller sur l'irritabilité, de Spallanzani sur la digestion et la génération, de Bichat sur l'harmo-

^kf MtîUkmE MRtIE.

nie entre le cœur, le poumon et le cerveau, de Legallols sur k chaleur animale, et enfin, en dernier lieu, de Claude Bernard sur les fonctions du foie.

Cependant, ce qui en réalité constitue pour la biologie le véritable équivalent de l'expérimentation proprement dite, c'est fexploration patliologique. La propriété essentielle de tonte expérience directe est d altérer l'état naturel de l'organisme de façon à mettre en évidence l'influence propre à chacune des conditions des phénomènes qu'il présente; Or, c'est ce qui se trouve naturellement fait par les maladies considérées au seul point de vue scientifique. Suivant le principe dû à Broussais, r«at pathologique ne peut produire de piénomènes vraiment nouveaux j et toute la différence avec fêtât physiologique consiste en ce qu'alors les phénomènes sont étendus ou atténués au delà de leurs limites ordinaires de variation. Par une suite nécessaire de ce principe, la connaissance de l'état physiologique doit fournir le point de départ de toute saine théorie pathologique; mais il en résulte IM moins évidemment, que, réciproquement, l'examen scientifique des phénomènes pathologiques est très-propre à perfectionner les études uniquement relatives à l'état normal. Enfin, l'examen des organisations exceptionnelles ou des cas de monstruosités, est le complément naturel de l'aniljrse pathologique.

Mais «îuelqne secours qu'apportent à la physiologie l'obserwtlon proprement dite et fexpérimentatlon, c'est la compafiison, troisième et dernier mode de l'art d'observer, qui constitue sa principale ressource. Les conditions de son application sont l'unité essentielle du sujet principal et la grande diversité de ses modifications secondaires. Or, tout le système de la science biologique dérive d'une seule grande conceptlon : la correspondance générale et nécessaire entre les idées d'organisation et les Idées de vie L'unité du sujet ne saurait être, en aucun cas, plus parfaite, et la variété presque indé-

hk PHILOSOPHIE NATCRELLE. 2b^

finie de ses modifications, soit itatiques, ioit dynamiques, est évidente. Au point de vue purement anatomique, tous lei organismes possibles, toutes les parties de chaque organisme, et les divers états de chacun d eux, présentent un fond com» mun de structure et de composition. De même, sous l'aspect physiologique proprement dit, tous les êtres vivants, depuis le végétal jusqu'à l'homme, sont doués d'une certaine vitalité commune, fondement indispensable des nombreux phénomènes qui les caractérisent. Et l'analyse, soit anatomique, soit physiologique, montre toujours ce que les différents cal offrent de semblable comme étant en réalité plus important quelesparticularitésqui les distinguent. Laméthodecompara^ tive, concevant alors tous les cas en question comme analogues et leurs différences comme de simples modifications d'un type fondamental, doit s'efforcer de rattacher les unes aux autres, par des lois uniformes, les différences qu'ils pré* sentent, Si la question est simplement anatomique, on regarde, à partir de l'homme adulte et normal, toutes les autres organisations comme des simplifications successives de ce type primordial De même, quand le problème est physiologique, l'on cherche surtout à saisir dans la série des cas comparés l'identité fondamentale du phénomène qui caractérise la fonction proposée. Lorsque les êtres les plus simples ont réalisé, autant que possible, l'isolement d'abord abstrait d'un tel phénomène, sa notion essentielle, ainsi fixée, est alors revêtue successivement des attributions secondaires qui la compliquaient primitivement, et rrf'onne de la sorte le type primordial»

Tels sont l'esprit et la marche de la méthode comparative. Parmi les motifs de comparaison biologique, ceux qui présentent le caractère le plus tranché sont ; la comparaison entre les diverses parties d'un même organisme, celles des différentes phases de chaque développement, et surtout celle de tous les termes distincts de la grande hiérarchie des corps vivants.

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^ BIMIÈME PARTIE.

C«, de toute nécessité, par le premier de ces modes que cotte méthode a dû commencer. En èe bornant même à la seule considération de Phorame, on ne peut pas ne pas reconnaître immédittement la similitude de ses diverses parties, soit dans leur structure, soit dans leurs fonctions. D'abord.' tous les tissus, tous les appareils, en tant qu'organisés et vi\rants, présentent ces caractAi-es fondamentaux, inhérents aux iûéel laômesd'orpnisatlon et de vie, auxquels sont réduits les derniers organismes. Mais, en outre, à un point de vue plus spécial, ranalogie des organes devient de plus en plus prononcée à mesure que celle des fonctions Test davantage, et réciproquement. En passant alternativement de Tune à l'autre similitude, on peut arriver aux plus lumineux rapprochements inatomlques ou physiologiques : ainsi Bichat a décou- Tcrt fanalogie des systèmes muqueux et cutané; ainsi rassîmilation, établie par Blainville, entre le crânent les autres éléments de la colonne vertébrale est certes indiquée siiiiitKment par la seule analyse rationnelle de Torganisme humain.

