HîATlUfeME PAEÎIK
Importaiit comme le plus difficile de tous, est de riorter riiomrae au bien ea développant le plus possible toutes les forces qui Fy poussent naturellement. Or les plus puissantes sont certainement d'une part. Famour de la gloire, le désir, le besoin de considération; et d'autre part Fexemple, Finfluence directe de la femme. Ces deux forces, tendant au même but, doivent donc rester constamment unies entre elles, et leur opposition ne peut évidemment que produire des effets désastreui. D*abord elle compromet, et tout au moins diminue certainement, quand elle ne les empêche absolument, les services que Fliomme peut rendre à la société, et en outre elle détruit son bonheur et par suite celui de la femme elle-même. En excitant si admirablement son fils à se porter à la gloire, madame de Lambert, à laquelle j'en reviens encore, car c'est la femme modèle, était bien inspirée par le sentiment maternel. «Quelque vif, quelque ardent que soit » votre amour pour la gloire, lut dit-elle, vous resterez toun jours bien en deçà du terme ; mais, quand môme vous n'iriez » qu'à moitié chemin . il serait toujours beau d'avoir osé. • Et est-il possible d'admettre que, le mari étant justement et généralement honoré, considéré, estimé, la femme puisse ne pas être heureuse? Non, non; la gloire du mari, c'est pour la femme la gloire aussi et le bonheur assuré.
Non-seulement la fonction générale de tout citoyen, mais encore sa fonction spéciale, ses occupations journalières dignement comprises et remplies, sont très-propres à développer ses penchants altruistes. L'observation de la société montre Immédiatement que ce n'est qu'indirectement pour soi et que c'est directement pour les autres que chacun travaille. Et eeci est vrai pour tous les arts, pour toutes les industries, pour toutes les fonctions, depuis celle du dernier artisan jusqu'aux plus élevées. Ni le laboureur ne se nourrira du ble qu'il a semé et récolté , ni l'ouvrier qui a tissé Fétoffe ne s'en coufrira, ni le maçon n'habitera la maison qu'il construit.
11 eu est de même de tout ce qui se produit : toujours en réalité destiné à d'autres qu'à ceux qui concourent à le produire. L'effet du salaire est alors de fournir aux besoins du travailleur qui se voue à un travail dont les autres profitent. A ce point de vue élevé et vrai, il n'y a pas réellement de fonctions privées et toutes sont publiques , puisque dans toutes c'est toujours pour les autres, pour la société en général, que directement on travaille et produit. L'irrationnelle distinction des fonctions en privées et en publiques, particulières à notre régime actuel, doit donc, comme celles des carrières en libérales ou non , disparaître devant le progrès combiné de la raison, du bon sens et de la moralité.
Mais aussi les dispositions d'esprit et de cœur dans lesquelles sont exercées la plupart de ces fonctions dites privées, doivent grandement se modifier. N'est-ce pas exceptionnellement qu'un commerçant, par exemple, se sentant, par Feiercicede sa profession, un membre utile de la société, mettra sa satisfaction à en remplir loyalement et consciencieusement tous les devoirs, et ne sera pas surtout préoccupé de gagner le plus vite possible le plus d'argent possible? Quelle différence pourtant entre ces deux dispositions au point de vue du plus grand avantage de la société comme à celui de Félévation, de la dignité de l'individu, et de son bonheur môme! Qui donc aura fait le meilleur calcul et sera plus heureux, de celui qui se retirera plus riche ou de celui qui se retirera plus honoré, plus considéré, plus estimé, et finalement plus aimé au dehors comme chez lui, car Fun ne peut aller sans l'autre? C'est pour ses enfants , dit-on , que l'on veut faire fortune. Je Fai déjà dit, je le répète encore ; non, non, ce n'est pas vrai. Ce n'est là qu'un prétexte, qu'une excuse ; c'est pour vous-même que vous voulez être riche : vos enfants le seront après vous sans doute, parce que cette fortune que vous avez amassée vous échappera forcément;
do
QOlTRlfe'MB PAETIE.
mais, si vous le pouviez, vous l'emporteriez. Kegardez d'ailleurs autour de vous, et voyez si plus les parents sont riches plus leurs enfants «ont heureux , les aiment et redoutent de
les perdre.
Seule organisée Josqu'ici, l'activité militaire est très-propre
à montrer le caractère précaire et passager de cette distinction des foBctions en privées et en publiques. Malgré tous les intermédiaires hiérarchiquement distribués qui les séparent l'on de rautre, le dernier soldat et le chef suprême y ont le môme caractère de fonctionnaires publics et y sont voués égalemeot aux communes entreprises. Pour tous, dans cette activité, le mobile suprême de la conduite est l'honneur, c'est-à-dire le désir, la passion de bien remplir son devoir, quelque difficile et périlleux qu'il soit ; et la plus haute récompense est d'être par tous jugé l'avoir bien rempli.
Au début de la civilisation, le travailleur a dû être personnellement soumis au militaire, et l'activité industrielle n'a pris que tard un caractère collectif. Ce caractère, elle n'a pu le prendre et ne peut le conserver sans avoir aussi des chefs et des subordonnés. Sans doute, le commandement industriel est d'une autre nature que le commandement militaire. Il est moins abMlu , comporte la discussion , se concilie mieux «vec l'indépendance ; mais pour cela II n'en est pas moins léeeMaire et indispensable au concoura Aussi , quand les traTailleurs ont été peu à peu aiVanchis, quand l'industrie rfest développée, que ses produits se sont multipliés et que, leur échange ayant permis Faccumulation de capitaux, elle a pu s'efforcer de pourvoir d'avance aux besoins publics, le commandement y est né spontanément; et il a surgi alow des fonctions, des'classes même toute fait étrangères à l'tnllqulté. Tels sont les banquiers et, en général, tous les entrepreneurs. Que peut faire, à lui seul , Touvrier qui n'a que sa bonne volonté, son intèilpnce et ses brasî Rien, absolument rien. H faut qu'il soit employé par un plus puissant que lui, à
qui ont été transmis, ou qui a pu lui-même rassembler les matériaux et les instruments nécessaires au travail , et qui est assez riche, soit par lui-même, soit avec l'aide des autres, pour faire converger vers un but commun, un travail déterminé, le nombre nécessaire d'ouvriers pour l'exécuter; ouvriers qu'il faudra nourrir tant que le travail entrepris, en cours d'exécution, ne rapportera rien.
Tel est l'entrepreneur et sa fonction. Et le banquier lui fournit ou lui refuse , suivant qu'il croit ou non à sa capa*cité et à l'opportunité de ses entreprises, les moyens de les étendre. C'est ainsi que le capital ou la richesse constitue le véritable commandement industriel, et telle est la fonction et la véritable sanction de la propriété. Par suite, si pour une raison ou une autre les possesseurs des capitaux ne les emploient pas à faire travailler, l'industrie languit, son essor est arrêté, et les ouvriers, chômant forcément, souffrent de la misère et sont en proie aux privations de toute nature. Mais il n'en est pas moins vrai que le seul moyen de rendre possibles et nombreuses les entreprises industrielles exigeant un concours plus ou moins étendu est la concentration, sur quelques-uns, de la fortune et des richesses. Chaque fonction exige un organe propre et distinct. Nul ne peut être à la fois entrepreneur et travailleur, diriger le tout et exécuter les détails. Nul même ne peut apprécier l'ensemble des besoins et se préoccuper de pourvoir à quelques-uns d'entre eux. Aux riches donc à reconnaître et à ordonner les travaux à faire , aux autres à les exécuter.
