‹ Exposition arrégée [!] et populaire de la philosophie et de la religion positives [microform]Chapitre 7 sur 59 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Introduction, objet et plan de celle première partie.

Toute société suppose et entraîne Texistence de deux pouvoirs distincts, Tun temporel, l'autre spirituel : qu'ils soient d'ailleurs officiellement réunis ou séparés par une organisation politique plus ou moins parfaite , ces deux pouvoirs sont toujours de nature essentiellement différente ; et leur diversité, leur opposition même, se prononçant davantage à mesure que la société se développe et que la civilisation avance, la séparation en devient alors de plus en plus nécessaire. Tel est

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2 raEMIÈRE PARTIE.

le subliiio© théorème, découvert il y a plus de trente ans par M. Comte, encore inconnu ou incompris hors de son école, que

celte première partie a pour but d^expliquer et de démontrer. Mais quoi que je puisse mettre dans ces pages, jamais, Jamais elles ne diront toute ma foi en cette découyerte, Fenthousiasme qu'elle m'inspire , et mon désir ardent de la faire comprendre , de la répandre, d'en faire sentir à tous la réalité, la profondeur, la portée infinie, en6n de montrer son opportunité et rappilcation immédiate dont elle est suscep-

Je dis donc que la division du pouvoir en temporel et en spirituel, non plus motivée par l'opposition entre les intérêts terrestres et de chimériques intérêts célestes, mais comprise et reconnue, en conséquence de l'organisation humaine, comme la condition nécessaire d'un véritable ordre social, doit être le principe fondamental de la société ; je dis que cette admirable division peut seule concilier la soumission et la dignité, le concours et l'indépendance. Portant la lumière dans toutes ]« relations, tant privées que publiques, aujourd'hui si tendues, et y sachant faire la part et poser les limites de robéissance et du commandement, c'est elle qui peut et doit, autant que possible, mettre un terme à toutes les perturbatïons profondes. Et en même temps, comme aussi j'espère le prouver, elle est la réponse, la seule possible, complète et satisfaisante, à la grande question qui maintenant préoccupe tout le monde.

L'histoire nous montre toutes les formes imaginables de gouvernement: théocratie, œonarcliie, démocratie, aristocratie, se succédant tour à tour sans qu'aucune ait jamais pu être déiiltlve. Toujours les inconvénients de celle qu'on a adoptée ont fini par l'emporter sur ses avantages, et, à un moment donné, on t forcé d'y renoncer. Tout pouvoir fortement constitué et ayant surtout Tordre en vue , avec le temps se laisse aller à l'abus, et les peuples sont exploités plutôt que

BIV. DU POUVOïn ES TEMPOREL ET SPIRITDEL. 3

gouvernés. Toute institution imaginée pour modérer le pouvoir, lui rappeler ses devoirs, sa mission , les intérêts généraux qui lui sont confiés, ou avorte ou conduit à l'anarchie. Tout ce qu'on a pu imaginer a été essayé, et, n'ayant jamais réussi que momentanément, a dû, après avoir produit des résultats plus ou moins brillants et durables, toujours suivis d'une période de décadence et de trouble, être remplacé par un autre régime. Que faire donc? qu'imaginer de nouveau? y a-t-il quelque chose qui puisse toujours convenir? Comment concilier, à la satisfaction de tous et d'une manière permanente et durable, le pouvoir et la liberté ; le pouvoir nécessaire à l'ordre , et la liberté nécessaire au progrès? Comment concilier une autorité forte et respectée, qui prévienne toute anarchie, en éloigne même toute crainte, avec de justes garanties assurant à chacun la jouissance de ses droits; c'est-à-dire le libre accomplissement de ses devoirs, tant privés que publics ; car, d'après le positivisme , nul n'a d'autre droit que celui de connaître et de remplir ses devoirs. On le voit maintenant, la question est bien plus compliquée et diflicile à résoudre qu'on ne s'en doutait il y a quelques années. 11 ne s'agit pas seulement de diviser le pouvoir de telle et telle manière : en exécutif et en législatif par exemple, et de prétendre que tout le monde doive se contenter des résultats , quels qu'ils soient , de cette division , et ne rien demander de plus. Sur cette conception je reviendrai plus tard. Ne voyant pas qu'ils s'efforçaient ainsi de diviser ce qui par sa nature est essentiellement un . de séparer ce qui n'est pas distinct et par conséquent ne peut être séparable, ceux qui dans ces derniers temps , en France et ailleurs , se sont trouvés les maîtres ont prétendu appliquer leur système. Ils avaient toute facilité pour en démontrer ainsi la valeur : mais, rien ne s'étant fait , et les choses allant mal, non de leur avis sans doute, mais, à part le leur, de l'avis de presque tous, une tout autre démonstration en est résultée. Par suite, le plus

il FAEMIÈRK PARTIE.

