BIOLOGIE
§ 4 . — Objet f moyens d'exploration et divisions de la biologie.
Entre toutes les substances qui composent la matière, qaelques-unes, à Texclusion des autres, ont, outre les propriétés qui leur sont communes à toutes, celle de pouvoir vivre. Ainsi, sous certaines conditions, dans des circonstances particulières et déterminées, Toxygène, l'hydrogène, le carbone et Tazote s^organisent et vivent, ce que ne peuvent flaire le chlore, le soufre, Tiode par exemple. Quels sont alors, exactement analysés, les nouveaux phénomènes qui résultent de ce singulier privilège de quelques substances? Quelles sont leurs relations avec ceux qui ont été examinés précédemment? Enfin quelles sont leurs lois? tel est ce qui doit maintenant nous occuper.
Il y a deux sortes de vies : la première, la vie fondamentale, est la vie végétative ou organique; c'est donc elle qui doit d'abord être étudiée, et qu'il faut avant tout définir. Or la particularité nette et précise, qui, se retrouvant dans tous les êtres vivants, les sépare profondément de tous les êtres inertes, c'est un mouvement intestin, à la fois général et continu, de décomposition et de composition. Toute matière vivante dont les matériaux ne sont pas renouvelés, devient inerte et bientôt se dissout ; ce n'est donc jamais que temporairement que vivent les molécules susceptibles de vivre.
Cette définition de la vie suggère immédiatement la double pensée d'une organisation disposée de manière à permettre cette rénovation continuelle, et d'un milieu susceptible de provoquer l'exlialation et de fournir à l'absorption. Ainsi un organisme déterminé et un milieu convenable sont les
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deux conditions de Tétat vivant Quant à la nature des phénomènes qui le caractérisent, elle est évidemment chimique puisqu'elle consiste en une décomposition et recomposition perpétuelles. Au moment précis où s*opère une combinaison quelconque, il se passe réellement quelque chope d^analogue à la vie. Mais ce qui distingue profondément celle-ci, c^est que les phénomènes chimiques auxquels elle donne lieu, au lieu d'être instantanés, sont continus ; et de là résulte le maintien et le renouvellement de Tétat organique, en même temps que Timposslbilité d'un entier accomplissement de Tacte chimique. L^action moléculaire, ne dépend plus uniquement de la simple composition des corps entre lesquels elle a lieu, mais elle est modifiée par leur organisation proprement dite, c*est-à-dire par leur structure anatomlque.
Sans doute, les phénomènes qui surtout caractérisent la vie, les sentiments et la pensée, semblent bien en dehors et bien loin de la définition qui vient d'en être donnée. Mais cela même fait mieux ressortir la profondeur et la parfaite convenance de cette définition.
En effet, les plus nobles propriétés vitales, rintelligence et la moralité, ont d'abord pour base, pour point de départ nécessaire, cette existence nutritive qui résulte de l'exhalation et de Tabsorption que chaque être vivant exerce sans cesse dans le milieu correspondant. Quelles qu'aient été les illusions et les croyances primitives , et quelles qu'elles soient encore en bien des cas peut-être , l'observation a toujours montré que, partout où la composition matérielle reste invariable, il n'existe jamais aucune trace de sensibilité et de contractilité, et, par suite, de pensée ni d'affection. Enfin, dans tous les êtres qui en jouissent, cette vie qui constitue la vie animale, la vie de relation, et qui comprend les sensations, l'innervation et les divers mouvements, n'est jamais qu'un perfectionnement complémentaire, surajouté, pour ainsi 'iire, à la vie végétative ou organique, et propre, soit à lui
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pFOOurer des matériaux par une intelligente réaetion sur la inonde eitérienr, soit à préparer cm à faeiliter ses actes, soit enfin à la préserver des influenoes défavorables. Ce n^est gfière qne pour se nourrir que pensent et agissent les ani^ maux, même les plus élevés. Et si, dans le eas de Phomme, la relation générale des vies végétative et animale peut être intervertie , ce n*est que par suite d^un développement consi-^ dérable de rintelligenoe et de la sociabilité, et en résultat d^uoe aetion constamment progressive de Tespèce sur la nature ext^ieure et aussi sur la nature humaina Mais la vie organique, outre qu'elle constitue à la ibis la base et le but de la vie animale, reste encore, dans les oi^anismes supérieurs où celle-ci est le plus développée, la seule entièrement commune aux diverses parties dont ils sont composés, en même temps qu^elle est aussi continue, la vie animale étant au contraire essentiellement intermittente.
Nous avons reconnu que Tidée de vie suppose deux élé« ments nécessaires t un organisme approprié et un milieu convenable, en prenant ce mot milieu dans son sens le plus général, c*est^-dire pour désigner non^seulement le fluide oà Torganisme est plongé, mais Tensemble des circonstances extérieures qui agissent sur lui. G*est de Faction réciproque de ces deux éléments que résultent tous les phénomènes vitaux, végétât! fis et animaux. Le problème de la biologie est alors d'établir, d'après le moindre nombre possible de lois , une exacte harmonie scientifique entre ces éléments et Pacte même qui constitue la vie. L'anatomie, qui décompose Torganisme, et la physiologie, qui décompose Texistenoe, ne ne sont alors conçues que comme les deux faees inséparables d'une recherche unique, qui ne distingue que pour les lier les uns aux autres, les différents degrés de structure et de vie, les différentes parties de l'être vivant et les fonctions diverses qui l'entretiennent Placé dans un système donné de eireonstancet extérieures , un organisme défini doit toujours
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agir dHma manière déterminée» et, en lens invene, la môme aetiQQ ne saurait ôtre produite par dea organismes vraiment distincts. Il y a donc à conclure alternativement ou Taete d'après Fagent, ou Tagent d'après Taote. Le milieu étant toujours censé préalablement connu par Tensemble des autres soienoea fondamentales, on voit que le double problème biologique peut être posé suivant Ténoneé le plus mathématique possible en ces termes généraux i étant donné Torgane ou la modlfloatien organique, trouver la fonction ou Taete, et, réelproqaement, oelui-^i étant connu, en eondure Torgane. Cette définition satisfait à la condition caractéristique, la prévision, de toute science réelle, opposée à la simple érudition; car elle indique clairement que la vraie biologie doit tendre à permettre de toujours prévoir comment agira , dans des circonstances données, tel organisme déterminé, ou par quel état organique tel acte a pu être produit
Ainsi donc, la définition positiviste de la biologie ne sépare point la physiologie proprement dite de la simple anatomie s c*eât qu'en effet il ne peut exister de saine physiologie isolée de Panatomie; et, sans la physiologie, Fanatomie n'aurait pas un véritable caractère scientifique et serait même le plus souvent inintelligible : les considérations d^usage éclairant autant celles de structure qu*elles en sont éclairées. Klais, en outre, à Panatomie et à la physiologie doit même se joindre une troisième partie essentidie. En effet ^ si l'idée de vie est réellement inséparable de celle d'organisation. Tune et Taulre le sont de l'idée d*un milieu spécial en relation déterminée avec l'organisme et avec Factivlté qu'il prend dans ce milieu. Il en résulte donc un nouvel aspect nécessaire du sujet de la biologie : savoir la théorie générale des milieux organiques, et de leur action sur Torganisme envisagée d'une manière abstraite. Blalnville le premier a directement tenté de iMntroduire dans la science sous le nom très» expressif d'étude des mediflcateura extenies soit généraux,
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floit spéeiàuz. Biais cette partie de la biologie est encore trèsk imparfaite, et la nécessité même en est méconnue parla plupart des physiologistes actuels.
Diaprés la définition de la biologie, 11 est clair que ce n^est pas seulement dans un organisme unique, mais dans tous les organismes que cette science doit s^efibrcer d*établir une harmonie constante et nécessaire entre le point de vue anatomique et le point vue physiologique. Toutefois Fétude de rhomme doit toigours dominer le système complet de la science soit comme point de départ, soit comme but. Ce n^est que pour arriver aux lumières indispensables à Texacte connaissance de ce type suprême que nous devons étudier tout autre organisme; et, d*autre part, l!homme adulte et sain constitue inévitablement la seale unité d'après laquelle nous puissions apprécier tous les autres systèmes organiques.
En dehors même de tout examen détaillé et approfondi des relations directes des phénomènes vitaux avec tous ceux que présente la matière inerte, il est bien évident que la complication en est supérieure. Tous les ordres possibles de phénomènes concourent à produire ceux de la vie; et on ne peut étudier les êtres organisés en faisant abstraction des phénomènes de forme, de mouvement, de pesanteur, etc., qu'ils présentent De là, résulte que la biologie doit nécessairement reposer sur l'ensemble des sciences inorganiques et les suivre dans l'ordre et l'exposition rationnels des différentes bran* ches de la science abstraite et positive.
Mais la complication supérieure de la biologie n'est pas sans compensation; et cette science offre, au contraire, une éclatante confirmationde la loi qui lie l'accroissement des difficultés et celui des ressources ou moyens d'exploration.
