CHAPITRE PREMIER
SCIENCE MORALE PROPREMENT DITE OU ÉTUDE DE l'HOMME
INDIVIDDEL.
S *.— Considéralions préliminaires. — Objet, préparation nécessaire, conséquences et méthode de la morale positive.
La morale! J'avais hâte d'y venir. C'est là, je le sais, qu'on attend tout système, tout nouveau système. Et l'on a bien raison. La morale, en effet, n'est pas une science comme les autres. Sans doute, plus on sait, mieux cela vaut, car la science ennoblit et agrandit la vie. Mais que Ton sache un peu plus, un peu moins d'astronomie, d'histoire même, la
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QOATllfcll£ FARTII.
conduite n'en sera guère changée. Savoir ce qu'est la science, stfoir que la démonstration , la science positive est la seule Bonrce possible de toute foi moderne, voilà fessentiel, et ce qui doit être familier à tonl le monde. Après cela, dimportant, il n'y a plui vraiment que la morale. Mais, elle, elle est la science que jamais l'on ne sait assea, la science toujours àfétude, la science à savoirdaos tous les détails. C'est elle eu effet qui éclaire, dirige, indique et prescrit la conduite. Chaque jour, chaque instant elle s'applique. Il y a, sans doute, une morale spontanée que Ton sait sans étude , sans réOexion , sans observation des autres, sans retour sur soi-même. Mais cslreile aiiilsante? Non, non ; et à tout le monde, hardiment, je dis que non. ÏM fie, facile aux uns, est à d'autres difficile. Mais qui donc n'a Jamais été embarrassé? qui a un peu vécu et pense avoir toujours agi comme il aurait dû le faire ? Qui plus tard n'a eu à regretler ce qu'en d'autres temps il avait fïiïti Enin qui oserait dire qu'il est sûr pour le reste de sa fie de ne plus jamais hésiter, et de toujours savoir ce qu'il aura de mieui à faire!
La morale! mais, de la défendre, il n'est besoin. Qiii n'est prêt à l'étudier? qui ne désire, qui ne feut le faire? Depuis quarante siècles la connaissance de Thomme est donnée pour but è la science. Et maintenant plus que jamais, ne crie-t-on pas de toutes parts à la philosophie : A quoi arrif ez-vous? Sur quoi entre vous, philosophes, êtesfOUS enIn d'accord? Quels sont vos résultats infaillibles, certaiM, qui puissent, compris de tout le monde, servira tout le monde? Et ces mots i progresse! , ou retirez-vous, retentiiiint, comme un arrêt de mort, de tous côtés autour d'eux. foyez les savant», leur dit-on, on ne sait pas leurs démonstrations, mais ils entraînent tout le monde parce qu'ils sont d'accord sur des réfultata claii-s et intelligibles. Et en effet, tout le momie, voyant le contraire, croit cependant que c'est la teire qui tourne autour du soleil immobile relativement
à elle; tout le monde sait maintenant la composition de l'eau et ce que c'est que le feu. Aussi le grand intérêt du moment n'est plus de ce côté. Assez, maintenant, nous connaissons de planètes; dans toutes ses propriétés, la matière étudiée nous est assez, pour le moment, et connue et soumise. Mais la démonstration, cette force nouvelle qui depuis deux siècles a tant changé le monde, et sur de si difficiles et profondes vérités amené la convergence, n'a-t-elle prise qu'au dehors? Et nous-mêmes, nous ignorerons-nous toujourstPour cette science suprême n'y a-t-il pas de progrès? Et toujours applicable, cet admirable conte de Micromégas «ioit-il être toujours une satire si triste et si vraie?
Qu'est-ce que Fâme? Telle est la question que depuis \ ingt siècles et plus* la philosophie est impuissante à résoudre, et dont la religion a pu seule donner une solution provisoire. Quant à la science, nous avons vu qu'elle avançait lentement, pas à pas, mais sûrement. Aussi, quand une fois à une question elle a fait sa réponse, les siècles s'écoulent en la respectant. Nous avons vu qu'elle n'atteignait un ordre de phénomènes qu'après avoir soumis à des lois tous, ceux qui sont plus simples. Nous avons dit la création successive des mathématiques, de l'astronomie, de la physique, de la chimie, de la biologie. Toutes ont dû précéder Tétude positive de l'âme, qui n'a pu commencer qu'après celle du corps. Tant que l'on n'a pas su à quelle partie de l'organisme se rapportaient les sentiments et les pensées, ni la vraie nature de ces phénomènes ne pouvait être comprise, ni l'exacte analyse n'en était possible. Or, au commencement de ce siècle encore, non-seulement Bichat, mais même Cabanis, qui s'en occupa si profondément, rapportait les passions aux viscères végétatifs. Une observation assidue des animaux avait montré à Georges Leroy les vices d'une telle conception , mais sans qu'il pût la remplacer par aucune autre. Enfin Gall, préparant directement et ébauchant
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même la théorie de Fâme qu'à M. Comte il appartenait de construire , démontra irrévocablement la pluralité des fonctions intellectuelles et morales, et leur commune résidence dans Fappareil cérébral.