grand Domlire 8*est éloigné d*eui : malnteniint ils sont mis à fécart, lenr Idée esi rejetée , et Ton cherche autre chose. HenreiMenent la politique est un art commode, qui laisse Il ressource de s'en prendre aux autres. A trois reprises différentes essayé en France , le gouvernement parlementaire a trois fois disparu dans la guerre civile, après avoir vécu par la corruption et amené ranarchle. Dans les autres pays du continent où foe a également voulu Fappliciuer, il fait peine à voir. Cependant Ton y tient encore. S'il n'a pas duré c'est par suite d'accident; ou bien c'est parce que le pays n'était paS' mûr et digne de la conception. Telles sont les ressources de la politique. I/archItecte dont la construction ne tient pas ne peut accuser les pierreF; l'industriel qui n'arrive pas aux produits qu'il a en vue, ne peut s'en prendre aux matières qu'il emploie : et Fun et l'autre sont bien forcés de convenir que la science leur manqua liais les politiques malheureux, les hommes dltat en disponibilité n'en conviennent jamais. Eévolutlons sur révolutions démentent leurs prévisions; prouvent Je le dis, car c'est le mot que je pense, l'absurdité de leurs combinaisons ou des conséquences qu'elles entraînent, comme par exemple un roi qui règne et ne gmmme pas : s'ils n'ont pas réussi, ce n'est jamais leur faute, c'est toujours celle des autres. Croient-ils vraiment, comme ils ont Fair de le faire, que la postérité, en tant du moins qu'elle s'occupera d'eux, les jugera comme lisse jugent eux-mêmes? Qu'elle hésitera à dire que la science et FIntcilgence leur ont manqué ; qu'ils n'ont rien compris à leur époque; qu'ils ont voulu gouverner sans connaître ni Fhomme en société, ni l'homme individuel? Et quand Ils viennent dire que leur mauvais succès est la faute des hommes , qui ne se sont pas trouvés tels qu'ils auraient dû être, croient-ils que cela puisse être autrement jugé que le délire d'une suffisance ridicule? Us n'ont su résoudi'e le problème, îoilà tout; le problème qui est : gouverner les hommes tels

mV. DU PODVOIl EN TEMPOREL ET SPIRITUEL.

qu'ils sont, et non tels qu'il peut sembler à l'un ou à l'autre qu'ils devraient être.

Dite en quelques mots, l'idée générale de la solution positiviste , de la découverte politique que toute cette première partie a pour but d'expliquer et de développer, c'est que nous devons arriver à une organisation sociale à peu près analogue à celle qui fut réalisée au moyen âge, d'ilildebrand à Boniface Vlïl. Le pouvoir est alors conçu comme devant être divisé en temporel et en spirituel, chacun d'eux ayant une existence et une organisation propres, pleinement assurées et indépendantes de Fautre. Sans doute , la réalisation de l'avenir comportera bien des différences avec Fessai du passé. A vrai dire, la division du pouvoir, imposée à l'origine par une situation qui forçait le monothéisme à surgir sous la domination du polythéisme romain, y était en contradiction directe avec la nature fondamentale de la doctrine dominante : car, parlant au nom de Dieu , on ne conseille qu'autant que l'on ne peut commander. Mais le même principe, bien compris de tous, rationnellement établi, et en parfaite harmonie avec toutes les cro} ances reçues , deviendra susceptible d'une éternelle application. Ce ne serait certainement qu'une bien superficielle et vicieuse appréciation qui pourrait disposer à rejeter de l'organisation sociale Fadmirable pensée qui a été le caractère dlstinctif du régime du moyeu âge, d'après les luttes , qu'à tort ou à raison, on lui attribue. Car, outre qu'elle en a prévenu bien autrement qu'elle n'en a fait naître , une étude approfondie de Fhistoire démontre in-éfutablement que c'est exclusivement à elle que nous devons la civilisation moderne de FEurope occidentale , si supérieure à tout ce qui existe ailleurs et a jamais existé. Quels maux secondaires, que d'ailleurs l'avenir ne reproduira pas, ne compense, et de reste, un pareil bienfait?

