CHAPITRE
ÉTAT MÉTAflIYSIQCE.
S 1.~ C«racièrf séeéral du noufement nodernt. ^^ Appréciation ém liOiieiccf qui coocoururenl à le produire. — Marche nécessairo de soi accompliisrineiit olTcclif , el sa dccoiijposilioii en irois pbaiea.
Ij'éttl inéttpbysique qui, commençant au iiv» siècle, est encore en Europe celui des sociétés modernes, n'est pas, comme les précédenis, un état régulier et défini, dominé par
des croyioces claires, intelligibles, acceptées de tous, et susceptiljles de présider à une certaine oi^anisation sociale, d'ailleurs plus ou moins parfaite. 11 ne constitue, en réalité, ^*une époque de transition, d'anarchie chronique quand elle
n'est aif uë, pendant laquelle un ordre précaire et imparfait, Miilatinu surtout par la force, laisse surgir des mœurs et des opinions réellement susceptibles de devenir la base d'un nouveau régime. Il se trouve donc ainsi comporter constamment une double étude : celle de la transformation continue des éléments de Fancienne organisation, et celle de la marche ascendante des élémente de la nouvelle.
En réalité, le catholicisme avait fait subir aux croyances théologiques toute la réduction qu'admettait, dans la situation occidentale, leur efficacité sociale; en sorte que, malgré les transactions vainement rêvées par les métaphysiciens, toute modification à ce système devait amener l'irrévocable élîminatiou de tout théologisme. Dépassé par le mouvement intellectuel et, par suite, devenu rétrograde, le catholicisme, ne remplissant plus les conditions du véritoble pouvoir spirituel, perdit sa moralité, et, quand les usurpations temporelles eurent prt valu, il échangea bientôt les derniers i-estes de son indépendance contre sa sécurité matérielle. Dt;s lors, au lieu
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di régler les fortf, sa discipline ne tendit qu'à leur soumettre aveuglément les faibles; le vague de ses doctrines lui permettant aiséfnent de leur donner une destination inverse de celle qui longtemps l'avait tant honoré. Bornée d'abord aux plus hautes puissances, cette servilité finit par s'étendre aux nioindres forces; et la corruption du clergé devint bien plutôt le résultat de son impuissance et de son abaissement qu'elle n'en fut la cause.
Outre la négation complète de toute croyance théologique, inspirée par l'état positif, et toujours conciliable avec les ménage cents qu'exige la situation temporelle, surgit alors une négation incomplète qui devint la source essentielle des troubles occidentaux. Ayant prévalu dès le xni« siècle dans une éducation d'abord instituée pour le sacerdoce, elle aspira directement au gouvernement absolu de l'IIumanité, en renouvelant les prétentions grecques de l'esprit à tous les pouvoirs sociaux. L'ambition politique des métaphysiciens concourut, avec leur impuissance, pour développer dans tout l'Occident, une désastreuse hésitation entre la foi déchue et la foi positive, qui, seule, pouvait la remplacer. Toutefois, la demi-négation, ainsi répandue, seconda indirectement la propagation de la véritable émancipation en y disposant les esprits timides.
Le moyen âge avait produit le fond général de la civilisation moderne, en complétant l'institution du mariage occidental, émancipant les femmes , et amenant la libération des travailleurs. Il laissait à résoudre ce problème : remplacer la foi monotbéique par des croyances démontrables, aboutissant à une morale universelle en état de régler la nouvelle •ïistence sociale. Il était alors nécessaire que la masse occidentale intervînt pour rappeler suffisamment la destination sociale du mouvement intellectuel, et, pour cela, qu'elle participât suffisamment à l'émancipation théologique. Or, une néption complète supposait une culture supérieure à celle que
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TROISIÈME PAUTIE.
le moyen âge aTâitreDdue universelle. Les occidentaux durent dose accueillir pendant quelques siècles les inconséquences nétapliysiquest qui prétendaient consolider les {Principes monoihéiqmei en détruisant toutes les institutions de régime, de culte, et même de dogme, dont dépendirent les services transitoires de ces principes. Malgré des espérances toujours déçues, cliaque altération nouvelle tfune synthèse indivisible était d'abord accueillie comme une modification conserva^ trîce, et servait ainsi à fa*re espérer la réalisation du progrès clierclié, en préservant du scepticisme absolu, si contraire aux plus îm'périeux b^esoins de la nature humaine.^
Telles furent la nature et la destination du grand mouvement qui a conduit fOccitJent du régime catholico-féodî'l à la crte dans laquelle sont actuellement las sociétés modernes. Dia» son étude nous trouvons d'abord à apprécier les iniuences générales qui concoururent à le produire, puis à examiner successivement les différentes phases qui résultèrent de la marche qu'il dut suivre.
En reprenant Fessor scientifique de la Grèce, on devait naturellement le concentrer d'abord sur le premier couple encyclopédique, mathématico-astronomique, jusqu'à ce quil êU produit les résultats décisifs que le théologisme empêcha dans raniiquité. Sans doute, l'attrait inspiré par une élaboration abstraite à laquelle l'Instinct occidental rattachait déjà l'issue de la révolution moderne» suscita des efforts simultiinés dans toutes les directions. Mais ceux qui concernaient les étwles supérieures ne produisirent que des matériaux iouvent équivoques, tandis que les recherches opportunes aboutirent à des résultats certains. La restriction, longtemps nélMiiiIre, de la culture scientifique au domaine institué par FantIquIté, ne ramena pas d'ailleurs l'esprit occidental au régime de la spécialité grecque. L'impulsion romaine et Finiueiieê catliollcû-féodale avalent Irrévocablement subordonné Il théorie à la pratique, et manifesté la destination sociale
SCIENCE SOCIALE OU SOCIOLOGIE. k^i
des travaux spéculatifs de manière à discréditer les recherches oiseuses. En même temps, l'extension du domaine scientifique depuis Fintix)ductiou de la chimie complétée par l'ébauche de l'anatomie, préservait les études mathématico-astronomiques de leur ancien isolement Continuant sous l'entremise arabe les travaux d'Arcliimède , d'Apollonius et surtout d'Ilipparque, les médecins, à^ la fois alchimistes, astrologues et même algébristes, se replacèrent spontanément sous la discipline philosophique instituée par Thaïes, Pythagore et surtout Aristote.
1,'essor scientifique réagit alors sur le mouvement de décomposition, en lui procurant & la fois plus de consistance et de sagesse. Sans un tel point d'appui, la critique incomplète et inconséquente des métaphysiciens n'eût comporté aucun succès durable. En même temps, l'influence scientifique préserva la raison moderne de la dégénération grecque, vers hwiuelle tendait directement l'ascendant provisoire que la situation occidentale procurait à Fesprît métaphysique.
Sous Faspect temporel, la transition moderne se trouva surtout dominée par Fessor de l'industrie, et les habitudes d'ordre public et privé qui sont propres à la vie industrielle tendirent spontanément à la régler. Dans les cas les plus nombreux et les plus importants, la compression émanée des anciens pouvoirs épargna aux producteurs les déviations inspirées par les antécédents militaires, dont leurs propres préjugés consacrèrent longtemps l'influence.
Leur séparation effectuée, les entrepreneurs et les travailleurs concoururent, par des influences différentes, à Forga- Disation du mouvement moderne. La puissance croissante des directeurs du travail industriel, qui, seule, permit d'instituer de grandes opérations, tendit déplus en plus à transformer en collectif le caractère d'abord individuel de Factivite productive; et l'Introduction graduelle des machines développa la puissance des entrepreneurs en même temps que
flICItSllMfi PAATII.
Ift. dignité des tnvâllteu'rs. A mesure <]ue l'activité paolflquo s'accmt et m réptlirlsi, ses dlrectcors comprirent de plus en pltis qu'à eux rcfenait surtott la solution du grand problème légué par le moyen ftge sur incorporation du prolétariat à la société moderne. Dans leurs aspirations sponlanées à la suprématie politl(]ue, il n*y eut de vicieux que raieugle imitation des types féodaui et la tendance àdédaig oerleur propre classeau lieu d'endeveiiir les ré^rulateurs : car d'ailleurs c'était bien à eni» effectivement, à remplacer les aicieos chefs temporels en écartant les intermédiaires équivo<jues auxquels il restèreot trop longtemps subordonnés.
Quant aux travailleurs, leur influence sociale lut plus morale que politique. De vicieuses aspirations les poussèrent à devenir entrepreneurs tu delà des besoins que suscitait l'essor pratique. Mais quoique ces dispositions individuelles tendissent à dissimuler la question sociale sous une solution lllisoire, l'avortement nécessaire, dans la plupart des cas, maîntenait l'inflexible programme de l'existence moderne: l'organisation du travail assurant rexistence des travailleurs €t la Juste satisfaction de leurs meilleurs besoins.
