DIV. DU POUVOIR BR TEMPOREL ET SPIRITUEL
e ciguë, puis exilait Arfstote ; c'était bien aussi la majorité qui, plus tard, voulait voir les chrétiens aux lions; et, pour voter la Saint-Barthélemy, on n'eût pas été en peine, sans doute, de trouver une majorité. Enfin, en faisant appel aux souvenirs de quiconque me lira, de quelque parti quMl soit, combien, à son sens, d absurdes et oppressives mesures votées par des majorités n'y trouvera-t-il pas?
Quant à l'exemple de l'Angleterre, qu'elle soit bien ou mal gouvernée, ce n'est qu'une appréciation bien superficielle et bien fausse qui peut faire croire qu'elle Test effectivement par un pouvoir divisé en exécutif et en législatif. Elle l'est réellement par une aristocratie puissante et fortement constituée qui, non-seulement réunit les pouvoirs exécutif et législatif, mais aussi, autant au moins qu'il e$t actuellement possible de le faire, les pouvoirs spirituel ettemporel. Est-ce que, comme naguère en France, le premier avocat venu y peut devenir ministre ? Est-ce que les lords ne sont pas à la fois ministres et législateurs? Est-ce que le clergé, l'éducation et l'instruction ne sont pas en leur dépendance? Seulement, ce que l'on disait en France sous l'ancien régime de la dictature monarchique, s'applique plus justement encore au gouvernement de l'aristocratie anglaise : c'est une dictature modérée par l'opinion.
Et si une liberté légale plus grande que partout ailleurs s*est trouvée, en Angleterre, compatible avec Tordre, c'est que, les esprits y étant moins divisés, et des croyances communes ralliant encore la masse de la nation , l'ordre matériel y repose plus qu'ailleurs sur la convergence intellectuelle, et a moins besoin de force pour être maintenu. Mais une situation plus pénible et plus orageuse peut être en réalité plus avancée. Le progrès en tout genre c'est l'ordre devenant de plus en plus parfait. Mais le passage d'un ordre moins parfait à un autre, qui l'est plus^ est impossible sans un moment de désordre, d'ailleurs plus ou moins long suivant
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les influences individuelles qui| en de telles oirconstanees, surg^îssent et dominent
Ainsi donc la tranquillité de TAngleterre et la liberté dont on y jouit» enfîn tous les bienfaits que Ton voudra attribuer à son gouvernement, ne doivent pas être regardés comme une conséquence de ce que le pouvoir y est divisé en exécutif et en législatif, car cette division n'y est qu'une affaire de forme et qu'une vaine apparence. Et appliqué à d'auti*es situations, transporté dans des pays où ne se trouvent ni une foi enoere profonde et presque gé;nérale ni une aristocratie puissante et habile, appuyée par Topinion et respectée de tous, oe système de gouvernement y produira ii^failliblement de tout autres résultats que ceux qu'en fait. attendre et espérer une fausse et irrationnelle appréciation*
Enfin, quant à la pratique du gouvernement en elle-même» en laissant de coté la pondération chimérique des diverses fractions du pouvoir conçu comme exécutif ou législatif) et arrivant à la pensée principale de la conception qui est défaire décider les règlements et les mesures politiques par une assemblée plus ou moins nombreuse, il est bien aisé de reconnaître qu'elle est condamnée pa^r la plus simple et la plus sûre connaissance positive des forces humaines individuellement considérées, et des conditions que doit remplir tout satisfaisant exercice du pouvoir. J'ai dit ^e celui^i ne devait pas revenir à la supériorité intelleetuelle, et qu'il ne l'exigeait pas heureusement. Mais, quoiqu'il ne soit pas une fonction qui réclame ouïe plus grand, ouïe meilleur, le gouvernement politique a encore de hautes difficultés , et qui exigent une aptitude spéciale. Cette aptitude d^ps^ plus, il est vrai, du caractère que de Tesprit; mais le premier venu, certes, ne peut faire un homme d'État, et, j^tre beaueoi^, peu sont trouvés qui^ient les qualités nécessaires^ Outre la volonté de bien faire, outre la préoccupation constante des avantages de tous, outre la préférence toujours aocordée