La propriété, d'où par suite la richesse, restera donc à jamais indispensable à la constitution de toute société, malgré les abus que, comme toute force et tout pouvoir, elle peut comporter. Et quant à ces abus, sans que jamais, sans doute, ils puissent complètement disparaître , le progrès tendra du moins & les diminuer de plus en plus. Mais c'est une grande erreur de croire que la législation puisse beaucoup contri-
Ijuer à ce réwltit Sauf des cas extrêmes, des écarts exceptionnels, le bon ou le mauvais emploi des capitaux, l'usage ou Fabus, ne peut être nullement déterminé par des règles générales et absolues tracées à Fafance. Toute tentative en ce sens entraînerait des abus bien plus^riants et funestes que ceux qu'elle fondrait prévenir, et de tels dangers même pour la société qu'elle en est impossible. D'après toutes les circonstances particulières qui donnent à chaque cas son vrai caractère ; d'après les limites mêmes que doivent comporter les prescriptions de cette nature, c'est uniquement de l'opinion que l'on peut et doit attendre le contrôle et le frein nécessaires. Son impuissance actuelle, à cet égard, qui est loin d'ailleurs d'être absolue , ne doit pas faire préjuger ce qu'elle pourra être plus tard, ni méconnaître la force et feffieacité qu'elle comporte. Mais, pour qu'elle joue dans la société le rôle salutaire et fondamental que lui résenre IV venir, certaines conditions sont nécessaires qui sont bien loin d'être actuellement remplies.
La première, la plus essentielle» la plus importante de toutes, celle dont le défaut se fait maintenant le plus douloureusement sentir, sont des principes communs compris et acceptés par tous. De tels principes doivent découler les devoirs de chacun, et tous sont intéressés à ce qu1ls soient remplis ; car, en se plaçant au vrai point de vue social , au point de vue de l'ensemble, les droite d'un membre quelconque d'une société à laquelle il doit tout, ne peuvent jamais résulter que des devoirs des autres envers lui. Quand donc ces devoirs seront déterminés avec exactitude et précision, la reconnaissance et l'estime pour ceux qui rempliront de leur mieux les devoirs que leur assignera leur position, Findifférence et le mépris pour ceux qui les négligeront, seront de puissants stimulants et des garanties efficaces de leur accomplissement. Et maintenant même que la propriété est conçue comme un droit absolu, comme le droit d'user et d'abuser, de vivre et
de jouir sans rien faire, combien de parents riches veulent cependant que leurs enfants travaillent, aient une position, à la société soient utiles. Bien assurément de plus honorable et de plus juste quand la vocation n'est pas forcée, et que les moyens d'arriver k une position sont convenablement fournis. La considération et l'estime sont alors la légitime récompense des services rendus; et à mesure que le rôle et la nécessité de la propriété dans l'organisation industrielle seront mieux et plus généralement reconnus et compris, les devoirs qu'elle entraîne, tout en restant imposés par la seule opinion, seront de mieux en mieux remplis : surtout quand l'adoption générale d'une doctrine commune aura fait surgir un véritable pouvoir spirituel qui , devenant le représentant systématique de l'opinion , aura mission de formuler ses arrêts. Comme autrefois noblesse, propriété obligeant, le mauvais emploi et l'abus des capitaux deviendront de plus en plus rares et exceptionels.
Réglant la propriété, c'est aussi l'opinion qui certainement doit régler par la suite le salaire des travailleurs. Dans l'état actuel de la société il ne l'est en réalité que par la force et, variable suivant les circonstances, il n'est jamais déterminé que par le rapport entre Foffre et la demande. Or, comme ceia été irréfutablement démontré, il tend ainsi continuellement à diminuer et à en venir à ne satisfaire qu'aux plus indispensables exigences de la vie. Mais avoir juste de quoi ne pas mourir, ce n'est pas pouvoir vivre, et il n'est personne, je pense, qui puisse ne pas convenir qu'il est de toute justice que l'on fasse é(|uitablement entrer dans la rémunération du travail la considération des besoins du travailleur et des ressources de la société. L'excessive difficulté d'un tel problème, que pourra soûle résoudre une forte et complète organisation de l'opinion publique, ne peut empêclier de reconnaître le principe qui doit en dominer la solution.
Ainsi, qnoi(iiio l'activité industrielle n'ait eu lonf^temps
53à QÏÏAIiliME PARTIE.
qu'un caractère individuel ou domestique, en conséquence de rinstitution des capitauï, elle comporte quand elle est suifiaamment dé? eloppée , le caractère collectif tout aussi bien que Factlf ité militaire. Il s'agit seolement de le reconnaître, car, par suite de son essor tardif, cecaractères'y trouve réellement encore presque méconnu. Mais ce n'est bien évidemment que par le concours de tous , l'effort et la bonne volonté de tous, que le but commun , produire, peut être atteint avec rextension qu'il doit maintenant nécessairement comporter. Et comme tf autres produisent pour lui, c'est pour d'autres aussi que tout travailleur produit En faisant retour sur ses occupations journalières, cbacun ne peut s'empêcher de reconnaître que c'est pour autrui qu'il travaille directement Si, profondément convaincu de cette vérité, tout citoyen y subordonne habituellement sa conduite, si de plus il met ion honneur et sa dignité à ne chercher pour les services qu'il peut rendre que la rénumération qui est vraiment nécessaire à la satisfaction de ses besoins, et laisse le plus pos- Bible pour ceux des autres, l'activité industrielle sera certes éminemment favorable au développement des facultés altruistes, à feasor de la sympathie et de la bienveillance. Et chacun sentant combien il a besoin des autres, et combien leur bonne volonté, leurs efforts et leur zèle sont nécessaires au résultat poursuivi en commun . on verra naître , mieux encore que sous l'activité militaire, la vénération pour les chefs , l'attachement pour les égaux et la bonté envers les inférieurs.
$ I. — Cullure «lirecte éei affeclioni ifinpiUiiquci. — Kéceisilé d'une TeUiion.— Eeliiion poiilife,ow religioii *l« FHuinanUé.— Conclufion.
Mous venons de voir les propriétés morales que comportent la vie privée et la vie publique ; comment elles développent sponHinément l'alti*uisme et surtout comment elles seraient propres à le faire étant convenablement comprises et prati-
quées. Mais, d'après l'extrême importance d'un tel développement tant au point de vue du bonheur individuel qu'à celui de l'entente générale, il vaut bien la peine encore qu'outre cette réalisation indirecte en quelque sorte, peut-on dire, des efforts lui soient directement consacrés. Tel est alors l'objet de la culture par excellence, autrement dit du culte.