Non-seulement l'observation comporte en biologie l'usagede tous les sens, mais encore elle s'y aide des appareils propres à perfectionner les sensations naturelles. Ceux qui concernent la vision sont surtout importants en ce qu'ils permettent de
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mleox apprécier une structure dont les moindres détails peu-> T^it avoir sur les phénomènes vitaux une influence capitale En outre, la biologie dispose évidemment de Tensemblê'âes procédés chimiques comme d*une sorte de faculté noovelle pour perfectionner Texploration préliminaire du sujet de ses recherches. C'est surtout dans les observations aoatomiques que Ton a déjà fait usage de tels procédés pour mieux caractériser les divers tissus élémentaires et les principaux produits de Torganisme Enfin, les substances qui composent immédiatement les corps organisés étant presque toujours par leur nature plus ou moins alibiles, il en résulte que Texamen des eflTets alimentaires peut souvent devenir» mais au seul point de vue anatomique, un utile complément de Texi^oration chimique et de la gustation dont il constitae« pour aîn» dire, un appendice naturel.
Quant à Texpérimentation, toujours destinée à découvrir suivant quelle loi chacune des influences déterminantes ou modificatrices d'un phénomène participe à son accomplissement, elle est susceptible, en physique et en chimie, d'une application bien plus étendue qu'en biologie, où Ton ne peut presque jamais parvenir à comparer deux cas ne diiférant qu^à un seul point de vue. Toutefois, en distinguant dans les phénomènes vitaux les deux ordres de conditions dont ils dépendent, les unes relatives au milieu, les autres à Torganisme lui-même, on reconnaît aisément que les expériences physiologiques dans lesquelles, sans affecter directement les organes, on modifie seulement le système des circonstances extérieures, sont en général les mieui appropriées & la nature des phénomènes vitaux. Mais, une fois qu'on est parvenu à réaliser l'ensemble si complexe des conditionsqu'ellesexigentt les expériences physiologiques peuvent rendre à la science les plus grands services, comme le prouvent celles de Harvey sur la circulation, de Haller sur Tirritabilité, de Spallancaai sur la digestion et la génération, de Bicbat sur l'harmo-
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nie entre le eœor, le poumon et le eerveau, de Legalloli sur la ebaleop animale, et enfin, en dernier lieu, de Claude Bernard sur les fonctions du foie.
Cependant, ce qui en réalité constitue pour la biologie lo véritable équivalent de rexpérlmentation proprement dite, c'est Texploration pathologique. La propriété essentielle de toute expérience directe est d'altérer Tétat naturel de Torga* nismede façon à mettre en évidence Tinfluence propre à chacune des conditions des phénomènes quMl présente. Or, c^est ce qui se trouve naturellement fait par les maladies considérées au seul point de vue scientifique. Suivant le principe de à Broussais, Tétat pathologique ne peut produire de phénomènes vraiment nouveaux) et toute la différence avec rétat physiologique consiste en ce qu'alors les phénomènes sont étendus ou atténués au delà de leurs limites ordinaires de variation. Par une suite nécessaire de ce principe, la connaissance de l'état phjfsiologique doit fournir le point de départ de toute saine théorie pathologique; mais il en résulte non naoins évidemment, que, réciproquement, Texamen scientifique des phénomènes pathologiques est très-propre à perfectionner les études uniquement relatives à Tétat Dor« mal. Enfin, Texamen des organisations exoeptionnelles en des cas de monstruosités, est le complément naturel de l'analyse pathologique.
Mais quelque secours quHipportent àla physiologie Tobser* vation proprement dite et Pexpérimentation, c^est la comparaison, troisième et dernier mode de l*art d^observer, qui constitue sa principale ressource. Les conditions de son applioation soutTunlté essentielle du sujet principal et la grande diversité de ses modifications secondaires. Or, tout le système de la science biologique dérive d^une seule grande conception : la correspondance générale et nécessaire entre les idée* d*organisatlon et les idées de vie L'unité du sujet ne saurait être, en aucun cas, plus parfaite, et la variété presque indé^
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finie de ses modificfttionsy soit 8tati<ittes, ioit dynamiques, est évidente. Au point de vue purement snatomique« tous les organismes possibles, toutes les parties de chaque organlsmoi et les divers états de chacun d eux, présentent un fond oommun de structure et de composition. De même, sous Taspoot physiologique proprement dit, tous les ôtres vivantSi depuis le végétal Jusqu'à rhomme,sont doués d'une certaine vitalité commune, fondement indispensable des nombreux phéno* mènes qui les caractérisent. Et Tanalyse, soit aoatomiquet soit physiologique, montre toujours ce que les différents cas offrent de semblable comme étant en réalité plus important queles jMirtlCttlaritésqui les distinguent. Lamétbode comparative, concevant alors tous les cas en question comme ana« loguea et leurs différences comme de simples modifications d*uQ type fondamental, doit s'efforcer de rattacher les unes aux autres, par des lois uniformes, les différences qu'ils pr^ sentent. Si la question est simplement anatomique, on regarde, à partir de l*homme adulte et normal^ toutes les autres orga^ nisations comme des simplification? successives de ce type primordial. De même, quand le problème est physiologique. Ton cherche surtout à saisir dans la série des cas comparés Tidentité fondamentale du phénomène qui caractérise la fonc* tion proposée. Lorsque les êtres les plus simples ont réalisé, autant que possible, Tisolement d'abord abstrait d'un tel phénomène, sa notion essentielle, ainsi fixéOi est alors revêtue successivement des attributions secondaires qui la compli« quaient primitivement, et redonne de la sorte le type primordial.
Tels sont l'esprit et la marche de la méthode comparative. Parmi les motifs de comparaison biologiquoy ceux qui présentent le caractère le plus tranché sont : la comparaison entre les diverses parties d'un même organisme, celles des différentes phases 4e chaque développement, et surtout celle de tous les termes distincts de la grande hiérarchie des corps vivants.
C'est, d6 toute nécessité, par le premier de ces modes que cette méthode a dû commencer. En se bornant même à h seule considération de l*homme, on ne peut pas ne pas reconnais tre immédiatement ia similitude de s€» diverses parties, soit dans leur structure, soit dans leurs fonctions. D*abord, tous les tissus, tous les appareils, en tant qu*oi^ganisés et vivants, présentent ces caractères fondamentaux, inhérents aux idées mêmes d*organisation et de vie, auxquels sont réduits les derniers organismes. Mais, en outre, à un point de vue plus spécial, Tanalogie des organes devient de plus en plus prononcée à mesure que celle des fonctions Test davantage, et réciproquement En passant alternativement de Tune à Vautre similitude, on peut arriver aux plus lumineux rapprochements anatomiques ou physiologiques : ainsi Bichat a découvert Tanalogie des systèmes muqueux et cutané; ainsi rassimilation, établie par Blainville, entre le crâne et les autres éléments de la colonne vertébrale est certes indiquée suffisamment par la seule analyse rationnelle de rorganisine humain.
Quant au second mode général de Tart comparatif, mode qui consiste dans le rapprochement des divers états par lesquels passe successivement chaque corps vivant, depuis son origine Jusqu'à sa destruction, sa principale valeur résulte de ce quMl permet d'envisager, pour ainsi dire d'un seul aspect, Tensemble de la série biologique. En effet, Tétat primitif de l'organisme même le plus élevé représente, au point de vue anatomique et physiologique, les caractères propres à l'organisme le plus inférieur. L'analyse des âges offire donc à l'anatomie et à la physiologie la propriété essentielle de réaliser, dans un même individu, la complication successive d'organes et de fonctions qui caractérise Tensemble de la hiérarchie biologique; et ce rapprochement synthétique fournit ainsi un ordre spécial de comparaisons lumineuses.
Mais, quelle que soit la valeur des deux modes précédents
de oomparaison biologique, c*est surtout dans son application à la série organique que la méthode comparative montre le mieux sa puissance et son principal caractère, il n*y a pas de structure ni de fonction dent l'analyse ne puisse être perfectionnée par Texamen de ce que les divers organismes oiTrent de commun , et par Tétude de leur simplification continue à mesure qu'on descend dans la hiérarchie biologique. Lorsque l'on est enfin arrivé à ce terme où subsiste seul Fattribut essentiel du sujet proposé, la pensée peut procéder, en sens Inverse, à la reconstruction successive de Torgane ou de l'acte dBfis toute sa complication premi ère. Mais pour suivre convenablement, dans la biologie comparée, l'étude générale d'un organisme ou d'une fonction , 11 est Indispensable d'en avoir nettement construit la notion abstraite. C'est elle seule qui, isolée des modifications particulières attachées à chacune de ses réalisations, peut être le sujet direct de la comparaison. La méthode comparative ofiTre donc, en quelque sorte, un caractère semblable à celui de l'analyse mathématique, dont la propriété essentielle est de dégager, dans les cas analogues, ce qui est commun à tous, des spé* cialités secondaires propres à chacun d'eux.
Ayant successivement défini, dans son point de départ et son but, la science abstraite de la vie; ayant reconnu sa complication supérieure, mais aussi les grandes ressources dont elle dispose, nous avons maintenant à examiner la nature et l'enchaînement de ses différentes parties.