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akttt iflténiB géMraiix dm* eetui dMne OMI0, d'une ooierM, d'une fattiflle } ee (}Ue robëervation nous fait Tolr encore dans les adtes de tout boft gouvernetnetit* e'est Un lentiment juste et profond de la aituatlon ^ de ce qu'elle per^ met eu ne permet pfts^ et dw améliorations qu'elle oom» porte) c'est surtout l'unité de direction; ce^nt des Vues d'ensemble dominant toujours l'appréciation des détails) enfin I une longue et mûre réflexion précédant toute détermination prise; la suite et la fixité dans les idées; une volonté ferme et persistante sachant s'en tenir b des desseins arrêtés longtemps àravance, desseins dont l'exécution est longuement et habilement préparée > et pour lesquels l'oooasion Iktorable est patiemment attendue»
Or rien de tOut cela est^ll possible areo la puissance d'une assemblée? Évidemment non. Il suffit vraiment que la question solt posée poiir qu^eile soit résolue. Une assemblée n'est pas^ en réalité^ plus capable de bien gouverner que de faire un bon livre , une tragédie , un poème, toute œuvre Intelleo* tnelle enfin. Les forces matérielles B*^joutent, mais les forces iatellectuelles et morales ne s'ajoutent pas. fit trois ou quatre cents personnes) si distinguées et bien choisies qu*on veuille les supposer^ n'équivaudront jamais à un seul homme d'&tat 1 etn^en pourront tenir lieu. En réalité, excepté la Convention , et, c'est-à-dire, le comité de salut public, il n'y a jamais eu d*aœieroblée ayant gouverné, sauf pendant de courts moments d*anarohie et de troubles* Et toutes cellea que l'histoire nous montre avoir jeté quelque éclat, n'ont jamais été que la réunion des membres d'une aristocratie héréditaire, ayant dea traditions , une préparation et des vues propres.
liOD-seulemeut une assemldée ne peut produire l'équivalent de vMtaMes hommes d'État, mais elle est même in-* cMupatiblO &Vec leur présence au pouvoir* GToit-on qu'une eapacité politique, telle que celle de Sully, deRiehelieu , de Golberti eaistant en France» pendant qu'y était en vigueur le gou-»
vernement parlementaire, ou aurait pu arriver au pouvoir, ou aurait pu môme consentir à Texercer dans de telles conditions. Non, non, certainement. Mais il est vrai de dire aosçi, que, si peu qu'un chef politique en concurrence avec une assemblée soit véritablement homme d'État, il sera toujours certainemen^lus populaire qu'elle, et qu'il lui sera toujours aussi facile de s'en débarrasser qu'à Gromwell et k d'autres.
Enfin les abus révoltants qui sont la conséquence immédiate, infaillible et nécessaire du gouvernement parlementaire sont encore plus évidents que son impuissance politique, et ce sont eux surtout qui ont tant contribué à en dégoûter si profondément la masse de la nation. Dans le dernier essai tenté en France, la politique, devenue directement matérielle, prétendait rester indépendante des doctrines et des sentiments, et ne reposer désormais que sur la seule considération des intérêts. Le pouvoir fut alors regardé par les sophistes, les rhéteurs, les avocats, les parleurs de toutes sortes, comme le but naturel de leurs efforts, et le prix de leur habileté. Et sans avoir d'autres idées sur l'exercice même du pouvoir que les rivaux qu'ils voulaient remplacer, ils s'en disputèrent la possession avec acharnement La corruption sous toutes ses formes et avec toutes les va* riétés qu'elle comporte dut être alors évidemment le grand moyen pour obtenir et conserver la majorité. Là-dessus il n'y a pas besoin d'insister; tout le monde sait en France ce qu'y a été moralement le gouvernement parlementaire.
Un tel pouvoir ainsi organisé ne peut donc constituer qu'une sorte d'anarchie chronique, où Tordre matériel est plus ou moins péniblement maintenu par une combinaison variable entre la corruption et l'oppression, et où les intérêts généraux sont sacrifiés à un petit nombre d'ambitions vulgaires. Et le théorème politique suivant, qui n'est d'ailleurs évidemment applicable qu'aux époques de transition : un pays sera toujours bien mieux gouverné par un dictateur, non sans
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doote exceptionnellement manyais^ mais môme médiocre, que par une assemblée un pea nombreuse , paraîtra, J'ose le dire et l'écrire, aussi sûr et aussi démontré qu^aucun théorème de géométrie, à tout homme sensé et désintéressé dans la question, qui voudra réfléchir, se rappeler et observer.
