‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 41 sur 59 · QflATRlÊMB PARTIB · texte numérisé non relu

QflATRlÊMB PARTIB

E'eo devient que plus sûremeot une source inépuisable de cliagrin ci de malheur. Le mal reconnu sera plus facile à guérir et le danger Indiqué pourra être évité. Et comme l'égoïsme en fin de compte nuit à tout le monde, soit à ceux qui font sentir le leur aux autres, soit à ceui qui sont directement victimes de Fégoïsme des autres, les parents, comme les enfants, y gagneront. Sans doute cette décomposition si réelle et si profonde du sentiment paternel aura surtout pour plus important effet de prévenir et d'éclaircir les relations de famille , difficiles par elles-mêmes ; mais quelque parfaites qu'elles soient spontanément, Il n'y en a pas qu^elle n'améliore

ccrtaioement.

La part de Fégoïsme dans le sentiment pour les enfants est donc, je pense, suffisamment mise en évidence par les preuves qui viennent d'en être données et que chacun d'ailleurs pourra aisément compléter par ses propres observations. Mais Fadmîrablc propriété do la personnalité qui fait toujours le fond du sentiment paternel, c'est d'être éminemment propre à exciter dans Fhomme, pour ces mêmes êtres qu'il sent ainsi lui appartenir, des affections sympathiques. Ces réactions altruistes de plus en plus énergiques par suite du progrès hamaio, concourent, avec Fintervention sociale, dont la nécessité et la légitimité deviennent promptement évidentes, à modifier constamment les relations domestiques. La constitution aetuellc de la famille se trouve être ainsi, par Féncrgie des affections qu'elle fait surgir en conséquence de leur concentration, le meilleur résultat et comme le résumé de l'ensemble des différents progrès,

A Forigioe de la société, on voit partout Fhomme primitif pos'-esseur, au même titre et au même degré, de ses femmes, de ses enfants, de ses esclaves et de ses troupeaux. Mais, la civilisation surgissant et se développant, l'opposition se montra bientôt entre l'appropriation des enfants et les itilértte géorraux. Quoique l'omnipotence patornflle reslùt tou-

jours reconnue par les lois, l'Opinion alors intervint : Parents, dit-elle d'abord, vos enfants sont à la Patrie avant d'être à vous ; et c'est pour elle, en vue d'elle et non de vous que vous devez les élever. Plus tard, lorsqu'elle eut des représentants reconnus par tous, lorsque le prêtre également respecté des parents et des enfants devint entre les uns et les autres l'arbitre naturel, son langage fut plus précis, son intervention, plus efficace. Parents, dit-elle alors, vos enfants sont à Dieu avant d'être à vous; et si par malheur vous vous placez entre Dieu et eux, c'est, se détournant de vous, à Dieu qu'ils doivent aller. Être à la Patrie, être à Dieu, pour les enfants c'était être à eux. Et appliquant à ce cas son admirable propriété d'être contre les forts la protection des faibles, la civilisation apporta la notion des devoirs des parents envers les enfants si profondément étrangère à toute société naissante. Je ne veux pas placer ici les atrocités que les peuples sauvages ou barbaresse sont cru permises contre leurs enfants. Il y a là-dessus dans Locke quelques pages qui impressionnent douloureusement, mais sont instructives et curieuses. En s'en tenant à ce que tout le monde sait : la destruction des enfants mal conformés, le droit de vie et de mort que les Grecs et les Piomains avaient sur leurs enfants, ont disparu dans les sociétés modernes, et la seule pensée en fait horreur.

Ainsi donc le sentiment des parents pour leurs enfants, n'est pas, tant s'en faut, le sentiment naturel de l'homme primitif, mais c'est ce sentiment perfectionné par tout notre passé de civilisation . perfectionné par l'influence moralisatrice de la patrie grecque, surtout de la patrie romaine ; et perfectionné bien plus encore par le christianisme occidental qui lie chaque homme à Dieu plus étroitement que dans l'antiquité le citoyen ne l'étaità la Patrie, etqui sépare les pouvoirs temporel et spirituel.

