DIV. DU POUVOIR EN TEMPOREL ET SPIRITUEL
protestants, il n'est plus question de la division des deux pouvoirs et de Findép^dance du pouvoir spirituel. Mais Timpuissance morale et sociale du catholicisme est plus évidente encore que celle du protestantisme ; et la contradiction entre la doctrine et la conduite du clergé devient saisi»* santé et manifeste pour tous. Ah ! prêtres du xv* et du XVI* siècles, les bourreaux, cette fois, sont de votre côté. Ces milliers de martyrs qui ont fondé votre religion, n'en saviez-vous donc pas Thistoire? Et ne compreniez-vous pas que cette histoire veut dire, à la gloire du genre humain, que les bourreaux qui ne purent empêcher votre religion de surgir, ne peuvent, non plus, si son heure est venue, Tempêcherde succomber 7
Après le partage de TEurope entre le protestantisme et le catholicisme, le mouvement social s*accélère, en même temps que le sens en est mieux prononcé dans les pays restés nominalement catholiques. Des savants, des philosophes, des écrivains et gens de lettres, en rivalité plus ou moins ouverte ou cachée avec le clergé, que soutient tant qu'elle peut la puissance temporelle, surgissent alors ; et l'opinion, adoptant et exaltant leurs découvertes ou leurs conceptions, se met de leur côté. N'ayant plus depuis longtemps aucune influence politique, le clergé perd rapidement son influence privée, qui devient de plus en plus restreinte et partielle. Il n'est plus qu'ofilciellement et par tradition pouvoir spirituel; et, comme c*est le caractère propre de ce pouvoir de ne pas permettre qu'on le donne ou qu'on Tacquière réellement de cette façon, il ne conserve d'influence que sur la partie la plus arriérée de la nation. Pour la plus avancée, le pouvoir spirituel est passé, plus ou moins décomposé, aux savants, aux philosophes, aux académiciens; enfin aux littérateurs de toutes sortes, auit sophistes mêmes. Mais, d'accord pour nier (sauf les savants spéciaux qui, par suite, entraînent tout le monde)» les nouveaux chefs spiri*
69 PREUIÈRC PA^TIK.
tuels ne le sont plus quand ils affirment; et ils ne peuvent parvenir à construire. De là donc les divisions infinies, et Tanarebie iotelleetuelle dans laquelle nous sommes encore quant aux conceptions générales et 4 tout 09 qui regarde 1rs phénomènes sociaux et moraux.
Le mouvemeut politique n'est pas alors it^oinspranoocé, en France furtputr Pltt9 favoraUa aux iotérôt? généraux que tous les autres ppuvoir«i et n)i$u^ en rapport «veo le géni9 <ie la nation» la royauté françaisf, appuyée par taploiop, çouceotr^ eu ^Ue la puifl^anM temporelle, auparavant réparti» ^ntpe ids membr^ff â'm& artstocratie dont le roi u'étalt guère d^abord que le qW nopoiQaL Mala, en outrç, le^ ^ufiieunea croyances perdant toujours et les hommes supéri^rs s'élolgnant de plus eu plus du clergé, la royauté, ' seul pouvoir subsistautf se trouve liériter, non, 69 qui était impossible, de rinflueuee proprpoient ditç qui constitue le pouvoir spiri* tuel, mai9 des principales attributions qui en «ont la coU"séqu#oc6 noriXMtle et régulière 1 h «aypir la réepn)pens§ des efforts intelli^tu^k, leur direction et C6II9 d^ ré4uoation publique.