L'étude spéculative et abstraite de l'organisme doit d'abord se décomposer en statique et en dynamique, suivant qu'on recherche les lois de l'organisation ou celles de la vie; de là l'anatomie et la physiologie. En second lieu, la biologie statique ou anatomie doit être subdivisée en deux parties essentielles, suivant qu'on étudie isolément la structure et la composition de chaque organisme particulier, ou que l'on construit la grande hiérarchie biologique qui résulte de la
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comparaison rattonnelle de toQs ies organftsmeâ oonons. Telles sont les trois branches de la science biologique : IV natoraie générale ou abstraite, lanatomie comparée, enfin la physiologie, pour lesquelles M. Comte propose les dénominations systématiques de biotomie, biotaxie, bionomie, ces différentes études devant également comprendre les végétaux et les animaux, et le nom de biologie restant consacré à eo désigner l'ensemble^
La dépendance de ces trois parties résulte immédiatement de leur seule définition : il est évident que les études physiologiques supposent préalablement dôs notions anatomlqu^s : il faut connaître la structure d'un appareil avant d'en étudier le jeu. Et l'anatomie comparée elle-même doit précéder la physiologie, car la connaissance du rang qu'occupe chaque être vivant dans la hiérarchie biologique est le fondement nécessaire de son étude, qu'elle prépare d'abord et résume ensuite. La considération habituelle de cette hiérarchie est d'ailleurs, ainsi que nous l'avons Vu, lé plus puissant moyen d'investigation qu'admettent les recherches pbysio* logiques.
Quant à l'ordre des deux parties de la biologie statique, Il est clair que Tanatomie abstraite doit précéder Tanatomie comparée, car on ne peut classer que des organismes préalablement connus, tandis que chacun d'eux peut et doltêtre étudié à un premier degré sans être comparé aux autres. Du reste , quel que soît l'ordre adopté, une première exploration du système des connaissances biologiques ne saurait jamaisôtreplelnement satisfaisante et elle doit ètrecomplétée par une révision générale, destinée à faire ressortir les relations essentielles de chaque partie avec les autres.
Enfin, dans les différentes branches de la blotogie, la théorie, soit statique soit dynamique, de la vie organique doit être placée avant celle de la vie animale, puisque celle*cl,eii même temps qu'elle est plus spéciale et plus compliquée, re-
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pose nécemtfiment sur la première, qaU i^u eontnfre» dam ses éléments les plus essentiels, en est Indépendante. La même règle suffit à établir un ordre rationnel entre les études relatives à Tune et à Tautre vie, en plaçant toujours après les autres Tétude dont le si^et propre devient plus spécial, plus compliqué, et qui, par cela même, dépend des précédentes. De cette manière, la théorie des organes et des fonctions les plus élevées de Tbomme termine le système biologique; et les moyens s*accumulent graduellement à mesure que les difficultés s'accroissent, comme il doit être dans toute Judi-* cieuse organisation des recherches scientifiques.
§ 3. — Anatomte générale ou biolomie.
L'anatomte générale ou, mieux, abstraite, point de départ de toute la biologie positive, est le résultat d'une double conception fondamentale. La première est Textension de IV nalyse anatomique à tous les organismes par suite des tra*vaux de Daubenton et de Vicq-d'Asyr; travaux dont Tin- Huence régénératrice fUt propagée et accélérée par les leçons et les écrits de Guvief. La seconde , due au génie de Bicbat, est la décomposition de l'organisme en ses tissus élémen** tafres.
De ces deux idées mères, résulte Tanatomie scientifique t homogène et complète, caractérisée par la combinaison de la méthode comparative avec la notion fondamentale de la dé* composition des organes en tissus. Ces derniers sont eux« mêmes composés d'éléments anatomlques, existant tout formés dans les humeurs, qui doivent contenir tous les rudiments des tissus, et, par suite, des organes. Enfin, entre Tidée de tissu et celle d'organe proprement dite, ffiainville a intercalé une nouvelle abstraction anatomique qui consiste dans la notion de parenchyme. Elle se rapporte à la pure com-» position , c'est à-dire à la combinaison d'éléments qui constitue chaque parenchyme existant, et abstraction faite de
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la considération de forme déterminée, qui devient au ooatraire Tattribut caractéristique de Tidée d*organa Tel doit donc être en résumé Tordre graduel et définitif des divers degrés de la spéculation anatomique, Rivant leur enchaînement et leur complication croissante : dabord l'élément anatomique^ destiné à représenter Tharmonie nécessaire entre les solides et les fluides; puis le tissu ^ qui détermine la structure fondamentale; en troisième lieu le parenehutne, qui fixe la composition anatomique essentielle; ensuite targane^ où Ton envisage surtout la forme spéciale que prend chaque parenchyme conformément à sa destination; et enfin Cappareily où domine la considération nouvelle de la disposition réciproque des organes constituants.
Relativement à la fixation des éléments anatomiques, il y a préalablement à lever une première difficulté consistant dans leur séparation des simples produits de l'organisme. La vie étant caractérisée par le double mouvement continu d'absorption et d^exhalation, due à Taction réciproque deTorganisme et du milieu « il en résulte qu'à un instant <iu6lconque de sa durée, tout corps vivant doit présenter, dans sa structure et sa composition, deux ordres de principes trèsdiflférents : les matières absorbées, à Tétat d'assimilation; les matières exhalées, à l'état de séparatioUé Les corps absorbés constituent seuls évidemment les matériaux de Torganisme; et les substances exhalées, soit solides soit fluides, lui sont devenues, après leur séparation, réellement étrangères. Telle est la source de la grande distinction entre lei^ éléments anatomiques et les produits de Torganisation; et tel en doit être le vrai principe. Cette distinction peut d'ailleurs, en certains cas, présenter de véritables difficultés ; ainsi, par exemple^ quand les produits, comme la salive, le suc gastrique, la bfle, sont susceptibles de rentrer, au moins en partie, dans Torganisme, on peut difficilement fixer avec précision le vrai moment où lls^sessent d*ètre de simples produits pour
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se transformer en véritj|J)le8 éléments; c*est-&-dire où ils passent de Tétat iDorgaaique à l'état organique, de la mort & la vie.
Mais quelle que soit limportance de la fixation des éléments, Tanatomie des tissus reste la base réelle de tout le système anatoraique. D'après Texcessive complication de Torganisme humain, en se bornant, comme fitBichat, à la seule considération de Thomme, la nature caractéristique des différents tissus , et surtout leurs vraies relations générales, devaient rester essentiellement méconnues. La méthode comparative seule a pu fournir le principe de la classification rationnelle des divers tissus, d'après leur filiation anatomique.
Par un premier examen de l'échelle biologique, on reconnaît d^abord, que le tissu cellulaire forme la trame essentielle et primitive de tout Torganisme, puisqu'il est le seul qui se retrouve constamment à tous les degrés. Pour compléter cette conception fondamentale, il y avait donc à déterminer suivant quelle loi le tissu primordial se modifie peu à peu pour engendrer successivement tous les autres, avec les divers attributs qui d'abord empêchaient d'en apercevoir l'origine commune. C'est ce que lanatomie comparée a commencé à faire en regardant toujours les tissus secondaires, comme plus éloignés du tissu générateur à mesure que leur première apparition se manifeste dans des organismes plus spéciaux et plus élevés.
Ces modifications du tissu fondamental sont de deux sortes: les unes, plus communes et moins profondes, se bornent essentiellement à la simple structure; les autres, plus intimes et plus spéciales , atteignent la composition elle-même.
Dans le premier ordre, la transformation la plus directe et la plus répandue donne naissance au tissu dermeux proprement dit, qui constitue le fond nécessaire de l'enveloppe organique générale, soit extérieure soit intérieure. Une conden-
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■ation croissante, et plus ou moins également répartie du tisiu gén<^rateui% détermine, à partir da derme proprement dit, et à un degré plus élevé de la série organique, trois tissus distincts mais inséparables, qui servent, soit d'enveloppe protectrice aux organes nerveux, soit d'auxiliaires à Tappareil locomoteur : ce sont les tissus fibreux ^ cartilagineux et o»> seux, dits scléreux par M. Laurent. En réalité, les différents degrés de la consolidation tiennent essentiellement ici au dépôt dans le réseau celluleux d une substance hétérogène, soit organique soit inorganique, dont l'extraction ne laisse aucun doute sur la véritable nature du tissu* Par une dernière condensation, le tissu fondamental, devenant plus compacte, sans s'encroûter de matière étrangère v donne alors le tissa séreux, ou mieux kysteux^ dont la destination propre consiste , soit à s'interposer entre les divers organes mobiles, soit surtout à contenir des liquides stagnants on circulants.
Le second ordre général de transformation du tissu primitif donne lieu aux deux sortes de tissus secondaires qui distinguent le plus profondément l'organisme aninial. Ce sont les tissus musculaire et nerveux , qui doivent sans doute se manifester au môme degré de l'échelle biologique. Pour chacuD d'eux, la modification principale est surtout caractérisée par l'intime combinaison du tissu fondamental avec un élément organique spécial , demi-solide et éminemment vivant, quii dans le premier cas a reçu depuis longtemps le nom de fibrine et que, dans le second cas, Blain ville a proposé d'appeler neurine.