Mais ce sentiment, si amélioré déjà, ne comporte-t-il plus de proîTr'"<? ot peut-il être livré à lui-môme sans danger pour

il» QDATRIÈME PARTIE.

la famille eie-môme, sans danger pour la société? Non, ion, le fond des passions reste toujours le même; et sans une surveillance et un frein continus, l'égoïsme primitif et fondamental tendra toujours à se faire sentir et à se satisfaire le plus possible.

Le dévouement à la famille est maintenant le mot à la mode, Il est dans toutes les bouches; et combien de parents le répètent à tout propos I Mais que de fois n'est-il mis en avint que pour donner une apparence de vertu au plus vulgaire égoïsme, généralement même à la cupidité proprement dite ! Et il est vrai de dire que toutes les indignités qu'on se croit permises maintenant au nom de la famille et qui se commettent le front haut, expliquent, si elles ne les justifient, les attaques dont en ces derniers temps elle a été l'objet.

Dans l'état actuel de la société, de nos opinions et de nos Hiœurs, il doit arriver habituellement que, d'après l'influence Il puissante, si Irrésistible presque, des parents , les enfants entrent dans leurs vues, et que la famille produise par la liaison intime de tous ses membres une unité très-compacte. SI personne n'y est sacrifié, si les vues généreuses et désintéressées ne le sont aux vues étroites et égoïstes, cette union est aussi légitime et honorable qu'avantageuse même à la société. Mais ce ne peut être bien évidemment qu'à la condition que les membres de la famille soient unis pour la servir et non l'exploiter. SI la société peut et doit même être conçue comme ayant pour but de donner à tous les douceurs du foyer domestique, il n'en est pasiioiis vrai, cependant, que la famille n'existe que par la société, et ne doit exister que pour elle, et en vue d'elle. Le véritable but de son Institution est de mettre l'homme en état de mieux servir la société, qui deviendrait Impossible si chaque famille, sans se préoccuper des autres, sans s'inquiéter de leurs besoins, necherchait que son avantage, et qu'à procurer le plus possible les satisfactions personnelles de ses membres.

Mais un plus grand danger encore de la famille, c'est, quand rentente ne s'y établit pas, de mettre les faibles complètement à la merci des forts. Parmi les résultats différents qui se produisent alors, une carrière imposée est certainement un des plus douloureux et des plus funestes à la société. Tout homme lui doit un travail utile en rapport avec ses goûts et ses moyens. Bien remplir une fonction qui convient et dont on sent l'importance et la dignité, s'acquitter conciencieusement, de son mieux, d'une besogne que l'on sent que l'on fait bien, tel est certainement le cas normal et la véritable position d'un digne citoyen. Et telle est aussi l'une des conditions essentielles du bonheur. Il est clair que la carrière choisie dépend des ressources que Ton a à sa disposition au moment du choix. Si donc, par suite de leur propre convenance, à cause d'un abord plus facile, à cause de l'éclat, ou du brillant de la carrière, des parents, pouvant le leur éviter, laissent leurs enfants à un travail qui leur déplaît , à des conditions d^existence qui leur sont pénibles, qui peuvent même leur être odieuses, quoique cependant convenant à d'autres, ces enfants ne sont-ils pas sacrifiés, exploités? Estce là du dévouement? Est-ce même le devoir? et cela n'arrive-t-il jamais?

Et si, pour influencer le choix des enfants et pour les déterminer à accepter leur position, les parents leur en ont fait valoir les avantages matériels et personnels, leur recommandant de ne penser qu'à eux, de ne pas s'inquiéter des autres, de chercher à se faire une position là où elle est plus sûre et plus facile, voulant même qu'ils y sacrifient leurs goûts plus modestes, leurs idées, leurs convictions, leur bonne volonté de travail profond et dWorts sérieux, n'est-ce pas là s'efforcer de corrompre?