Des sentiments existants et profonds tendent d'eux-mêmes à s'exprimer, à se manifester, ce qui réagit sur eux et ainsi les augmente. Les affections sympathiques sont si agréables à éprouver et font naître des émotions si douces que, pour peu qu'on les ait senties, qu'on les connaisse, on est naturellement porté à les rechercher, et à faire ce qui les multiplie et en accroît l'intensité. Ainsi surgit spontanément le culte des affections privées, se continuant après la mort des personnes aimées et résultant de leur souvenir constamment rappelé.
Mais, d'autre part, ces affections ne peuvent réellement suffire à constituer l'unité humaine qu'à la condition d'être regardées comme des degrés nécessaires conduisant à l'amour du plus grand des êtres que l'on puisse connaître, comprendre et par suite aimer. Ce dernier sentiment devient alors comme le résumé et le consécrateur de tous les autres qui en restent les éléments. Sa nécessité est évidente au point de vue individuel; car les affections privées, si puissantes et si multipliées qu'elles soient, ne sont capables ni de satisfaire complètement le cœur, ni de systématiser l'activité, la conduite, dans toutes les circonstances qui peuvent se présenter. Ce besoin de la nature humaine a donc fait surgir successivement les conceptions de la Patrie et de Dieu , auxquelles se rapportaient toutes les actions, se vouait toute l'existence. Mais, par suite des progrès et du développement du sentiment religieux, l'amour de Dieu, au fond inconciliable avec toute autre affection, ne peut pas plus actuellement le satisfaire que le progrès intellectuel permettre un tel amour. Mainte-
ras qmîiiAmii partie.
DantrÊtresiiprêine, tucuiel doivent se rapporter les affections, les pensées, les actes, est FHumanité, L'amour des parents conduisant à celui des prédécesseurs; Famour des frères, des proches de tous degrés, des collaborateurs immédiats, conduisant à cel ui des contemporains ; enfin, Famour des enfants conduisant à celui des successeurs, sont évidemment les éléments mêmes de Famour de FHumanité, en font directement partie; et ce sont les degrés qui mènent à Famour pour l'Être immense, abstrait et collectif, mais réel, qui embrasse et comprend tons les autres. Une telle conception est donc propre à satisfaire pleinement le plus noble et le plus élevé de tous les besoins moraux de la nature humaine, celui qui conduit au sentiment religieux.
Le besoin qui produit ce sentiment est proprement celui d'un centre unique auquel on puisse rapporter toute sa vie : ses pensées, ses affections , ses actions. En ce centre unique, cet Etre suprême, doivent se résumer toutes les croyances, tous les bons sentiments, et 11 doit être le but de toutes les actions. Le dévouement à lui est ce qui met Funité dans la vie, Fbarmonie dans la conduite; alors un retour sur soimême est incessamment possible : retour qui, assurant qu'effectivement Ion est bien dans le droit chemin , engage Irrésistiblement à persévérer, à poursuivre le résultat en f ue, à tendre sans cesse vers un but précis, fixement arrêté, bien franchement avoué par Fesprit et le cœur, sans se laisser distraire ni détourner, sans se laisser rebuter par les olwlâcles, ni décourager par les difficultés.
Le besoin religieux résulte aussi de ce désir intime et profond du cœur humain de se sentir lié , non-seulement à quelques-uns, mais à tous; et à tous, non-seulement dans Fespace, mais aussi dans le temps. C'est le sentiment religieux qui nous inspire ce vif et respectueux intérêt pour nos pi^décesseurs : jamais nous ne les connaissons assez tous ces lïeux qni ont vécu comme nous, souffert comme r.oiis, plus
que nous, et qui, sans nous connaître, ont pour nous tant travaillé ; qui , en résultat de leurs efforts, nous ont laissé tant de trésors et nous ont placés dans des conditions de bonheur bien plus favorables que n'ont été les leurs, mais dont, il est vrai, si peu encore nous savons profiter. C'est aussi le sentiment religieux qui dans nos préoccupations donne tant de place à nos successeurs et pour eux nous anime au travail : pour eux, nos descendants, nos héritiers, mais nos juges aussi ! En toute puissance et en toute compétence prononçant entre nous, ce sont eux qui diront : celui-là fut le bon , celui-là fut le mauvais ; celui-là a bien travaillé, cet autre n'a rien fait ou n'a fait que du mal: qu'il soit donc oublié ! Mais pour celui qui s'est dévoué à nous, gloire à sa mémoire, et béni soit son nom !
Le sentiment religieux, le meilleur et le plus fécond de tous ceux que l'homme puisse éprouver est donc aussi le plus important à cultiver, puisque, résumé de toutes les croyances, de toutes les connaissances, de tous les bons sentiments; résumé de la foi et de Famour, toutes les plus nobles facultés de la nature humaine concourent à le produire, sont actives dans ses émotions et profitent quand il se développe. Or ce qui seul peut permettre son développement systématique, c'est sa concentration sur un Être unique auquel on se soumette et se dévoue; Être d'ailleurs concret ou abstrait, mais qui est nécessairement la plus haute existence connue, l'Être suprême en qui se résument tous les êtres, comme Faffection qu'on lui porte résume celle que l'on a pour eux. Et comme les détails distraient de l'ensemble , les différents êtres particuliers de celui qui les domine et les comprend tous, et, la préoccupation de soi, de celle d'autrui; c'est un besoin et une satisfaction pour quiconque est vraiment religieux de retrouver, à intervalles réglés, les images et les signes qui rappellent l'Être suprême, et, afin de raltacher les parties à l'ensemble, de se
If 'I
|3,g Q'UATRIIM'S PAITIE,
remettre périodiquement en communication avec lui ; enfin, ■de revenir' sans cesse à son étude, pour le connal'tre, l'aimer et le servir de mieui en mieui.
Hais la conception d'un centre unique de toutes les affections et de toutes les croyances permettant la manifestation «I lafilture du ientlment religieux, ne répond pas seulement à un besoin individuel et inégal, très-prononcé chez quelquesuBs, cbei d'autres presque nul; elle satisfait aussi à la plus haute comme à la plus importante et la plus dificile à remplir de toutes les exigences sociales, celle qui les résuma toutes, celle d'une religion.
11 n'est personne qui n'ait entendu dire, et bien peu de gens même qui ne répètent à Foccasion, qu'il n'y a pas de société possible sans religion : car c'est là une phrase à laquelle tout le môttde maintenant applaudit. Et, de fait, l'histoire montre que, si suivant les temps et les lieux les peuples ont eu des religions bien différentes, ils en ont du moins toujours eu. Accompagnée de violents déchirements et de troubles profonds, la disparition d'une religion anciennement Établie a toujours été précédée de ravénenient d'une nouvelle; de telle sorte qu'une quelconque n'a jamais pu être complètement détruite que par celle qui Fa remplacée. Dans ce cas se vérifia donc parfaitement la profonde maxime politique : m »e détruU que ce qu*m remplace; maxime plus applicable à celui-là qu'à aucun autre peut-être. Ce n'est pas sans avoir eu des causes générales et profondes, tenant aux plus intimes exigences de l'organisation sociale que s*est produit ce fait de l'existence constante d'une religion dans toute société; et comme ces causes, qui ont agi dans le passé, subsistent toujours en restant essentiellement les mêmes, elles doivent produire dans le présent et ravenir des effets analogues à ceux que nous montre l'observation des temps aiitérieura U double base, certainement indispensable, de l'existence
MORALE fOSITIVE. 539
même de la société et de toute institution, ce sont d'abord des croyances communes à tous les membres de l'association; puis comme, sans le cœur, l'esprit ne peut suffire à rallier, Il faut encore qu'à une communauté d'opinion, plus ou moins étendue, se joigne un même sentiment pour un Être suprême, pour une puissance supérieure, par tous reconnue, de tous vénérée, et à laquelle tous soient volontairement soumis. C'est alors en son nom que toutes les forces peuvent être disciplinées, tous les pouvoirs consacrés; que toutes les souffrances qui ne peuvent être prévenues peuvent être du moins adoucies et calmées, et que la résignation peut être commandée. En outre, si un tel Être suprême n'est pas nécessairement le but de toutes les actions, c'est en son nom au moins que toute activité peut être réglée.