Telle est, en aperçu, la filiation des tissus élémentaires dont l'étude approfondie constitue le sujet essentiel de rans* lyse anatomique. Quant aux lois de composition suivant le^ quelles doit s'effectuer le passage rationnel de cette étude à celle du parenchyme, de celle-ci à la théorie des organes^ et enfin à l'étude des appareils, qui est le terme de la synthèse anatomique et la préparation Immédiate à l'analyse physiolo*
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gique; ces lois ne «ont encore que trop imparfaitement con* nues, peur que Texamen de ce qui est su k cet égard puisse trouver place ici.
J 3,-« Anilomio comparée ou biolaxic,
A Tanalyse statique des corps vivants doit succéder, en biologie rationnelle, la disposition de tous les organismes en une seule série , qui sert ensuite de base à l'ensemble des spéculations biologiques. Cette série résulte d'une double construction: la formation des groupes naturels, et ensuite leur coordination hiérarchique. La première consiste proprement à saisir, entre des espèces plus ou moins nombreuses, un tel ensemble d'analogies essentielles que, malgré leurs différences, les êtres appartenant à une même catégorie soient toujours plus semblables entre eux qu*à aucun autre de ceux qui n*en font pas partie. L'établissement de la hiérarchie des groupes , consiste ensuite à définir nettement les notions de genre, de famille, de classe, etc., qui doivent indiquer différentes sortes de décompositions, constamment effectuées suivant des modifications du principe même qui a dirigé la for* mation de la série générale. 11 en résulte alors que la position assignée à chaque organisme fait aussitôt ressortir Tensemble de sa nature anatomique et physiologique, comparativement soit à ceux qui le précèdent, soit à ceux qui le suivent.
La méthode naturelle est donc principalement caractérisée par rétablissement de la hiérarchie organique. En résultat de Tensemble des études biologiques, il est actuellement certain que les espèces animales, considérées au point de vue statique, oflVent une complication organique toujoui's croissante, soit quant à la diversité, à la multiplicité et à la spécialité de leurs éléments aùatomiques, soit quant à la eompositlon et à la variété de plus en plus grande de leurs organes et de leurs appareils. En second lieu, cet ordre, au point de vue dynamique, correspond à une vie tou-
jours plus complexe et plus active, composée de fonctioiu plus nombreuses, plus variées et mieux définies. L'être vivant devient alors de plus en plus modifiable, en même temps qu'il exerce sur le monde extérieur une action de plus en plus étendue. Quelles que puissent être les diflScultés de la réalisation, de là résulte, en principe, la possibilité de disposer les espèces vivantes dans un tel ordre, que Tune quelconque d'entre elles soit constamment inférieure à toutes celles qui la précèdent et constamment supérieure à toutes celles qui la suivent.
Dans la construction de la série animale, Timportance des divers caractères taxinomiques doit être mesurée par la relation plus ou moins intime des organes correspondants avec les phénomènes qui constituent les attributs prépondérants des espèces considérées. De là résulte la nécessité rationnelle de la traduction définitive des caractères intérieurs en caractères extérieurs. En effet , Tanimalité est principalement caractérisée par Faction sur le monde extérieur et la réaction correspondante ; et c'est évidemment à la surface de séparation entre l'organisme et le milieu, que doivent se passer les phénomènes de la vie animale qui sont le point de départ ou les aboutissants, la fin des autres : tels sont les sensations et les mouvements. Ainsi, les principales différences relatives à cette enveloppe, envisagée quant à sa forme, à sa consistance, etc., doivent distinguer essentiellement les unes des autres, les diverses espèces animales. Les organes intérieurs, privés de toute relation avec le milieu ambiant , n'ayant généralement d'importance capitale que quant aux phénomènes végétatifs, les caractères tirés de leur considération ne doivent être admis en anatomie comparée que comme une ressource provisoire, destinée à suppléer momentanément à Tinsuffisance des caractères extérieurs. Et peut-il être convenable que, pour assigner le genre et la famille d'un animal , il soit indispensable de commencer par le détruire, ainsi que
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l'exigent encore tant de clasBifications zodogiques, littéralement interprétées ?
Telle est donc Tanalyse de la méthode natorelle en ellemême; il faut actuellement rappliquer h la coordination rationnelle des principaux groupes de la série biologique.
Le monde organique se divise d*abord en deux règnes principaoi, Tun animal, Tautre végétal, et là plus qu^ailleurs la série présente une discontinuité réelle. A mesure qu*on a approfondi davantage Tétude des animaux inférieurs, on a reconnu de plus en plus que la locomotion, et un degré correspondant de sensibilité, constituaient les caractères essentiels de Tensemble du règne animal. Des rudiments trè&-ap* préciables de système nerveux ont été constatés chez un certain nombre de radiaires, ce qui doit y faire présumer des fibres musculaires. Enfin la contractilité et la sensibilité paraissent persister encore plus que Texistence d'un canal digestif communément regardé comme le principal des caractères distinctifs des animaux.
le règne animal comportant une bien plus parfaite application que le règne végétal de la théorie taxinomique, c'est surtout lui que nous devons considérer. La science moderne ayant substitué aux considérations irrationnelles de séjour, démode d'alimentation, etc., qui durent naturellement être d'abord admises, celle de Forganisme plus ou moins compliqué, plus ou moins parfait, en un mot celle du degré de dignité animale, et ayant pu, par suite de la décomposition de la vie en animale et végétative, en déterminer Tordre d'importance des différents organes; on reconnut que, le système nerveux constituant l'élément le plus animal, c'était surtout d'après lui que la classification devait être dirigée. Les caractères tirés d'autres systèmes n'ont plus été regardés que comme devant être seulement employés lorsque ceux qui sont tirés de ce système deviennent insuifisants pour établir les subdivisions secondaires. Entre
lô
tous les traTwa soolo^qiitB ûiits dans cette diieotio&y c'est la classification de Blainville qui a présenté la plua pâriWte application de la môthode naturelle à U construetion de la hiérarehie animale.
L'innoTatian <iul 1» distingue oonaûrte dMis VimpOrtanee taxinomiqne qu'elle attribue k la disposition générale de renyeloppe animale, ai propre à fournir le principe de la première séparation rationnelle, puisque la sjmétrie tmatitue, conune Biebat Va étabU , le caractère le plus simple ei le plus univers^ de Torganisme animal. En écartant done les animaux amorptaes, ou plutùt non sarmétriques, s'il ^ existe, et réduisant le règne animal aux seuls êtres régalien, on j distingue d'abord deux espèces de symétrie» dODt la plus parfaite est relative à un plan » et Fautre à un point on plutût à un axe. De là résulte la première classificatiOB dei animaux en pairs et en rayosmés» ou en ariiozoaires et eniu^ tinozoaireSf suifant la nomenclature systématique de Blaifr ville. Envisageant désormais le seul ordre des artiozoaires»û se divise naturellement d'après la eomnatance de Tenveloppe suivant qu'elle est dure ou molle» ce qui doit la rendre {dun Qitt mtfAoA propre à la locomotion. Les deux attributs esseo* tiéls de Tanimalité, la locomotion et les sensations ^ établie sent 9 entre ces deux cas, des différenees profondes et i&* eoBtestables, à la fois anatomlques et physlotogiqueSj ^ concourent toutes à présenter les animaux inarticulés comioe nécessairement inCérieur» aux animaux articulés. Ces de^ niers scmt ensuite divisé» en deux grandes éiaBSBB t^^^ qu'ils sont articulés intérieurement sous l'envelopper euiso^ par un véritable squ^ette c»sefn, mx wêisè c^titaginesi cbea les derniers d'entre eux ; ou que l'artieolat^n M a> contraire nrfmpleinent extérieure, par suite d€f U ccosoJîdation plus prononcée de certaîfleff parties cernées * 1'^ veloppe, alternant avec des parties molles. On eonçoft aisément à priori Finférforîté relative et jamais contesfésde
cette seconde organisation animale, surtout quant aux fonctioQs les plus élevées, celles du système nerveux. U est re« marquable que le moindre développement de ce système coïncide toigours alors avec une différence fondamentale dans la position de sa partie centrale, qui, constamment supérieure au canal digestif chez les animaux vertébrés, passe au-dessous de ce canal chez tous ceux à articulation extérieure.
Telle est, par une première analyse zoologique, la hiérarchie rationnelle des principaux organismes propres à la partie supérieure de la série animale, et qui y constitue les trois grandes classes des ostéozoaires^ ou vertébrés proprement dits, des entomozoaires ou articulés extérieurement, et enfin des malacozoaires^ ou mollusques. Considérant en dernier lieu la division des ostéozoaires, on voit que la dégradation animale qui, à partir de Phomme, se manifeste chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles^ les amphibiens et ^es poissons, s'y trouve toujours fidèlement traduite par la simple considération d*une surface cutanée recouverte de poils, de plumes ou d*écailles. Cette prééminence dé TeiH veloppe au point de vue taxinomique n'est pas moins prononcée dans Tordre des entomozoaires, où le décroisse* ment successif de Tanimalité se trouve exactement mesuré par la seule considération du nombre croissant de paires d*appendices locomoteurs, depuis les hexapodes jusqu'aux myriapodes, et même jusqu'aux apodes, qui en constituent l'extrémité la plus inférieure.
