‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 35 sur 59 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

prit nâturellemeiit k discipline catholique vers les classes

sopérioifii, jiwqtt'alon sousti'aites & toute obligation involontaire, forent très-propres à développer Pamour universel. Enin la transformatioa de la conquête en défense, rendant Intermittente Factivlté militaire, le commandement, par suite discontinu, devint plus discutable et put se concilier avec la culture affective , assurant une obéissance plus volontaire. Ainsi, par suite des circonstances dans lesquelles die surgit et prévalut, une doctrine, qui par sa nature détourne rhQiiiBie d'eiaminer et le dispose à sisoler, a pu cepeadtttt diriger et répandre pendant plusieurs siècles l'exercice Intellectuel et l'essor de la syropatbie. Tels furent le caractère général et en aperçu la destination du système social propre au moyen âge, dont nous devons actuellement eiaminer rapidement les principales propriétés et les plus Importants résultats en commençant par les propriétés intellectuelles.

Quoique Aristote ait été justement préoccupé surtout de ses constructions positives, la nécessité morale et mentale de la Irtoiitlon monothéique n'avait pu échapper à son génie pénétrant L'adapter le mieux possible aux besoins intellectuels, tel fut l'ébjet de la conception accessoire par laquelle il s'efforça de réduire autant que possible le théologisme en y combinant une volonté suprême avec des lois Immuables. Il érlgeienordonnatenrgénéral des lois réelles le dieu conservé, en fassistant toujours de deux ministres seuls responsables, la Nature et la Fortune : entités destinées à représenter respectivement l'ensemble des lois connues et celui des lois inconnues. Une telle conception restait d'ailleurs compatible avec la croyance aux êtres intermédiaires propres à seconder le goivemenent général du monde et de l'homme. Elle pouvait aussi comporter toutes les révélations qui deviendraient nécessaires ; mais une telle doctrine était trop abstraite pour le pas rester toujours bornée aux esprits cultivés.

Elle fut essentiellement adoptée par le vrai fondateur du catholicisme, saint Paul, à qui étaient profondément familiers les véritables penseurs delà Grèce, et qui rattacha leurs vues philosophiques à sa mission sociale. La théorie de lantagonisme entre la nature et la grâce, est en évidente relation avec la conception d'Aristote. Mais l'apôtre dut compléter le philosophe en spécifiant une réserve indispensable à l'efficacité morale de la doctrine monothéique. Elle consistait à conférer exclusivement à l'Être suprême le gouvernement direct des affections humaines, en laissant à ses ministres métaphysiques toute l'administration de l'ordre extérieur. Quant à Tordre social proprement dit, il ne peut dogmatiquement exister pour le théologisme, toujours incapable de s'élever des considérations individuelles au point de vue collectif. Relativement à l'intelligence, qui lie nécessairement le dedans au dehors, l'attribution dut rester indécise pendant toute la durée de la transition monothéique, mais avec une tendance croissante à faire prévaloir la nature sur Dieu , comme le prouve l'extension continue de l'astrologie.

Tel fut donc le monothéisme le plus rationnel. D'après la pluralité des anciens dieux, aucun d'eux ne comportait la toutepuissance et chacun pouvait offrir dès lors des imperfections compatibles avec sa supériorité , caractérisée surtout par l'immortalité. Mais l'unité divine forçant d'instituer un type de perfection absolue, qui embrassait à la fois les trois attributs de l'Humanité , l'affection , la spéculation et l'action , cette conception devint nécessairement contradictoire, vul'impos- Blbllité de concilier l'omnipotence avec l'intelligence et la bonté pareillement infinies. Le monde ne devrait alors offrir aucune de ces imperfections dont les sophismes monothéiques ne purent jamais donner une explication quelque peu satisfaisante. Et à vrai dire, nos facultés intellectuelles et morales ne pouvant avoir d'autre but que de satisfaire nos besoins, romnipotence exclut nécessairement toute sagesse et toute

^i TlOISIÈHl MMTIE.

bonté. Par iiite de ces difficultés, le manîchéiime tenta d'irriter Il iODceoiratiOD du polythéisme au simple dualisme fit» le dieu du bien et celui du mal* liafl, sans pouvoir bailleurs conteoter resprit, il était, en ne permettant plus la coordination proTlsoIre de la morale , directement contraire tui nécessités sociales de la situation. Aussi llnstinct occliental repou8sa-t.il cette dangereuse hérésie.

L'Irratlonnalité de la doctrine monothéîque et son infériorité môme, à certains égards, vls4-?isdes doctrines antérieures n'empêchent pas cependant qu'elle ne constituât un important progrès. Pour le prouver, il suffirait de la seule notion de miraelc qui. alors introduite, devait être nécessairement étrangère au polytliéisme. La sagesse du sacerdoce catholique se manifesta d'abord en restreignant les miracles, mais sans pouvoir liiÉupprimer entièrement, parce qu'ils sont inséparables* du dogme monothéique, où Tordre naturel n'est jamais consacré que par la folonté surnaturelle. En second lieu, le catholicisme fésenra tous les oracles au chef visible de FÉglise, ainsi devenu rinterprète permanent des préceptes divins, et le Juge iiiiiral de tous les occidentaux. Les révélations furent aisé- Blent coûtenues par un sacerdoce dont elles auraient comffiiils Fascendant, et qui, n'étant jamais à court d'explications régulières, put, an nom de la révélation commune, les borner aux cas secondaires. Bnin » en subordonnant ft la fêmatlon du corps la création des âmes, auxquelles le poljrthôisme reconnaissait généralement une existence indéfinie, li catholicisme réduisit la vie théologique & ce qui était strictement nécessaire.

telle fut une triple amélioration philosophique des croyances antéHeures. D'autre part, l'uniformité des explications moiitléîques tendait évidemment à comprimer tout essor •péiilatlf. Mais, la préparation grecque et la civilisation romaine préservant l'occident d'un tel résultat, le régime monothéique put seconder le déreloppement théorique m com-

SCIBNCB SOCIALE OU SOCIOLOGIE. 39i

binant une salutaire discipline avec une grande destination. En effet, son impulsion permanente entraîna les esprits à la recherche d'une synthèse complète fondée sur la révélation conçue comme devant suffire et dispenser de connaissances réelles. Ces eflTorts, tendant toujours à un double but, l'un réel, l'autre chimérique (l'amélioration morale conduisant & l'intelligence de Dieu), aboutirent à une étude approfondie de la nature humaine.