Ce double principe permit à M. Comte de fonder la sociologie par la découverte des lois fondamentales du mouvement intellectuel et social, la science, embrassant alors tous les ordres possibles de phénomènes conçus comme assujettis à des lois, devint philosophie. Mais la philosophie féconde et sûre, qui n'est que la science complète, n*a pu prder que modifié le nom de la philosophie incertaine et impuissante, et elle a été dite philosophie positive.
Comme je Fai dit précédemment, II. Comte pensa d'abord que la morale, se répartissant entre la biologie et la sociologie, rentrait surtout dans les conclusions de cette dernière science, liais une plus profonde méditation du sujet lui fit reconnaître qu'elle devait être séparée des deux sciences antérieures et constituer une science à part Toutefois, il a seulement promis et non fait encore un traité complet de morale positive. Mais il en a longuement posé les bases, tracé le plan général, et même développé les points principaux. Dans un tel sujet, toutes les parties ne pouvaient être à la fois également éclaircies. Mais les questions qui restent à résoudre peuvent être posées maintenant avec netteté et précision, et l'inconnu, circonscrit entre d'étroites limites. Enfin l'ensemble de cette quatrième partie prouvera, je pense, que, quelle que soit l'importance de ce qui reste encore à faire, elle ne peut être que secondaire comparativement à celle de ce qui est déjà Irrévocablement acquis.
La connaissance de l'âme et par suite la morale positive, telle est donc, après la sociologie, la seconde science que la nouvelle philosophie vient apporter au monde qui Fatteud. Elle se trouve naturellement comprendre deux parties distinctes ayant l'une pour but l'étude de Fhomme individuel ;
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et l'autre les applications à la détermination de la conduite : de là donc, dans la morale positive, la science morale proprement dite, puis l'art moral. Jamais, en vérité, il n'y eut pareille découverte, car cette science suprême donne enfin la solution définitive du plus grand, du plus difficile et du plus important de tous les problèmes ; la systématisation de la conduite, la systématisation de Fexistence personnelle, domestique et sociale. Et les difficultés de la situation résolues, les angoisses du moment dissipées ne seront que la conséquence naturelle d'une telle découverte.
Comme déjà j'ai eu occasion de le dire (c'est d'ailleurs une considération tellement importante qu'il vaudrait mieux certainement trop même la répéter que ne pas la faire sulTisarament ressortir), la science positive ne fait jamais que développer et systématiser les aperçus spontanés de la sagesse vulgaire. C'est ce qui doit être bien plus sensible encore que partout ailleurs en morale, science où tout le monde est jusqu'à un certain point compétent , dont tout le monde s'occupe, qui intéresse tout le monde, et où tous sont bien plus :i même de contrôler et de vérifier les résultats scientifiques cjue dans toute autre partie du domaine intellectuel. Il est alors évident que la première condition à laquelle doit satisfaire une véritable connaissance positive de l'homme intellectuel et moral, c'est de permettre de reconnaître, d'apprécier et de juger les différences qui existent entre les hommes, et les distinguent les uns des autres, avec plus de netteté et de précision que l'on ne pourrait le faire sans son secours; puis d'expliquer ces différences et d'en déterminer la véritable source. Le principe fondamental de la seule méthode susceptible de conduire à un tel résultat, sanctionné d'ailleurs immédiatement par le simple bon sens, est que Fétude de Fhomme doit se faire bien plutôt par l'observation des autres que par la nôtre même. Les passions aveuglent, et, en général, chacun apprécie très-inexactement les siennes.
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C'est donc en faisant nn retour sor sol , éclairé d'abord par
Fobierfitlon des autres, qull sera ieuleraont possible de
se connaître.