De là résulte la nécessité d'une religion faisant converger les esprits et les cœurs. Mais ce n'est pas ainsi que cette nécessité est maintenant acceptée et comprise, et, quand on dit qu'il faut une religion dans une société, on n'a généralement en vue que le peuple, les femmes et les enfants, admettant qu'il n'est pas nécessaire que les hommes éclairés la croient et la pratiquent L'observation de leur conduite prouve bien d'ailleurs que telle est la manière de voir même des hommes de notre temps auxquels on accorde généralement le plus d'autorité. Eh bien! c'est là certainement une idée tout à la fois immorale, fausse et superficielle. Sans doute onaditque, si l'on avaltles mains pleines de vérités, il faudrait bien se garder de les ouvrir. Des ménagements certes sont nécessaires ; mais l'excès est maintenant, je crois, plus à craindre qu'à recommander. Et, à vrai dire, ces sortes de vues sont peut-être fort adroites, fort habiles, mais ce sont de petites pensées ; les grandes viennent du cœur! Je rappellerai, à cette occasion, une phrase déjà citée de Condorcet j grand par le génie, plus encore, je crois, par la vertu et la sublime abnégation qu'il a montrée dans le malheur et la proscrip-
Q,II1,TIUÈMB FAirriE.
tioii. « Toute religioD, a-l-il dil, qu'on se permet de défendre » comme une croyance qu'il esl utile de laisser au peuple, ne » peut espérer qu'une agonie plus ou moins prolongée. » Et, a dit un autre homme de génie : « N'est-il pas ù la fois impie » et absorde de soutenir que les lois et les constitutions doi- « ïent être fondées sur l'imposture pour assurer le bonheur n et la tranquillité des horom.es? »
Pour nous donc, nous croyons qu'il faut une religion et qu'il faut aussi que cette religion soit la môme pour tous, qu'elle soit reconnue et acceptée par tous et sur tous en état d'agir. Est il sérieusement possible de ne pas croire que ce soit là seulement l'état normal de la société? Dans son véritable sens. comme je l'ai dît, le dogme de la liberté de conscience ne veut pas dire que tous doivent différer d'opinions et de croyances. II veut dire siuiplement que c'est nue détestable. et impuissante tyrannie que de vouloir par violence imposer des croyances et produire ainsi la convergence intellectuelle. Mais il y a nne autre force dans le monde que la force matérielle et brutale; Il y a une force qui ne fait pas de victimes, qui ne fait que des heureux et qui, sans tyranniser pereonne, peut entraîner tout le monde ; et cette noble force, qui est la force des vrais forts, leur sublime privilège, c'est celle que donnent, l'une à l'autre réunies, r intelligence et la vertu supérieures, entraînant alors les esprits par la démonstration, la persuasion, que la confiance complète naturellement et légitimement La communauté d'opinions par la persuasion et la coniance, non, ce n'est pas un rêve; c'est la réalité du passé, c'estla difficulté do moment, c'est aussi son besoin . Que toutes les bonnes volontés, que toutes les forces travaillent donc à ramener I Que ce soit le but imposé par l'opinion à tous les efforts : car n'est-il pas évident que c'est aussi la réalité de l'avenir? Qui donc , au fond du cœur, peut ne pas le sentir? Et, ainsi que moi, ne le croyez-vous pas? Comme solution du problèine nous présentons donc la re-
MORALE POSITIVE. 5/jj
ligion de l'Humanité, bien convaincus qu'aucune autre n'est possible et qu'elle satisfait parfaitement à toutes les conditions qui doivent être remplies. Son dogme , est , dans la science positive qui entraîne toutes les convictions et fait converger toutes les intelligences, la partie abstraite et rationnelle, soigneusement distinguée, réunie en un système et formant un tout complet : la synthèse spéculative. lie pHucipe fondamental de son régime, c'est, comme il a été expliqué dans la première partie, la division du pouvoir en temporel et en spirituel. Enfin nous avons vu que son culte, sur lequel il me reste quelques explications à donner, était celui de toutes les affections se résumant dans l'amour de I Humanité et le dévouement pour elle.
Le culteest la partie essentielle et caractéristique de toute religion sans laquelle elle n'existe vériteblement pas ; et c'est ui surtout qui rallie autour du centre unique les pensées, les affections et les actes de chacun et de tous, ils avaieui ftien vu le problème de leur époque ces énergiques révolutionnaires qui, il y a soixante ans, ont voulu instituer le culte de a Raison. Mais ils se sont trompés sur la solution. Alors û ailleurs on ne pouvait faire mieux. La culture de la raison est sans dout« nécessaire ; mais elle est dangereuse, car elle mène à rorgueil et à l'égoïsme ; et le plus sûr, pour son succès «ême, c est qu'elle reste indirecte. En effet, n'est-ce pas une des plus belles, comme des plus vraies et des plus profondes paroles qui aient jamais été dites que celle-ci : les grandes pensées viennent du cœur ? Le cœur, voilà donc ce qu'il faut cultiver Le culte du cœur, le culte de toutes les affections . le culte du Dévouement, voilà doçc le culte de l'avenir, voilà ce qu est la religion de l'Humanité, qui a été, je ne dis pas
irr . *'' ^^^'^^'^'^^ P^»- M. Comte : c'est-à-direqu'ayant découvert que cette religion devait nécessairement surgir, un
d^'éteblin ' '''' ^"'^ ^^"^ ^'^' '^ "'"'* immédiatement efforcé
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QBAnutalE PARTI*.