En outre, dès son début, le catholicisme s'incorpora le principal ensemble de l'astronomie grecque en le liant à son culte. L'avènement de Texistence industrielle seconda l'essor décisif de la chimie; et la biologie fut mieux cultivée, quand on eut rétabli l'inhumation des morts, qui, consacrée par la vie pacifique des peuples théocratiques, avait été suspendue chez les nations guerrières , obligées de brûler les corps pour en conserver quelques restes. Sous l'impuision du public et des gouvernements, le catholicisme encouragea, tant que dura son véritable ascendant, les travaux des astrologues et des alchimistes, chez lesquels se concentrait alors la culture de la philosophie naturelle. Enfin il facilita et répandit les progrès des connaissances positives tant qu'elles restèrent compatibles avec la fol, suivant la maxime de l'Imitation : Omnis ratio et naturalis investigaiio fidem sequi débet, non prmcedere née infringere.

Examiné au point de vue esthétique, le système catholicoféodal remplit la condition fondamentale de l'essor de Part en amenant des mœurs idéalisables. Cet essor fut d'ailleurs mal secondé par une doctrine dans laquelle la révélation et le raisonnement s'accordaient à repousser l'imagination. Mais les principales entreprises de l'activité guerrière devenue défensive, furent mieux susceptibles d'idéalisation que les luttes antérieures; et en même temps le développement général de l'existence domestique devint éminemment favorable à Pari yefficieité de ces propriétés esthétiques fut d'ailleurs gnwe»

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ment compromise par l*instabiilté de la situation correspondimte, et la difficile élaboration des langues occidentales dut retarder Fessor poétique, toujours Impossible dans une langue morte. Un nouvel idiome inspirait encore tant de défiance à Fépoque de Daote que se» premières productions furent écrites en latin. Bans la dernière phase du moyen âge, les compositions clievaleresques témoignèrent de la tendance estliétique d'une civilisation mieux disposée que la précédente à s'incorporer l'art, et la constitution plus rationnelle dii nouveau langage suscita un perfectionnement général du stjle poétique par l'introduction de la rime. Les progrès des deux arts spéciaux, iiii, moins précis que l'art général, pouvalent se mieux lier au culte, furent alors très-marqués. Dans la musique tant Instrumentale que vocale, surgirent d'importantes compositions. Quant à l'architecture, les constructions théocratlqies furent seules comparables en puissance esthétique à ces sublimes cathédrales où la concentration monothéîque rendit plus nette^ l'expression religieuse sans en altérer la m,^'esté.

ies progrès pratiques accomplis sous le monothéisme délensif furent à tous égards dus à rinfluence de la situation, sirmoûtant celle d'une doctrine incapable de consacrer auoiiae activité. Le monothéisme, exclusivement occupé de lier chique homme à Dieu, fit complètement abstraction de notre existence matérielle, qui suppose toujours le concours social Mais k situation propre tu moyen âge développa la double activité, défensive et industrieUe, nécessaire alors pour conduire reumanlté à son état normal

la elle-même, la doctrine catholique est encore plus défavorable à la sociabilité qu'à riotelligence. Vouant la vie terrostre à préparer rexistence étemelle, les affections altruistes j produisent tout au moins une daîifereuse diversion, qu'au atnideses meilleurs Intérêts, nécessairement personnels, iftit éviter le vrai dévot Mais ni Fégoisme absolu du type

SCIEIVCE SOCIALE Oïl SOCIOLOGIE. 397

suprême, ni la négation dogmatique des affections désintéressées, ni la consécration directe d'une desséchante personnalité, ne purent cependant empêcher le catholicisme de participer admlral)lement à 1 évolution affective du moyen âge; et la grâce surnaturelle tint lieu, quoique Imparfaitement, des affections naturelles qu'il ne reconnaissait pas. La discipline permanente imposée aux Instincts personnels par suite de la prépondérance des intérêts célestes sur les intérêts terrestres, seconda indirectement l'essor spontané des affections méconnues. L'amour divin, quoiqu'il ne pût jamais derenir vraiment désintéressé, fournit alors une issue à des sentiments qu'un exercice quelconque tend à développer. Mais le principal progrès consista dans la prépondérance normale que la culture des sentiments obtint alors sur l'accomplissement des actes. Tant que le sacerdoce avait pu directement prescrire la conduite, il n'avait point cherché à régler les affections qui l'inspirent. Mais quand les prêtres ne purent plus commander les actes, ils s'efforcèrent d'obtenir les volontés qui les produisent en faisant surgir les sentiments d'où elles-mêmes résultent Et tel fut le résultat de la situation occidentale au moyen âge, où toute la puissance du sacerdoce vint des croyances et des sentiments qu'il détermina.

Spécialement envisagée, la discipline catholique de l'existence individuelle se rapporta surtout au plus perturbateur de tous nos penchants. Dans notre imparfaite nature, où les tendances sont mal proportionnées aux résultats que nous avons à atteindre, l'instinct sexuel est plus susceptible qu'aucun autre d'une vicieuse persistance. Sa répression dut spécialement inspirer la sollicitude d'un sacerdoce que le célibat poussait à régler, surtout chez lui-même, ces puissantes tentations. Après ce pas décisif, la nécessité sociale de «llscipliner les forces humaines poussa le catholicisme à régler les sentiments qui, après avoir amené le développement

lii TROiSllMB FâlTlI.

lit cet forces, m déiermioaient alors les principaux abiii. L*|ii*

■ii&ct catboll(]ii6 osa digneroeot ériger Forgueil et la vmlié m iniriniiés radIcaleS' de la nature iiumaine. Enfin un iroiëônt progrès consista dans l'interdiciioii générale du suicide t une règle aussi contraire aux mœurs antôrieurod ne pt Uf ail résulter que d une doctrine ou chacun , dépendant directement de la suprême domination, devenait coupable m brisant à son gré les liens providentiels.

