‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 28 sur 59 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

iOErce que Ftnaly» sociologique montre que furent tirés les fétiches de populations un peu étendues. En second lieu, quand la situation pleioement inaccessible des corps céle&tes a été sullmmment reconnue, le besoin d'intermédiaires spéciaux a dû se faire profondément sentir. Tels sont les deux caractères essentiels, généralité supérieure et accès impossible, qui, saos allérer directement la nature fondamentale du fétichisme universel, ont rendu l'adoration des astres particulièrement propre à faire surgir un sacerdoce distinct et un culte organisé, sans lesquels le développement politique eût été Impossible.

Au point de vue philosophique, ou en tant que destinées à diriger le système des spéculations humaines, les croyances fétichiques ont rendu possibles les premières observations en leur fournissant spontanément un lien nécessaire. L'ordre moral se trouvant, à rorigine, beaucoup moins ignoré que l'ordre physique, l'hypothèse qui attribue tous les phénomènes matériels aux affections des êtres fut alors parfaitement convenable. Avant que la nécessité de subordonner notre intelligence à Tordre extérieur pût être démontrée, il fallait bien que le cœur y suppléât en fournissant Fimpulsion et la théorie d'où résulta le fétichisme. Mais, dans cette première enfance intellectuelle, les faits chimériques l'emportent de beaucoup sur les faits réels; ou plutôt il n'y a, pour ainsi dire, aucun phénomène qui puisse être aperçu sous son aspect féritabla Par remplre de la vie affective sur la vie intellectuelle, les plus absurdes croyances altèrent Tobservation de presque tous les phénomènes naturels, et l'absence des plus simples notions sur les lois de la nature fait alors admettre, aussi bien que les faits les plus réels, les plus chimériques événements.

Hais, malgré ses imperfections et par suite de son opportunité, ce premier régime intellectuel se trouva comporter d'importantes acquisitions théoriques. L*adoratIon de la ma-

tière consacra d*abord la subordination, plus tard méconnue, de l'homme envers le monde. Si, à l'origine du fétichisme, la matérialité et la vitalité sont confondues, elles commencent à être distinguées l'une de l'autre sous la phase astrolâtrique. Et alors s'établit la prépondérance, sur tous les phénomènes (même les phénomènes vitaux), des événements les plus généraux, les moins modifiables et les plus éloignés de l'homme. Enfin, en attribuant directement aux corps réels toutes les volontés directrices, le fétichisme consacra l'indépendance et la perpétuité de chacun d'eux, d'où résulta la notion capitale de la fixité des espèces naturelles, qui fut compromise quand le théologisme transporta les influences surhumaines à des êtres purement imaginaires , maîtres capricieux d'une matière devenue entièrement passive.

Telles furent les acquisitions philosophiques sous le régime fétichique. Il ne fut pas non plus sans en comporter dans la science spéciale, principalement pendant la phase astrolâtrique. Bien loin que l'opinion de la constance des événements soit innée dans l'homme, nous avons vu que l'espèce comme l'individu n'y arrivait que très-tard et par degrés. On n'a donc pu d'abord chercher que les lois de phénomènes assez simples pour avoir échappé à l'explication générale du fétichisme et assez généraux et communs pour avoir été suffisamment remarqués. Les premières spéculations numériques, y compris la partie purement arithmétique de l'astronomie, datent ainsi du régime initial de l'Humanité. Quant à la géométrie, son nom seul suflftt pour indiquer l'impossibilité de sa culture avant la prépondérance de la vie sédentaire et l'avènement du sacerdoce , double caractère de la phase astrolâtrique, dans laquelle le fétichisme touche au polythéisme. Mais l'institution de la numération, comprenant la formation des nombres indépendamment de tout procédé de nomenclature et de notation , appartient essentiellement à l'âge fétlchique i et il en est de même des premiers calculs

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mmériques dont aile fournit li base et qu'elle fut surtout destinée à faciliter. On y doit môme joindre quelques spécu-

litlons directai concernant les propriétés élémentaires des nombres* Ce triple essor arithmétique constitue pour révolution collective un mouvement unique, comme le confirme la marcbe spontanée des enfants.

L'arithmétique oéleste comprit, sous le fétichisme, Fensemble des notions astronomiques qui, n'exigeant qu'une eiacte supputation, sont indépendantes de toute théorie géométrique. Or, ces déterminations embrassent les premières approximations de la durée de l'année et des périodes proprès à chaque planète et aux principaux événements tels que éclipses, phases, conjonctions, qui, résultant des situations mutuelles des astres, sont susceptibles de prévisions

empiriques.

iea propriétés esthétiques du fétichisme doivent être évidemment très-prononcées; car le système qui nous assimile directement tous les êtres est nécessairement très-favorable à Fessor des beaux-arts. Leur principal développement eut lieu néanmoins sous le polythéisme; mais il fut plutôt dû aux réactions sociales qu'à la puissance esthétique de la doctrine elle-même. Les résultats esthétiques obtenus sous le fétichisme, furent de deux sortes : les uns concernent la foriBation essentielle de la langue humaine, les autres Fébiuche des dif ew beaux-arts dont l'eiieiiiWe complète Fin-

ititutiou du langaee.

Pour communiquer les affections et les pensées prévalent d'abord, chez l'homme et tous les animaux supérieurs, les moyens mimiques, qui sont les plus naturels et les plus «spnislfs. lis m lubordonnenl ensuite aux moyens phonii}UOS, plus complets et plus usuels. Dans cet essor spontané, l'Humanité se distingue par sa tendance à faire toujours prévaloir la communication des pensées théoriques et pratiques sir celle des sentiments; et la loi générale des fariations du

langage est alors Faccroissement de destination intellectuelle par rapport à la destination affective. De là résultent deux progressions connexes, qui sont l'une et l'autre la suite de Fimportance et de l'extension de plus en plus grandes que prennent, dans Fexpression, les sons comparativement aux gestes. La première consiste, en ce que la musique, d'abord prépondérante, se subordonne à la poésie, puis celle-ci à la prose. Mais, Fart phonique étant impuissant à perpétuer les impressions, Fart mimique pour suppléer à cette insuffisance, engendre successivement les deux principaux arts de la forme, d'abord la sculpture, puis la peinture. Ces deux moyens de fixité conduisent à fonder Fécriture proprement dite , qui reste d'ailleurs longtemps à Fétat hiéroglyphique. Le langage visuel , quoique se subordonnant alors au langage oral, en demeure pleinement distinct, et constitue un système de signes qui, ayant un sens par eux-mêmes, sont directement appréciables. La subordination plus complète par laquelle les formes se bornent à traduire les sons, d'où résulte Fécriture alphabétique ou syllabique, ne s'établit que beaucoup plus tard et détermine l'entière systématisation du langage humain. Excepté cette institution finale, qui n'appartient qu'au polythéisme, le fétichisme préside certainemeot à toutes ces transformations successives. Pauvres en adjectifs et surtout en substantifs abstraits, les langues fétichiques sont généralement riches en substantifs concrets et même en verbes. L'absence de déclinaisons et même de conjugaisons y résulte de leur caractère affectif, et n'entrave pas gravement une communication purement orale, où les moyens mimiques suppléent toujours aisément à Finsuflisance des ressources phoniques,

La nature des croyances primitives comportait, quant à l'ébauche des divers beaux-arts, des résultats très-supérieurs aux effets accomplis, et qui n'ont été empêchés que par le peu d'extension que prennent alors les associations humaines.

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