Bien donc de clair, de simple, de facile à comprendre comme la religion de niumanité : et celui n«i dit ne pas U Éomprendre, cest qu'il ne veut pas la comprendre, ou plutôt c-cst qull a ses raisons pour faire semblant de ne pas la comprendre. Cette religion ne suppose essentiellement qu une chose, quelle proclame conime la plus grande et la meilleure aécouvcrte de la science moderne, lexistence naturelle et spontanée des affections bienveillantes. Ny croyez-vous pas? cela admis, elle cultive ces affections par tous les moyens possibles, par les bonnes actions d'abord, ensuite par le souvenir des services rendus qu'elle rappelle incessamment et par rexprossion de la reconnaissance. Et, pour rallier tous les bons sentiments , elle les montre so rattachant à un être unique, abstrait mais réel, le plus grand de tous ceux que l'esprit puisse connaître, et dont la conception est tout à la fols pleine de charme et presque de terreur. Cet être unique, c'est l'ensemble de nos prédécesseurs, de no* contemporains et de nos successeurs, c'est l'Humanité. C est à toutes les bonnes volontés et à tous les efforts qui nous ont précédés que nous devons ce que nous sommes, tous les trésors qui nom entourent, les jouissances qui en réalité pour nous constitueniia vie, car sans ces jouissances elle nous ferait horreur. Ayant tant reçu, neslM:e pas. je ne dis un devor. mais la source de la plus vive et de la plus profonde satisfaction que de connaître à qui on le doit, que dexprimer et de manifester sa reconnaissance et de prendre, de renouveler souvent, la résoluUoo do rendre le plus possible. Que peut-il donc y avoir de plus propre à nous animer au travau pour nos contemporains et nos descendants? Et alors, au bonheur de ce travail en lui-même, au contentement, » l'estime de soi-même qu'il apporte, se joint la P^'^J^^ Joie que comporte ce monde : celle de penser que nous vivrons dans nos successeurs . reconnaissants de "«s eTO comme vivent en nous ceux de no« prédécesseur» que nous
MORALE POSITITS. 5^3
fteèliîiâiâSons avoir travaillé pour les générations à venir. Indépendamment de toutes les représentations personnelles ôt paniôulières que comporte l*Oumanité et qui sont, pour chacun, toutes les personnes dont il a pu directement apprécier les vertus, et recevoir des services, il en est de générales, communes à tous et très-propres à servir à la fois de types et de ralliement. Tels sont les grands hommes. Ce sont eux surtout, en effet, qui représentent l'ïlumanité, ainsi déiiïe dans VEssaisur ta prière de J. Lonchampt : «L'Iluma- • Êité n'est point l'espèce humaine et ne comprend pas » l'universalité des hommes. L Humanité, c'est la mémoire » fles morts inspirant et guidant les vivants : c'est l'ensemble » de toutes les hautes pensées, de tous les nobles sentiments, » de tous les grands efforts rapportés à un seul et même » être, dont cet ensemble forme l'âme et dont les vivants » constituent le vaste corps. » Ceux-là seulement qui ont directement travaillé pour tous, qui ont été assez heureux pour rendre de grands services et être utiles à tous, doivent et peuvent espérer de vivre à jamais dans la mémoire de tous. Mais ces puissants efforts, mis en évidence et rappelant sans cesse les intérêts généraux, n'empêcheront pas de penser que l'immortalité positive comporte tous les degrés; et qu'au moindre de ces degrés, qui est la mémoire gardée, le souvenir après la mort, la vie enfin en ceux qui vous ont éonnu, aimé, estimé, qu'à ce degré encore, dis-je, cette îmmortalité a un prix inestimable, et quelle est la récompense assurée et plus que suffisante de toute digne existence, dfâ toute carrière noblement remplie, de toute vie simplement, mais réellement dévouée; enfin des préoccupations que l'on a eues relatives aux autres, du bien que l'on a fait, du bonheur que l'on a donné.
Ainsi donc la religion positive, c'est la religion de l'Humanité, c'est le culte du cœur, le culte des grands homniel, é'êst radoration du Dévouement. Bien loin qu'il nous fasse
pir, BOUS reussions inventé ce mot d'adoration s'il n'avait été fait Kous adorons donc, et nous adorons qui ont le plus aimé et qui aiment le plus. Mous adorons le Dévouement et le Génie. Hos dieux sont les grands liommes. Cette longue suite de siècles écoulés fournit à chacun supérieurs , modèles et enselgûements. 11 n'est si g»oi, qui n'y trouve plus grand que lui; si malheureux, des malheurs plus tristes, moins mérités, plus injustes encore que les siens ne peuvent l'être; et si tfest alors consolé, il apprendra du moins par de tels «temples la féconde réaction morale de maux inévitables ou d'injustes souihinces, dignement supportées, il apprendra à en tirer profit et surtout à en faire profiter les autres. Et n'est-ce pas un grand motif de résignation, de consolation et d'espoir, que de voir la gloire et la consécration des puissants et des forts n'être jamais que la récompense de leur dévouement aux faibles et de services qui, un peu plus tôt, un peu plus tard, finissent toujours par améliorer le sort des moins bien partagés.
La religion de l'Humanité qui, embrassant et expliquant le passé, découvre l'avenir • est donc ainsi propre, et au plus tout degré, à ralMer tout le monde. Son dogme en peut apprendre aux plus savants : les moins instruits peuvent trèsbien en comprendre et en vérifier les résultats et les points principaux, car la science positive ne fait jamais que systématiser et développer les aperçus spontanés du bon sens filgalrc. comprise et adoptée, il n'y a pas déposition qu'elle rfanélore immédiatement. Heureux I elle augmentera votre bonheur. Malheureux ? elle diminuera, adoucira, calmera ¥08 soilfrances. Comme à toutes les positions, elle convient à tous les rangs. Sans doute, elle a jusqu'à présent rallié plus de pauvres que de riches, mais l'un et l'autre s'y trouvent ; et d'admlmbles traits de générosité et de désintéressement, accomplis dans l'ombre, ont surgi dans son sein. Et sans croire pour cela sa dignité compromise, le savant y rencon-
tve fraternellement l'ouvrier , s'en occupe et le consulte même. A tous donc , je le dis hardiment : si puissants, si grands que vous soyez, en quelque genre que ce soit, étudiez, comprenez notre doctrine et notre culte, vous grandirez encore! Quant à vous qui, par crainte, pourriez être arrêtés, ah I quelque petit que vous vous croyiez, si peu que vers nous quelque chose vous pousse, venez, venez avec confiance : pour vous, pour vous surtout, nous avons travaillé.
Comme tout culte, celui de l'Humanité doit comprendre des prières, des sacrements et des fêtes. La prière, quand elle n'est pas une demande, mais une préparation et une excitation à l'affection et au dévouement, est le souvenir rappelé des services rendus et l'expression de la reconnaissance et des résolutions qu'elle inspire. Les sacrements lient chacun à tous : consacrant, au nom de leur utilité sociale, toutes les phases et toutes les modifications générales et importantes de la vie privée, ils sont une occasion de rappeler les devoirs qu'entraînent pour chacun les circonstances nouvelles de sa vie. Enfin les fêtes religieuses ne sont, à proprement parler, que des prières générales, faites en commun , et aidées par la pompe extérieure. La mémoire rappelée est alors la mémoire de services rendus à tous; et la reconnaissance exprimée est la reconnaissance de tous. Les profondes émotions que produisent de telles fêtes, quand il y a réellement foi et sentiments commuus sont un sûr garant de leur puissante eflîcacité et, par suite, de leur certaine institution.