Bans l'exlslence domestique, les deux éléments spirituel it temporel do la transi lion affective concoururent à amener deux améliorations d'une extrême importance : Témancipatlon des femmes et le rôglement de Fautorité paternelle el conjugale. Quant à la première, le catholicisme nY con- Irlbui qu'en consacrant la pureté. Les mœurs romaines îndiquaieat assez, depuis la transformation de la république en •ropire, que, sans ce progrès, la libération privée du sexe affictir, au lieu de permettre Fessor de la vraie tendresse, aurait suscité des désordres universels. Mais, cette base posée, le sentiment féodal présida seul aux principaux perfection* nemeilts de la monogamie occidentale, à laquelle le cathollclsnie préféra le célibat en traitant le mariago comme une COnces>ion exigée par riotre vicieuse nature Belativement à la âisciplin<-: intérieure de la famille, Finfluence du catlio* lleisme surpana celle ds la féodalité. L'intervention normale da sacerdoce dans les relations domestiques fut d'ailleurs indépendante de la doctrine et due seulement à la séparation des deux pouvoirs temporels et spirituels, liais le régime citliollco-féodal dura asiex pour que Fautorité absolue des chefs de famille, conservéa dans toute la civilisation romaine, fût. eu principe, irrévocablement rejetée et effectl.vempnl restreinie,

lA doctrine catholique est, en elle-même, directement in- Qoœpatible avec l'exlstonoe sociale. Aussi le type de Fexlsteucd chrétienne ne M pleinement réalisé que par les iO-

SCIliACE SOCIALI 00 SOCIOLOGIE. 399

maires de laThébaïde, qui, réduisant autant que possible leurs besoins matériels, y pourvoyaient par leur propre travail, et, sans remords comme sans diversion, se vouaient ensuite librement à leur salut éternel. Mais le sacerdoce sut, au moyen âge, empiriquement consacrer les devoirs pratiques de chaque croyant, et contenir la tendance de la doctrine à susciter un ascétisme où le pieux oisif oubliait le monde par lequel 11 était le plus souvent gratuitement nourri. L'amour divin et le progrès moral secondèrent d'ailleurs Fessor de la sociabilité, qui profite nécessairement, une fois qu'elle est déterminée par une cause ou une autre, de Famélloration aflTective.

Mais.Fadmîrable particularité que pi^sente le catholicisme romain, c'est que tous les dogmes, et ceux mêmes, en apparence les plus arbitraires, qui dans sa doctrine compliquent tant le pur monothéisme, furent toujours déterminés ou par sa mission morale, ou par 1 indépendance spirituelle qu'exigeait son eflîcacité. Nous avons déjà vu comment, dès son origine, le besoin de séparer les deux pouvoirs pour systématiser la morale détermina le caractère qui distingue sa révélation. Or l'incarnation qui fut alors nécessaire, entraîna les dogmes qui devaient la motiver et la compléter : d'une part la chute et la rédemption ; de Fautre la trlnlté et le mystère eucharistique. L'ensemble de ces cinq dogmes constitue une doctrine indivisible dont chaque partie concourut spécialement au but social. En même temps que la trinité perpétuait la conformité, établie, par Fincamatlon divine, entre l'adorateur et les êtres adorés, la consécration eucharistique, résumant à la fois le dogme, le culte et le régime, permettait d'établir une profonde démarcation entre les laïques et le clergé, le moindre prêtre pouvant ainsi accomplir une sublime transformation interdite au plus puissant seigneur.

Ine semblable appréciation historique s'étend également

lit TROlSlim PABTIE.

»Ei îiistitEtioûs secondaiim Ainsi le célibat des prêtres était ilors Eécessilre pour préveElr rhérééité des fonctions sacerdotales éfldemment incompatible avec les conditions du ▼éritaWe pouvoir spirituel, et, par suite, avec la séparation des deux pouvoirs* Sans rinfaillibilité du pape, si amèrement reprocliée an catholicisme, lescontestationsinépuisablesjournellement suscitées par le f ague et la flexibilité des doctriues tiéologîques, eussent Indéfiniment troublé la société. La confession, suite naturelle de Fadmirable système d'éducation générale orginlsé par le catholicisme, et répondant à deux grands besoins morani de la nature humaine, Fépanchement et la directiou, fournissait au sicerdoce ses informations élémentiires et ses premiers moyens répressifs. Dans Tapplicatlon sociale du catholicisme, le purgatoire a été certainement un très- heureux correctif de Féternité des peines futures, qui , autrement, eût déterminé un dangereux relâchement ou un elfrojable désespoir également funestes fun et Fautre à Fiudifidn et à la société. Enfin, si l'obligation de damner Homère, Aristote, etc., défait être bien pénible pour tout catholique Instruit, le culte des saints put maintenir un certain sentiment de la continuité. Et d'après les sages précautions introduites par le catholicisme pour que la béatification, remplaçant Fapothéose, atteignit plus sûrement sa destination sociale, cette noble récompense fut toujours décernée à des hommes plus ou moins éminents, mais constamment dignes et eboisis avec impartialité dans toutes les classes, depuis les plus élevées jusqu'aux plus infédeures.

Cependant, malgré ces diverses influences, les grands résultats moraux du régime catholico-féodal n'auraient pu être obtenus si l'impulsion du milieu, outre sa réaction sur le dogme, n'avait directement contribué à les déterminer. Oeoiqne la règle générale de conduite de la chevalerie n'ait été formulée qu'au xvi* siècle par son dernier représentant, cette sublime devise : fias ce f ne rfmj, admemw que pourra^

SCIEMCe SOCIALB 00 SOCIOLOGIE. ^U

caractérisait toute la civilisation féodale. Elle fut la première manifestation de notre disposition à sacrifier, en systématisant le dévouement et l'abnégation, nos intérêts à nos devoirs. Toutes les tendances de la morale chevaleresque résultèrent surtout de la transformation de l'activité militaire d'offensive en défensive. C'est elle qui fit irrévocablement prévaloir le respect continu de la vérité, le scrupuleux accomplissement des promesses et Fhorreur de toute trahison.