Rien de tout cela n'est impossible et n'est sans arriver. Mais comme c'est très-contraire aux intérêts de la société. Il est alors de son devoir d'intervenir. Et elle doit le faire

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maiûteiiant, comme elle a dû le faire diuis le passé, comme elle defra toujoers le faire. Parents, a-t-elle à dire, vos enfants soot à moi avant d'être à vous; c'est pour mol, en vue de moi et non de vous que vous de?ei les élever. Prenez garde que, dans la direction que vous voulez leur donner, que dans le travail que vous exigez d'eux, ou auquel vous les condamnez, ils n'aient lieu de s'apercevoir qu'à vos propres convenances vous sacrifiez les miennes, qu'à vos propres intérêts. à votre égoîsme enfin, vous sacrifiez les intérêts généraux, outre le bonheur de vos enfants. Prenez garde de vous placer entre eux et leur devoir, ce devoir qu'ils sentent résulter pour eux de leurs aptitudes, de leurs goûts, de leurs moyens ; car alors, les forçant à faire retour sur vous-mêmes, ils no pourront croire ni à votre dévouement, ni à votre tendresse, ni même à votre vertu. Prenez-y garde, enfin, car alors ils devront, se détournant de vous, aller à ce devoir où ils sentent que leur conscience les appelle.

Tel est certainement ce que la société est en droit de dire aux parents; et c'est trop son intérêt pour n'être pas son devoir de le faire. Qui ne frémirait presque à la seule pensée que des parents plus inflexibles et puissants que n'ont été les leurs, auraient pu empêcher de surgir Molière et Voltaire!

Sans doute Finterventlon de la société dans la famille est consacrée en principe par la législation, qui, sous la garantie de peines niatérielles, impose des obligations aux parents et pose des bornes à leur autorité. Mais flnsufiSsance d'une telle Intervention , qui ne peut s'appliquer qu'à des déviations exceptionnelles et qui punît sans jamais prévenir, est, dans ce cas, plus évidente encore que dans aucun autre. Il en est de même du contrôle de l'opinion , à laquelle doit nécessairement le plus souvent échapper une conduite habituellement Ignorée et ne comportant d'ailleurs presque aucune prescription i m médiate et directa De là résulte donc, comme le prouve robservation du passé, que la seule intervention

qui puisse être réellement eflTicace pour régler les relations domestiques, est celle du prêtre, c'est-à-dire du pouvoir spirituel. Celui-là seul qui fait autorité pour les uns et les autres, et qui est regardé par tous comme le représentant, l'interprète, de la vérité, delà justice et de la vertu; celui-là seul, dis-je, est en position d'intervenir entre les parents et les enfants , de faire reconnaître à ceux-là les limites des droits qui résultent pour eux des services rendus, à ceux-ci la conduite que leur prescrit le devoir. Quand la divergence existe dans la famille, quand une telle intervention n'est pas possible, quand celui qui fait autorité pour les uns est sans influence sur les autres, les relations domestiques sont alors livrées à tous les dangers et à tous les abus qu'elles entraînent spontanément. Mais une telle situation ne peut être évidemment un état normal et régulier; et, comme je l'ai dit dans la première partie, le règlement des relations domestiques est une des fonctions les plus délicates et les plus importantes du pouvoir spirituel, élément essentiel de toute société réellement organisée.

Telles sont donc, avec leur imperfection, qui est à vrai dire, la source essentielle de leur puissance morale, les liens conjugal et paternel Ce sont eux surtout, en effet, qui mettent en évidence la puissance des instincts égoïstes pour faire naître et développer les penchants altruistes. Sans sa source personnelle jamais le dévouement 1 un pour l'autre de l'homme et de la femme et des parents pour les enfants n'aurait pu devenir aussi réel, aussi profond, aussi commun qu'il l'est actuellement, et les progrès de la civilisation tendent constamment à le rendre plus pur, plus désintéressé, au plus grand avantage des uns et des autres.