Dans le culte de l'Humanité, ces fêtes auront d'abord pour objet la célébration de la mémoire des grands hommes, l'étude de leur vie et de leurs services et l'expression envers eux de la reconnaissance publique. Ensuite seront aussi célébrées les institutions fondamentales de la société, dans des fêtes qui seront les meilleures occasions et le plus sûr moyen d'en faire comprendre et sentira tous la nécessité, le but e les propriétés morales.
f eOô m une IndicitioE générale du culte de rnumaulté. Il est clair qu'il suppose des prôtres, te culte iTest évidem. mmi autre chose que réducation et même 1 "«^^"«^^^^ proloufée et se cootinuaot toute la ^'^^ ^^^'^^^^^^^ qui le« ont commeocées à cooiiuuer leurs fouctious eu présl dant à toutei les cérémonies du culte. Pour ^tre couven^^^^^^^^ ment données, réducation et riustructiou exigent la connaissance préalable de 1 homme. N'est-il pas absurde de vouloir modifier sans d'abord connaître? Et comme la connais^ mm de rhomme, qui est le frai but de toute 8<=»^^^«' f "P" pese la plus forte Instruction générale que comporte i epucue. il seosuit que réducatioE et Finstructiou se trouvent ainsi pouvoir et, par suite, devoir être réunies dans les môm« mainsî car il est Indispensable qull eu soit ainsi pour qn% «ISIS se contrarier, elles s'entr'aident mutuellement. Les luiUttttem devenant alors de vrais chefs spirituels seront les ordonnateurs naturels du culte, et leur fonction dans la société sera tf agir sur Thomme en employant les moyens ap* propriés aux différentes époques de sa fie.
Toutp les fonctions qui reviennent normalement aux prêtres, sont actuellement réparties entre trois professions ditfôriiitei : les médecins, les prêtres actuels et les savants, philosophes, professeurs de tous degrés, liais c'est l analyse quand il faudrait la synthèse, c'est la dispersion quand la conwntration neule pourrait aboutir. Lliomme est un et ne p^ui être étudié par parties. 11 n'est pas possible de connaître séparément le corps, le cœur et l'esprit, mais seulement le tout en semble. Aussi peut-on dire que les effortsdes membres ae cw trois professions avortent généralement, ou tout au plus produisept que dlmparfalts et insuffisants résultats. Comment m serait-il autrement? Les médecins n'étudient que le corps
Ot ne connaissent que la bête; aussi s^»«"®^,J'''\2tne les fltérinaires seiiient les animaux, sans * ;^^^^^ l'âme, qui est si souvent la cause de la maladie du corps.
Les prêtres commencent l'étude de l'homme en le disant par lui-même incapable de vertu, et en niant rexistençQ naturelle des affections sympathiques. Enfin les philosophes actuels prétendent étudier l'esprit, mais sans vouloir le chercher là où il est, dans ces sciences quil a créées : aussi leur Impuissance est-elle, peut-on dire, proverbiale \ et leur prétention de subordonner toutes les connaissances réelles auxquelles ils sont étrangers, à de vaines considérations métaphysiques, et à une logique indépendante de toute applic3|r tion est-elle de moins en moins prise au sérieux.
Mais soyez à la fois médecin, philosophe et prêtre, c'est- Irdire, étudiez à la fois le corps, Fesprit et le cœur; et alors, connaissant Thomme, vous pourrez agir sur Thomme; et vous serez un vrai prêtre, comme tel écouté et respecté, non pas des uns seulement, mais de tous : et c'est là le grand point, car c'est évidemment ce qu'il faut pour pouvoir mettre l'accord entre tous. Enfin vous serez un vrai prêtre de riiumanité. Ahl il est difficile, je le sais, mais il est beau d*y arriver, il est beau même d'essayer.
Telle est donc dans toutes ses parties essentielles la religion positive; tels sont ou tels seront son Être suprême, son culte et ses prêtres. Et à elle non plus, autant qu'il en faudra, ne manqueront les martyrs. Par une profonde étude des religions passées, reconnaissant tout ce qu'elles ont eu de |)on, la religion do THumanité se l'appropriera, reprelant un bien qui lui appartient. Et malgré la différence des dogmes, son organisation et son culte se rapprocherontcertainement beaucoup, d'après un même but à atteindre et de» effets analogues à produire, de ceux des anciennes religions, de ceux surtout du catholicisme. Sacrilège I diront les arrié<* I^S; folie ! diront les sceptiques : nous avons la foi, elle trans-
« ' lî est persuadé, dans le fond, que les prôlres sont des imposlcuri et les philosophes des songe-creui. » Le Bevoir^ par Jules Simon, 4« édiiioo, HP 191 (Porirail de rbooiDe du monde).
su» QOlïElfeMB PAETII,
porte les mootagaes; lOis avons ramour, r amour plus puissant que la foi.
Non» afons la foi ; la fol de lotre tenops : c'est-à-dire mu la fol révélée, mais la foi démontréa Savoir c'est prévoir. lA religion de rHumanité, qui est la sublime découverte de la plus liaute des sciences est un fait scientifique, une prophétie de la science. î croire, c'est avoir la foi. Quand nous sommes réunis, jamais entre nous elle n'est mise en doute. sûrs qu'en prenant une époque suffisamment éloignée, cinquante ans par exemple, la religion positive sera partout établie, nous clierclons seulement à deviner et à prévoir les détails secondaires, soit de son établissement, soit de son plus lointain avenir. Surtout nous cherchons à connaître cette époque, certainement prochaine, que nous appelons de tous lOi fœux et de tous nos efforts, où, sans être encore adoptée, elle sert au moins connue ie tous. Mais dix, vingt, trente ans, qui sont tant pour l'homme, qu'est-ce pour l'Humanité î Quel heur, disons-nous, de connaître les premiera la religion de l'avenir, et quel heur ce serait de pouvoir contribuer, même si peu que ce soit, à la faire connaître et à rétablir! A ses premiers apôtres cette joie profonde, ces jouissances infinies, connues seulement de ceux-là qui rendent de grands services et se savent devoir être à jamais bénis par la postérité. Et nous, nous le savons qui elle bénin : « Car de ces hauteurs sublimes , a dit ceM d'entre » nous que j'ai déjà cité, au delà des sombres nuages qui » fi-appenttf aveuglement les démolisseurs du passé et glacent » d'effroi ceux qu'abritent ses ruines, nous découvrons, resi plendissinte de lumière , l'immensité de l'avenir. » Dites, n'est-ce pas la foi , et sans elle peut^n parler ainsi î
Sous avons l'amour, mais quel moment pour lui! partout division, conflit d'intérêt , divergence d'opinions. Entre les campagnes et les villes la différence d'idées, de croyances et de sentiments est aussi complète et tranchée que possible.
MORALE POSITIVE. 5/i9
Dans les villes, les différentes classes, sans s'Inquiéter de l'ensemble, exclusivement préoccupées d'intérêts qui naturellement les divisent, sont par suite divisées d'opinions. Enfin, dans chaque classe, la plupart vivent au jour le jour, concentrés sur leur travail spécial, leurs Intérêts particuliers, ou, disent-ils, ceux de leurs familles. Et pourvu que leurs affaires réunissent à leur gré, ils sont à peu près indifférents à tout le reste, étrangers au passé, ne pensant même pas à l'avenir. Parmi ceux qui, par suite de circonstances plus favorables, ou d'une organisation plus heureuse, donnent place dans leur vie aux idées générales et aux sentiments généreux, le vague et l'incohérence des opinions n'empêchent pas des divisions infinies sur les points les plus essentiels. Les positivistes sont peu nombreux encore, c'est vrai, mais en dehors d'eux il serait maintenant bien impossible de trouver un certain nombre d'individus voulant signer sur les questions qui les rallient une même profession de foi un peu claire et étendue.