Mais la liberté? dirart-on.
Ge que Ton entend maintenant proprement par la liberté, ce sont des garanties assurant chacun que le gouvernement ne pourra jamais rien, administrativement, sur lui, sur le lieci de sa résidence, sa liberté, ses biens de toutes natures, quelque dangereux qu*à tort ou à raison il puisse le Juger. 0 en résulte alors que le pouvoir ne peut Jamais prévenir aucun acte, quand bien même il a lieu de le croire imminent et de nature à troubler Tordre matériel, que son devoir est de maintenir; et qu'aussi il ne peut Jamais punir que par Tintermédiaire de la Justice, les délits de presse comme les autres : dans la liberté, en eflTet, on comprend une liberté complète d'exposition et de discussion.
Certainement, dans une société où il y aurait mômes principes, mômes croyances, universellement adoptés, où une même morale suffisamment précise et complète serait admise par tous; certainement, dis-je, dans une telle société cette lib^*té politique serait très-possible, très-compatible avec l'ordre, et tellement même sans danger, qu'elle y existerait indubitablement. Mais, certainement aussi, dans une société qui est profondément et à l'infini divisée, où les divergences portent sur les points fondamentaux, sur les principes les plus importants; où ce que l'un regarde comme un devc^r, un autre le juge une faute, un délit, un crime même; où ce qui est nécessaire et sacré pour l'un est pour un autre ridicule et mauvais; certainement, dans une telle société, la liberté ci-dessus définie est impossible, parce qu'elle y serait incompatiblo avec Tordre matériel. Et Tordre matériel est pour une société le besoin fondamental, comme pour
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riiomme celui de se nourrirt G*est le besoin qui doit prittte^ tous les autres, et^ quand [la ne peurent loua être à la (o\9 a»^ tjafaits, celui auquel le^ âutrea doivent être sacrifiés.
il me semble Impossible qu'on ne soit t)arfifilteiaént fixé atir la réalité d'une telle appréciation» ^i on teut bien^ laissant de côté le moment actuel, se reportef ft ùn@ époque qui^ n'en étant pas bien éloignéei a det avantage) d'être pa^fàitentent connue de tout le fnonde^ et dans tous ses détails i Je veux parler de celle qui suif il la Cënrentidn et fut inègie par la o^nstitdtion de l'an 111. Sile pi^ésenté, oertësi l'exemple saisii^ant d'une situailDil qui ne comportait pas cette liberté indivl-» duelle ci^lpssus définie. Les événements ultérieurs ii'ont qun ti^Dp prouvé ccànbien il y eut alors plus de liberté qu'il n'en fallait, et que n'en voulait la ratisse de la nation^ Btsl^ par bonheur, il j en avait eu moins, il j aurait eu aussi méind d'anarchie et de corruption, et moihs d'opprêssidn pins târdi
A de telles épfôques, on peut donc dil'e que le poiht Ibada^^ mental, le nœud de la politique^ est vraimebt rétetldue dés limites de la liberté que comporte la situation^ et là natttre dos garanties qui peuvent être données. Cette appréciation ne peut être qu'une affaire de tact et d'habileté politique. Si les limites sont trop resserrées) il y a oppression, et, aveo le temps^ d'une maâièreoii d'dbe autrO) crise, 6tttastrophe, réàc^ tiott ; si elles sont trop étendues» il ^ a trouble* anarchlSj et réaction encore. Il y à done là utte apprétiiaiiod à faire bien importante et bleb délicate, et qui, pour être bien faitej èJiige vraiment le coup d'œilde Thomme d'État*
Le goovertaement parlementaire, par suite même dd âê*pèoement de pouvoir qui le Caractérise» donne naturelle^ ment ou facilement bne liberté domprise entre des limites adsés étendues. Et c'est ee qui explique, dans ce qulld dut d'honorable, les regrets qu'ilexcite. Màis,indépendammet)t de tous les inconvénients et de tous les abus qui lui sont propres, sa grave Imperfèctibn à cet égard est, par sa nature