Linflaence de l'activité productive, indépendamment de celle qui fut propre aux classes industrielles, eut pour effet direct de fortiHer et même de régler le mouvement de décomposition du rtgime du moyen Ige. Elle disposa les Occidentaux à Fémanclpation complète en faisant graduellement prévaloir la reclierche de la loi sur celle de la cause, et le bonheur terrestre «or le «dut céleste. Dans les connits piMtlques que détermina la transition moderne, F'Interveûtioi des chefs industriels tendit ordinairement à assurer le succès du meilleur parti , d'après leur prédilection naturelle pmir FlEiucoce la plus progressive. En même temps,, la vie pratique contint les impulsions subversives émanées de Fémanclpation incomplète; et la fatale rupture avec les ïtions du moyen âge fut essentiellement atténuée par
Ift reconnaissance spontanée des classes industrielles pour Il transition qui les ûi surgir. Cette reconnaissance se développa surtout chez les travailleurs , oubliant moins leur ancien esclavage que les entrepreneurs dominés par les préocciipalions qu'apportent la responsabilité et la fortune, et même par le vain désir de dissimuler leur humble origine. En outre, tandis que la science tendait à systématiser Findustrie, celle-ci lui procurait une destination inépuisable» d'où surgissait dès lors une discipline spontanée propre à détourner des spéculations oiseuses. Les théoriciens trouvèrent ainsi dans les praticiens le milieu le mieux disposé à seconder la rénovation de la raison humaine.
ainsi que la science et l'industrie, l'art concourut à assister Tensemble du mouvement moderne, quoique, faute de direction générale et de destination sociale, il ne pût exercer me action correspondante à Fadmirable développement qu'il reçut alors. Maîtrisé par une situation irrésistible, malgré son caractère toujours organique et synthétique, son influence sociale fut, dès l'origine, essentiellement négative, surtout spiritaelloment ; mais, en secondant le mouvement de décomposition, il y put modifier heureusement les influences matérialistes du mouvement scientifique, et les tendances égoïstes de l'essor Industriel.
Parmi les influences qui , émanant directement ou indirectement du régime déchu , agirent sur l'ensemble du mouvement moderne, celle du pouvoir temporel fut le plus souvent salutaire tant par son action répressive que par son action directrice. Tandis que les travailleurs manifestaient une répugnance instinctive pour la vie guerrière, Farabition des entrepreneurs les poussait à de vicieuses conquêtes, d'abord destinées à subordonner les campagnes aux villes, mais bientôt dirigées contre les cités rivales. Or cette dégénération que permit en Italie la dispersion de lautorité, se trouva naturellement contenup, dans tout le reste de FOceîdent, par la eom-
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priSitoE politique constamment émanée des anciens pouvoirs, qui s'y concentraient de plui en plus. Dans les contrées où la caste aristocratique perdit son importance et son autorité polîtique, elle exerça une heureuse réaction morale sur la transition moderne en lui fournissant longtemps des types de noblesse et de dévouement qui manifestèrent la dernière efficacité de Fancienne liérédité.
Llninence tliéologlque, quoique moins salutaire parce qu'elle ne put s'exercer qu'en résistant, seconda cependant Jnsqtfà un certain point le mouvement moderne. Dans sa réaction scîentlique, Foppoiition catholique servit à détourner les théoriciens des sciences morales et politiques, que les impulsions ontologistes les disposaient à cultiver avant que leur préparation encyclopédique pût être suffisante : nous avons vu que l'étude positive ne pouvait commencer pour une classe quelconque de phénomènes, avant qu'elle fût instituée pour tous ceui qui sont plus généraux et moins compliqués.
La principale direction efTective du mouvement moderne, en réalité déterminée et réglée par ces diverses influences, appartint en apparence à deux classes connexes, mais distinctes, celle des légistes et celle des métaphysiciens, qui ■irgirent pendant la dernière phase du moyen âge avec un caractère également équivoque et furent seulement propres à remplir un office négatif. Issus de la féodalité comme les métaphysiciens du clergé, les légistes méritèrent longtemps, par la généralité de leurs vues politiques, la confiance que leur accordèrent l'ancien pouvoir temporel et la puissance industrielle. Organes passagère d'une fonction mal déini© qui confondait l'appréciation spirituelle et la répression temporelle, ils furent par cela même incapables de commander el seulement propres à fournir d'utiles instruments aux forces susceptibles de prévaloir. Leurs corporations secondèrent spontanément le meilleur parti dans les princi-
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paux conflits, jusqu'à ce que leurs succès politiques les fissent tendre vers une domination qui, aussi impossible qu'elle eût été vicieuse, ne put leur échoir. Sous Faspect moral, poursuivant dignement la grande élaboration que Fantiquité leur avait léguée par Fentremlso du moyen âge, les légistes modernes s'efforcèrent d'instituer empiriquement des règles de conduite privée et publique indépendantes de tout motif surnaturel.
Quant aux métaphysiciens, qui furent toujours, comme aujourd'hui, bien plutôt littérateurs que philosophes, ils ne servirent qu'à propager dans toutes les classes Fémancipation incomplète, et à répandre une logique destinée aller provisoirement nos abstractions.
Examinant actuellement la marche de la décomposition du régime catholico-féodal , il est d'abord évident qu'elle dut longtemps rester spontanée avant de devenir systématique . et que les croyances antérieures durent être ébranlées, Fincrédulité même exister, avant qu'elle fût consacrée et proclamée comme un droit. Loin donc que la doctrine négative ait engendré la révolution, elle n'a pu surgir que d'après un suffisant accomplissement de cette révolution elle-même, qu'elle tendit alors à systématiser et à hâter.
Dès le XIV* siècle, les luttes entre les principaux éléments spirituels et temporels de la constitution catliolico-féodale, prolongement à tous égards de celles qui précédèrent la fin du moyen âge, déterminèrent graduellement la décomposition du système ancien. Le régime catholique se trouva d'abord radicalement dissous . le culte et le dogme restant intacts. :Vfais une telle situation dut naturellement propager l'émancipation parmi les esprits convenablement disposés. Lorsque cette disposition intellectuelle devint générale et assez prononcée, ce fait fut converti, sous Flmpulsion métaphysique, en un dogme éternel, et le principe fondamental de la doctrine négative, le droit absolu de libre examen, se
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irotifa <lifectem«ntposé, n*atteociaiit plus pour surgir qu'une nccasion faïorable. II se compléta naturellement, pendant les deux crises politiques (raffraochissement de la Hollande et
It révolution anglaise), que suscita son avènement, par les ê»m dogmes généraux de la souveraineté populaire et de l'ég«tllté sociale. Outre les services immédiats que rendireot ces do?mi's révolutionnaires en neutralisunt les tendances rétrogrades, il est certain que, sans leur triomplie passager, roccident n'aurait pu tendre irrévocablement vers son régime normal, ni même en découvrir nettement le principe fondamental.
lit révolution moderne offrit donc ainsi deux modes m degrés successifs : Ton spontané, propre à ses deux premiers siècles ; Fautre systématique , pendant les trois derniers. La pbase initiale fut nécessalremeot commune à tout roccident, et n'oflWt d'une nation à l'autre que des différences secondairei. Mais, Fexplosîon protestante ayant manifesté la dissolution eonsommée, 1 Occident se trouva naturellement divisé suivant que la doctrine négative y fkit accueillie par ittlte des convenances polîdques et des nécessités de l'essor pratique, ou repoussée par Finstinct moral. Telles furent les tendances respectives du nord et du midi de l'Europe conformément à l'ensemble de leurs antécédents , avant et depuis Fivénement de la république occidentale. En France, le catljollcisme prévalut officiellemeot, mais après une lutte isnei prolongée pour y disposer bientôt à Fémancipation complète.
Ainsi, la décomposition de l'ancien régime fut d'abord spontanée, puis devint systématique. Mais, en comparant à la première la seconde partie de la révolution, on reconnaît que celle-ci dut comprendre deux pliases successives. En effet. la décomposition, étant devenue systématique, comporta aalurellement des 'degrés, puisque la doctrine négative ne présenta d'abord qu'une émancipation incomplète dlverse-
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ment disposée ensuite à se compléter. Le protestantisme, triomphant dans le nord de FEurope, institua une compression aussi hostile à la régénération finale que la résistance catholique des gouvernements méridionaux. Mais, quoiqu'elle ait semblé d'abord s'arrêter au vain déisme, qui ne diffère du christianisme décomposé qu'en rejetant la révélation , base nécessaire de tout monothéisme applicable, la France en réalité passa directement de Fétat catholique à la pleine émancipation.
La période révolutionnaire se partage donc en trois phases saccesslves : elle se divise d'abord suivant que la décomposition de l'ancien régime demeure spontanée ou devient systématique ; puis cette seconde partie se subdivise ensuite selon que la décomposition reste incomplète ou devient complète. La première phase comprend les xiv'et xv* siècles; la deuxième aboutit au triomphe simultané du gallicanisme et de l'anglicanisme, vers la fin du xvir siècle; la troisième conduit ju?qu*à Favénement delà crise française. Quoique la distinction de ces trois phases ne semble ici fondée que sur le mouvement de décomposition, l'examen ultérieur démontrera qu'elle convient également au mouvement de recomposition, qui, en maintenant la république occidentale contre les influences perturbatrices, Indiqua de plus en plus l'aptitude finale des éléments de la civilisation moderne à devenir la base d'une réorganisation générale.
$ â. — Première et deuxième phaiei du mouvement moderne : décompo- •iUon fponlanèe, puis syKtémtiiique du régime du moyen âge; triomphe du proiusluoUsme vl du gallicanisme.
Pendant la première phase du mouvement moderne, le pouvoir spirituel est vaincu dans sa lutte contre le pouvoir temporel, et l'un des éléments, monarchique ou aristocratique, du pouvoir politique se subordonne à l'autre. Cette double révolution amène nécessairement une dictature tem-
ASg TEOISli.ME PARTIE.
jMirelle <Hii nâiolteEt ronire niitérîel au milieu du désordre Iratellectiiel et moral et permet de préparer la réorganisation finale. Au iir siècle appartient surtout la dissolution spiritieile» et au siècle suivant la concentration temporelle.