Quelque imparfaite idée que l'on puisse encore s'en faire d'après le peu que j'en ai dit, on voit cependant déjà, je

H' rRSIfiKRB PARTIE*

piiiw, roriginalité et la profondeur de lu solution posltî* flite du problème de Forganisation du pouvoir. Et, du moment qu on la trouve réelle , rien n'est plus propre à faire compreidre le génie extraordinaire qu'il a fallu pour la découvrir, que de la voir si éloignée de toutes les idées reçue», et si différente de ce qui maintenant a cours et de Pordre didées et de conceptions daos lequel est cherchée, par tous ceux qui s'en occupent en dehors du positivisme, la réponse à la même question , la solution du même problème. Et c'est aussi un grand enwîignement pour ceux qui la ,8i»i.teiit si claire, si lumineuse et m sûre, que de voir la peine qu'ont à la comprendre, à comprendre même ce qu'elle veut dire, les plus instruite et les plus intelligents.

On des caractères propres à cette découverte c'est, malgré rélroite conneiité de toutes celles d'où est résulté le positivisme, de pouvoir plus qu'une autre être détachée de l'ensemble, et de comporter une appréciation isolée et distincte, Saûs doute toutes les découvertes de la science positive 8*éclairent et se fortifient mutuellement, et, par lies Mens plus ou moins cachés, s'enchaînent les unes aux autres. Mais quoiqu'elle n'ait pas alors, il est vrai, la certitude et la portée qu'elle acquiert en s'appuyant sur toutes les données qui réellement concourent à l'établir, la néeessllé de la division du pouvoir en temporel et en spirituel peut au moins très*bien se comprendre et même ae^ démontrer par la seule étude, suffisamment approfondie, de ce qne tout le monde sait ou a directement sous les yeux. La base de ce principe , sa cause, est dans ce qu'ofiVe de fondamental el dlmmuable l'organisation humaine, où ont leurs racines tous les phénomènes sociaui. Et le moyen de le reconnattre est l'observation de soi , plus encore l'oteervation des autres, non-feulement dans l'espace mais surtout dans le temps. Il en est et il en sera pour ce principe comme pour tous les points fondamentaux des sciences, pour les grandes clartés

DIV. nu POUVOIR EN TIMPOREL ET SPIRITUEL* 7

concernant les idées mères. Dans les premiers temps de la découverte on éprouve une extrême difficulté à les faire comprendre, à en faire saisir le sens, et elles ne se répandent que lentement. Puis, quelquefois bien peu de temps après, une fois que le voile s'est déchiré, que la clarté est venue, la difficulté devient presque aussi grande à concevoir comment on n'a pas toujours eu une idée aussi simple et comment il a fallu du génie pour la découvrir. Ainsi , par exemple, maintenant que la pesanteur et les lois du mouvement sont parfaitement connues, il paraît à tout le monde que la chose la plus simple et la plus naturelle , c'est que une pierre lancée en l'air retombe : la pesanteur, agissant sans cesse contrairement à la force communiquée , doit, évidemment, la détruire avec le temps. Eh bien l il n'y a pas longtemps, un philosophe très-fin et même profond, (alors que les philosophes étaient aussi des savants), Fontenelle disait un siècle après Galilée : « On ne sait pas, du moins bien cer- » tainement, pourquoi une pierre jetée en l'air retombe. » H en sera pour la division du pouvoir en spirituel et en temporel comme pour la chute des pierres. Cette idée semble maintenant extraordinaire, étrange et difficile à comprendre ; dans quelque temps, ce qui le sera, c'est qu'une idée si simple n'ait pas toujours été admise et reconnue, et qu'il ait fallu du génie pour la découvrir.

Afin de l'exposer, j'ai d'abord à définir exactement chacun des deux pouvoirs, l'un temporel, l'autre spirituel; à montrer leur existence propre et indépendante, et leur nature essentiellement différente. Ensuite je ferai voir la nécessité de leur séparation, et les plus importantes et meilleures conséquences qui en dérivent; puis, comment elle peut et doit s'établir. Enfin, passant rapidement en revue le passé au point de vue de cette séparation des deux pouvoirs, je montrerai comment les progrès de la société ont fait surgir séparément chacun d'eux, et comment, le développement de

H PREHIeRR PjIRTIK*

k civilisation rendant leur séparation systématique de plus en plus nécessaire, elle a été essayée et réalisée imparfaitement sans doute, mais jusqu'à un certain point cependant, avant même que pût être comprise la véritable cause qui la rendait nécessaire , cause seulement mise en lumière par les admirables conséquences d'un tel essai. J'achèverai en indiquant en quelques mots comment cette distinction et cette séparation des pouvoirs, appliquées à la situation présente, peuvent seules résoudre les difficultés du moment. Nous verrons ainsi ce lumineux principe, cette admirable découverte, expliquer le passé , faire comprendre le présent et découvrir l'avenir.

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