Quant au second mode général de Part comparatif, modo qui consiste dans le rapprochement des divers états par les quels passe successivement chaque corps vivant, depuis son origine jusqu'à sa destruction, sa principale valeur résulte de ce qu'il permet d'envisager, pour ainsi dire d'un seul aspect l'ensemble de la série biologique. En effet, l'état primitif de l'orgtiilsme même le plus élevé représente, au point do vue anatomique et physiologique, les caractères propres à l'organisme le plus inférieur. L'analyse des âges ofli-e donc à finatomle et à la physiologie la propriété essentielle de réaliser, dans un même individu, la complication successive d orgues et de fonctions qui caractérise rensemble de la WérarcMe biologique; et ce rapprochement synthétique fournit ainsi un ordre spécial de comparaisons lumineuses Mais, quelle que soit la valeur des deux modes précédents

de comparaison biologique, c'est surtout dans son application à la série organique que la méthode comparative montre le mieux sa puissance et son principal caractère. 11 n'y a pas de structure ni de fonction dont l'analyse ne puisse être perfectionnée par l'examen de ce que les divers organismes olîrent de commun, et par l'étude de leur simplification continue à mesure qu'on descend dans la hiérarchie biologique. Lorsque l'on est enfin arrivé à ce terme où subsiste seul l'attribut essentiel du sujet proposé. la pensée peut procéder, en sens invei'se, à la reconstruction successive de l'organe ou de l'acte dajis toute sa complication première. Mais pour suivre convenablement, dans la biologie comparée, l'étude générale d'un organisme ou d'une fonction , il est indispensable d'en avoir nettement construit la notion abstraite. C'est elle seule qui, isolée des modifications particulières attachées à chacune de ses réalisations, peut être le sujet direct de la comparaison. La méthode comparative offre donc, en quelque sorte, un caractère semblable à celui de l'analyse mathématique, dont la propriété essentielle est de dégager, dans les cas analogues, ce qui est commun à teus, des spécialités secondaires propres à chacun d'eux.

Ayant successivement défini, dans son point de départ et son but, la science abstraite de la vie; ayant reconnu sa complication supérieure , mais aussi les grandes ressources dont elle dispose, nous avons maintenant à examiner la nature et l'enchaînement de ses différentes parties.

L'étude spéculative et abstraite de l'organisme doit d'abord se décomposer en statique et en dynamique, suivant qu'on recherche les lois de l'organisation ou celles de la vie; de là l'anatomie et la physiologie. En second lieu, la biologie statique ou anatomie doit être subdivisée en deux parties essentielles, suivant qu'on étudie isolément la structure et la composition de chaque organisme particulier, ou que l'on construit la grande hiérarchie biologique qui résulte do la

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comparaison rationnelle cle tous les organismes connus. Telles sont les trois branches de la scfence biologique i fanatorole générale ou abstraite, 1 anatomie comparée, enfin la physiologie, pour lesquelles M, Comte propose les dénominar lions systématiques de biotomie, biotaxie, bionomie, ces différentes études devant également comprendre les végétaux et les animaux , et le nom de biologie restant consacré à en désigner l'ensemble.

La dépendance de ces trois parties résulte Immédiatement de leur seule définition : Il est évident que les études physiologiques supposent préalablement des notions anatomiques : il faut connaître la structure d*nn appareil avant d'en étudier le jeu Et l'anatomie comparée elle-même doit précéder la physiologie, car la e onnateance du rang qu*oocupe cha^ que être vivant dans la hiérarchie biologique est le fondement nécessaire de son étude, qu'elle prépare d'abord et résume ensuite. La considération habituelle de cette hiérarchie est douleurs, ainsi que nous Pavons vu, le plus puissant inoyeo d'investigation qu'admettent les recherches physlolog'fques.

Quant à Tordre des deux parties de la biologie statique, il est clair que Tanatomie abstraite doit précéder Tanatoniie comparée, car on ne peut classer que des organismes préalablement connus, taidis que chacun d'eux peut et doit être étudié à uo premier degré sans être comparé aux autres. Pu reste, quel que soit l'ordre adopté, une première exploration du système des connaissances biologiques ne saurait jamalsètre pleinement satisfaisante et elle doit être complétée par une révision générale, destinée à faire ressortir les relations essentielles de chaque partie avec lea autres.

Enfin. dan«î les différentes branches de la biologie, la théorie, soit siatique polt dynamique, de la vie organique doit être placée avant celle de la vie animale, puisque celle-ci, en même temps qu'elle est plus spéciale el plus compliquée, re-

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