A fnsurpatlon éphémère^ des papes, du xiir siècle sur le vain empire d*Occident, succéda l'ascendant décisif des rois de France sur la papauté dégénérée., assujettie pendant deux générations à la plus évidente dépendance. Sa déchéance occidentale se manifeste par l'inanité de ses efforts pour empêcher les déplorables guerres que suscite alors une ambition dépiffue de frein normal. Quand les papes recouvrèrent leur liiîerté noml'nale., Ils avalent .asseï senti l'irréparable déclin, de Fancien pouvoir de la papauté' pour s'attacher désornais à leur principauté locale, qui n'inspirait auparavant qu'un intérêt secondaire. Chaque église nationale, reconniil.88ant alors l'Impuissance occidentale du prince romain , accepta la présidence spirituelle du pouvoir temporel de qui dépendait :soe existence matérielle Dès le début du xv siècle, les différents clergés se coalisent contre le sacerdoce «itral t qu'ils s'efforcent de soumettre au contrôle p«:riodique d'une assemblée insurrectionnelle. .Mais Fautorité nationale du sacerdoce ne put survivre à son influence occidentale , et, privé de destination sociale par la perte de son Indépendance spirituelle, il dégénère et se corrompt de plus en plus. De là résultèrent les aspirations unanimesdu xr siècle à Firratlonnelle rénovation qui défait régénérer le catholicisme eu m.alnt.enant .sa constitution fondamentale.
La décomposition temporelle consiste alors dans l'accroissement nécessaire des forces qui, seules capables de préserver l'Occident d'une entière anarchie, durent concentrer en elles tous les pouvoirs sociaux. La dictature qui s'ensuivit comporta deux modes généraux, l'un monarchique, l'autre aristocratique. Le premier fut seul pleinement normal, parce que U constitution féodale tendait .spontanément à faire prévaloir
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le pouvoir central sur le pouvoir local , ne fût-ce que par snite des confiscations propres au régime des fiefs. Cette tendance primitive se développa graduellement à mesure que l'anarchie spirituelle fit ressortir l'urgence de la conceotrar tion temporelle, que seconda toujours en France la masse de la nation. Mais la concentration aristocratique du pouvoir temporel convint aux populations maritimes, mieux préservé«î que les autres de la guerre et plus disposées aux conquêtes commerciales qui permettaient d'associer les chefs Industriels à la puissance aristocratique. Ce cas exceptionnel, dont Venise fournit le premier type, dut surtout se développer en Angleterre, où la conquête normande avait amené la formation d'une classe intermédiaire qui servit à lier la noblesse et la bourgeoisie.
L'Institution d'armées soldées qui devinrent bientôt permanentes fut graduellemeni; développée dans tout le cours de cette phase, et elle fournit un témoignage général de la décadence des mœurs militaires et de la prépondérance de l'activité pacifique. La noblesse commença sa dégradation morale en acceptant un office qui la convertissait en instrument passif plutôt que de se placer à la tête des classes agricoles en dirigeant ses domaines ruraux. Les dépenses suscitées par cette institution déterminèrent Favénement des impôts continus, qui tendirent bientôt à lier spontanément les fortunes privées aux besoins publics.
Pendant cette phase, les légistes, et les juges surtout, en aidant la concentration temporelle, surent contenir par leurs règles empiriques les tendances arbitraires de la dictature qu'ils secondaient. Leur influence contribua à maintenir le respect de la propriété, que le principe des confiscations , désormais privé des garanties féodales, menaçait d'une instabilité incompatible avec le développement de l'activité productive. Mais ils ne purent prévenir ou repousser ce danger qu'en rétablissant le droit individuel indépendant de tout contrôle
us© TlOISifcMB PAITIE.
loeiaL Quoique ce retour à l'absolu théocratiqiie devînt,
compartllveineut au moyen âge, une véritable rétrogradation, Il était alors imposé par une situation où nulle antre 'pnnlle ne pouvait su^rgîr. Bans cet avènement de la dictature temporelle, Fanarclile mentale et la corruption morale te manIfe*tèreot par la matérialité croissante des inspirations politiques, oi^ présida de plus en plus un égoïsme avoué. Quoique cette dégradation n'ait été sjstématlsée qu'en Italie, la dlspersîon propre à ce cas exceptionnel, où la grandeur des résultats ne dissimulait plus la bassesse des moyens, suffit à montrer combien une telle disposition était devenue unl-
fêrseilf.
Les résultats scientifiques acquis pendant cette première phase du mouvement moderne , se bornèrent, outre le développement de la chimie et l'essor de fanatomie humaine, à l'eitenslon connexe de l'algèbre et de la trigonométrie, dans laquelle, les arabes ayant substitué les sinus aux cordes, les Occidentaux introduisirent les taogentes. La constitution à la fois dogmatique et personnelle du mouvement théorique, se résume alors dans la culture simultanée de lastrologie et de ralchimie concentrée chez les médecins. Les audacieux projets qui surgirent pour le perfectionnement matériel de rimminlté témoignent de la puissance de ce régime encyclopédique. Il tendit à modifier le système général de la raison humaine en développant mieux qu'au moyen ftge l'ascendant du nominalisme sur le réalisme. Un tel triomphe constitue la préparation la plus décisive de la saine philosophie nécessairement fondée sur la distinction entre les conceptions subjectives et la réalité objective. Outre quil annonçait la transition de la cause à la loi, il indiquait le pressentiment d'une synthèse subjective, d'après l'importance accordée à la logique artificielle comme lien provisoire de toutes nos
peasêes»
au début de cette phase, l'essor esthétique du génie mo-
SCIENCE lOCUiiE OU SOCIOLOOIE.
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èstm produisit l'admirable poème de Dante, qui, ayant pour but l'idéal jsation du catholicisme, fut cependant dominé par l'impulsion révolutionnaire. Outre des témoignages plus spéciaux, cette impulsion y est surtout marquée par l'audace d'une conception générale qui suppose évidemment le déclin de croyances ainsi soumises au jugement estliétique : le siècle précédent eût repoussé comme sacrilège une semblable usurpation des jugements réservés au chef invisible de réglise. Mais lim pulsion qui résulta de ce début ne put surmonter les entraves que l'art trouva bientôt dans une fîituation instable et coufuse. L'inspiration y fut d ailleurs altéiée par les tendances classiques qui faisaient préférer les Grecs aux Romains, dont les légistes seuls sentaient la supé* riorité. Néanmoins le génie catholique, absorbé dans le siècle précédent par le gouvernement spirituel, et occupé, dans le suivant, de controverses défensives, put faire alors surgir d'admirables tableaux mystiques qui, malgré leur apparence théorique, rentrent essentiellement dans le domaine de l'art. Entre toutes ces compositions se place, hors ligne, celle d'A-Kempis. 11 suffit de remplacer Dieu par l'Humanité dans cette sublime peinture de la nature humaine pour y reconnaître le pressentiment de notre existence normale, le dévouement à autrui; et quand cette substitution devient impossible, on vérifie aisément que cela tient seulement au caractère égoïste de la systématisation provisoire que ne put complètement effacer l'admirable nature morale de l'auteur.
Dans le développement industriel propre à cette première phase des temps modernes, la fabrication prévalut non-seulement sur l'agriculture, mais aussi sur le commerce, du moins extérieur. Cette prépondérance, naturellement accordée à l'industrie la plus centrale et la mieux caractérisée, devint favorable à la coordination générale de lactivité picilique. A mesure que la permanence des armées soldées
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reiiti iiolm géaémte lactiïité militaire, la séparation entre les entrepreneurs et les travailleurs spécialement propre à la fabrication reçut son développement décisif.
Toutes les découvertes et toutes les nouvelles institutions de cette époque concourent à la consolidation de l'existence industrielle. Le cbangement radical que subit aloi-s le système des armes, simplifiant extrêmement Fapprentissage militaire, répondait ainsi aux besoins de populations où l'activité pacifique devenait continue et la guerre exceptionnelle. Malgré ne» difficultés, la découverte de limprimerie, prépai'ée par les progrès antérieurs de Findii strie, put alors s'accomplir ; et les aspirations générales de FOccident à Finstraction, pousnanl à simplifier les transcriptions et à multiplier les copies, la firent efi'ectivement surgir. En ayant égard aux connaissaoces acquises depuis Félaboration grecque et propagées dans tout roccident au moyen âge, on reconnaît que rwage de la boussole et ses réactions nautiques s'établirent quand en vint l'opportunité. Le développement intérieur excitant à cberclier des déboucliés extérieure, qui, par suite des pertarbations de l'Occident, ne pouvaient se trouver qu'au loin , un siècle d'essais aboutit à la découverte de FAmérique et d'une route maritime vers flnde. Le progrès arithmétique propre à cette phase confirme la tendance des iméliorations pratiques à naître d'après leur opportunité sociale. Il consista dans la prépondérance simultanée qu'obtinrent alors le calcul décimal et la notation arabe ou plutôt indoue. Familier aux esprits d'élite dès le début de la troisième phase du moyen âge, ce double perfectionnement ne dut de? enir vulgaire qne trois siècles après, quand l'existence industrielle en manifesta la principale destination.
m la science, ni 1 art, ni l'industrie ne pouvaient recevoir d'impulsion systématique tendant à faire naître et à faciliter les créations correspondantes, qne d'après un développement capable d'inspirer et de diriger une telle intervention. Aussi
SCIENCE SOCIALE 00 SOCIOLOGIE. il33
leur triple essor fut-il essentiellement spontané, et il se produisit en dehors des encouragements artificiels, émanés soit du public, soit du gouvernement, qui ne devinrent possibles qu'après cet essor même.