Quant aux relations filiale et fraternelle, elles sont complètement involontaires et ne produisent qu'une liaison purement sympathique, aussi , bien moins profonde en général que les précédente??. Mais les services rendus, une vie coni-

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mine, une connaissance intime et la concentration affective sont éminemment favorables à Fessor des sentiments altruistes, heureusement placés ainsi au début de la vie. Dans l'éducation morale que donne la famille, la vénération filiale, puis la paternité font sentir la continuité en liant le présent au passé, puis à Favenir. Quant à la fraternité, qui devient le meilleur type des relations universelles, elle dispose à sentir la solidarité. Chacune d'elles devant avoir pour but et pom* effet do moraliser Fautre^., la vie privée prépare ainsi fhomme à la vie publique, dont II noua reste à reconnaître les propriétés morales , c'est-à-dire Faptitude à développer faltruisma^

§ 3. — Propriéléi inora!©! iê la 1 1« puWlquc. — Double devoir de loul citofen.— Ibéorle poiilive de la propriété.

Comme déjà j'ai eu occasion de le dire, la vie publique a

des inconfénieats et des dangers qui lui sont propres; mais elle comporte aussi d'éminentes propriétés morales qui, reconnues et comprises, en seront par cela même de beaucoup augmentées. Quelque folle idée que l'on puisse se faire de son importance et do sa puissance individuelle, il n'est guère possible que la vie au dehors le fasse profondément sentir le besoin des autres, et la nécessité de leur concours pour arrifep au moindre résultat. Ce sentiment, et les liaisons qu'établit nécessaîrement la vie active sont très-propres à faire maître et à entretenir la bienveillance et la sympathie pour d'indispensables coopérateurs.

Toute l'existence même de la société repose sur la division du travail et la coopération. Telle est la double condition fondamentale de la production qui permet de satisfaire aux besoins de tous. Elle suppose donc des individualités distinctes ayant chacune leur part dans le travail divisé, et la convergence de toutes ces Individualités vers le but commiiB. Mais cette con? «rgince ne peut s'établir que par les

soins continus d'un organe propre, dont la fonction spéciale est de le produire. Tel est le rôle du gouvernement. • Il en résulte pour tout homme, pour tout citoyen,^ un double devoir, aussi important à remplir bien et complètement au point de vue de son propre bonheur qu'à celui du plus grand avantage de la société. Il lui doit d'abord un travail spécial en rapport avec ses ressources, ses goûts et ses moyens. Et, consciencieusement rempli , ce travail lui donnera le sentiment de sa valeur et de son utilité, ce qui, répondant à un de ses plus nobles besoins , sera pour lui la source de la plus légitime satisfaction. Mais, si bien qu'il s'en acquitte, sa fonction spéciale n'est pas tout ce qu'il doit à la société. Ordinairement, en effet, nielle n'emploie ses plus grandes forces, ni elle ne satisfait ses meilleurs instincts. Absorbé dans son travail du jour, qu'il ne peut même alors apprécier à sa juste valeur, et que par suite il fait moins bien , car il le fait avec moins de goût; étranger à ce qui se passe autour de lui, à ce qui a été avant lui, à ce qui sera après lui , le comprenant à peine et seulement d'une manière vague et confuse; est-ce là la vie d'un homme? Il suffit d'en tracer le tableau pour qu'on sente aussitôt, qu'ainsi bornée, elle constitue une dégradation intellectuelle et morale, rétrécissant également l'esprit et le cœur, et tendant à atrophier le caractère.

Mais la spécialisation exclusive de l'individu n'est pas moins directement nuisible à la société qu'au citoyen lui-même. Chargé de pourvoir aux intérêts généraux et responsable envers tous de leur bonne administration ,' le gouvernement doit empêcher toute action particulière qui tendrait à troubler Tordre général, ainsi que protéger, exciter et diriger, tous les efforts qui, d'accord avec lui, accroissent, ou contribuent à accroître, en un genre quelconque, les richesses communes. Nous avons vu que l'existence sociale comporte réellement, que ce soit ou non reconnu, et qu'ils soient ou non

S34 QDlTIIÈMfi FAnTIE.