Conciliant le concours et l'indépendance, le régime féodal, qui résulta de la décomposition hiérarchique du commandement, institua la plus juste réciprocité entre l'obéissance et la protection. L'activité militaire étant devenue défensive et, par suite, intermittente, ses meilleurs organes purent, quand ils se trouvèrent disponibles, vouer leurs forces individuelles et collectives à la libre répression ou réparation des Iniquités sociales. Mais si la chevalerie dut surgir sous l'impulsion militaire, elle se conciliera mieux avec l'existence industrielle, qui la reproduira certainement, qu'avec l'activité destructive.

Dans l'ordre purement occidental, le catholicisme concourut, avec la féodalité, à l'établissement et au maintien des relations sociales les plus étendues qui furent la conséquence naturelle d'une foi commune, régie par un même sacerdoce, en même temps qu'une semblable activité défensive et la conformité de mœurs produisaient un régime analogue. Mais, hors de l'Occident, la foi catholique consacra, par son caractère exclusif, la haine et l'oppression des populations qui la rejetaient Quand un autre monothéisme non moins absolu eut partagé l'ancien domaine romain entre deux cultes inconciliables, l'essor simultané de la chevalerie chez ces deux nations, prouva bientôt que la similitude, même imparfaite de leur situation sociale, y secondait mieux que la foi islamique ou catholique, l'universalité vers laquelle tendait le régime humain.

419 TROISIÈME FAITIK.

Mlis furent les principales propriétés des croyances et 4e li situation qui produisirent le régime général du moyen âge. En «iplnant actuellement la marclie des événements ca*

mctériitiiiues qui s'y passèrent, nous reconnaîtrons qu'ils en

rfsultôrent néceMairement

$ s.— Eiiiieii Miloriqiie du rôgime calliolico-réodaL — Sa décoropoiilion

Déceuaire.

L© I?* siècle, qui lie le moyen âge à rantiquité, fut inauguré par un double symptôme de la transformation qui s'accomplissait, Fadoption légal© du monotliéism© et le déplacement iiiclel du centre politique, ie wers de Dante sur Constantin : Per eedef* ai pustor ii fece greco, témoigne combien leur connexité était sentie au moyen âge. Les trois siècles antérieurs ly ant suffisamment élaboré le dogme, le culte et même le régim© du système catholique, ses principales institutions dnrtiit alo» surgir. Mais leur déïeloppement fut toujours arriié tant qu'une sanction légal© manqua à une doctrine lictpable, par elle-même, de surmonter les obstacles que lui suscitait la iiscussion. La centralisation qu'exigeait Forganlsatioiî de la foi nouvelle, dignement présidée par le grand Tliéodose, fit alors ajourner jusqu'à la fin du siècle le partage offlciel de l'empire. Mais il devint ensuite irrévocable, et nonseulement l'Orient se trouva séparé de FOccident, conformément à l'ensemble do leurs différences antérieures, mais, en outre, le monde romalE se décomposa en États de plus en plus indépendants, A cette époque, les invasions nomades qui tfaient pu auparavant aboutir à des transactions volontaires, se convertirent en usurpations violentes du territoire occiieetal. Las deui éléments généraux du monothéisme défensif, 1© catholicisme et la féodalité, qui surgirent pendant ces mouvements, contractèrent, en outre, leur longue alliance. Seule «itiiftté pleiaement reconnue, le sacerdoce occidental ©on* sacra dignement alors toutes les tendances sociales, tant tu

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dehors qu'au dedans; et. meilleur représentant des mœurs romaines que le pouvoir officiel, il sut néanmoins sympathiser avec les Instincts germaniques, qu'il s'efforça de régler d'avance par dtfs missions souvent périlleuses.

A partir du v* siècle, toute la période historique comprenant le moyen âge se divise naturellement en trois phases, chacune d'environ trois siècles et successivement caractérl« 9ées : la première, par Fétablissement de la nouvelle occiden* talité; la seconde, par la consolidation de cette organisation et le développetnent de la guerre défensive contre les populations polythéistes; enfin la troisième qui termine la fondalion de la république occidentale, par son activité collective ayant pour but la répression des invasions de populations monothéistes qui ne pouvaient être, d'ailleurs, ni conquises, ni converties. A cette succession corres^pond naturellement celle des trois dynasties françaises ; chacun de ces grands changements de destination sociale entraînant la chute de l'ancienne et Favénement d'une nouvelle.

Les invasions résultèrent nécessairement de l'extension de la domination romaine, qui, restreignant de plus en plus le territoire des populations nomades, les poussa vers Fexîstence sédentaire avant que leur propre évolution les y conduisît spontanément. Pour devenir agricoles , elles quittèrent les lieux peu favorables où la pression romaine les avait graduellement reléguées, afin d'obtenir en Occident, par des concessions libres ou forcées, un sol plus convenable et mieux préparé. Ces peuplades accomplirent alors avec un succès croissant des invasions auparavant inconnues, ayant cette fois pour but do conquérir pour s'établir. Ce résultat obtenu, elles durent organiser parmi elles la guerre défensive, afin de résister efficacement aux compétiteurs attirés parleur exemple. Ces invasions doivent être finalement regardées comme favorables & l'ensemble do l'évolution affective, qu'elles rendirent plus facile et même plus prompte tant spl-

â04 t lOlSlIlll f âlTIE.

rltiellement que temporellenieiit. reiagération qui attribue tu populatioiis envahissantes la constitution féodale, repose ■iir leur affinité spontanée pour les principales dispositions : la transforiiâtion de Fesclafage en .servage et la décomposition hiérarchique du commandement, plus facilement adoptées quand on n'aspire poiot aux conquêtes que quand on y renonce. Tout 1© régime du moyen âge n'offre de vraiment propre aui origines germaniques que Fusage du duel, qui, provenu d'un insuffisant épuisement de Fessor militaire, fut d'autant plus tenace que l'invasion ait plus tardive, comme le témoigne indirectement la tendance processive de la provlnce française envahie la dernièra