La décomposition systématique du régime catholico-féodal commence au xvi« siècle, caractérisé par Favénement de ia doctrine protestante. Repoussée au midi de l'Europe, elle triomphe dans le nord, où cependant le développement intellectuel, surtout esthétique, était moins avancé et moins général. Mais, en réalité, le monothéisme oriental avait accompli depuis neuf siècles tous les changements essentiels que les trois fondateurs du protestantisme, Luther, Calvin et Socin inaugurèrent successivement. Aussi les lettrés du midi dédaignèrent-ils une prétendue réformation qui, négativement envisagée, était loin de consacrer leur degré d'émancipation, tandis que, sous Faspect positif, elle instituait l'inconséquence. Les scènes subversives qui suivirent Fexplosion critique firent promptement connaître aux gouvernements ses dangers politiques ; et les peuples méridionaux repoussèrent d'eux-mêmes une doctrine dont les diverses sectes ne s'accordaient qu'à rejeter les meilleures institutions du catholicisme : le purgatoire, le culte des saints, et surtout Fadoration de la Vierge.
En réalité , les Allemands se trouvaient au xvi* siècle les moins cultivés de tous les Occidentaux, et les mœurs guerrières étaient naturellement plus conservées parmi eux que partout ailleurs. Mais, en Allemagne comme en Angleterre, les convenances politiques et les besoins sociaux influèrent bien plus que les motifs intellectuels sur l'accueil qu'obtint la doctrine protestante; et, indépendamment, pour chaque peuple en particulier, des motifs plus spéciaux , son succès fut surtout dû au besoin de se soustraire aux derniers restes de la domination papale, qui, devenue essentiellement italienne, pesait plus au nord qu'au midi.
H,3|, TioiMiai Mit lE.
Le principe foûdamental <îe la doctrine négative, accordant à chacun la décision snprime des questions religieuses, fut nécessaire à son afénement môme. I-e régime catholique se trouvant dissous, le culte, puis le dogme, furent bientôt attaqués. Mais un complément social devint nécessaire, afin que la doctrine négative pût systématl,8er suffisamment les aspirations de FOccidenl à rinstaliation d'un nouveau régime. Four soustraire la Hollande au joug de l'Espagne fut posé le principe de la souveraiiîefcé populaire. Après afoir consacré Faffl'anchissement extérieur, la doctrine négative s'appliqua à la rénovation intérieure diaprés le dogme de régalité, qui sanctionna et dirigea en Angleterre une tentative de régénération avortée, mais caractéristique. Chez les pûpulalloisrestéesnominativement catholiques, une tendance analogue se fit sentir en suscitant des hérésies nationales, aussi contraires que les dogmes protestants à la constitution spirituelle du moyen âge.
il doctrine critique héritait ainsi des éminentes attributions morales auiquellcs le catholicisme renonçait essentiellenient. Ses principes, en effet, établirent seuls alors, tfec unesulïlante énergie, les droits réels de ceux auxquels la morale offlcielle ne savait plus parler que de leurs defolrs. Le ?rai sens, le sens profond du dogme fondamental de la liberté de conscience, était la grande obligation morale, d'abord établie par le catholicisme, mais qu'il avait alors si complètement méconnue, de n'employer que la persuasion pour déterminer les opinions. Dans Tordre purement politique, le dogme de la souveraineté populaire établissait éiergiquement la subordination nécessaire de tous les pouf oîrs sociaux à l'intérêt commun, sacrifié par la doctrine catholique à l'ascendant des grands. Le dogme de l'égalité relevait la dignité humaine, directement méconnue par un esprit de caste, alors dépourvu de destination sociale, et affranchi de tout frein normal. Enfin le dogme de l'indé-
S€I£KCE lOCULE OU SOCIOLOGIE.
pendauce uatlouale pouvait seul , après la dissolution des anciens liens catholiques, inspirer un respect efficace pour l'existence des petits États et imposer quelques restrictions morales à l'esprit d'incorporation matérielle.
Le principal effort de la résistance catholique consista dans la tentative du jésuitisme pour régénérer la papauté, dont l'office spirituel était vraiment devenu vacant, depuis sa transformation en principauté temporelle. Le noble enthousiaste qui fonda cette institution , s'annonçant à la fois comme le défenseur du catholicisme et l'adorateur de la ViergCt s'efforça, sous un titre modeste, d'instituer à côté du prince romain un véritable pape, chef d'un nouveau clergé, capable de maîtriser le protestantisme en réorganisant le catholicisme. Atti^ibuaut rimpuissance de la réformatioii franciscaine à ce que les efforts y furent trop dispersés et trop subalternes, il institua son ordre de manière à y réunir la prédication à la confession et le dégagea du chef nominal de l'église pour le mieux subordonner au chef réel. Il s'ef-^ força de lui faire partout transférer le vrai saoerdoce eu lui procurant la direction générale d'une éducation adaptée aux vœux de l'époque, et la surintendance des missions extérieures que l'universelle expansion de la civilisation occidentale semblait alors motiver. L'énergie des doctrines initiales contre l'usurpation temporelle, suffirait seule pour constater le profond sentiment des besoins sociaux, et le dévouement qui inspirèrent cette grande tentative. Mais quoique les fondateurs du jésuitisme ne pussent apprécier rimpofisibilité de régénérer le catholicisme, leurs successeurs ne tardèrent point à la sentir et se bornèrent dès lors à systématiser une résistance réti'ograde. Le principe de cette opposition reposa bientôt sur un vaste système d'hypocrisie, d'après lequel tous les esprits émancipés, encore généralement concentrés dans les classes cultivées, devaient seconder les eftbits dos jésuites contre l'affranchissement po-
use TM0I81ÈME PARTIE.
pilaire* M'iîs, oitr® la Mine qu'il inspirait aux protestants, ce jésaltlsiiie final se trouva toujours entravé profondément parmi les populations catholiques. Sa prétention de renouveler le clergé» tant r%ulier que séculier, lui valut FantipatWe naturelle des franciscains et des dominicains respectivement pourvus « Italie, presque autant qu'en Espagne, de la direction des églises nationales. Ainsi réduits à la France, les rivaux métaphysiques des religieux de tous ordres apportèrent à son principal développement des obstacles plus
décisifs.
l'admettant plus d'autorité spirituelle et faisant prévaloir l'examen individuel, le protestantisme ne pouvait éviter une entière anarclile qu'en rejetant la division des deux pouvoirs et soumettant TÉglise à FÉtat. Mais le catholicisme subit alors un assujot^ssement presque équivalent, quoique la séparation des deux pouvoiw n'y fût jamais désavouée. La différence réelle entre les deux modes de dégradation se réduisit à ce que, chei les catholiques, les principaux degrés du sacerdoce émanèrent seuls du gouvernement, en conservant leur influence hiérarchique, tandis que les protestants étendirent POBirpation teniporelle jusqu'aux moindres grades. Dans les deux cas, la dictature moderne s'empara de la principale attribution du clergé, la suprême direction de l'éducation publique tant spéciale que générale.
favorable à la monarchie ou à Faristocratie, suivant qull fut épîscopal ou presbytérien, le protestantisme inspira bientel à la royauté britannique, comme à la noblesse française, feipoir de réparer leur décadence politique. Ainsi surgirent, en Angleterre, de longs conflits : la puissance papale y étant officiellement transférée à la royauté, la noblesse put difficilement la réduire à la nullité politique à laquelle tendait à l'amener la phase précédente. En France, le même principe ne suscita de troubles que par suite des fluctuations que produisirent les inclinations aristocratiques d'une cour mal dis-
SCIfiNCE SOCIALE OC SOCIOLOGIE. Û37
posée à seconder l'énergique instinct de la population parisienne qui préserva du protestantisme le centre occidental. Néanmoins, de part et d'autre, le mode de dictature institué sous la première phase prévalut complètement à la fin de la deuxième, en continuant à développer la décomposition spontanée del'ancien système politique. Dès le début du xvi' siècle, une excessive accumulation d'attributs incohérents fit surgir le pouvoir ministériel, qui, complété par la diplomatie, tendit bientôt à dominer la royauté, réduite à la représentation, auparavant dédaignée par les dignes organes de la concentration temporelle. Dans la dictature aristocratique, l'exercice des fonctions gouvernementales subit une transformation analogue, quoique plus tardive et moins prononcée.