Cette application de la méthode naturelle à rétablissement de la hiérarchie animale, qui ne peut être ici poursuivie davantage» suffit pour expliquer les conceptions abstraites d'abord exposées relativement au génie fondamental de cette siéthode. Quant au règne végétal» Fensemble des principes établis démontre aisément que la méthode naturelle ne saurait 1 comporter jamais une perfection oomparable à celle dont le
règne animal est sasceptible, même dans ses derniers degrés. Les familles végétales peuvent être regardées àujoard*hui comme établies d*une manière satisfaisante ; mais la coordination en reste presque entièrement arbitraire « faute d'an principe hiérarchique qui puisse les subordonner rationnellement les unes aux autres. Le seul commencement de coordination qu'on soit encore parvenu à établir, se réduit au classement des végétaux suivant l'existence ou Tabsence de feuilles séminales ; et pour le premier cas, suivant quMls en offrent plusieurs ou une seule. Le passage successif des ^tcotylédons aux monocotylédons et de ceux-ci aux acotylédons peut , en effet , être regardé comme constituant une sorte de dégradation croissante. Une telle considération a dû surtout prévaloir depuis que la comparaison primitive, fondée sur les organes de la reproduction, a été vérifiée, dans son ensemble, par l'examen des organes de la nutrition. Mais le commencement de hiérarcèie qui se trouve ainsi établi, demeure toutefois évidemment insuffisant, puisque les familles très-nombreuses qui composent chacune de ces trois divisions principales, restent disposées entre elles suivant un ordre arbitraire. Aussi , vu l'imperfection nécessaire de la taxinomie du règne végétal, est-il convenable de le concevoir comme le dernier terme de la série biologique, sans en considérer la décomposition intérieure, qui, malgré son importance, ne saurait exercer une influence capitale sur le perfectionnement des hautes spéculations biologiques, soit statiques soit dynamiques.
$ 4. ~ Physiologie ou bionomie végétative.
L'analyse de tous les organismes et leur coordination en une seule hiérarchie, fournissent sans doute la base indlspeasable de la recherche des lois auxquelles sont assujettis les phénomènes de la vie ; mais, en elles-mêmes, elles ne constituent qu'un travidl préliminaire. Néanmoins cette pt&oïï^
LA PHIL080PHIS NATUAKLLE. 267
moitié de la science biologique est , par salte de sa moindre complication, la seule aujourd'hui dont le caractère puisse ôtre regardé comme irrévocablement établi. En physiologie, au lieu de pouvoir apprécier des conceptions définitives, comme en anatomie, nous n*avons à examiner que les seules notions de méthode, c'est-à-dire le mode général d'oiig:aaisation des recherches qui devra conduire ultérieurement à la connaissance des lois qui régissent les phénomènes vitaux.
La grande distinction des vies végétative et animale est la source naturelle de la division de la physiologie , qui est, par suite, elle-même, végétative ou animale : ces deux parties de la science devant évidemment se succéder dans cet ordre.
Le caractère de la biologie positive est de toujours établir Qoe exacte et constante harmonie entre le point de vue statique et le point de vue dynamique, entre les idées d'organisationetlesidéesdevie,entrelanotionderagentetcellederacte« La vie se décompose habituellement en différentes fonctions, mais il serait impossible de se faire aucune idée claire et rigoureuse de ce que Ton doit entendre par une fonction , si Ton n'en distinguait soigneusement les phénomènes plus composés et très-différents qui résultent de Tensemble des diverses fonctions : telle est, par exemple, la production de la chaleur vitale. Cette distinction permet alors à Panalyse physiologique de présenter une marche rationnellement conforme à celle de l'analyse anatomique, dont les principaux degrés sont, comme nous Pavons vu, le tissu, Torgane et l'appareil L'idée fondamentale de propriété correspond à la notion de tissu ; l'idée de fonction, à celle d'organe ; et la notion définitive de résultat^ à la considération soit d'un appareil, soit de l'ensemble des appareils. La gradation est donc essentiellement analogue dans les deux ordres de conceptions ; et la comparaison d'un ordre à l'autre rappelle tou-
9M NinnÉin pakviv.
Jour* Ift rsifttf mi de Twite à Pageiit qst eouBtltae le fend g6néFal de toute la philosophie biologiqae.
Noua avons reconnu qu'entre les différents tissas il y a surtout à distinguer un tissu fondamental et générateur, to tissu oellulafre, et deux tissus i^eiaux qui résultent de la eombinaison anatomique de deux substances caractéristiques, la fibrine et la neurine, avec la trame primordiale et commune. Les propriétés phyiriologiques doivent donc être aussi divisées en deux groupes essentiels, comprenant, Tob les propriétés générales qui appartiennent à tous les tissus, et qui constituent la vie propre du tissu cellulaire, et Pautre les propriétés spéciales qui en caractérisent physiologiquement les modifications les plus tranchées, c^est-à-dire les tissus musculaire et nerveux. Dans Fétat actuel de la science, les propriétés spéciales relatives aux deux tissus secondaires sont les mieux connues : en sorte que, suivant la marehenaturelle de notre intelligence, le cas le plus tranché est anssi le mieux apiNcécié. Tous les phénomènes généraux de la vie animale sont aujourd'hui assez unanimement rattachés à ^i^ PitabUité et h la sensibilité, chacune d^elles étant regardée comme l'attribut caractéristique d*un tissu nettement défini* Mais il y a encore confusion et divergence sur les propriétés générales qui correspondent à la vie végétative.
Quant aux fonctions proprement dites, celles qui appartiennent à cette vie envisagée, dans Tensemble de la hiérarebie biologique, se réduisent essentiellement à deux dont l'aQta* gonfsme continu correspond à la définition môme de la via : i* l'absorption intérieure des matériaux nutritifs puisés dans le système ambiant, d'où résulte la nutrition ; fi« reshalatioo, à l'extérieur, des molécules qui se désassimllent à mesure qne cette nutrition s'accomplit L'étude n*en peut même dtre regardée aujourd'hui comme organisée d'une manière rationelle : car la méthode comparative, qui constitue la pH»cipale ressource de la biologie, n*a pas encore été réellemo^t
LA PHItOflOPH» HAT01ELLE. 889
introduite daoi los nseberchês reiatiTûi à la vie organique, et pourtant elle est plut indispensable i ces rechercbea et peat aossi s'y appliquer plus complètement qu'à Tétude môme de la vie animalOé L'organisme végétal présentant, en effet, dans tonte leur simplleité les fonctions dont il s'agit, et dégagées des diverses influences qui les oompliqueut toujours ches les animaux, ce eas doit être le plus direet^nent propre & di^ voiler nettement la partie primordiale de cette sorte de phénomène. Mais d'autre part, si ceux-ci n*ont point été d*abord analysés dans la série des eas intermédiaires, la considération immédiate et isolée de ee cas extrême ne peut guère en éclairer la théorie générale. Il est évidemment encore plus impossible, au point de vue physiologique que sous le simple aspect anatomique, de passer brusquement de Torga^ nisme humain , point de départ des spéculations biologiques, à Porganlsme végétal qui en est le terme, oa réciproque^ ment. Si donc l'étude des divers degrés intermédiaires est indispensable pour lier, au point de vue anatomique, les deux cas extrêmes, elle est, à plus forte raison, nécessaire dans les études bien plus difficiles relatives aux recherches physiologiques.
Un tel vice de méthode fait aisément prévoir les imperfections que présente même l'analyse préliminaire des phéne^ mènes de la vie organique. Ainsi on ignore encore en quoi consiste exaotement le fait chimique de la digestion # c'ûst4dlre quels changements essentiels éprouvent, dans les principaux organismes* les divers matériaux alibiles. Les uns posent en pnncipe l'unité du chyle , au moins pour chaque espèce» malgré la diversité des aliments; d'autres, au contraire, se fondantsnr des motifs également plausibles, en établissent la variation nécessaire d'après celle des substancss assimilables. La même Imperfection se manifeste, d'une manière encore plus sensible peut-être, h l'égard de la digestion gaeeuse ou respiration, puisane* par suite du peu d'aoeord d'aualyaes,
260 DIUXIÈMB PARTIE.
assez bien exécutées d^ailleurs pour sembler mériter la même confiance , on ne sait pas aujourd'hui, nettement et complètement, quelles sont les différences entre Tair inspiré et Tair expiré. De telles divergences sur les plus simples phénomènes de la vie végétative, font assez comprendre combien est encore prématurée toute recherche relative aux phénomènes essentiels de Tassimilation, ou, en sens inverse, de la désa&similation par les diverses sécrétions.