Dès cette première pliase et avant même qu'aient cessé les Invasions, lesmœnrs féodales sont déjà devenues pleinement appréciables. Le siècle qui s'ouvrit par le saccagement de Rome se termine par la noble domination du grand Théodoric. Le caractère social du nouveau i^gime politique surgit tellement, même à l'égard de la propriété, que des chefs puissants acceptent et même sollicitent des domaines purement temporaires. Une prédilection spontanée pour la vie rurale seconde Fémancipation des femmes et des travailleurs en facilitant Fa|ipréciation du sexe affectif et la transformation de Fesclavage en servage , qui constitue la véritable origine de la vie industrielle. En effet, l'esclave, toujours susceptible d'être vendu , dépourvu de toute relation domestique, et même étranger au culte commun, représentait une Institution aussi durable que le système de conquête qui reposait sur elle. Au contraire, la position du serf, Incorporé au sol, admis à !a vie de famille et paiticipant à la foi commune, devait être nécessairement passagère et bientôt conduire à une entière libération secondée par les opinions et les mœurs. La phase initiale suffit pour que cette situation Intermédiaire développât l'apprentissage général de la vie Industrielle en liant le travail à Findépendance comme l'exige

l'antipathie qu'il inspii-e d'abord. Toutefois l'affranchissement des serfs agricoles se trouva retardé par l'essor moins actif et le caractère moins social de leur industrie et surtout par la résidence rurale des chefs temporels, qui le rendait à la fois moins urgent et plus difficile Cet inconvénient secondaire fut d'ailleurs compensé par l'épuration que cette vie seigneuriale détermina dans la masse €les populations urbaines. Tous ces plébéiens oisifs que le patriciat romain devait amuser et nourrir devinrent les hommes d'armes des chefs féodaux, quand ils ne furent point réduits en esclavage ; or les invasions germaniques pouvaient seules accomplir cette heureuse transformation.

L'intervention spirituelle ne comporta jamais autant de noblesse et de pureté ni même d'efficacité que pendant cette première phase. En même temps que le clergé, alors toujours romain, était ainsi plus disposé à protéger les vaincus auprès des maîtres étrangers, ceux-ci subissaient plus facilement l'ascendant de l'organe respecté d'une civilisation dont ils sentaient la supériorité. Son action fut secondée non-seulement par Fassistance féminine naturellement favorable à un culte qui s'adressait surtout au sentiment, mais, d'une manière plus spéciale, par les institutions monastiques. Quand l'existence comtemplative trop oiseuse chez des solitaires peu subordonnés, eut été réglée par saint Benoît, elle rendit de précieux services moraux, intellectuels et même matériels. Au dedans, cette institution alimenta noblement le clergé séculier, tandis qu'au dehors elle développa l'admirable système de missions dans les contrées qui devaient alors s'ajouter à l'occidentalité romaine. Pendant cette phase, l'existence ecclésiastique reposa presque autant qu'à Forigine sur de libres donations le plus souvent privées. L'indépendance qui en résulta pour le clergé lui permit une intervention domestique plus difficile et plus importante que ses triomphes politiques, et il put imposer aux nouveaux chefs

4M TMOiSfÈME fAlTIB.

]« eondflions essentielles du mariage occidental » malgré leur prédilection naturelle pour fliérésie arienne bien rooini fliYorable que fa doctrine ortliodoxe à nndépendance du pouvoir spirituel A la même époque, le sacerdoce byzantin iroufalt dans les chefs temporels de Templre, malgré leur vaine ortliodoile, une résistance invincible à la division des deui pouvoirs, qui ne put jamais se réaliser dans réglise grecque, ainsi séparée du catholicisme longtemps avant son schlime officiel. Mais, entretenant en Orient la culture spéculative et conservant les résultats acquis, le clergé grec rendit alors d'utiles services, en compensant la suspension que les besoins sociaux imposaient à l'essor Intellectuel deroccident. Pendant le dernier siècle de cette phase , Mahomet Institua le monothéisme Islamique qui combinait profondément les deui caractè',res essentiels du moyen âge : l'aspiration I runiversalité religieuse . et rinstallatlon d'une population nouvelle. Ayant confusément senti, d'après Ja nullité du saoerdoce grec et Fiasufflsance de féglise romaine, Tlncompa» tibflité de la séparation des deux pouvoirs avec le principe ihéologlque, le grand prophète maintint la concentration du pouvoir, et il se préserva des tendances théocratiques par le caractère militaire et la simplicité de son dogme. Cette combinaison étant éminemment propre à instituer un peuple de praticiens en état de régir des populations subjuguées, fut aussi convenable à Test , que le catholicisme romain rétaità fouest En effet, st les Latins, toujours disclplinables, avalent besoin d'un sacerdoce indépendant, qui pût faire prévaloir la morale universelle sur les volontés pratiques, les Grecs, Jamais disciplinés, réclamaient une énergique concentration que l'islamisme pouvait seul systématiser. Mais, après avoir tenté d'absorber aussi l'Occident, Fislamlsme dut l'abandonner m catholicisme, en se bornant à la domination orientale, que iins doute II doit conserver jusqu'à ce que hs différents monothéismes aient disparu dans la religion positive.

La défense des établissements formés pendant la première phase contre les invasions que les succès antérieurs tendaient à perpétuer, et Text nsion à la vie publique de l'influence morale du sacerdoce, essentiellement bornée jusqu'alors à l'existence privée, déterminèrent le second mode de la sociabilité propre au moyen âge. Le caractère particulier que dilt prendre alors Tactivité défensive, et les nouvelles attributions du sacerdoce, déterminèrent pendant cette spconde phase, dans chacun des deux pouvoirs, une concentration qui la distingue profondément de la précédente. L'indépenda.nce y fut remplacée par une dictature indispensable au concours défensif, posant un terme irrévocable à des invasions toujours imminentes; et la constitution catholique dut se condenser plus qu'auparavant autour do la papautfi, qui seule pouvait procurer la consistance et la continuité de son action.