Officiellement séparés, deux pouvoirs distîncts, r un temporel, Faiitro spirituel. Dans les ûmz pouvoirs , Topinion publique joue un rôle fondameatal, car elle est à la fois le guide etle régulateur du premier, et elle constitue toute la force du

second.

M â Fépoque de civilisation où nous sommes, a-t-il été dit »i dans une circonstance solenoelle, c'est Topinion publique I» qui toujours remporte les dernières victoires. » Parole profonde, dont la portée méritait d'être plus remarquée qu'elle lie l'a été. cette force de l'opinion , ainsi reconnue et proclamée légitime , puisqu'elle est indiquée comme la conséquence naturelle et nécessaire du progrès, de l'état avancé de civilisation, eEtraîne évidemment, quoique implicitement, la reconnaissance do droit, ou plutôt du devoir, de tout citoyen de contribuer à la former par son approbation ou son blâme. 11 le fait alors plus ou moins suivant l'autorité que sa conduite, ses connaissances, son Intelligence, la considération dont il jouit donnent à sesjugements. Certainement, celui qui se sent Incapable de juger et qui ne trouve autour de lui personne lui inspirant assez de confiance pour qu'il en accepte les jugements doit alors s'abstenir; mais certainement aussi celui qui juge et que des considérations personnelles, la crainte de compromettre ses intérêts privés, empêchent de manifester son opinion, certainement celui-là, dis-je, sent bien au fond du cœur que sa conduite le dégrade, et que justement 11 perd la considération

de ses concitoyeni.

mais ce ne sont pm seulement, tant s'en faut, les mesures politiques qui affectent les intérêts généraux et peuvent contribuer ou nuire au bien commun. Les idées mènent le monde, et il n'y en a guère d'un peu importantes qui puissent se répandre sans avoir une influence bonne ou mauvaise, quoique d'ailleurs plus ou moins directe ou éloignée. A l'harmonie générale, au commun accord , chacun est trop in-

téressé pour que ce ne soit un devoir pour lui d'apporter à ces idées s'il se sent capable de les juger, soit directement par lui-même, soit indirectement par suite de sa confiance en d'autres, ou l'appui de son approbation , ou la défaveur de sa désapprobation. Ce devoir d'ailleurs est étroitement lié à la satisfaction de l'un des plus nobles et des plus impérieux besoins de la nature humaine, celui de se reudre un compte quelconque de Tordre qui nous entoure et nous domine. Et les idées nouvelles ou anciennes qui tendent directement à expliquer età modifier l'ordre social et moral, ayant un intérêt et une importance majeures, en même temps que ce sont celles sur lesquelles une certaine compétence est la plus universelle, les approuver ou les désapprouver se trouve par suite constituer la partie la plus importante de la fonction par laquelle tout citoyen concourt directement au maintien ou au rétablissement de l'ordre général. Alors, soit que, par suite de ses propres forces, on sente directement la moralité et la portée de telles idées, soit qu'on les adopte parce qu'elles sont celles de ceux que l'on juge plus en état de les apprécier, plus capable que soi et que tout autre, l'obligation de les appuyer, de leur donner la sanction de son adhésion, devient plus précise et plus

étroite.

Dans l'application , l'importance de cette fonction et la réalité de cette obligation deviennent bien évidentes si l'on fait attention que c'est l'opinion publique qui constitue la véritable sanction de la morale, la législation ne pouvant jamais que réprimer les écarts exceptionnels et extrêmes. La crainte du mépris des autres, le besoin de leur estime, de leur considération sont, comme je l'ai tant dit, comme c'est d'ailleurs évident, des sentiments bien profondément enracinés dans la nature humaine et puissants sur elle. Au temps même de la foi la plus vive , les prêtres les plus écoutés , les plus respectés se sont trouvés impuissants à empêcher les

