‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 27 sur 59 · FÉTICHISME · texte numérisé non relu

FÉTICHISME

Nécessilé , caraclère général , propriétés et résultais du régime fétichique. — Double inHuence déterminant la transition du Tétichisme au poljf- Ihéismc.

Malgré Thorreur et le dégoût que nous éprouvons aujourd'hui au seul souvenir d'une semblable origine, il est indubitable que l'homme a partout commencé par Tanthropophagie la mieux caractérisée et le plus grossier fétichisme. A cet égard, notre légitime orgueil doit consister, non à méconnaître sottement un tel début, mais à nous glorifier de Tadmirable évolution par laquelle la supériorité graduellement développée de notre organisation nous a tant élevés au dessus de cette misérable condition.

Les indications rationnelles que fournit la théorie biologique de rhomme, les renseignements valables que Ton peut combiner sur le premier âge social, l'exacte analyse du développement individuel, enfin tous les modes d'investigations que comporte le sujet, concourent à démontrer la progression de Tesprit humain du fétichisme au polythéisme, et de celui-ci au monothéisme. Ainsi, la philosophie théologique a toujours pour point de départ le pur fétichisme, qui divinise chaque corps ou chaque phénomène attirant Tattention , et de là résulte Tidolàtrie supposant les corps extérieurs animés de passions et de volontés analogues aux nôtres. Ne distinguant point la vitalité de la matérialité, elle s'applique également à Tune et à l'autre, et conduit à Tadoration des animaux, quand ils offrent à l'homme un spectacle plus ou moins mystérieux, c'est-à-dire des phénomènes dont il ne retrouve pas en lui à peu près l'équivalent. L'empire des

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passions sur la raison, proDoncé surtout à l'origine, dispose évidemment à cette philosophie plutôt qu'à aucune autre. Encore actuellement, dans Fétat de crainte ou d'espérance déterminé par une passion très-vive, les hommes, entraînés presque irrésistiblement à une sorte de rechute aiguë vers le fétichisme primitif, sont continuellement tentés de perionnifîer et de diviniser tous les objets au gré de leurs affec-

A Foriglne, tons les corps observables étant immédiatement personnifiés et doués de passions dont l'énergie est proportionnée à celle de leurs phénomènes, le monde extérieur ie trouve, avec le spectateur, en me harmonie plus parfaite qu'elle n'a jaiciis pu rêtre ensuite, et qui, produisant en lui nn sentiment de pleine satisfaction, doit l'attacher profondément à ces naïves croyances. Cette première phase religieuse de l'Humanité est celle dans laquelle les conceptions théologiques dominent le plus tout le système intellectuel, puisque chaque corps est spontanément alors le sujet propre d'une superstition distincte. Mais, au point de vue social, il est évident que de telles croyances offrent, par leur nature, peu de ressources, soit pour réunir les hommes en société, soit pour les gouverner. Quoiqu'il existe, sans doute, des fétiches de tribus et même de nattons, la plupart sont domestiques 011 môme personnels et impropres à développer des pensées quelque peu générales. En second lieu, le siège immédiat de chaque divinité dans un objet matériel nettement déterminé doit rendre le sacerdoce proprement dit presque inutile, et, par suite, tend directement à empêcher l'essor d'une classe spéculative, distincte et influente.

Or, l'autorité sacerdotale est Indispensable pour utiliser réellement la propriété civilisatrice de la philosophie théologique. Tonte doctrine et, plus qu'aucune autre, les croyances théologiques exigent des organes spéciaux qui puissent toujours en diriger et en surveiller l'application sociale; et cela,

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m raison de Findétermination , du vague indéfini qu'elles comportent, et qui no peut être suffisamment contenu que par Faction permanente d'une autorité convenablement organisée. Cette considération explique la moindre influence sociale de la philosophie théologique à l'époque du fétichisme, quoiqu'elle occupe alors bien plus de place qu'à toute autre époque dans l'ensemble des conceptions humaines.

Toutefois, ce premier âge religieux n'est point entièrement incompatible avec la formation d'une certaine classe sacerdotale. Mais quand il admet une telle institution, il est alors passé à l'état d'astrolâtric, qui constitue son plus haut perfectionnement et le conduit bientôt à se transformer en polythéisme proprement dit. Il a dû s'écouler un temps fort considérable avant que l'adoration des astres ait pu prendre un ascendant prononcé sur les autres branches du fétichisme, de manière à imprimer à Fensemble du culte les caractères essentiels d'une véritable astrolâtrie. D'abord préoccupé des considérations les plus directes et les plus particulières, l'esprit humain ne pouvait placer les corps célestes au premier rang des substances extérieures. Us ont dû longtemps avoir beaucoup moins d'importance qu'un grand nombre de phénomènes terrestres : tels, par exemple, que les principaux effets météorologiques, qui, à un âge bien plus avancé et pendant presque toute la durée des croyances théologîques, ont fourni les attributs caractéristiques du suprême pouvoir surnaturel. Tandis qu'on reconnaissait à tous les magiciens habiles une autorité fort étendue sur la lune et les étoiles, personne n'aurait osé leur supposer une participation quelconque au gouvernement du tonnerre.

L'astrolâtrie dut donc être tardive, mais, une fois atteinte, elle tend directement à provoquer le développement d'un vrai sacerdoce. D'abord les astres portent en eux-mêmes un caractère d'évidente généralité qui les rend propres à devenir des fétiches vraiment communs; et c'est toujours de cette

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