L*étude des phénomènes plus composés que nous avons reconnu devoir être soigneusement distingués des fonctions sous le nom de résultats, et que produit Taction simultanée des organes, est évidemment bien plus difficile que laprécéd^te, sur laquelle d'ailleurs elle est fondée; elle doit donc être encore moins avancée.
Le résultat le plus immédiat et le plus essentiel des fonctions organiques , consiste dans Tétat continu de composition et de décomposition simultanées qui caractérise la vie végétative. Or, ni la composition chimique de chaque orgar nisme et le système correspondant d*alimentation, ni, au point de vue inverse * les produits exhalés et Tensemble des agents qui les ont primitivement fournis ou successivement modifiés , n^ont été encore comparativement étudiés dans la série des degrés principaux de Téchelle biologique. Aussi , nous ne pouvons spécifier aujourd'hui , avec précision, en quoi consiste le phénomène général de la composition et de la décomposition perpétuelles de tout organisme.
L*action spontanée des corps vivants pour entretenir entre certaines limites leur température à un degré déterminé, malgré les variations thermométriques du milieu ambiant, est un second résultat de Tensemble des fonctions végétatives. Ce grand caractère, qui n'avait d'abord été remarqué que dans les cas les plus prononcés, est aujourd'hui reconnu appartenir indistinctement, quoique d'une manière très-inégale , à tous les organismes : aux végétaux comme aux anf-
LA PBIL080PHIB HATimELLI. 261
maux. Il est clair, en effet, que les fonctions animales ne peuvent influer que sur Tactivité et Tintensité du phénomène, et que la production et la conservation de la chaleur vitale résultent primitivement de Tensemble des actes chimiques qui caractérisent la vie organique. Tout corps vivant est en réalité un véritable foyer plus ou moins durable, et susceptible de maintenir sa température entre certaines limites, malgré les influences extérieures, par une suite nécessaire des phénomènes de composition et de décomposition qui B*y passent. Il en est de même de Tétat électrique des corps vivants, état dont les phénomènes physiologiques ne sont certes .^ pas la cause exclusive ni même première. Dans Tétat présent de l'électrologie générale et surtout de rélectro-cbimîe, il est, à priori^ presque aussi évident pour Télectricité que pour la chaleur, que la suite des actes de composition et de décomposition qui constitue la vie végétative doit nécessairement produire et entretenir, malgré les variations électriques du milieu, une électrisation permanente, et plus ou moins fixe, dans l'organisme où ils s^accomplissent,
li ne nous reste plus à apprécier que Tétude des deux attributs généraux de la vie fondamentale et universelle , la génération et le développement des corps vivants abou* tissant à la mort
Dans les derniers degrés de la vie organique, il n'existe pas de génération proprement dite, et la multiplication s'y opère par un simple prolongement de la masse vivante, prolongement qui peut s'effectuer en un point quelconque de cette masse alors presque homogène. Dans ce cas extrême, le phénomène est analogue à toute autre sorte de reproduction du tissu cellulaire primordial. Mais l'analyse préliminaire du phénomène général est aujourd'hui extrêmement imparfaite dans les organismes assez élevés pour ne pouvoir se reproduire sans le concours de deux appareils plus ou moins spéciaux, qui appartiennent d'ailleurs à un seul individu ou à
ûsm, i94ivi(lug <U«itiAOts, Pvis co ans , ri^pinupeil mile doit toujours op^^i {Mip mio ppemièro nourritaro vivifiante, uqq fiorto d'éyoil iAdif pooMble daos le germa quo oonti^nt l'ap* pareil femalla ? or oa ne Mit foèma pas ap quoi assista U diféreaoa axaata et earaatéristIqDa aatra las doux étiu (1« rovula immédiatemaat avant at après Tacte da féeoaditioD.
lA dooMaa «éoérala du d^vêloppaaMiit organiqua, malgré da récaats at iaopataatablaa pragrèa , ast aaaora ploi imparfaite aiyoard*bai qua calla da la reproduetiao. La 9»* tèma la plus émiaammeiit aniioal, le syatèma n^veus, a iHt être représaoté comme apparaiasaat le premier dans le dév^ loppam^t des orgaaiamas supértearst dette maniera davoir, aussi eoptrtire que poasiblo i^ rétabUssame»t ultMior i% toute oopeaption g^érale sur le développement, se trouve d*aiUei}rs (puisque le tissu nervaoi est la plus axtréma st la plus iqpéoiala transformation du tissu primordial) an opposl*' tion direota avao uue des lois lea plus eonstantes que pré* sente la pbilosoiAie biologique ( Tbarmonie entra lei9 priacipales phases de révolution iodividualla et lea degrés sueosNifs les mieux oaraotériaéa de la biér^rcbie orgaolqua,
ranalyse du développement doit être évidemment soiTle da rétude inverse, à laquelle donpe lieu la déaroissee ment de Torganisme aboutissant à la mort. Un praniQF aperçu la représente cmnme résultant de la prépondérsoce eroissante du mouvement d'exhalation sur le mouvement d*absarption # d'où résulta graduellemant la oonsolidation de Torganisma primitivement presque fluide. Mais cette vue sommaire ne peut servir qu'à bleu caraetériser la vraie sir ture de la question eu indiquant la direettoa générale dai f^ eherehas qu'elle ^ige. Las eonsidérations relatives & la vie animala ne sauraient être rationnellement introduites dans un tel sujet, comme dansf tous ceux qui ont été préûédaD" ment examinés, que lorsque cette doatriaa préliminaire 9an d'abord été eonvanablement établie.
LA v^lU)9Q?mM lÀTPHKLLK. 368
^5. — physiologie ou bjonomie «oinoale,
lies ptiénomèoesiio la vie véeétfttiva on organique ont leur source daas l60 propriétés du tissu cellulaire ; ceux de le vie ftuimale ont de môme la leur dans iee propriétés des tiisus œusoulaire et nerveux. Coneevant Firritabilité et la sensibilité comnEie inhérentes & ces deux tissus» et écartant toute vaine recherche sur les causes de ce double point de départ , la tbéQrie positive de ranimalité se borne h comparer entre eux tous les phénomènes qui s'y rattachent, afin de décou* vrir leurs lois effectives i c'est-à-dire, comme k regard des autres phénomènes « leurs relations constantes soit de suc* cession* soit de similitude, Et conformément au but de la seienoe» ces lois doivent faire prévoir rationnellement le mode d'action d'un organisme animal donné qui serait placé dane des circonstances déterminées; ou, réciproquement, quelle disposition animale peut être induite de tel acte d^ani* malité.
Si des observations mal instituées ou mal discutées ont fait croire d'abord & Texistence de la sensibilité dans des parties dépourvues de nerfs, une meilleure exploration a démontré, dans presque tous les cas de ee genre , ou que les symptômes de sensibilité, dus à la lésion de quelquesner/ii voisins, avaient été mal à propos rapportés h une organe privé de nerfs* ou que le tissu nerveux existait effectivement, quoique difficile à ^percevoir, fit de même, les prétendus animaux sans nerfs disparaissent successivement, à mesure que les progrès de Tanatomie comparée disposent à mieux généraliser la notion du système nerveux, et & reconnaître ce système avec plus d'exactitude dans les organisations inférieures. On peut donc et on doit ériger en axiome la nécessité de nerfs pour un degré quelconque de sensibilité, sauf à traiter les exceptions apparentes comme autant d'anomalies à résoudre par les perfectionnements nltérieurs de l'analyse analomique.
204 OEUXliHC PARTIK.
On fera subir une transformation analogue aux notions ordinaires relatives à rirritabilitô dominée encore par latliéoriede Bichat^ qui concevait, par exemple, les contractions du oœur comme directement déterminées, indépendamment de toute action nerveuse, par la stimulation immédiate résultant de Tafflux du sang. Mais il est aujourd'hui bien reconnu, surtout depuis les ^périences de Legalloix, que Tinnervation est tout aussi indispensable à Tirritabilité de ce muscle qu'à celle d'aucun autre ; et, en général, que la distinction de Bichat , entre la contractilité organique et la contractilité animale, doit être rejetée* Toute Irritabilité est nécessairement animale, c'est-à-dire qu'elle exige une innervation. Ce sujet attend néanmoins encore plusieurs éclaircissements dont les plus importants concernent la distinction que la théorie positive de rirritabilité doit maintenir entre les mouvements volontaires et les mouvements invo* lontaires. Mais déjà se laisse apercevoir la voie de solution : elle consiste certainement dans l'analyse des mouvements qui, primitivement volontaires, finissent par devenir involontaires, ou réciproquement Mais, pour que ce genre d'explication puisse suffire à résoudre la difficulté proposée, il faudra concevoir que les mouvements involontiûres, toujours les plus indispensables à la vie générale, seraient susceptibles de suspension volontaire , sans les habitudes déterminées à leur égard par leur nécessité continue.