Bans l'observation des phénomènes Intellectuels et moraux, r esprit, saisissant, selon son aptitude caractéristique, source de toute sa puissance, les différences et les analogies, la diversité et la constance, Fordre et la variété, reconnaît dans notre conduite Finfluence de mobiles, de penchants différents. H doit donc déterminer leur nature générale et particulière, ce qu'offre de commun et de spécial leur manière d'agir ; puis , quel est proprement chacun d'eux ; et ensuite comment, entre eui, ils se combattent, ou s'accordent et se concilient, en un mot se combinent. Enfin , il a encore à apprécier les modiications dont ils sont susceptibles et les mof ens de les produire. Il est évident qu'une telle détermination, faite d'une manière générale, facilitera extrêmement toute appréciation particulière de soi ou des autres. Et il est sans doute Inutile d'insister sur Fintérêt et Fimportance d'une telle application. Pour déterminer et ixer sa conduite joumanalière, n'a-t-on pas besoin de se connaître soi-même et de connaître les autres 1 Qui donc là-dessus n'a et n'aura toujours le besoin et le désir d'en apprendre plus encore qu'il n'en sait? Et n'est-il pas évident que celui qui, voulant agir sur lui et les autres, ne cherchera pas dans la connaissance positive de la nature humaine l'Indication des modifications possibles et des moyens de les produire , ne trouvera que mécomptes et déceptions ?
Bans Fétude des phénomènes intellectuels et moraux , la première détermioation qui doit être faite est celle évidemment de leur nature générale. Or, nous avons vu en biologie qu'ils étaient les fonctions d'organes dont l'ensemble constilue le cerveau. Et ce sera auprts de la postérité, la honte de notre temps, et de tous ceux dont elle s'occupera ayant eu pari à ce triste fait, qn'une découverte si importaivre, si sûre.
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si Incontestable et déjà si ancienne, soit encore si peu répandue, si ignorée, même si peu franchement admise, et non encore introduite dans l'instruction générale.
Entre les sensations qui nous révèlent le monde extérieur et les mouvements par lesquels nous agissons sur lui, se placent donc les phénomènes intellectuels et moraux qui, succédant aux sensations, déterminent nos actions. Comme toutes fonctions d'organes, ils sont susceptibles d'être étudiés à deux points de vue différents: celui de l'agent, du siège du phénomène, des conditions organiques dont ils dépendent; puis celui de l'acte, du phénomène lui-même. Un examen approfondi de ces deux études fait alors reconnaître, ainsi qu'il a été dit , qu'elles doivent nécessairement appartenir à des sciences distinctes, mais qui ne peuvent plus être conçues comme isolées et indépendantes, et au contraire sont tellement liées qu'elles se suivent, s'enchaînent, et ne sont que les différentes parties d'un même tout : la première étant la base de la dernière, celle-ci est la suite, le prolongement naturel, le terme de celle-là. Telle est la relation delà biologie et de la morale, entre lesquelles doit nécessairement s'intercaler la science sociale.
Quoiqu'il soit très-méconnu actuellement , au moins officiellement, c'est cependant un principe très-évident que, par suite de leur étroite dépendance, l'âme et le corps ne peuvent être connus isolément et indépendamment Fun de l'autre. Et II est clair que ceux qui étudient l'un ou Fautre ne peuvent avoir aucune raison (aucune bonne raison, veux-je (lire, car ils ont certainement les leurs pour faire ce qu'ils font et comme ils font ), de ne pas s'occuper de Fun et de l'autre.
L'étude du corps doit donc précéder et préparer celle de Fâme. Et il est plus difficile de voir pourquoi elles doivent se séparer, c'est-à-dire pourquoi la biologie ne peut complètement comprendre l'étude des phénomènes intellectuels et
ÊM QUATRIÈME PARTIS*
moraui, que de reconiiaître qu'elle en doit fournir la base. Cependant c'est tout aussi certain. Ce n'est pas l'observation de riiomme individuel, ainsi que nous Fâvons vu, qui peut suffire à faire connaître les lois des phénomènes intellectuels. Il est évident que c'est l'histoire des sciences et de la philosophie qui peut seule dévoiler la marche et les lois de l'intelligence humaine, et que cette histoire ne peut rentrer dans la biologie. Aussi, avons-nous vu la science de l'esprit se fondre dans la science sociale, les phénomènes intellectuels étant essentiellement dominés par l'évolution de Fesprit humain, et ayant le caractère collectif et non individuel.