I2# QOâlIliMC PAITIE.

dnës et les tournois alors approuvés par les préjugés de

Sans doute, tant que Poplnion n'a pas de représentants sjstématiques, son influence reste insnffisante ; mais toujours 68t-ll qu^elle est alors^ spontanément le régulateur de tous leS' pouroirs, de tonteS' les forces, et par suite la protection des faîUes contre les forts. Comme elle est l'ensemble du jugement de tous, c'est donc le droit et le devoir de chacun d'y apporter son jugement particulier, comme aussi iapart d'influence et d'autorité dont il dispose. D'autre côté, le blftme ou Tapprobation des autres, dont les actes se jugent bien plus sûrement que les siens propres, a nécessairement la plus heureuse et la plus puissante influence sur la conduite personnelle. Tout le monde, en eflet, sent bien que la morale doit être la même pour tous, et que Fon ne peut se permettre ce qu'on blâme chez les autres, ni blâmer chei les autres ce que soi-même Fon faii Telle est donc la source de la puissante réaction morale du jugement des autres. Quant à la condition de celui-cirelîe est évidemment une doctrine précise et sinon complète, au moins suffisamment étendue et consistante. En outre, pour qull y ait véritablement opinion publique, il faut qu'un acte, une conduite, soit généralement, et presque unanimement, jugée, appréciée de même. Or ceci exige évidemment qu'une telle appréciation ne soit que l'application de principes communs, d'une doctrine incontestée, universellement comprise et admise. C'est donc pourquoi la force morale de l'opinion n'a pu manifester qu'au moyen âge toute Fellcaeité sociale qu'elle comporte : alors, tous croyant à la même foi , recevant la même instruction et étant soumis à la même morale» le moindre vassal , le serf même, pouvait et devait, à l'occasion, juger la conduite du plus puissant seigneur; car, si celui-ci était excommunié, tout le monde appelé à appliquer la peine devait comprendre la faute et la Justice de la punition*

Ainsi le double devoir de la vie sociale est donc d'abord de remplir consciencieusement une fonction spéciale ; puis d*adhérer franchement et loyalement à tout ce que l'on reconnaît tendre à maintenir ou à augmenter l'harmonie universelle, Fentente et le bonheur de tous, comme aussi de blâmer tout ce qui peut y être contraire. Or il est clair que cette dernière activité, qui n'est pour tout citoyen que Fapplication de ses idées générales et de ses sentiments généreux, doit réagir sur eux et qu'elle tend directement à les entretenir et à les développer. Et s'il était bien nettement reconnu et compris qu'elle constitue un devoir, il en résulterait pour tous un puissant stimulant à se mettre le plus possible en état de le remplir. C'est d'ailleurs ce que chacun peut toujours faire à un certain degré quoique sans doute plus ou moins complètement, suivant que le comportent des forcesintellectuelles et morales naturellement très-inégales et des circonstances plus ou moins favorables. La vie publique, à ce point de vue déjà, est donc certainement très-propre à continuer le développement de l'altruisme, commencé par la vie privée, qui doit préparer le citoyen à remplir tous ses devoirs et ensuite en rendre plus facile l'accomplissement

C'est un dangereux et faux calcul de la part des femmes, quoiqu'il soit bien commun maintenant, de croire qu'il est de leur intérêt de renfermer les maris dans la vie privée et de les préoccuper exclusivement des soins et des intérêts de la famille. Tous les égoïsmes sont solidaires, et infailliblement , celui qui, y étant poussé, laissera dominer dans sa conduite l'égoïsme collectif de la famille, fera sentir tôt ou tard dans son intérieur l'égoïsme purement Individuel. Non, non, que les femmes ne croient pas que la gloire, la vraie gloire, celle qui comporte bien des degrés, mais qui à tous peut se définir la conquête de l'estime, de la considération* que cette gloire, dis-je, soit leur rivale. Ahl elle est bien plutôt leur auxiliaire, ie problème de Fart moral , le plus