Relativement aux fonctions qui dépendent de l'Irritabilité, on peut dire que le mécanisme d'aucun mouvement n'a été jusqu'ici analysé d'une manière satisfaisante. Une distinction vicieuse sépare même habituellement les mouvements généraux, qui produisent le déplacement de la masse animale, et les mouvements partiels qui servent surtout à la vie organique, soit pour l'introduction des divers aliments, soit pour l'expulsion des résidus ou la circulation des fluides. Ils sont tous néanmoins aussi réellement partiels les uns que les
LA PHIL080PHIB NATURBLLB. 365
antres. D*aprè8 les lois du mouvement, ranimai ne peut Jamaisdéplacer son centre de gravité par une action intérieure. Les mouvements qui produisent la locomotion ne sont donc pas d*une autre nature que ceux, par exemple, qui transportent le bol alimentaire le long du canal digestif; le résultat n*en est différent qu*en vertu de la diversité des appareils , caractérisés , dans le premier cas , par des appendices extérieurs disposés de manière à trouver au dehors une résistance nécessaire au déplacement de la masse animée.
Les premières notions de la mécanique animale étant ainsi obscurcies et viciées, il n'est pas étonnant que Ton ne soit pas d*accord sur le mécanisme de la circulation, sur celui de la plupart des modes de locomotion extérieure, tels que le saut, le vol, la natation, etc. La mécanique animale, comme la mécanique céleste on la mécanique industrielle, est d*abord de la mécanique, et doit être par conséquent fondée sur les lois générales auxquelles la mécanique rationnelle démontre que sont assujettis tous les mouvements possibles. De môme, dansTétude de la phonation si imparfaite aujourd'hui, l'analyse des mouvements de l'appareil vocal doit reposer sur les indications qui résultent des connaissances acquises par les physiciens sur la théorie des sons. Il serait impossible sans cela de parvenir jamais à comprendre la production gêné* raie de la voix, et, à plus forte raison , les modifications si prononcées et si importantes qu'elle présente chez les animaux susceptibles d'une véritable phonation.
L'étude des fonctions qui dépendent de la sensibilité est encore moins avancée que la précédente. Quant à Timpression directe de l'agent externe sur les extrémités nerveuses à l'aide d'un appardl physique plus ou moins spécial, il est clair qu'à cet égard, la théorie des sensations est subordonnée aux lois physiques correspondantes : cela est surtout manifeste dans les théories de la vision et de l'audition com-« parées à l'optique et à l'acoustique. Or, la combinaison qu*une
telle âtudo ^tigerait mtc^ le« copsitJéi^UQBff pbFVi^u^ et los considérations physiologiques t exista ^ncor^ moïm miwyh d'bui qne dans U niéoapique animale' Apsai, I#8 plus sioiplûs modifications du phénomène de la vision ou de l^udition, par e^cemple la faculté qu'a l'œil de voir distinoteifient 4 des distances très-variées, ne sont point encore rspportées ayec exactitude & des conditions organiques déterminées* Op peut . même dire que les limites directes 4e }« fonction sont presque toujours très-vaguement définies, P^est-»i^-dire que VQn s'a point nettement circonscrit le genre de notions extérieures immédiatement fournies par chaque sens, abstraction faite de toute réflexion intellectuelle.
Il y a 4 distinguer, des sensations pr<ipr6ment dit^Sf une seconde classe de sensations, qui, sans procurer aueiine uo* tion directe sur le monde extérieur, exercent oependSQt ooe puissante influence sur les phénomènes intellectuels et mo* raux ; ce ^ont les sensations intérieures , qui se rapportent ) la satisfaction des divers besoins, et auiij^queUes 11 faut joiodrei dans rétat pathologique, les différentes douleurs, Cette partie de la théorie des sensations est encore moins avancée et pins obscure que la précédente, lia seule notion positive impû^ tante, aujourd'hui iocontestable à cet égard, consiste dsosl^^ nécessité du système nerveux, reconnu indispensable aux deux genres de sensibilité.
Après rétude de chacun des deux ordres généraux de fû()<^ tions animales, il reste à. considérer les lois oommunes aux phénomènes de Tirritabilité et de la sensibilité proprement dite. La première est la loi de rintermittence d'action, 1» seconde celle de l'habitude, la troisième celle du perfection* nement.
Le mouvement de composition et d'exhalation qui conatiti^ la vie générale, ne peut être, un seul instant, suspendu sawi 4léterminer aussitôt la tendance à la désorganisation» Mais, au contraire, tout a^te d'Irritabilité on de sensibilité est, psr ^
nature, OéP^ss^U'ernoot Intermittent; car aucuM eootraotipa ni auGua^ seo^lQR m tturaieot 4trô oonçves commo indé^ finimwt p«r8i3t^te8; ^n «prte qua la coQtioaité impliquerait tout mn9l bian contradictiou daa9 la via animala qua la diS'^ cQiitiQuitë^daïui la vie orgamquQt U ti)éoria positiva de Tirritabilité et da la aeuaibilité attachant ee9 propriétés apiwalap à des ti^sua correapond^&ts , nutermitteuoe d*aPtion devleot nn attribut commua au^ organes qui an sont prineipalament formés, La aaconde loi «ânérale do l'animalité , ae)la de TbabitudQf en eat aior? une «uite naturelle ; elle Qonaiata dam la tendance des phénomène iptennittenta à se reproduire spontanément par rinfl^enoe d'une répétition suffisamment prolongée, L'imitation se rattache i rbabitude* oar la facult4 d'imiter autrui tient jl^ oalle de s'imiter soi-même. Enfin la troisième loi » oella du perfeationnement » oonséquenoe générale de ri^j^bitude, s'applique également aux organes et mi fonotiona avec les différences oorrespondaates, Elle eonsiste» quant aux premières « po ce que tout appareil animal se dé* veloppa par Texeroioe babitueli et s'amoindrit ou même s'atropbie par suite de la désuétude prolongée ; quant aux fonotiopsi la répétition les facilite et tend même fc les rendre iïiaperçnes ou involontaires.
Vu dernier ordre de oonsidérations communes aux divers phénomènes élémentaires d'irritabilité et de sensibilité est celui de rassooiation des fonctions animales, pana oette étude, il y a ^ distinguer les synei^es et les sympathies, La diffé** rence entre ces deux sortes d'associations vitales» oorrespond à la différence entre Tétat normal et l'état pathologique ) car il y a synergie toutes les fois que deux organes concourent simultanément à raccomplissement régulier d'une fonction, tandis que toute sympathia suppose auoontraire une eer<^ taine perturbation qui s^étend d'un organe primitivement affecté & un autre. L'étude de cette dernière association pby« aiologique peut être regardée emnme inatitoéa delà sur ses
268 DKVXIÈME PARTIS,
véritables bases, puisque le système nerveux est maintenant regardé comme Tagent nécessaire de toute sympathie ; ce qui est le point de départ de toute connaissance positive sur ce sujet Quanta la formation effective de la théorie elle-même des sympathies, elle est à peine ébauchée, malgré les faits nombreux mais incohérents, que la science possède à cet égard. Et, soit qu^il s'agisse de Tassociation mutuelle des divers mouvements, ou de celle des différents modes de sensibilité, ou de Fassociation plus générale et plus complexe entre les phénomènes de la sensibilité et les phénomènes de rirritabilité, Tétude des synergies, qui, par sa nature, est beiaucoup plus simple et surtout bien mieux circonscrite que celle des sympathies, ne présente pas réellement encore un caractère scientifique plus satisfaisant
Tels sont Tenchaînement et la nature des différentes parties de rétude des sensations et des mouvements : mais ces deux ordres de phénomènes, étant sans liaisons directes, ne peuvent être évidemment les seules fonctions animales, et supposent nécessairement une vitalité intermédiaire qui établisse entre elles un lien indispensable. Tel est le rôle des fonctions affectives et intellectuelles. Elles étaient souvent refusées aux animaux, et rapportées, chez Phonàme, àde pures entités, ou attribuées en msy eure partie aux viscères végétatifs, antérieurement à Gall. Mais ce physiologiste, jetant une vive lumière sur cette importante et difficile question, démontra irrévocablement la pluralité et Tinnéité des facultés intellectuelles et morales et leur commune résidence dans Tappareil cérébral : double principe maintenant à tout jamais acquis à la science.
Sans sortir de Tespèce humaine, tous les cas de caractères ou de talents prononcés en bien ou en mal , prouvent avec une irrésistible évidence la réalité du premier; et la diversité même des cas bien tranchés , la plupart des états patiiologiques, surtout ceux où le système nerveux est directemeût
LA PHILOflOPHIB VATURBLLI. 269
affecté « démontreot d*une manière non moins irrécusable la justesse du second. L'observation comparative des principales natures animales ne laisse d^ailleurs aucun doute sous l*un et Tautre aspect. Enfin ces deux principes ne constituent en réalité que Texpression scientifique des résultats généraux de Texpérience universelle, de Texpérience de tous les temps et de tous les lieux, sur la véritable constitution intellectuelle et morale de Thomme : symptôme Indispensable et irrécusable de la vérité à regard de toutes les idées mères qui doivent toigours se rattacher aux indications spontanées de la raison vulgaire.