Quant aux phénomènes moraux, il est aisé de reconnaître qu'ils dépendent directement des phénomènes intellectuels et que tous les changements , toutes les modifications sunenues dansFétat de l'intelligence, doivent avoir sur l'état moral un contre-coup nécessaire. Comme on ne peut évidemment aimer que qui l'on connaît, en qui l'on croit, les affections sont constamment subordonnées aui croyances. Et les lois des sentiments ne pouvant être mises en évidence que par les modifications qu'ils éprouvent, il s'ensuit que leur recherche suppose la connaissance des lois des phénomènes Intellectuels, des lois de l'existence sociale, et doit s'appuyer sur cette connaissance. En outre, les phénomènes moraux étant pins directement soumis que les phénomènes intellectuels aux influences des viscères végétatifs, c'est encore pour eux une source particulière de complication. Ainsi dans l'étude de la fie morale, doivent se combiner constamment et profondément les points de ¥ue individuel et collectif, c'est-àdire biologique et sociologique ; et voilà pourquoi cette étude doit constituer une science à part qui est le terme et comme le résumé de toutes les autres, empruntant à toutes leurs mé^ thodes et leurs résultai.
Il devient maintenant aisé de comprendre et pourquoi Gall put seulement préparer et non construire la théorie de Fârae,
et l'impuissance actuelle des physiologistes, qui, incapables de faire faire aucun progrès à la doctrine qu'il a fondée , la laissent même de côté.
Si en effet l'étude positive de la nature humaine devait être nécessairement instituée avant la création de la sociologie, la véritable théorie de l'âme devait suivre cette science, car elle la suppose et s'appuie sur elle. La sociologie se sert seulement de la décomposition de l'existence humaine en intelligence, activité et sentiment, et elle est essentiellement la science de rintelligence et de l'activité. Les sentiments n'y figurent qu'indirectement d'après l'influence de leurs impulsions sur la vie sociale et les modifications qu'ils en reçoivent. Mais si la sociologie peut se passer de la théorie cérébrale, celle-ci ne le peut de la sociologie.
L'homme isolé et Individuel n'est qu'une abstraction qui n'existe que dans les livres de philosophie. Il n'y a de réel que THumanîté. Et sans une connaissance approfondie de l'existence sociale, l'homme ne peut être que très-imparfaitement connu et compris.
Ainsi donc, par suite d'une connaissance de Fexistence sociale inévitablement trop superficielle, Gall dut échouer sinon toujours, au moins en bien des points et surtout quant à l'intelligence, dans la décomposition du cerveau et de lame en organes et facultés irréductibles. Mais en résultat général de ses travaux sont d'abord restés acquis à la science les deux principes fondamentaux de cette décomposition : la pluralité et FInnéité de nos fonctions intellectuelles et morales et la situation de leurs organes, dans l'appareil cérébral ; puis s'est trouvé posé l'important et difficile problème : déterminer les facultés irréductibles, les forces élémentaires dont l'ensemble, constitue l'âme. Avant d'exposer la solution qu'en a donnée M. Comte, Il faut dire quelques mots de l'esprit qui a présidé à sa construction et de la méthode employée.
Le principe de l'analyse des fonctions intellectuelles et mo-
AM QOATMJillE PAITII.
nies doit être la siilionlliiitloii iiystéiiiatiquo d© Fanatomie à la physiologie. D'après la liaison ©t Fhomogénéité des parties du cerveaii, jamais sa décomposition en. orpoes n'aurait été connue , si son étude fût restée purement anatomiqua C'est par une admirable observation des actes vitaux, bien plutôt cpe par la dissection, que Gall découvrit ©t démontra les principes fondamentaux de la théorie cérébrale. Et une exacte analyse des phénomènes intellectuels et moraux, peut seule encore indiquer les fonctions différentes et par suite, les organes divers dont rensemble constitue le cerveau. En outre, comme nous Favons vu, plus encore que tous les autres. par suit© de leur complication supérieure , les phénomènes intellectuels et moraux doivent être étudiés dans les cas et les circonstances qui, manifestant le mieux leurs caractères distinctifs, leur diversité, leur vraie nature, permettent seuls de saisir les relations exactes auxquelles ils donnent lieu. L'homme n*est que le premier des animaux, mais perfectionné, des bords du Nil aux rives de la Seine, par quarante siècles au moios de civilisation. C'est donc la solidarité puis surtout la continuité qui ont tant développé les aptitudes qui distinguent notre espèce des autres. Et c'est par suite évidemment Fétide de l'existence et de l'évolution sociale qui peut seule les faire connaître et dévoiler leurs lois. Mais, une fois connues, l'observation individuelle, incapable de les faire découvrir, pourra du moins leur procurer d'utiles vérifications. La plus Importante, celle d'où résultera la confirmation la plus certaine, consistera dans l'application qui pourra en être faite aux animaux où les dispositions innées n'étant pas modifiées par les dispositions acquises comme parmi les hommes, sont plus facilement et plus sûrement appréciables. La civilisation n'ayant pu que développer et jamais faire naître, ni aucun penchant, ni aucune faculté, tous ceux de notre espèce doivent se retrouver en germe dans les animaux supérieurs, L'Inspiration sociologique contrôlée par l'appréciation ssoolo-
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gique, tel a donc été le principe de la construction de M. Comte.