Dès le début de cette phase, la consultation demandée au papeZacharie sur le changement de dynastie que l'aristocratie française avait reconnue nécessaire au développement de l'activité défensive, témoigne l'extension normale du pouvoir spirituel. Dans cette occasion se manifesta pleinement le caractère social que la politique occidentale avait acquis pendant la transition romaine. En effet, les motifs de la réponse furent aussi humains que ceux de la demande, et de part et d'autre l'hérédité fut regardée comme une garantie d'aptitude et de sécurité, et non comme un droit absolu et surnaturel. Mais une morale purement individuelle, où l'existence domestique n'était rentrée qu'empiriquement, se trouvant incapable d^mbrasser directement la vie politique, cette extension du catholicisme dut essentielloment reposer sur l'ascendant social de la papauté. Comme elle ne pouvait devenir efficace que d'après une suffisante indépendance, il lui fut annexé par la sagesse des chefs occidentaux une domination territoriale dont îa nécessité pouvait alors être

608 fROISlÈlIE PARTIE,

sentie sans que fou pût en prévoir les dangers ultérieurs. Ils consistaient surtout à rendre Impossible l'unité politique de rilalie sous un seul gouvernement dont les papes seraient naturellement devenus les vassaux; puis à amener, par la ricliesse (tout évêcbé et toute abbaye essayant d'obtenir des concessions analogues), It corruption morale du sacerdoce. Pendant cette seconie plitsit le catholicisme se compléto par le développement du culte des saints. Ainsi forent réglés le genre et le degré de polythéisme qu'exigea la destination populaire de la foi monothéique. Les notions historiques naturellement attachées aux biographies des saints, furent ainsi vulgarisées, et la célébration de leurs fêtes familiarisi les occidentaux avec les principales phases de la catho-

ie premier système de guerre défensive propre au moyen âge compléta, pendant cette phase, l'occidentalité par Tadjoijction et la conversion des polythéistes nomades, contraints à devenir sédentaires sur le soi qu'ils occupaient, quelque peu favorable quil fût d'ailleurs. Un admirable concours de compression et de concession put seul terminer une suite d'invasions qui menaçait d'ajourner indéfiniment l'essor de factlvité pacifique. Aux populations germaniques , en retour d'une civilisation qu'elles apprécièrent bientôt, Incomba spécialement la repression des Invasions septentrionales; ei les expéditions ultérieures des nomades polythéistes, dès lors émanés surtout de la race jaune, furent dorénavant dirigées vers l'Est, Ces guerres défensives, quoique intéressant l'cnserable de l'Occident, durent être entreprises par le peuple central, seul assez consistant déjà pour les terminer heureusement. Presque aussi grand que César, Charleraagne, le héros de ces guerres, fut mieux placé : sa suprématie politique, dont il ne s'exagéra point la portée, fonda la repubtique occidentale, en consacrant, malgré les réclamations pecques, l'iiTévoeable destruction Je l'empire d'Occident;

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et ses succès militaire s n'altérèrent jamais sa prédilection personnelle pour l'activité pacifique. Toutefois le grand Alfred fut un type plus pur des tendances morales de la nouvelle sociabilité.

Intellectuellement, le génie occidental fut alors capable d'élaborer son nouveau langage, dont les contacts antérieurs avaient suffisamment fixé les conditions fondamentales. Ce travail s'accomplit, comme sous la théocratie, par le concours continu de la spontanéité populaire avec la systématisation sacerdotale, qui sut y combiner heureusement les occidentalités nouvelle et ancienne. Quant à la culture spéculative théorique et même esthétique , d'après les exigences supérieures de la situation correspondante qui absorbaient tous les grands efforts intellectuels, elle dut alors rester suspendue en Occident. Maisl'islamismeput àcet égard, d après la simplicité de son dogme et de son organisation sociale, compenser l'impuissance du catholicisme mieux que ne fit pendant la phase précédente le monothéisme byzantin. Le double essor,* seul alors possible, de l'architecture sacrée et du système astronomique, résulta bientôt des tendances du génie musulman vers l'art et la science. Le perfectionnement de toutes les études cosmologiques, émané d'un jeune prince, Albategnius, prouve, d'une manière éclatante, la consécration que le monothéisme islamique procura à la philosophie naturelle. Avant la fin de cette phase du moyen âge , les écoles de Séville et de Cordoue étaient assez appréciées, même des prêtres catholiques, pour que les meilleurs d'entre eux, surmontant les antipathies théologiques, allassent y recevoir un complément d'éducation qui ne pouvait se trouver ailleurs.

Eu Occident, les éléments généraux de l'ordre final commencèrent directement alors leur évolution décisive. L'émancipation des femmes se consolida et se développa; et l'abolition du servage dans les villes et les bourgs détermina le premier avènement des cla!=îse«3 industrielles. Mais la servi-

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ftiiiô rarale, qui ne put cesser qu'en s'appuyant sur cet aflVancMssement, persista; et, dans les villes, les entrepreneurs reftèrent confondus afec les travailleurs. L'Industrie manufacturière se borna aux o|)érations déterminées par une de- Bittde spéciale, quoique le commerce établit déjà de vastes relations et lîât, par rintermédialre de FEspagne. les prlnclpaui centres catholiques aux cités musulmanes. La restriction du travail primitif se trouva d'ailleurs compensée par lie sécurité matérielle qui permit aux mœurs industrielles de mleii s'établir.

la troisième pbase du moyen âge qui comprend les xi\ III» et iiir siècles, s'ouvrit, comme la précédente, par un changement de dynastie dans la monarchie centrale, dont le chef devait se transformer désormais en président de la hiérarchie féodale mieux caractérisée en France que partout ailleurs. Cette admirable institution, parfaitement appropriée an besoins permanents de lactlvJté défensive, oiïVe encore le seul modèle de Forganisation normale du pouvoir pratique, consistant dans la coordination graduelle de forces Indépendantes. Une telle oi^anîsatlon suppose d'ailleurs l'admission générale d'une doctrine coimnne et la division des deux pouvoirs spirituel et temporel, qui fut mieux appréciée et mieux comprise au moyen âge par les praticiens que par les théoriciens. Tandis que la subordination féodale Instituait le concours, rindépendance se consolidait grâce à l'hérédité des fiefs préparée par la transformation graduelle des bénéfices militaires, qui. d'abord temporaires, étalent devenus viagers. La vraie nature de cette succession héréditaire, comme garantie d'aptitude et de fixité, se manifesta surtout par les obligations imposées à la possession territoriale ; obligations entraînant lie confiscation régulière, qui fut souvent appliquée quand elles n'étaient pas remplies. Ces conditions nouvelles étalent difeines tellement opportunes, qu'elles se développèrent •ttrtotttpar me transformation volontaire des alleux en fiefs ,

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laquelle remplaçait un Isolement Illusoire et périlleux par une discipline normale et protectrice.