Dans l'ordre anatomique, cette conception physiologique correspond à la division nécessaire du cerveau en un certain nombre d'organes partiels, symétriques, comme tous ceux de la vie animale, et qui , quoique plus contigus et plus semblables qu'ea aucun autre système, par conséquent plus sympathiques et plus synergiques, sont néanmoins essentiel lement distincts les uns des autres. En un mot, le cerveau n*est plus à propremmit parler un organe; U devient un véritable appareil plus ou moins complexe, suivant le degré d*animalité. L'objet de la physiologie cérébrale conMste dès lors à déterminer, avec toute l'exactitude possible, l'organe particulier à chaque disposition affective ou intellectuelle^, nettement prononcée, et bien reconnue préalablement comme étant à la fois simple et nouvelle; ou , réciproquement, à quelle fonction préside telle partie de la masse en«céphallque présentant les conditions anatomiques d'un organe distinct. Et entre l'analyse physic^ogique et l'analyse anatomique, doit s'établir l'harmonie, l'accord, qui est le critérium décisif de leur exactitude.
Dans cette décomposition de la vie intellectuelle et morale en ses diverses facultés élémentaires et de l'appareil cérébral en organes correspondants, les fonctions, soit affectives, soit intellectuelles, doiventêtre regardées comme plusélevées, ou,8i
9?0 DBimfÈWI FAftfIB.
1*0B veut, pliii hamaines, et en môme tèmp$ aiiMimDipiéiiergfqueip à mesupe qu'elles devieiment plus «péoialemaot ex^ olusivef à la partie supérieura da la série KOologique, Et. {Mr •ulte, leurs sièges doivent être situés dans des parties du cerveau de moins en moins étendues, et de plus en plus éloignées de la colonne vertébrale, eentre primitif du système Mrveux. Ainsi la piu*tle la moins développée et la plus antéHeure du cerveau se trouve toujours afiféctée auK parties lâf plas caractéHstiques de Thumanitè, et la plus volumineuse et la plus postérieure à celle qui constitue surtout la base commune de toute animalité.
Les facultés eérébrales se divisent d'abord en affectives et en Intellectuelles, les unes correspondant à toute la psrtiâ postérieure et mo^renne de Tappareil cérét)ral, et les autres à sa partie antérieure» qui, dans les cas aitrémes» oompreDd& peine le quart ou le sixième de la masse totale. Ainsi se trouve établie, sur une base scientifique inébranlable, la pvé^i' nence des facultés affectives, méconnue par toutes les sectes psychologiques et idéologiques, et néanmoins si hautement manifestée par Tobservation de tous les phénomènes mof anx, animaux et humains. Et telles sont la confirmation et TsKpli^ cation de la distinction établie de tous temps par le bon sens vulgaire entre Tesprit et le cœur, ce dernier compronaot le cœur proprementdit et le caractère, distinetion que la science représente désormais par les groupes de facultés qui eorres^ pondent respectivement aux parties postérieure, moyenne et antérieure, de Tappareil cérébral.
On a opposé à cette admirable doctrine, due au génie de Gall, la prétendue irrésistibilité que Ton croyait devoir ain^i être attribuée aux actions humaines. Mais cette obJeetiOB prouve seulement que la doctrine n^est ^las comprise. ^^ efl^et, les penchants élémentaires ne conduisent Jasiais ^ <^ actes déterminés qui dépendent toujours de Tassociation de eertoines facultés et de l'Misemble des oireoastances où eet
LA Pim.MOt>mi ITÀViniELLE. 971
plMé t*lndHrldu. Si, outra que Textreleft peut ûé^éiùpp^f b«au#oap «baque dlspoeîtion, <iMim« Tinaotl? ité Tafllaibllr, iM i^ultétf i&te)i«etuellei doivent tMiJoura poavoir, dans le etm humain, direot^nont modiâov la oondufte que le« passioiui bonnes ou maurtises tendent à inapfror. I^apr^ ee double pHnéipe, il ne iauralt y avoir de véritable irrétlsti'* bilfté et, par euite, dUrrespontabilité que dans le eas de manid proprement dite. La prépondérance exagérée d'une laeuité déterminée tenant à rinflammatlon ou à Thypertro^ pbîo de l*orpuie eorrespondant, réduit alors, en quelque sorte, ^organisme à l'état de simplioité et de fatalité de la nature inerte.
Quant à la localisation effeotive de Qall, erronée à beau* eoup d'égards, ainsi que sa décomposition de l'âme en facultés élémentaires, elles sont Tune et Tautre à refaire. Ce travail doit se composer, comme nous l'avons vu, de deux études différentes, et qui doivent être faites indépendamment Pune de l'autre, de telle sorte que de leur accord résulte une complote démonstration. Au point de vue anatomiqua, partant du principe qui érige le cerveau en véritable appareil, il faut trouver la différence entre une partie d*organe et un organe, de manière à pouvoir circonscrire exactement chacun des diil^rents organes. Sans doute la décomposition de Tappareil cérébral doit présenter des dift^ cultes très-supérieures à toute auta^e, par suite de la dissemblance beaucoup moindre et de la plus grande proximité des organes. Mais ce ne peut être un motif suflasant pour renoncer i cette indispensable analyse, et, puisque le but de toute théorie biologique doit être de constituer une exacte harmonie entre l'analyse anatomique et l'analyse physiologique, Ml$, «Impose évidemment qu'elles n*ont pas d'abord été calquées Pape sur l'autre, et que chacune d'elles a été fftlte séparément.
A cette an^yse aaaienique il faut donc Joindre Tanalyse
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purement physiologique des diverses facultés élémentaires qui doit se trouver en harmonie scientifique avec la première* et, dans ce second travail* toute idée anatomique doit être provisoirement écartée. Mais ici la physiologie devient impuissante et doit abandonner le problème à des sciences supérieures. Il est évident qu*un des caractères des phénomènes intellectuels et moraux, c'est de ne pouvoir être étudiés pendant Tacte, raccompUssement du phénomène, mais seulement dans ses résultats plus ou moins lointains et dorables. D'autre part, les phénomènes d'une classe quelconque doivent être surtout étudiés dans les cas et les circonstances où ils se prononcent davantage et montrent mieux leur vraie nature : d'où Ton passe ensuite aux cas moins prononcés. Ce n*est pas alors l'étude de l'homme, considéré individuellement et isolément, qui peut faire connattre les lois de l'intelligence etdusentiment: car c'est seulementdansl'existence sociale et par elle, que les fonctions intellectuelles et morales se caractérisent assez ; et, sans la solidarité et la continuité qui rendent notre espèce si supérieure à toute autre, elles y seraient presque aussi équivoques que dans les races voisines où elles furent si longtemps méconnues. Mais l'étude de l'existence sociale ne pouvant évidemment rentrer dans la biologie, ici est le terme de la philosophie naturelle et le point de départ de la philosophie morale, à laquelle il appartîent de rechercher les lois des plus npbles fonctions de la vie de relation.
Étant partis des phénomènes les plus simples, de ceux qui, présentant la régularité la plus évidente, ont été les premiers conçus comme assm'ettis à des lois, comme ayant entre eux des rapports invariables de succession et de similitude (tels sont les phénomènes mathématiques et astronomiques, c'est^ à^lire le nombre, la forme et le mouvement), nous avons vu cette conception de lois, de faits abstraits et généraux , 8*é-
tendre successivement à des phénomènes de plus en plus compliqués, et, par suite, présentant une variété et une diversité qui semblent, au premier abord, incompatibles avec toute constance et toute fixité. Aussi, ce n^a été que par un puissant elTort, et bien longtemps après l'astronomie, qu^ont été créées la physique et la chimie. Mais enfin ce pas a été fait, et, par une progression continue et presque insensible, cette grande conception de lois arrive jusqu'à la vie, jusqu'à ces phénomènes si divers, si multipliés et qui paraissent si indépendants, que présentent les corps organisés. D'abord elle n'a dû s'appliquer qu'à la vie la plus grossière et la plus commune, à la vie matérielle et physique; mais, continuant sa marche ascendante, elle arrive maintenant à la vie par excellence, à la vie intellectuelle et morale.
Ainsi du nombre, lois de la forme et du mouvement, lois du système du monde, lois des propriétés générales des corps, lois de la composition et de la décomposition, lois de l'organisatien et de la vie, lois des phénomènes sociaux, lois des sentiments et des pensées, de l'intelligence et de la grâce : tel est le résultat de quarante siècles de travaux et d'efforts. Si maintenant l'on suit pas à pas la succession et l'enchaînement de ces sublimes découvertes ; si Ton cherche leur influence sur l'existence sociale, leurs relations avec les différents aspects, soit politique, esthétique ou industriel du mouvement humain, si capricieux en apparence, le voile se déchire, l'ordre, les clartés apparaissent; dans l'espace et dans le temps la lumière se fait: et alors l'histoire, embrassant toutes les sciences, devient elle-même une science rationnelle, aussi sûre, ausi positive que toute autre, mais la plus haute, la plus sublime de toutes.
SCIENCE SOClAtB, SOCIOLOGIE* DE M. COMTE, OU L'HISTOIBE