Pendant cette phase, une ambition vicieuse ternit irrévocablement le caractère honorable que les métaphysiciens et les légistes manifestèrent d'abord. Le pouvoir judiciaire, s'atr tribuant, surtout en France, l'avènement dune dictature qu'il avait seulement secondée, s'efforça de concentrer dans son sein, à mesure qu'elles devenaient prépondérantes, les fonctions ministérielles. Il tenta même d'instituer, au moyen de la vénalité des offices, une caste dominatrice, en se rapprochant de la noblesse, dont il reprit les prétentions politirjues. Mais les rois surmontèrent aisément cette nouvelle résistance, tant qu'ils conservèrent un caractère progressif. Quant aux métaphysiciens, leurs succès contre le clergé pendant la phase initiale, les conduisit alors à devenir les organes systématiques de la résistance au jésuitisme, en développant les hérésies nationales qui la rendaient dogmatique. Mais leurs inconséquences, paralysant leurs efforts, déterminèrent bientôt la tendance rétrograde que, comme les légistes, ils développèrent finalement
L'accomplissement du mouvement de recomposition avait été spontané pendant la phase précédente; mais, dans celleci, des encouragements de plus en plus systématiques furent
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floiîiés à réTOlotloii théorique, esthétique et pratique. A cet éginl, cette phase se distingue de la suivante par le motif qui les inspira : la dictature n'eut d'abord en vue que le enveloppement de sa gloire et de sa puissance, naturellement amené par ces encouragements, tandis qu'ensuite ils lui furent imposés par ropinlon comme un devoir social Le mode de concentration des différents pouvoirs influa beaucoup sur 11 nature et fefflcacité d^une telle intervention, fini dut procurer au mouvement plus d'ordre ou plus de liberté suivant qu'elle émana de la monarchie ou de Faristo-
Tout le mouvement Intellectuel de cette phase est dominé par la grande révolution astronomique qui résulte delà conception du double mouvement de la terre. Kepler en déduisit d'abord la constitution définitive de la géométrie céleste incompatible avec Fimmobilîté de la planète humaine. Galilée, complété par lluyghens, M alors conduit à fonder la mécanique rationnelle; puis Newton, la mécanique céleste, quand elle eut été suffisamment préparée par l'opportune cl puissante hypothèse des tourbillons cartésiens et le développement de l'analyse. Le premier couple encyclopédique, mathématico-astroEomique, se trouvant constitué, la physique s'intercala entre l'astronomie et la chimie. A la rénovation astronomique se rattache aussi la révolution que Descartes accomplit en mathématique en fondant la géométrie générale. En effet, le perfectionnement de l'algèbre étant alors devenu indispensable au développement de la science céleste, ce fut après l'avoir assez institué que le génie systématique de Descartes sentit les moyens naturels que cet instrument logique pouvait fournir pour généralîser et coordonner les conceptions géométriques. La création décisive de la géométrie analytique constitua la philosophie mathématique, en établissant une relation générale entre l'abstrait et le concret, qui ne tarda point à s'étendre de l'étendue au mouvement. L'analyse
SCIENCE SOCIALI 00 SOCIOLOGIE. 430
devint alors le lien général de la science fondamentale, mais elleavait dû auparavant se compléter par la fondation du calcul infinitésimal, qui permit à la généralisation cartésienne d'embrasser les questions géométriques les plus anciennes et
les plus directes.
Philosophiquement, le mouvement terrestre ruina le théologlsme et, par suite, l'ontologisme, en substituant la notion relative du monde à la conception absolue de l'univers. Notre groupe planétaire étant reconnu n'avoir d'importance qu'au point de vue humain, le subjectif et le relatif prévalurent enfin dans la philosophie naturelle. L'influence logique de Bacon concourant avec l'ensemble des découvertes scienUfiques, il en résulta la constitution d'une première ébauche de la saine philosophie dont les lacunes étaient mieux signai lécs, toutefois, par des conceptions que par des préceptes. Descartes sentit alors assez la nécessité d'une synthèse subjective pour tenter de l'instituer déjà; mais il la rendit illusoire et môme rétrograde, en la fondant sur l'intuition personnelle, tandis qu'elle doit reposer sur l'observation collective. Ilobbes en entrevit bientôt la vraie nature, et, en établissant la domination de la force nécessaire à la formation et à la première extension de la société humaine, il fit faire à la science sociale le seul progrès qu'elle eût encore fait depuis Aristote. Leibnitz et Bossuet la préparèrent ensuite directement : l'un en concevant à la fois le dualisme dans l'appréciation du monde par l'homme, et l'alliance de la philosophie avec l'histoire ; l'autre par son admirable appréciation de
l'ensemble du passé.
L'impulsion de la phase précédente produisit pendant celle-ci un admirable mouvement esthétique dans toute l'Europe; TAllemagne exceptée, par suite de l'agiution protestante ©t surtout de la tardive élaboration de sa langue. Dans une épopée sans exemple, où se combinaient la vie privée et la vie publique, Arioste représenta le moyen âge en faisant
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TlOISliMI PARTIIL
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profondément ressortir aon caractère chevaleresque. Le Tasse fut alors conduit à entreprendre ridéalisatlon des croisades, qui n'est, d'ailleurs, complétoment possible qu'en appréciant à la fols équitablement le catholicisme et l'islamisme. CerYantès rattacha ensuite, dans une merveilleuse composition , toutes les afTectlons de famille à Findlvidualité la plus excentrique et ébaucha la fraie théorie de la folie. Ainsi préparés, les meilleurs tableaux de Calderon idéalisèrent l'ensemWe des liens domestiques et firent sentir leur aptitude à constltner la principale base du bonheur humain. En Angleterre le génie origiDal de Shakespeare s'efforça de combiner la fie prifée et la fie publique en attribuant à celle-ci sa juste prépondérance. Mais son milieu protestant le détournant du moyen âge, et même l'empêchant d'apprécier asseï l'antiquité, ce libre penseur se troufa forcé de réduire ses principaux tableaux à dea tempa trop rapprochés pour comporter une suffisante idéalisation. L'essor décisif de la poésie lilstorique fut ainsi réservé au grand Corneille, qui retraça dans une admirable série de drames toutes les phases essentielles de la civilisation romaine, mieux idéallsable alors qu'aucune autre. Après une telle représentation du passé , la vie privée pouvait seule permettre au mouf ement moderne une suffisante manifestation de son caractère critique et de sa tendance organique. Sentant la vraie nature, plus intellectuelle que sociale, delà révolution occidentale, Molière s'efforça, sous l'impulsion cartésienne, de discréditer les métaphysiciens et de corriger les médecins. Enfin IMilton, complètement rendu à la vie domestique après Favortement d'une crise prématurée, et ne pouvant trouver autour de lui de dignes types de la vie privée, fut forcé de placer une idéalisation indéterminée sous le dernier patronage de la foi théologique.
Belativemiont aux arts spéciaux, cette deuxième phase n'olfre un essor vraiment éminent que dans le triple art de la
SCIENCE SOCIALE OU SOCIOLOGIE. àki
forme. Sous l'impulsion de l'Italie, la Hollande, l'Espagne et la France produisirent une longue suite de compositions vraiment durables quoique l'exécution en constitue le principal mérite. Une tendance rétrograde à retracer sans enthousiasme ni conviction des types militaires ou théologiques au milieu d'une civilisation industrielle et scientifique , ne permit à l'art une véritable originalité que dans la représentation de la vie privée.
Les encouragements systématiques alors donnés, indépendamment des sympathies personnelles des chefs, à la science et à l'art, furent surtout inspirés aux dictateurs aristocratiques ou monarchiques par le désir d'illustrer leur gouvernement. Mais la protection accordée à l'industrie fut, au contraire, essentiellement due aux nouveaux moyens qu'elle fournissait pour augmenter la puissance politique en procurant des richesses devenues indispensables à l'ascendant militaire. D'abord les déplorables guerres relatives à la posses- .sion de l'Italie, ensuite les luttes plus honorables suscitées par l'ébranlement religieux, poussèrent, pendant toute la seconde phase du mouvement moderne, à développer les armées au delà de ce que comportaient les ressources antérieures des gouvernements. Forcés de recourir au public pour subvenir à des dépenses qu'ils ne pouvaient plus supporter, comme au moyen âge, avec leurs propres domaines, les chefs occidentaux tant monarchiques qu'aristocratiques devinrent nécessairement les directeui-s responsables de la fortune nationale. La propriété privée, que les légistes représentaient comme absolue, tendit elle-même vers sa constitution sociale, non-seulement en reconnaissant Tautorité du trésor public sur les richesses particulières, mais en subissant aussi le contre-coup de la responsabilité morale unanimement appliquée à l'État D'autre part, les efforts même des chefs modernes pour développer de plus en plus l'industrie ayant manifesté leur inaptitude à cet égard, inhérente à la nature
440 troisiIhi partie.
profomlémeat ressortir ion caractère chevaleresque. Le Tasse fit alors conduit à entreprendre lldéalisation des croisades, qui n*est, d'allleora, complètement possible qu'en appréciant à la fols éqnltablement le catholicisme et rislamisme.
Cervantes rattacha ensuite, dans une merveilleuse composition , toutes les affections de famille à rindividualité la plus excentrique et ébaucha la vraie théorie de la folie. Ainsi préparés, les meilleurs tableaux de Calderon idéalisèrent l'ensemble des liens domestiques et firent sentir leur aptitude à constituer la principale base du bonheur humain. En Angleterre le génie original de Shakespeare s'efforça de combiner la vie privée et la vie publique en attribuant à celle-ci sa juste prépondérance. Mais son milieu protestant le détournant du moyen âge , et môme Fempôchant d'apprécier assez rantiqulté, ce libre penseur se trouva forcé de réduire ses^ principaux tableaux à des temps trop rapprochés pour comporter une suffisante Idéalisation. L'essor décisif de la poésie historique fut ainsi réservé au grand Corneille, qui retraça dans une admirable série de drames toutes les phases essentielles de la civilisation romaine, mieux idéalisable alors qu'aucune autre. Après une telle représentation du passé , la vie privée pouvait seule permettre au mouvement moderne une suffisante manifestation de son caractère critique et de sa tendance organique. Sentant la vraie nature, plus intellectuelle que sociale, delà révolution occidentale, Molière s'efforça, sous l'Impulsion cartésienne, de discréditer les métaphysiciens et de coffiger les médecin& Enfin Mllton, complètement rendu à la vie domestique après l'avortement d'une crise prématurée, et ne pouvant trouver autour de lui de dignes types de la vie privée, fut forcé de placer une idéalisation indéterminée sous le dernier patronage de la foi théologique.