En conséquence de cette organisation de la société féodale, la première phase du moyen âge ayant fondé les mœurs de château, dans la seconde surgirent celles de cour. La double Infiuence privée et publique des femmes se trouvant alors assez préparée, la troisième phase acheva de la constituer en résultat de la combinaison des mœurs de château et de cour dans chaque résidence féodale où se mêlaient les familles. En même temps, la tendance chevah^resque se développa dans me classe nombreuse et régulièrement instituée. Le principe féodal, concentrant les fiefs chez les aînés, afin d'en assurer le service et d'en garantir l'intégrité, et laissant par suite beaucoup de nobles dépourvus de richesse et de fonctions, dut disposer les meilleurs d'entre eux à vouer leur temps et leur courage à la répression ou réparation des abus de la force. Enfin l'existence privée se compléta par Fextension et l'amélioration de la domesticité dès lors compatible avec tous les rangs, soit pendant l'éducation, soit par suite de la liaison établie entre elle et d'éminentes fonctions.

A cette pleine constitution de la féodalité correspondit celle de la papauté, centre nécessaire du catholicisme. L'Indétermination des attributions et du pouvoir de l'empereur devenu germanique, par suite des nécessités défensives, suscita alors de graves collisions, parce que la nouvelle situation ne pouvait être assez comprise dans ni l'un ni l'autre des deux camps. Néanmoins l'ascendant papal se développa tant qu'il conserva une destination vraiment sociale, et Grégoire VII put devenir le principal organisateur de la véritable papauté du moyen fige. Dans le même siècle, saint Bruno s'efforça en vain de régénérer les Institutions monastiques, qui ne purent servir alors qu'à seconder la papauté dans la consolidation du célibat ecclésiastique. Cette consolidation dut d'ailleurs offrir de grandes diflicultés en un temps où la tendance universelle

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f ors rhérédité devait aisément s'étendre jusqu'au clergé, mr* toit d'après raccroissement continu de ses richesses. Dans le siècle suivant, saint Bernard fournit, à tous égards, le meilleur type du catholicisme complet; et enfin, après lui, saint François tenta vainement la seule réforme que com^ portât le catholicisme, en s'efTorçant de substituer un clergé nécessairement pauvre au sacerdoce déplorablement enrichi. Une importante modification surgit alors dans le culte catholique. Depuis le double essor de l'influence féminine et des mœurs chevaleresques, la Vierge mieux que Dieu, représentait rnumanité, objet réel des hommages occidentaux. Silnt Bernard sanctionna ras|»irûtion vers la prépondérance de son culte en s'efforçant de le systématiser et de modifier Higeneot le caractère mystique qui en compromettait Tefficacité sociale. Kn faisant habituellement prévaloir l'adoratîon de la Vierge, on tendait à réparer le vice fondamental qu'apportait à la doctrine catholique l'omnipotence de l'Être siprême, ainsi remplacée par une influence directement impuissante et purement médiatrice qui ne représentait que l'amour.

Dtis cette troisième partie du moyen âge, la république occidentale aclievi de se constituer, en développant son activité collective , fondée sur la hiérarchie féodale. La répression des invasions musulmanes fit naître une suite d'expéditions dans lesquelles la défense dut prendre un caractère qui semblait la transformer en une conquête rêvée en effet par les ambitions secondaires. Biais les croisades restèrent essentiellement défensives, suivant l'admirable prévision de Hlldebrand, qui, même avant sa papauté, les conçut systématiquement comme devant déterminer, au nom de la foi , la réaction décisive de l'occidentalité contre une imminente oppression. En les considérant ainsi, leur succès fut incontestable, puisque à la fin du douzième siècle l'Occident se trouvait délivré de toute sérieuse inquiétude. Elles ne se prolon-

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gèrent ensuite qu'en vertu de l'Impulsion donnée, et eu devenant de moins en moins conformes aux dispositions universelles. Rassuré du côté de l'Orient , l'Occident le fut bientôt contre les invasions méridionales, par le succès de la résistance espagnole, qui, après ses victoires en Andalousie, n'eut plus à redouter la domination musulmane. Ce double triomphe du catholicisme sur l'islamisme devint finalement aussi nuisible à l'une qu'à l'autre de ces deux synthèses provisoires, en mettant en évidence l'impuissance des aspirations de chacune d'elles à l'universalité.

L'accélération des mouvements esthétique, philosophique et même scientifique, suffirait seul pour distinguer profondément cette phase de la précédente. Dès lors Paris se dessine nettement comme le centre intellectuel de la république occidentale ; et l'essor philosophique concourt à consolider et à développer sa présidence. Mais, reproduisant une métaphysique épuisée, cet essor ne comportait d'ailleurs aucun résultat théorique. Il en était autrement de celui de la science, qui, bien ((ue des créations décisives ne fussent pas encore possibles, fit déjà surgir au sein du sacerdoce trois noms éminents : Albert le Grand, Roger Bacon, et entre eux saint Thomas d'Aquin. Continuant l'initiative islamique de la phase précédente , le génie catholique tendit à perfectionner toutes les parties de la philosophie naturelle, surtout l'astronomie et la biologie, et il développa la science chimique, qui, destinée à les unir, était déjà étroitement rattachée à la nouvelle activité. La combinaison permanente entre la philosophie et la science résulta naturellement, dès le début de la transition affective, de la destination sociale du sacerdoce, ainsi conduit aux vues synthétiques. Ayant à régler la vie humaine, il dut bientôt sentir la relation nécessaire entre les lois morales, les lois physiques et les lois intellectuelles. Cette tendance générale se trouva spécialement fortifiée par l'avènement de l'existence industrielle, qui, faisant sentir l'importance de la prévision rationnelle,

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possallâ fonder ia pJilloiophte sur li science. Subissant cette double InineDce, la lutte du nomlnalisme contre le réalisme. q'El constitue nécepsalreinent la crise décisive de la phîloso^ pWe raétapbysiiiue, Indiqua de plus en plus une disposition confuse à faire reconnaître et prévaloir l'unité purement subjective de notre appréciation de la réalité, et à remplacer les causes par les lois. Au j[iii* siècle, quand les écoles annexées tui calliédrales se transformèrent en universités, on fkit ainsi conduit à sanctionner Flntroduction de la science dans la constitution d un enseignement d'abord des;lné seulement aux ecclésiastiques. Lequadrivium scientifique s'ajouta alow au trifinm littéraire et métaphysique dans la préparation tliéolof ique, et on ne se dispensa de ce complément, qui se boitiit toutefois à des études rudlmentalres, laissant Inconnus les grands tbéoriciens de Tantiquité , qu'après le moyen âge, quand le sacerdoce dégénéré restreignit son Instruction liabituelle.