L'observation physiologique qui détermine les fonctions difl<§rentes , par suite les organes et leur nombre, doit aussi donner leur situation respective. Il faut en effet que, conforme aux relations des fonctions correspondantes, elle puisse ainsi les expliquer. La plus grande ou moindre énergie reconnue des fonctions pourra donner encore quelques indications générales sur la grandeur et le volume respectif des organes. Mais là s'arrêtent la puissance et la portée de la méthode physiologique , et Fanatomie seule peut déterminer la grandeur précise , la forme et la structure des différents organes cérébraux. A elle donc il appartiendra de vérifier et de sanctionner définitivement la construction donnée par la méthode physiologique. Mais les services que doit rendre cette construction sont trop importants et trop urgents pour pouvoir attendre cette dernière confirmation nécessairement tardive ; et, on peut même dire secondaire, malgré son importance et son intérêt.
Enfin la nouvelle théorie cérébrale a toujours en vu© l'ensemble de l'organisme, qui seul détermine les résultats effectifs que nous pouvons observer. Moins synthétique que Cabanis, qui dans le même temps maintenait llntégrité des fonctions vitales, et entraîné à exagérer des fonctions méconnues avant lui , Gall isola trop le cerveau de l'ensemble de l'organisme. Les organes moraux et intellectuels sont nécessairement en relation immédiate avec les appareils sensitifs et moteurs; et une croyance trop prolongée pour être sans fondement, profondément empreinte dans le langage même, consacre la réaction affective des viscères végétatifs.
QUATAIÈMI PARTIl.
MORALE POSmvi:.
§ 2. - ïliéoiie de l'âine , ou m décomposition en dii-huit facultés élcinenlaires, ToDctions d'autant d'organes dont l'ensemble constitue le cerveau.
PS
Par la théorie die à M. Comte, l'âme est reconnue composée de dix-liuit éléments ou' facultés irréductibles qui se trouvent par suite de?oir être les dix-huit fonctions d'autant d'organes cérébraux. Sa décomposition , à laquelle conduit une division toujours dichotomique , est représentée dans le tableau ci-joint, qui la rendi-a plus facile à suivre ; et qu'éclairciront suffisamment, je pense, de courtes explications.
La première division et la plus importante de toutes, est celle des fonctions cérébrales en aflectiveseten intellectuelles. Confirmant les inspirations de la sagesse vulgaire, cette difision sanctionne la distinction habituelle de l'esprit et du cœur. Et la prépondérance de ce dernier dans la vie affective, aussi incontestable que nécessaire à l'existence sociale, s'explique naturellement par le nombre plus grand des organes affectifs, et par leur volume plus considérable que celui des organes intellectuels. Leur situation respective tété, quant à rensemble, réellement démontrée parGall; et, puisque cYst nécessairement par le cerveau que se lient les sensations et les mouvements, à ce qu'il a dit on peut ajouter que les organes intellectuels devaient être placés en avant pour être mieux en rapport avec les appareils sensitifs; et en arrière les organes moraux dont dépend directement l'activité des appareils moteurs.
Ce premier point est donc commun à la nouvelle théorie et à rancienne, mais ensuite, elles diffèrent essentiellement, et ne présentent plus que quelques coïncidences partielles. Gall distingue, dans les facultés affectives, des penchants et des sentiments. M- Comte rejette cette distinction, et ne reconnaît dans le penchant et le sentiment que les deux modes alternatifs de toutes les fonctions cérébrales. Tant qu'une
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