526 'QtlATâlIlIE PAITIE.

duels et les touraols alors approuvés par les préjugés de l'époqua

Sans doute, tant que roplaion ii*a pas de représentants systématiques, son inlloence reste insuffisante; mais toujours est-il qu'elle est alors spontanément le régulateur de tous les pouvoirs, de toutes les forcesi et par suite la protection des faibles contre les forts. Gomme elle est Tensemble du jugement de tous» c*est donc le droit et le devoir de chacun dy apporter son Jugement particulier, comme aussi la part dlnUuence et d'autorité dont il dispose. D'autre côté, le blâme ou rapproiiaiion des autres, dont les actes se jugent bien plus sûrement que les siens propres, a nécessairement la plus heureuse et la plus puissante influence sur la conduite personnelle. Tout le monde, en effet, sent bien que la morale doit être la même pour tous, et que Ton ne peut se permettre ce qu'on blâme ohei les autres, ni blâmer chei les autres ce que soi-même Fon fait Telle est donc la source de la puissante réaction morale du jugement des autres. Quant à la condition de celul-cireUe est évidemment une doctrine précise et sinon complète, au moins suffisamment étendue et consistante. En outre, pour quil y ait véritablement opinion publique, il faut qu'un acte, une conduite, soit généralement, et presque unanimement, jugée, appréciée de même. Or ceci exige évidemment qu^une telle appréciation ne soit que Tapplication de principes communs, d'une doctrine incontestée, universellement comprise et admise. C'est donc pourquoi la force morale de ropinioa ii*a pu manifester qu'au moyen âge toute fefficaclté sociale qu'elle comporte : alors, tous croyant à la même foi , recevant la même Instruction et étant soumis à la même morale^ le moindre vassal, le serf même, pouvall et devait, à Foccasion, Juger la conduite du plus puissant seigneur; car, si celui-ci était excommunié, tout le monde appelé à appliquer la peine défait comprendre la faute et la J'ustiee de la pnnitiont

Ainsi le double devoir de la vie sociale est donc d'abord de remplir consciencieusement une fonction spéciale ; puis d'adhérer franchement et loyalement à tout ce que l'on reconnaît tendre à maintenir ou à augmenter l'harmonie universelle, Fentente et le bonheur de tous, comme aussi de blâmer tout ce qui peut y être contraire. Or il est clair que cette dernière activité, qui n'est pour tout citoyen que Fapplication de ses idées générales et de ses sentiments généreux, doit réagir sur eux et qu'elle tend directement à les entretenir et à les développer. Et s'il était bien nettement reconnu et compris qu'elle constitue un devoir. Il en résulterait pour tous un puissant stimulant à se mettre le plus possible en état de le remplir. C'est d'ailleurs ce que chacun peut toujours faire ft un certain degré quoique sans doute plus ou moins complètement, suivant que le comportent des forcesintellectuelles et morales naturellement très-inégales et des circonstances plus ou moins favorables. La vie publique , à ce point de vue déjà, est donc certainement très-propre à continuer le développement de l'altruisme, commencé par la vie privée, qui doit préparer le citoyen à remplir tous ses devoirs et ensuite en rendre plus facile l'accomplissement

C'est un dangereux et faux calcul de la part des femmes, quoiqu'il soit bien commun maintenant, de croire qu'il est de leur intérêt de renfermer les maris dans la vie privée et de les préoccuper exclusivement des soins et des intérêts de la famille. Tous les égoïsmes sont solidaires, et infailliblement, celui qui, y étant poussé, laissera dominer dans sa conduite Fégoïsme collectif de la famille, fera sentir tôt ou tard dans son intérieur Fégoïsme purement individuel. Non, non, que les femmes ne croient pas que la gloire, la vraie gloire, celle qui comporte bien des degrés, mais qui à tous peut se définir la conquête de l'estime, de la considération * que cette gloire, dis-je, soit leur rivale. Ah! elle est bien plutôt leur auxiliaire. Le problème de Fart moral, le plus

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