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mèq96, ({e ae pouvoir se prêter assez aux convenances propres de la situatioD ; et, par suite, de trop donner dans un sens, et de trop ref ofs@r ^nn uq autr«, CMa est* par exemple, évident en œ qui ^iioerse la pMis§, qui m P4ut être réglée que par la fQrce ou par Tepinloq, et non Péallemept par une léfislation évidommeiit impulapante 4 prévoir d^tvioea tou« lei eaa qui peuvwl 09 préi9«t9r. cette «Anière de vouloir la régler, amenant nécessairement des procès ploa wandaleux et plui (iapig^?#iix encore que les aotes'qu^elle veut empêcher, se tinouv^ 9\ùn produire âw effets tout eou^irea h ceux que Xm ftv^t ^0 vue,
Cle qui i»t dono vrai, e'ert que, d^ns de telles aituations, la question i» to liberté ne pwt comporter immédieteiaont que des solutioP9 relatives et proviioirea. si certainement, eomme je l'ai déjji dit autre part, en de telles clroonataoeea un diotatoar progressif, eomme Tout éié Qrom weli et Frédéric n, par eïomplo, serait eu mesure d« douoer une liberté biea plus réelle et complète, bien plus en rapport Avee lea besoins véritAblee du moment que tout gouveroement parlementaire, tout pouv^r di vipé en exécutif çt m l^igidAtif. liai» ai un seul pe«t alam bikter ou rotard(^ len prc«rès âo l'Humanité, nul uft peut lea arrêter i et c'est do een pro0^ aeula que dépo^ la miuUm déâuitive de la quoslioâ de la liberté» àêm un avemp ^'ailleurs ^us ou moips prochain ou éloigoé, wiivant les influenees ii^dividuellea de tottte aatare qui «urgiroot.
Quant à cette solution déôoitive, elle ne çera obtenue que quand Tordre matériel reposera, pou plus aeulement sur la forée, mal9 aur l'ordre intelleetuei et moral. J'ai dit et démontré, je peiute, dana Teusemble de cette première partie, ce que devait être oet ordre, de qi)el)e»i3ule manière il pouvait s^établir» et quelles devaient en être les çon^équeoee?* Il existera, quand le môme accord qui règne aujourd'hui sur toutep lea partîea de la philosophie naturelle, régnera égale* ment aur la phllofiophiA morale; quiKiâ tM3 le^ Uomm^f
réuQîs dans une même foi et poursuivant un même but comprendront de même la nécessité^ les obligations, les devoirs et les droits des fonctions qu'entraîne et qu'exige Texistence sociale. La soumission volontaire rendra alors inutiles les moyens et les efforts nécessaires pour amener la soumission forcée; et, la guerre extérieure disparaissant aussi, quelques gendarmes, de moins en moins nombreux, suffiront au maintien de Tordre matériel.
Nous en viendrons là , c'est sûr ; car le progrès n*est pas un mot, mais un fait immense, irrésistible, qui s'est produit de lui-même sans avoir été prévu ni cherché. Mais, ayant surgi spontanément, la science Ta étudié; elle en a cherché et découvert le sens; enfin elle a montré qu'il était la loi de Texistence sociale, en même temps que le but qu'elle devait poursuivre. Le progrès né de l'ordre doit aussi y ramener. Et le progrès intellectuel et moral ramenant l'ordre intellectuel et moral, la question de la liberté pourra être alors définitivement résolue.
En effet cet ordre doit consister évidemment dans Tadhé* sion universelle à une doctrine complète, consistante, homogène, qui, à rétat de civilisation où nous sommes parvenus, doit être nécessairement toujours démontrable. La fondation, la propagation, ensuite la culture, l'enseignement régulier, et enfin l'applicatios de cette doctrine, tout à la fois supposent et entraînent inévitablement l'avènement d'un nouveau pouvoir spirituel. Les préceptes généraux d'une morale, même universellement admise, seraient certainement insuffisants pour maintenir chacun dans le devoir, si l'application journalière en était laissée à l'appréciation individuelle. Et bien que l'opinion publique tende à modérer d'une manière puissante en approuvant ou en réprouvant, elle ne peut le faire toutefois avec assez de précision et d'opportunité quand elle manque de représentants systématiques. Aussi, quand elle a longtemps condamné et flétri sans