Belativement aux arts spéciaux, cette deuxième phase n'olfre un easor vraiment émînent que dans le triple art de la
forme. Sous l'impulsion de l'Italie, la Hollande, l'Espagne et la France produisirent une longue suite de compositions vraiment durables quoique l'exécution en constitue le principal mérite. Une tendance rétrograde à retracer sans enthousiasme ni conviction des types militaires ou théologiques ai milieu d'une civilisation industrielle et scientifique , ne permit à l'art une véritable originalité que dans la représentation de la vie privée.
Les encouragements systématiques alors donnés, indépendamment des sympathies personnelles des chefs, à la science et à l'art, furent surtout inspirés aux dictateurs aristocratiques ou monarchiques par le désir d'illustrer leur gouvernement. Mais la protection accordée à l'industrie fut, au contraire, essentiellement due aux nouveaux moyens qu'elle fournissait pour augmenter la puissance politique en procurant des richesses devenues indispensables à l'ascendant militaire. D'abord les déplorables guerres relatives à la possession de l'Italie, ensuite les luttes plus honorables suscitées par l'ébranlement religieux, poussèrent, pendant toute la seconde phase du mouvement moderne, à développer les armées au delà de ce que comportaient les ressources antérieures des gouvernements. Forcés de recourir au public pour subvenir à des dépenses qu'ils ne pouvaient plus supporter, comme au moyen âge, avec leurs propres domaines, les chefs occidentaux tant monarchiques qu'aristocratiques devinrent nécessairement les directeurs responsables de la fortune nationale. La propriété privée , que les légistes représentaient comme absolue, tendit elle-même vers sa constitution sociale, non-seulement en reconnaissant l'autorité du trésor public sur les richesses particulières, mais en subissant aussi le contre-coup de la responsabilité morale unanimement appliquée à l'État D'autre part, les efforts même des chefs modernes pour développer de plus en plus l'industrie ayant manifesté leur inaptitude à cet égard, inhérente à la nature
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militaire de leur aitorité , on sentit dès lors que la constitution temporelle subissait, depuis FaèoMtion du servage, une transformation qui substituait la richesse à la violence comme tMae de la discipline active, et subordonnait toute coopération au libre consentement : les luttes Industrielles devant se réduire toujours àFantagonlsme normal entre la richesse et le nombre. Mais, pendant cette phase, les chefs industriels, s'efforçantde s'Incorporer, comme leslégistes, à l'aristocratie dégénérée à l'aide des mariages et môme des anoblissements, dédaignèrent de plus en plus la classe d'où Ils étaient sortis. Quant auï travailleurs, leur antipathie pour Texistence militaire devînt telle que, pendant les guerres qui terminèrent cette seconde période du mouvement moderne, l'accroissement des armées Introduisit partout le recrutement forcé.
Les résultats spéciaux de Fessor industriel, qui avaient été auparavant relatifs surtout à la fabrication, concernèrent alors principalement le commerce. Cette direction prépondérante de l'actiflté pacifique résulta naturellement du développement nnîf ersel du système colonial dont la fondation avait terminé la phase initiale. La marche de la colonisation dut être, chez les différentes nations européennes, plus systématique ou plus spontanée, suivant qu'elle se trouva dirigée parla monarchie ou Farlstocratie. On retrouve les suites de ce contraste dans llnstltutlon aussi funeste que précaire de l'esclavage colonial, qui, soumettant le travailleur à l'entrepreneur, dégrade également l'un et l'autre. Mais le vice radical s'en manifesta surtout dans la colonisation aristocratique et protestante, qui échappa davantage au contrôle spontané de la morale moderne, mieux exercée sous la centralisation monarchique et catholique. Toutefois cette tache compléta dans les deux cas la dégradation sociale du clergé occidental , devenu Incapable d'appliquer sa propre doctrine, et disposé même à seconder l'oppression par d'absurdes sophismes. Enfin qiioi(|»ie rexpansîon coloniale parût d'abord rajeunir
le théologisme et la guerre en leur offrant un nouveau champ, elle ne tarda pas à discréditer Fun et à dénaturer l'autre, en représentant l'état positif comme seul convenable 4 Fensemble de notre espèce.
§3. -Troisième phase du mouYement moderne; sa concentraiion en France. — Réf olulioi fraoçaise. — Avônemenl de la philosopbie posiliv».
La troisième et dernière phase du mouvement moderne commence à la fin du xvii* siècle. Les dictatures monarchiques ou aristocratiques, qui avaient successivement concentré les pouvoirs répartis dans les différents éléments du régime détruit, devinrent alors généralement rétrogrades. Mais ce fut surtout la demi-satisfaction procurée par le protestantisme au besoin d'affranchissement qnî détermina un point d'arrêt dans le mouvement négatif que chacun prétendait réduire à ce qu'il lui avait convenu de rejeter. L'éloignement général des entrepreneurs pour les travailleurs se développa alors spécialement en Angleterre, où les craintes amenées par Fapparitlon des niveleurs déterminèrent l'union de la bourgeoisie et de la noblesse. Toutefois la politique rétrograde y fut surtout consolidée par un système complet d'égoisme national, que l'aristocratie vénitienne avait pu seulement ébaucher en un temps où Findustrie demeurait trop restreinte. Il corrompit jusqu'à l'instinct populaire en remplaçant dans ses aspirations la rénovation sociale parla conquête industrielle.
La continuation du mouvement moderne ne pouvait consister que dans un égal rejet du protestantisme et du catholicisme. Elle se concentra alors nécessairement dans la France, recouvrant l'initiative que la seconde phase du mouvement avait semblé lui enlever. D'éminents penseurs, surtout Hobbes, avaient systématisé la combinaison entre la liberté spirituelle et la dictature temporelle qui caractérise le vrai régime convenant à la transition moderne. L'ef-
HHa TEOISlèm MITIB.
fort qiil restait à filre se trou? ait donc réduit à développer et * surtout à filgariaer cette coordination négative ; ce qui transféra la présideoce révolutionaalre à la classe des littérateurs. Mais, soii d'après leur propre état, soit afin de ménager la faiblesse qu'ils supposaient aux peuples, ces écrivains se bornèrent à prolonger Fémancipation incomplète, en ne dépassant le protestantisme que par le rejet de la révélation. Surtout préoccupés de la démolition du christianisme, afin d'éviter Fanaroliie complète qui serait résultée d'une simultanéité d'ébranlement religieux et politique, ils conservéreni le système de dictature temporelle alors existant , malgré le caractère rétrograde qnll avait acqnis principalement en France. Il était cependant Impoesible que le déisme, aspirant à la domination universelle, éludât les applications temporelles d'où le protestantisme avait tiré sa principale force. Mais cette extension finale exigea de nouveaux organes. A leur tour, ceux-ci, par le même motif inversement appliqué, respectèrent la constitution spirituelle , en développant un déisme plus rapproclié du christianisme , tandis que celui de leurs prédécesseurs, tendait davantage vers le positivisme. Telles furent les deux écoles de Voltaire et de Rousseau : l'une plus rationnelle, fantre plus passionnée, et toutes deux contradictoires, croyantprotéger lesystèmeqn'ellesdémolis&ient Mais, dansuoedemière écoledoot Diderot fut le chef, Témancipation oomplète poussait nécessairement à la réorganisation. Celleci domioe tellement la troisième phase du mouvement moderne que la coordination décisive de la doctrine critique émana d'nn de ses membres secondaires. Le principe du libre examen individuel , l'égalité sociale, et la souveraineté populaire, consacrant la brutale domination du nombre, exigent logiquement que les Intelligences soient regardées comme intérieurement égales, en attribuant aux Influences extérieures toute la diversité des résultats, et que la morale repose exclusivement sur la personnalité. L'éloquent sopliiste
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qui popularisa la politique négative se borna donc à développer ringénieuse élaboration d'Helvétius, résumé naturel de la métaphysique moderne , dont Diderot seul sentit alors le vice radical.
C'est aussi à Técole organique du xviii* siècle que doivent être rattachées les deux branches spéciales de la doctrine critique qui, offrant partiellement un caractère organique , conservent encore quelque crédit. La principale consiste dans la tentative des économistes pour découvrir les lois de Texistence matérielle des sociétés, en l'étudiant Isolément de l'ordre intellectuel et moral. Malgré son avortement nécessaire une tentative aussi vicieuse concourut à l'ébranlement décisif, en discréditant justement le système adopté par les gouvernements occidentaux pour encourager Tactivité productive. En second lieu, les études relatives à la législation et surtout à la législation pénale, contribuèrent à manifester l'urgence d'une complète réorganisation.
Le désordre intellectuel se manifesta principalement alors par le peu d'attention accordé systématiquement au point de vue historique. Les deux écoles Incomplètes l'écartèrent : celle de Voltaire, en systématisant la réprobation du moyen âge; celle de Rousseau, en faisant ouvertement abstraction de tout passé, ou du moins en n'y prenant que ce qui lui paraissait pi'opre, d'après une vicieuse appréciation de l'antiquité, à accréditer ses utopies subversives. Le déisme, après avoir développé les atteintes du protestantisme au régime domestique jusqu'à méconnaître tout mariage, altéra directement la morale personnelle en autorisant le suicide, et en préconisant Forgueil et la vanité. Politiquement, Il acheva de discréditer la division des deux puissances, temporelle et spirituelle, de manière à ne laisser d'autres garanties d'ordre matériel que la violence et la corruption.
Malgré tous ses vices, et en vertu de sa seule opportunité, la métapljysîq: 0 négative obtint alors sur la dictature rétro-
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flOlSllME PARTIE.