Nous avons l'ordre matériel, mais pour combien de temps? Et avec un peu de bonne foi et de clairvoyance est-il possible de ne pas reconnaître que l'anarchie intellectuelle et morale est au comble? Assurément je voudrais bien plutôt calmer et rassurer qu'inquiéter, mais n'est-ce pas la pensée de tous que nous ne jouissons pas d'une tranquillité assurée mais seulement d'une trêve d'un moment? Non, non, quoi qu'on dise et qu'on fasse, l'ordre matériel ne peut être définitivement rétabli , sans que le soit l'ordre intellectuel et moral. Sans doute, tôt ou tard il le sera. Ce n'est qu'une question de moment et d'époque : elle vaut bien quelques efforts, car c'est aussi une question de souffrances, de misères, de larmes et de sang. Je n'ai rien à dire des horreurs de la guerre civile : ceux qui me liront ne les connaissent que trop. De pareilles scènes ne peuvent guère s'oublier : parmi vous qui jamais ne deviez entendre que celui des jours de fêtes, com-
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W,n étaient tremblantes entendant ^l^^^^'^^^^^^l'l lutte se tirer tout auprès. Pendant 1 armistice, que i on « force donc de saccorder; le momept est propice i^ '»;» • aesefforu consciencieux certes »^"''7;' ' ^^ Jf .^^î jownée»qne tous redoutent encore, à tont jamais
clrçient imposSble» ,.„„,=,* tons et ce qu'il a
Les malheurs du temps se font sentir à tous, et ce qu .
de plus pénible, ce ne sont peut^tre pas ^es s^^J^^esjU^^
lentes, mais, au moins, espacées 4 ongs •"'; ;^»^ Jj,*^^
. : o.nc nAn*^irer dans les fam I es, ne peut être clans la «ion, sans pénéirei f ^"' f ' ' pdété; et maintenant il est permis deaireque s.Btlaspl.sdivIsée.IK>o.in^ gères à 1 ins rnction s€ i cuti li que, anx ^^'^•^^"'^'J' ^.^ gnemealderactivilélodostneU^^^^
.« apciennes croyances ^f^^Z^^^^^ et
prDfepdémeni incompatibles ^'^^'^^^^^^^ ^^^^^ on
de 1» société. Saosdoote, sans croire ^^^.""^"^f "^^^^^^^^ pe^iencore .aimer et .ivre ensemble. Mais. s. ^^^^^^^ Lt aloni Dien pins difficile ; et à dire .m H n y * P^s d n nion nui ne perde à la différence de croyance.. Celle qui^ont cependant intimes et lienrcuses le seraient, *» f ^^^en môme, encore bien davautage. P dans les autres, combien ilors de difficultés ne se seraient produites, ou, aiiftoi ^.
eussent été aisément aplanies 1
ies femmes senient bien instinctivement qu elles ont dan, 1» famille un autre rôle à remplir que calai de "^J«^^^^^^^^^^^ que la communauté de religion est la bi^e nécessaire de leur influence sur rimmme. Mais l impuissance ^omplèt^^^^^^^ eforts ou la froide adhésion qu'elles obtiennen ^^^"^^^^^ feulent attacherou ramener les Hommes, lesmeilleurs même?, mx anciennes croyances , doivent bien leur faire comprendre qi^ni y n li Pae 4i»culté qui leur échappe, et u»e faUlite pi s'oppose h Faccoiiîillpement de ce qu>nt (Je lefttime leoff vœux et leurs û^^^x^*
MORALE POSÎTÎVB. §51
Ah ! Je le sais, venir à une nouvelle religion est diffirJle, et il a été dit : « Les femmes doivent marcher modestement der* » rière le convoi des no\ aieurs, dussent elles mêmey perdre un » peu de leur élan. » Mais Texemple a été donné, et il n'est plus maintenant question d'être ni la première ni la deuxième, etc., positiviste. Et quelles que soient encore la réserve et les hésitations des femmes, tenant surtout d'ailleurs à ce qu'elles ne connaissent pas, il est certain que ce n'est plus la religion du passé, mais seulement celle de l'avenir, qui pourra, dans une môme foi, les réunir aux hommes.
Et quelle objection peut-on fa're, à notre religion ? La foi positive, dira-t-on peut-être, n'éclaircit tous les doutes, ni ne répond à toutes les questions, ni ne satisfait tous les désirs. I^es questions auquelles ne répond pas le dogme positif, il les démontre, je répète le mot, il les démontre oiseuses et insolubles. Ce qui est pris pour une solution n'est qu'une réponse illusoire, une création chimérique, un jeu d'imagination, qui déplace la difficulté sans lui faire faire un pas : quand ce n'est même, à vrai dire une conception contradictoire. Mais tout ce que suppose et admet la religion de l'Humanité est irréfutablement démontré. Nous mettons qui que ce soit au défi de cpntredire aucun des points essentiels de son dogme, et d'apporter contre eux une seule preuve. Sans doute les démonstrations sont de nature différente, suivant la nature différente aussi des phénomènes et des propositions à démontrer : mais elles sont toujours sûres, et ont toute la sûreté que comportent les s^enoes mathématique^ astronomique, physique,cfnmîque,bittlogique, sociale et morale, toutes positives maintenant. Quant aux désirs que la religion positive ne satisfait pas, je ne veux pas dire tant pis pour qui les a, mais tant pis pour ces désirs. Le dévouement d'abord porte en lui-même sa récompense; et si, outre l'estime et l'affection de ceux qui pourront être directe- IPiflt l'objet du vôtre, lesouvenir, la vie en ceux qui vous auront connus et vous survivront, ne vous paraissent suffisants pour
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VOUS porter au bien, m service d'autrui, je n'ai plus que ceci à ïous dire : j'ai écrit pour d'autres. Moi, oui, direz- vous peutêtre, mais les autres , non. Ab ! de l'un à l'autre la différence n'est pas aussi grande que souvent l'on est tenté de le croire, et, sauf de rares exceptions en bien et en mal, à quelques nuances près, nous nous valons tous, ou peu s'en faut Espérez donc que ce qui suffit à vous, suffira aussi aux autres. La seule objection solide contre notre religion est donc qu'elle est nouvelle, que c'est du nouveau, un nouveau syslèfïte. Mais comme il est clair qu'un nouveau système est absolument nécessaire, et que le» anciens ne répondent plus aux besoins actuels, ce ne peut être un motif de la rejeter. Tout mon premier chapitre le prouve : ce n'est pas des grands, de ceux an moins qui le sont officiellement, qui ont les places, en quelque genre que ce soit, les honneurs , les traitements , ce n'est pas de ceux là, dis-je, que l'on doit attendre rexemple^ Avec les paysans, comme l'indique leur nom, les derniers payens furent les sénateurs et les philosophes du temps. Que l'on juge donc par soi-même si l'on ne trouve pas pins sûr de se laisser aller à la confiance envers ceux qui se montrent tout entier, abordent de front toutes les questions , n'ont pas de point réservé, d'arrière-pensée, et se font connaître à fond; envers ceux qui vous convainquent de leur in- Ifilligence, de leur droiture, de leur vrai dévouement Qm l'on ne s'effraye pas trop de ne pas faire comme les autres. Quand ou sent que Fou fait bien : que la confiance, l'abnégation, le dévouement, tout ce qu'il y a de beau en ce monde, inspire, domine la conduite, on se trouve des forces dont on
'ne se doutait pas.