Tout le gouvernement de la soeiété roule donc sur la royauté, qui, réunifiant une foule d*attribute in^ofoérents et incompatibles, devient la fonction la plu^ diftoite ^ remplir. Au^i , le tituUir^ 9(1 b^rnapt & U rçprén^tation exr^ térieure, le gouveru^ent réel est laissé aux ministres alors institués* Nécesaair^ et favorable méine peudant quelque temps aux progrès de la société, un tel régime m tftrde pas à leur devenir contraire, p'ailleurs, la corruption et les abus de tout genre qui surgissent et qu9 flétrit rppinlon sans pouvoir les en^pècher, faute de représentants aepriMité^» ne n^ontrent que ti'PPt ^ dphors de toute étude i^stéinatique, qu*il p^ut, non p^ (constituer un étal normal et régulier,
m»i§ êtfQ s^^in^t ift n4ees9ité d'un m^mm-
DIV. DU POUTOIll ËH tMl^HlIiti ET SPIftITUKL. M
§ f . — toiieët>"0H de fi éfiilUm àû pmibtf «fl éiéétiiif et 0« I6g<slàllf. —
DU 11 liberté ^dlliN|y«. — > GMdMioii»
Aînëi, lé poiiit de ûépM, â t)at»flf dtl taoyén âge, étâlit la dîvî&iôtldttpôuvolf eii spIrïtUël etea tettlporél, et l&i^paftitron dtl pouvoir fëtnporël ëttthé les membres d^ufie aristocratie lîérêdltaîrè, présidée pài* i^uti d*eu*, siipérleui* aux autres eil dlgtîité bièfl plutôt t\\i^éti puissance . ôfa était arf Ivô en France, au jtfti* Siècle, à là dictature absolue d*att Seul. ÊVldeititUenl, de iiouvelleë conceptloUs sur le gôuvernemeut étaient tiécessalres et devaient surgir. Et, en efftet, il fut cotiçn que le pi*incipé Ibndameutal de rorgaUisatlon du pouvoir devait être ëa division en législatif et eU exécutif, Vinstîtutitîîl dô ehactin d*eiix cbtnportâUt d'ailleurs des diversités assez grandes regardées coteâie côiiipâtlbles avec ta divisiotl prtbCip^le. Cette coticeptldtl, essentiellement duo, eti FratiCë, â Montesquieu, â^ait une double source. Le régime du moyeâ âge avait entraîné dani^ sa chute le priticlpô de la diVisioti du pouVoif en temporel et en spirituel, et la haine àVeugle, iiispirêe cotitrô ce régime par l'ôppressioii et l^hypocrisle qui Câi*âctéri§feretit les dertilers temps du catholicisme, s*étalt même étendue Jusqu'à cet adinirablë principe lui-même et en avait amené la complète itilntelligetice; Toutefois, le grand spectacle de la soumissiott de tôu& aUx principes de la morale universelle qu'avait produit la réalisation effective de la séparation du pôUvotf en têfopôrel et eti spirituel avait dû laisser nécessairement une impression Ineffaçable, telle fut la source de la CônceptltJh du pouvoir législatif à côté du pou- SbW exécutif t conception qui fondait la liberté et la dignité humaines sur la é(^umis^ion do tous à desl lois Votées par là majorité dune assemblée plus ou moins nombreuse que le pouvoir^ exécutif était alors Chai^gé seulement de faire exécuter. En outre, en Angleterre, ce système paraissait être appliqué et fonctionner aveC une parfaite régularité.
64 PREMIÈKS PARTIE*
Si je devais avoir actuellement besoin de longues explica^ tions pour faire voir combien une telle conception est fausse, irrationnelle et inapplicable dans tout autre pays que celui où spontanément a surgi ce gouvernement, J'aurais bien mal atteint le but que je me suis proposé dans cette première partie ; j'espère donc que quelques considérations courtes mais directes et précises, pourront maintenant paraître parfaitement suffisantes à une complète appréciation*
Personne d'abord ne peut, je pense, sérieusement contester que ce qui constitue pour chacun la véritable liberté et la véritable dignité, c'est sa soumission à des règles dont luimême reconnaît la nécessité, la convenance, la justice. Comme je me suis tant efibrcé de le montrer, l'admirable propriété de l'autorité spirituelle est d'amener ce genre de soumission ; et tel fut au moyen âge, dans l'Europe occidentale, le caractère de celle sur laquelle reposa lorganisatien sociale. Mais le pouvoir législatif peut-il rien produire de semblable? Les règlements ou lois et les mesures qu'il vote peuvent-ils avoir une autre sanction que celle de la force ? L'approbation d'une majorité ne peut certes empêcher de les juger, de les apprécier en eux-mêmes. £t celui qui, les , trouvant dangereux, oppresseurs, mauvais, sera forcé de participer à leur exécution, tout au moins de s'y soumettre, sera-t-il vraiment libre? La véritable liberté n'est-elle pas de pouvoir faire toujours ce que l'on croit bon, juste, utile, et de n'avoir jamais à faire que ce qui est ainsi jugé ? Les majorités peuvent-elles avoir le moindre empire sur les consciences, et feront- elles le vrai ou le faux, le bien ou le mal, le devoir et le droit? Non certainement, quoique, comme tous les forts, elles aient prétendu le faire. Et, à vrai dire, l'histoire ne le montre que trop, il n'y a pas eu de tyrans plus cruels et plus implacables que les majorités ; et, pour condamner tous les progrès, il s'en est trouvé tant qu'on a voulu. C'était bien la majorité qui condamnait Socrate à boire