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p-ade, trois triomplia ciracléristlques, anDonçanl et prépa-
raiîtla grande crise. Le premier et te plus décisif consista dans fabolîtioE olïlcfellc du jésnitisme, qui, quoique directement émané des rivalités catholiques, ne put réellement profiter qu'à Fébranlement pliilosopliiquc, ainsi secondé par ses propres idfersalres. On vit ensuite l'école encyclopédique directement appelée à gouverner, son principal praticien arrivant au pouvoir : mais le court ministère de Turgot fit profondément sentir le besoin d'une commotion sociale, seule capable de dissoudre la coalition qui s'opposait à tout progrès. Enfin la métapbyslque négative acquit une consécration populaire en présidant à la crise américaine, dont la principale prtée dit consister à consommer l'irrévocable dissolution du régime colonial lié alors à la rétrogradation.
Pendant cette phase, la protection sociale de l'évolution théorique, esthétique et Industrielle, cesse d'offrir seulement aux gouvernements un moyen facultatif d'augmenter leur gloire et leur puissance, et elle leur est, par l'opinion, Imposée comme un devoir.
Le progrès de la philosophie deviot Indépendant des acquisitions de la science, et s'accomplit directement. Le concours spontané de deux dissertations capitales : d*abord celle de Itume swt la causalité; puis celle de Diderot sur les deui cas principaux des intelligences privées d'un sens, fit faire à la substitution du relatif à l'absolu un pas décisif. La part diKintàcette conception se borna réellement à résumer tardivement le résultat de cette double élaboration en Instituaot les formules les plus propres à caractériser le dualisme fondamental, entrevu par Hume et saisi par Diderot, entre le spectateur et le spectacle, le subjectif et l'objectif.
Le concours des exigences sociales, avec les besoins intellectuels, amena alors un ensemble d'efforts tendant à constituer l'étude générale de l'Humanité. Sous l'aspect statique, les aperrus dp VIco et Îp trnvall «lo Montesquieu manifestèrent
déjà le sentiment profond des lois sociologiques. Mais cette double élaboration méconnaissait la nature et l'importance prépondérante de l'étude du mouvement humain. Cependant la conception du progrès continu avait déjà été préparée par la grande controverse sur le mérite comparé des anciens et des modernes. Elle résulta essentiellement de l'impulsion scientifique représentée alors par Fontenelle , qui sentait déjà l'enchaînement des découvertes et la possibilité de vraies prévisions concernant le mouvement théorique. Cette préparation de la notion du progrès, d'abord purement intellectuelle, fut ensuite complétée, au point de vue social , par la comparaison générale établie par Hume entre la civilisation industrielle des modernes et la sociabilité militaire de Fantiquité. D'un autre côté, le môme philosophe ébaucha la réfutation, rendue décisive par Georges Leroy, de la métaphysique égoïste : en sorte que la raison théorique reconnut enfin, d'accord avec le bon sens pratique, l'existence naturelle des penchants altruistes. Ainsi furent consolidés les efforts de Vauvenargues tendant à établir la prépondérance normale du cœur sur l'esprit.
Le mouvement scientifique présente alors trois aspects principaux : la systématisation complète de la science céleste, l'avènement décisif de la chimie, et la préparation directe de la biologie.
Au premier point de vue , se rattachent le développement de la mécanique rationnelle et l'extension du calcul : la théorie générale de la gravitation, dont Newton avait découvert le principe à la fin de la phase précédente, fut alors établie. L'extension de la loi de Newton à Taction mutuelle des diverses planètes ne pouvait devenir légitime et décisive qu'à la condition d'expliquer par ces influences secondaires, les perturbations du mouvement elliptique et la la vraie figure des astres. Mais l'influence encyclopédique de la troisième phase, consista surtout d«ins Tavénement de la
M8 TROISIÈME PARTIB*
dilmie, qui compléta la constitution de la cosmologie et la préparation de la biologie. D'une part, la relativité s'introduisit ainsi dans l'étude Intime de la constitution matérielle , même à l'égard des éléments qui devinrent des substances indécomposées, mais non plus indécomposables. En second lieu, l'analyse générale du milieu terrestre, tant solide que fluide, laissa surgir les conceptions foidainentales de la biologie, Afint cette dernière préparation, la comparaison à la fois statique et dynamique des corps vivants s© trouvait déjà instituée, et Unuée, préparé par Bernard de Jussieu, avait fondé la théorie général© des classifications . à laquelle Buffon , malgré son opposition empirique, concourut indirectement, en y rappelant fesprit synthétique et la destination subjective dissimulée sous l'analyse objective. En même temps, Mal- 1er et Vicq-d'Azyr douèrent une meilleure direction aux études anatomlques et physiologiques de la phase précédente, de manière à seconder d'avance l'impulsion régénératrice de
BichaL
Le progrès esthétique pendant cette phase se borna au développement des compositions précédemment introduites sous l'Impulsion indirecte du moyen Ige, et destinées à Tidéalisatlon de l'existence privée, tant personnelle que domestique. Dans les arts spéciaux la musique dramatique prit alors un essor décisif; et, se dégageant des liens théologiques, elle se consacra sous llmpulsion de la poésie à l'expression de tous les sentiments humains. Le développement universel que reçut rinstltution des théâtres indique l'irrésistible tendance qui poussait l'Occident à une nouvelle existence.
Les deux phases précédentes avaient successivement développé la fabrication et le commerce : celle-ci fit surgir la banque qui, malgré les germes introduits au moyen âge, était restée jusqu'alors trop peu distincte par suite d'un champ in- SttfiBant Cette suprême industrie obtint, dès lors, un caractère politique en se rattachant à l'essor du crédit public. En
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même temps, l'institution des machines acquit, par suite des connaissances théoriques et pratiques, une extension supérieure au développement qu'elle avait reçu depuis que l'abolition de l'esclavage l'incorporait à l'existence occidentale ; et les guerres, toujours déterminées par les intérêts commerciaux que suscitèrent les expansions coloniales, manifestèrent à la fois le rôle subalterne de l'activité militaire et l'ascension industrielle.
A la fin de la phase déiste, le monde révolutionnaire se partageait en trois écoles. Organique, quoique nécessairement vague, l'école encyclopédique de Diderot avait fourni plus d'hommes éminents qu'aucune autre; elle conserva ce privilège en produisant alors Danton et Condorcet. Mais cette suprême école, toujours invoquée dans les principales dilTicultés, était trop incomplète et trop méconnue pour prévaloir habituellement. La présidence révolutionnaire devait donc flotter entre l'école philosQphique de Voltaire et l'école politique de Bousssau : Tune plus sceptique, proclamant la liberté î l'autre, plus anarchique, l'égalité : toutes deux incapables de rien construire. Néanmoins celle de Rousseau dut bientôt dominer comme possédant seule une doctrine apparente, et pendant quelques années le Contrat social inspira plus de confiance et de vénération que n'en obtinrent jamais la Bible et le Koran.
A l'origine de la crise, la première théorie appliquée fut celle du gouvernement parlementaire. Les abus et le caractère rétrograde delà dictature monarchique avaient fait assez généralement admettre depuis Montesquieu, comme type de gouvernement, une imitation plus ou moins parfaite de celui de l'Angleterre, mal compris et mal analysé. La décomposition du régime du moyen âge avait amené dans ce pays la concentration de tous les pouvoirs sociaux dans les mains d'une aristocratie fortement constituée, très-influente sur l'opinion, soutenue par elle et cumulant, avec le pouvoir temporel, les
TMISltMl FAITIE.
attributs normaux du pouvoir spirituel. Le roi, n'ayant pas,
sur la direction des affaires, une influence bien sensibliBiiit supérieure à celle de Fun quelconqne des membres de cette aristocratie, n'en fut que le cbef nominal ; et les circonstancet donnèrent à ce gouferaement, en réalité dicUture oligarchique, la forme parlementaire. Méconnaissant son caractère essentiel, et les conditions spéciales qui le rendait propre à FAngleterre, on conçut son principe comme consistant dans la pondération (mais chimérique et impossible) des diverses frictions du pouvoir temporel. Pour Timporter en France, on s^fflbrça alors dlnstituer une sorte d'aristocratie, tentative que repoussaient les mœurs et les idées développées par tout le passé français ainsi que les instincts les plus profondément enracinés dans la nation. Cet empirisme lit d'abord méconnaître le caractère républicain de fébranlement, et, seule ensuite, fécole Dantonienne de Diderot développa les traditions françaises en concevant la situation républicaine comme destinée à ranimer l'ascendant du pouvoir central, an lieu de faire triompher un pouvoir représentant des Inlluences dispersives et locales. Cette école domina pendant les dix mois compris entre l'expulsion nécessaire des discoureurs, et le^ sanguinaire triomphe des déistes.