L'ictlîlté productive continua également sa marche ascendante. Dès le premier siècle de cette phase, les corporations Industrielles obtinrent une existence civique consacrée par leur adjonction à la hiérarchie féodale. Leur émancipation politique devint même vicieuse en suscitant parmi elles des aspirations rétrogrades à k vie militaire ; et tel fut le cas en Italie, oè elles se trouvèrent exemptes de la compression aristocratique. A cette époque, l'élaboration sociale de lindustrie consista surtout dans une séparation décisive entre les traTMlIeurs et les entrepreneurs. L'avènement de ceux-ci résulta spontanément de la phase précédente , pendant laquelle la libération des travailleurs dut souvent aboutir à h réalisation , par quelques-uns d'entre eux , d'accumulations sttllsantei pour leur permettre d'ordonner et de diriger le travail des autres. Le commerce parvint à cette séparation •fint la fabrication, qui , slnterposant normalement entre la production des malértaui et la distribution des résultats ,

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constitua le nœud principal de l'organisation Industrielle. Sigement réglé par d'éminents négociants , dignes précur^ seurs de la systématîsat'on finale, les relations du commerce italien avec la ligne germanique s'accomplirent par l'entremise des villes flamandes après la merveilleuse création de la Hollande. La transformation des chefs féodaux en directeurs Industriels des domaines agricoles, restant contraires à leurs mœurs comme aux préjugés universels , l'abolition du servage rural en fut naturellement retardé. .Néanmoins, ce complément de la libération personnelle s'accomplit spontanément d'après le concours des Impulsions morales avec les conditions Industrielles, quand le prix des libérations put m convertir en acquisition des produits fabriqués dans les villes. La bulle trop célèbre sur l'universelle abolition de l'esclavage occidental, se réduisit à consacrer une transformation essentiellement accomplie, que ses vague» motifs aidèrent peu.

Au xiii* siècle commence déjà la décadence du système catholico-féodal, qui, à partir de ce moment, se décompose de plus en plus. Le catholicisme n'avait même pu réunir spirituellement toutes les populations que la domination romaine avait réunies temporellement , et sa lutte avec l'islamisme éteignit finalement l'enthousiasme qu'entretenait, des deux parts, l'espoir d'obtenir la communauté d'opinion et de mœurs. Le mouvement intellectuel, s'éloignant du catholicisme, tendit de plus en plus vers la science positive, et 11 fut directement secondé par l'évolution industrielle poussant à la fols à négliger l'avenir céleste, d'après les sollicitudes terrestres, et à substituer aux volontés arbitraires des lois immuables, seule source d'une prévision susceptible de régler l'action. Cette universelle disposition des esprits se manifeste au xin* siècle par l'ascendant qu'acquiert, sur celui de saint Paul, le monotliéismo d'Aristote, qui jamais auparavant n'avait été si honoré ni si populaire. La prépon-

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Mmm éê m moeotbéisiiie Intellectuel détermine Textenfion eroissante ée Fiislrelogie, dans laquelle rentrent bientôt les princip anx liépirtenients des deux ministres métaphysiques, la Mature et la Fortune, qu'Aristote accordait au moteur suprême. Dans les attributions mêmes que saint Paul réserva spécialement à llmpulslon divine, en opposant la grâce à la nature, Finfluence astrologique commence au xiii* siècle à Intervenir grandement , comme le témoigne tout le poème de Dante.

D'autre part, Porganisation féodale perdant sa destination défensive, son Inaptitude pour la conquête ne lui permettait plus qu'un vague et stérile exercice plus individuel que collectif, qui tendit bientôt à devenir perturbateur. Les chefs féodaux ne purent pas même se transformer en entrepreneurs agricoles, à plus forte raison en banquiers, seuls susceptibles pourtant de régler rindostrle. Les mœurs occidentales consacrèrent même longtemps une tendance inverse encore sensible aujourd'hui, et les rois, surtout en Angleterre, s'efforcèrent de maintenir l'activité militaire afin de prolonger leur dictature. La transformation industrielle de l'existence féodale devînt ainsi impossible, et l'Occident se trouva aussi dépourvu de chefs pratiques que de guides intellectuels tant que le nouvel essor temporel et spirituel ne put acquérir une suffisante généralité, et par suite faire surgir en dehors des classes existantes un nouveau gouvernement

A la dissolution respective du catholicisme et de la féodalité se joignit alors Ftltération de leur harmonie. Quand le but commun fut asseï atteint, la papauté du xiii* siècle, aspirant directement à la domination absolue, institua des croisades Intérieures pour seconder ses usurpations. Soutenus par Fopinlou dans la répression de ses empiétements, les chefs temporels se trouvèrent à leur tour entraînés à des déviations Inverses qui. moins dangereuses, forent couronnées de succès. Les deux vices opposés se rencontrèrent exceptionnelle-

ment dans la célèbre corporation que les besoins des croisades avaient fait instituer, et où l'admirable discipline établie par saint Bernard combinait l'activité guerrière avec le caractère îfacerdotal. Premier exemple de l'émancipation théologique, par-suite de leurs contacts avec les musulmans, les Templiers, doublement livrés à la corruption morale, développèrent bientôt une ambition effrénée à la fois temporelle et spirituelle, plus subversive que celle des papes, mais plus aisément réprimable.

Le développement nécessaire des nombreux éléments de la sociabilité moderne, philosophie, sciences, beaux-arts, industrie, qui n'aurait pu s'effectuer sous le régime du moyen âge, dut amener inévitablement, à partir du xiV siècle, une anarchie croissante pendant laquelle le système théologique et militaire paraissait toujours subsister. Mais enfin la révolution française, qui n'est pas encore terminée, et dont la seule issue est l'avènement de la religion positive, vint montrer ce qu'il en était. Le double mouvement continu qui l'a produite, de création d'une part, et de décomposition de l'autre, nous reste à apprécier.

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