La confiance est volontiers maintenant tournée en ridicule , et trouvée dégradant©; mais, je l'ai dit, c'est aux uns et aux autres Seulement qu'on la donne, car sans elle on ne sait rien, ni ne peut rien apprendre. Et quel intérêt n'a-t-on pas à s'éclairer î Comme les mauvaises, les bonnes passions sont
MORÂL£ POSITIVE.
aveugles ; et en aucun genre le désir de réussir ne suffit au succès. Qui veut la fin , sans doute veut aussi les moyens : mais, les moyens, il faut les connaître. Telle est alors la part de l'esprit, son rôle, sa fonction : indiquer, diriger les efforts à faire pour atteindre le butdonné par le cœur. Et un des plus tristes spectacles que nous offre ce temps , est de voir une immense bonne volonté n'arriver qu'à d'insignifiants résultats si différents de ceux que, mieux éclairée, elle pourrait produire.
Sur le passé, quel amer retour les femmes ont à faire, et quel enseignement ne leur donne-t-il pas? N'ont-elles pas su, ces premières chrétiennes, abandonner pour celle de l'avenir, la religion de leurs pères, et entraîner par leur exemple, fils et époux? Quelle existence de femmes peut être aujourd'hui comparable à celle de Pulchérie , de Monique, de Clotilde, de Bathilde et de tant d'autres? Cette profonde influence moralisatrice sur les fils, les frères, les époux, le père même; cette foi commune; ces vies qui n'en font qu'une, n'est-ce pas là ce que doit être l'ambition de la femme? Que n'est sa mère pour saint Augustin? Ayant part à tous les entretiens, c'est d'elle que viennent les plus justes remarques, les réflexions les mieux placées et les plus profondes. m Je n'eus, nous dit son fils, dans le Livre de la vie heureuse^ m pas peu de plaisir de voir que ma mère eût trouvé plutôt • qu'un autre, ce que j'avais recueilli de plus solide des m livres des philosophes , et ce que je m'étais proposé de » ne dire qu'à la fin. » Et, dans ses Confessions : u Lorsque n nous vivions tous ensemble, après avoir reçu le baptême, » elle eut autant de soin de nous tous que si nous eussions » été tous ses enfants; et elle eut autant de soumission pour » nous tous que si chacun de nous eût été son père. » Aussi, quand elle vient à mourir, comme est sentie la perte de cette mère sublime, admirable modèle des vertus de la femme ! Sa religion lui défend de lapleurer, et il nous tracealorsl'émou vaut
$1 douloureux tableau d'une lutte affreux entr© m tepdresga
et ^ toi récoltante. |1 ne aoit pas la pleurer, il ne doit pas même êtrp all|%é de sa perte : « et je sentais comme déchirée, » noup dit-il, cette vie composée de la sleiïue et de la mienpe » qui auparavant n'en faisait qii'une. » Il ^'efforce de cro!?*e qu'il p'i jpas à répandre de larmes ; à tout jamais le seul réçll de cette vie, de cette mort admirable, m fera verser, PI paintenant, justement associée, par rUumanité,àlaglQirç fie son fils, Monique partage avec saint Augustin la vénération et les hommages de la postérité reconnaissanle.
$k l II, après tant de merveilles de l'amour, ces progrès sf vantas et dont nous sommes si fiers ne devaient plus poijf Ifilsser que la froide entente, raccord intéressé, difficilement nalntepu et, dans combien de casl si fréquemment troublé 5 oui, Ton serait justement tepté de les maudire : et périsse I| science si elle cbasse l'amour I Sur le seuil du blasphème qu'op s'arrête cependant : la science au jour où nous sommes est la reine du monde , et contre elle la mauvaise bumeur est impnissamte parce qu'elle est égoïste ou sinon bien aveugle. La ^icknce brjse qui lui résiste, dédaigne les attaques et pours|iit son chemin sans seulement y répondre. La science! e'est |t force iiipr^me, la puissance dernière des sociétés modernes. Rien qp peut prévaloir contre elle, et, content ou mécontent, il faut que devant elle on s'incline et se courbé.
Mais qui ne sent au fond de Fâme que cette fatale oppolltiOQ de l'esprit et du cœur ne peut être que la difficulté, la crise d'un moment? Nop, non , la science ne chassera pas Famour. Bien au contraire, l'étudiant lui-môme, elle l'augmf niera, e}le le multipliera, et, se mettant à son service, elle lui donnera ainsi des forces infiniei Inconnues au passé.
Pour hâter ces beaui jours qui viendront, c'est sûr, un effort est 4 faire. Que les femmes nous aident donc, Je ne dis pas plus que nou^, malf pmme nouf , ni les désîrentef||p pas? Nous faisons ce que nous pouvons : qu*elles y mettent
do leur. N'est-ce pas leur parti celui de ceux qui disent : une même religion pour la mère et le fils ; une môme religion pour le père et la fille; une même religion pour la femme et le mari , pour le frère et la sœur; c'est la vuo de 1 esprit, c'est la loi du progrès, c'est le cri du cœur! Qu'à cette œuvre sainte soit donc vouée notre vieî... en tant qu'elle dépend de nous 1
Ange, auquel le bonheur qui me fut donné, a voulu que je pusse dédier ce livre, ta courte existence n'a pas été perdue, en vain tu n'as pas aimé. Plutôt par la suite, il est vrai, que sur le moment, mais les encouragements et les prières de ta douce affection devaient porter leurs fruits. Alors qu'entièrement dépendant des autres, en dehors des lois, des besoins, de ma nature, il me fallait étudier; alors que refoulé, comprimé et raillé dans mes plus nobles désirs, je ne savais, passivement résigné, qu'attendre des temps meilleurs et espérer en eux; alors tu m'écrivais : u Je demande pour toi » au bon Dieu le courage et la force morale aux choses de la vie » et au travail. » Ah ! pour arriver où je suis, du courage et de la force morale aux choses de la vie et au travail, plus qu'il ne paraît peut-être, il m'en a fallu. Mais ce que j'en ai eu, ce n'est pas le bon Dieu, c'est ta prière, toujours rappelée, toujours présente; c'est toi, type adoré d'abnégation, de dévouement et de pureté, qui me l'as donné. Toi ! malgré la mort, consolatrice chérie de mes longs jours d'isolement, de travail et de souffrance, et seule consolatrice! Enfin, le plus difficile est fait ; grâce à toi, j'ai pu le faire; et les services passés de ta sainte prière m'en assurent pour l'avenir l'inépuisable efficacité, qui, je te le promets, durera autant que ma vie ; et peut-être lui devrai-je ma mémoire, où alors tu auras ta bonne part; car, heureux croyant d'une foi plus savante et plus pure, c'est de toi que j'appris à dire :
J'ai bien peu de foi , mais je donnerai tout ce que j'ai de vie au monde pour que tous en aient autant que moi.