Ceux-ci manifestèrent alors, par rapplication la plus décisive, le caractère subversif d'une théorie exigeant autant roppression des éléments du nouveau système que celle des débris de rancien. Suivant le système du déiste Robespierre, et pendant sa dictature, l'athéisme et la noblesse conduisaient également à l'échafaud, et la notion du progrès, naturellement incompatible avec rimmobilité nécessaire des droits de Fhornme, fut alors rejetée ou méconnue. En réalité, ce qu'il fallait alors c'était fonder la vraie religion en ralliant autour d'un centre unique nos sentiments, nos pensées, nos actions. La tentative des Dantoniens essayant, pour répondre à ce besoin, tf instituer le culte de la Raison, montra une profonde
SCIENCE SOCIALE OU SOCIOLOGIE. ftSi
Intelligence de la situation, et elle offt^ un progrès notable sur tout ce qui avait été fait antérieurement, car on y cesse d'adorer le monde extérieur pour faire prévaloir le type humain. Mais cette substitution du subjectif à l'objectif ne pouvait suffire, parce qu'elle inaugurait l'attribut le plus individuel, incapable par lui-même de produire un véritable lien
Après la chute du régime conventionnel, Tanarchie croissante, naturellement amenée par un second essai du gouvernement parlementaire, dut nécessairement conduire à rinstallation d'une dictature militaire dont le caractère rétrograde ou progressif devait dépendre de la disposition personnelle de celui qui en serait honoré. Elle échut mal; et la tendance rétrograde de plus en plus maîtresse de la situation,* put sembler aller jusqu'à rétablir tout le système théologique et militaire. Les écarts du pouvoir fuçent alors secondés par une funeste et coupable aberration de l'opinion française, accueillant longtemps avec enthousiasme des guerres sanglantes et prolongées , sans but, sans résultat possible. Puis lorsque de douloureux revers, conséquence naturelle et châtiment mérité de l'inique oppression de l'Europe, eurent amené la chute de la dictature militaire, la vicieuse intervention des gouvernements occidentaux dans les affaires intérieures de la France lia provisoirement la nationalité française au souvenir de la tyrannie rétrograde. Telle fut la première cause et le point de départ de la funeste méprise qui transforma le despote militaire en représentant général des tendances révolutionnaires.
A la chute de l'empire, on revint encore, pour la troisième fois, à une tentative d'imitation du régime parlementaire propre à l'Angleterre, auquel les débris mélangés de l'ancienne noblesse et du système Impérial semblaient pouvoir fournir une sorte d'élément aristocratique susceptible de consistance. Mais cette troisième épreuve, plus paisible, plus
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prolongée et, par suite, plus décisif e qu'aucune des précédentes, fit mieux ressortir le caractère irrationnel et antinatîonil d'une telle utopie politique. En France, où Fensemble dtt passé âf ait toujours développé depuis le moyen âge la décadence de l'aristocratie en concentrant tous les pouvoirs dans la rojauté, Fannulation réelle de celle-ci par le contrôle continu d'une assemblée régulièrement toute puissante sur le choix des ministres, était en profond désaccord avec les traditions et les instincts de la masse de la nation. Daos la pratique effective du gouveroement, l'unité de direction disparut nécessairement sous le tiraillement des forces opposées qu'introduisait cette organisation , et la corruption systématique devint le seul moyen de prévenir une complète .anarchie et de faire vivre au jour le jour ce système pré-
eaire.
Cependant l'extension complète du désordre intellectuel et moral faisait de pîus en plus ressortir l'urgence d'une reconstruction spirituelle et le besoin d'une dictature temporelle. Résolvant toujours chaque difficulté nouvelle, d'après une nouYelledissolution, la métaphysique négative, s'étant étendue de l'examen des pouvoirs politiques à l'étude des liens sociaux, avait produit les utopies subversives concernant la fa^ mille et la propriété. Mais les inconséquences et les contradictions se développaient aussi bien dans le camp rétrograde qie parmi les révolutionnaires. Dieu se trouvait également Invoqué des deux côtés : les catholiques acceptaient la souferaineté du peuple et les déistes reniaient le programme du xviii* siècle: Incorporer le prolétariat à la société moderne et substituer une foi démontrable aux croyances surnaturelles. Scindant la question occidentale, les révolutionnaires firent alors consister la systématisation industrielle dans le renferaernent de.la seule base possible de l'organisation du travail î la division générale entre les entrepreneurs et les travailleurs qu'avait spontanément amenée l'ensemble du
passé. Et la fraternité chrétienne étant incapable de sanctionner les vœux légitimes des travailleurs, ils furent forcés de rocourir à l'absurde et anarchique égalité de Rousseau qui dégrade leurs sentiments en développant l'envie contre toute élévation et la défiance envers toute autorité.
Mais en même temps que se poursuivait si tristement le mouvement de décomposition, celui de recomposition se continuait également et aboutissait à son terme. Au milieu de la tempête, le dernier représentant de l'école encyclopédique entreprit avec un admirable dévouement de fonder la politique* sur l'histoire. Mais, la biologie n'ayant point surgi , le génie de Condorcet ne put compenser une telle lacune ; et ses tendances révolutionnaires contribuèrent à le faire échouer en l'animant d'une haine aveugle contre le passé qu'il voulait expliquer. L'ensemble de son essai devint ainsi contradictoire, en représentant le progrès final comme précédé d'une suite de rétrogradations. Cette incohérence motiva, au début du xir siècle, l'avènement d'une nouvelle école philosophique, inaugurée par de Maistre. Elle apprécia dignement le moyen âge, au moins pour le spirituel, et elle discrédita systématiquement la doctrine négative, en prouvant que ses vices politiques, empiriquement sentis, loin d'offrir aucun caractère fortuit , en étaient les conséquences nécessaires et se reproduiraient chaque fois qu'elle prévaudrait De là résulta, chez les âmes honnêtes, une hypocrisie analogue à celle de Kant, qui , malgré ses démontrations décisives contre la réalité des croyances surnaturelles, s'efforça sincèrement de les rétablir au nom de leur nécessité. La difficulté consistait alors, pour construire la doctrine sociale, à concilier les deux impulsions opposées de Condorcet et de de Maistre, l'une fournissant la pensée principale : la notion du progrès continu; l'autre son complément essentiel : la division du pouvoir en temporel et en spirituel qui est la condition fondamentale du progrès.
Â&A fioisiàm FAftîii.
PiDdint quo se .pipipiiit celle eombinaison, Bichal, ciui put eiiin Q^appuyer sur let bases que lui fournisiail la oblnie, fondait la biologie; Cabanis, Gall elBroussais le eomplélèrani Ijuiwfc avait condensé' les tiHYtui prélimi* naires sur la comparaison générale des corps^ vivants, en «'efforçant de concilier la spontanéité vitale avec Finfluencc du milieu juscpalore méconnue, mais qu'il exagéra. D'ai)i*ès une telle préparation, Bicliat institua directement la coneeptioa fondamentale de la vie , en en combinant les deui MpMtS' statique et dynamique. Ayant d'abord séparé les viei' végétative et animale, son génie compléta cette base pbysloligique en créant ranatoraie rationnelle par Tadnilrable t|iéorie des tissus. On put dès lors concevoir Fensemble dei étndei vitales, Mmistint toujo^urs à développer l'barmonie nécessaire entre Im actes et les agents. 'Mali, dans Finslltution d'une telle syathiit, Bicbat ne fut pas suivi ; 9ê elle émua seulement de la philosophie positive ré* généraot la wienee. L'appréciation générale de Texistenee nO'rmale se trouva bientôt complétée par Broussais, établissant que toute la différence de fétat pathologique à Fétit physiologique devait m^ bûrner à llntensllé de phénomènes dont la nature reste Invariable. Surmontant les Inspirations méiaiihpslques, Cabanis it sentir llnanité des éludes où 1« fonctions intellectuelles et morales pont Isolées des autres attritots de Torganlsme ;. sa. scrapuleose élaboration établit même la conneiité eomplèle en Indiquant les liens Inverses. Ainsi préparée, la ooiMption de Gall permit enfin d'instituer la théorie positive de la nature humaine, en eombinant la pluralité nécessaire des facultés supérieures , tant affectives que mentales, avec leur commune résidence dans Fappareîl cérébral De la sorte f ut constcrée seientiiquement la rectiication êm aberrations théologiques et métaphysiques, reetlicatlon empiriquement émanée de Georges Leroy; et reilstonce naturelle des instincts sympathiques, désormais
SCIENCE SOCULE 00 SOCIOLOGIE. iôô
rattachée à la constitution du cerveau, se trouva irrévocablement démontrée.
Telle fut donc la préparation scientifique qui, sous la double impulsion de Condorcet et de de Maistre, conduisit M. Comte i la fondation de la science sociale, dont toute cette troisième partie a eu pour but d'exposer les points principaux. Dans son résultat le plus général et le plus important, elle montre le progrès accompli par chaque génération, préparé par celui de la précédente et le continuant, devenant à son tour la base et le point de départ du progrès que réalise la suivante. Destinée à être le guide infaillible de la politique en découvrant l'avenir, elle commence d'abord par expliquer le passé*
Ainsi, nous ayant montré la vie spéculative chez les Grecs, active chez les Romains, affective au moyen âge, elle nous montre aussi comment la vie peut et doit maintenant devenir, à la fois, mieux spéculative , tout autant quoiqu'autrement active, et surtout enfin bien plus affective qu'elle n'a pu jamais l'être. Tel est le résultat général du labeur accumulé des générations qui nous ont précédés, la conséquence des richesses de toute nature, scientifiques, esthétiques, industrielles actuellement existantes. Sans doute, jusqu'à ce jour, les divers coopérateurs qui par tant de travaux de genres si différents ont concouru à le produire n'avaient pu que vaguement et confusément entrevoir cet admirable résultat de leurs efforts. Mais maintenant la philosophie positive Ta mis en évidence, à l'inexprimable satisfaction de resprit et du cœur, avec toute la clarté, la certitude, la précision possibles. Est-il trop de dire qu'elle convie par cela même irrésistiblement à poursuivre l'œuvre commencée , à se dévouer aux autres comme les autres se sont dévoués à nous, à faire sciemment ce que nos prédécesseurs ont dû faire sans avoir au juste conscience de ce qu'ils faisaient? Et combien n'est-elle pas propre à stimuler, à encourager nos efforts, cette claire