CHIMIE
$ i. — Objet et moyens d'exploration de la chimie. — Des différents modes d'union matérielle , et , en particulier, de la combinaisoD*
La mathématique ayant étudié dans les corps la forme et le mouvement, la physique complète Tétude de leurs propriétés générales en examinant les phénomènes qui, appartenant à tous, se retrouvant dans tous, ne diffèrent de Tun à Tautre que par le degré ou Tintensité. Cette variation y est d*ailleurs supposée maintenue, tant que Tétude reste physique, dans les limites où elle n'altère pas la composition des substances considérées. Car, outre les différences qu'ils présentent, quant à leurs propriétés générales, tous les corps de la nature sont maintenant reconnus susceptibles, si on les place dans des circonstances convenables, de donùer lieu à des phénomènes de composition ou de décomposition : c'est-à-dire de se composer avec d'autres ou de se décomposer en éléments constituants, suivant qu'ils sont eux-mêmes plus ou moins simples ou composés. Telle est donc une nouvelle classe de phénomènes tout à la fois généraux et spéciaux : généraux, puisqu'ils appartiennent à tous les corps; spéciaux, car chacun d'eux présente toujours, dans les phénomènes de composition et de décomposition auxquels il donne lieu, quelque chose de particulier, d'électif, enfin une manière d'agir qui lui est propre. Et ce sont précisément les différences fondamentales qu'offrent toigours, en ce genre de phénomène, les substances même les plus analogues, qui souvent fournissent le seul moyen de les caractériser nettement
Très-distincte de l'art des préparations, avec lequel cependant elle paraît réellement confondue, ou bien peu s'en faut,
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dans la plupart des traités actuels, la chimie, science rationnelle, abstraite et philosophique, complète Tétude des corps inertes en cherchant les lois de la composition et de la décomposition des substances. Elles doivent nécessairementconduire à une prévision correspondante, et on peut arriver à une définition plus précise encore de Tobjet de la science en cJierchant à se rendre compte, le plus exactement possible, de ce que peut et doit être cette prévision. Pour me fahre mieux comprendre, je prendrai un exemple. La loi de Bertholet, relative aux doubles décompositions salines, consiste en ceci : les dissolutionsdedeux sels solublesétantmises en présence, toutes les fois que de leur décomposition mutuelle et de rechange de leurs bases et de leurs acides il doit résulter un sel soluble et un sel insoluble, ou même seulement moins soluble qu'eux, ces deux sels se formeront En analysant cette loi, et nous rendant compte de son résultat, nous voyons quMl est : ou bien, -connaissant une propriété importante des substances agissant les unes sur les autres (la solubilité des deux sels) et des substances susceptibles de résulter de leur action (la solubilité de Tun des nouveaux sels, l'hisolubilité de Fautre), prévoir la formation de ceux-ci, d'après les circonstances de Faction chimique (la mise en présence des dissolutions) ; ou bien, d'après encore la propriété des substances primitivement considérées (la solubilité des deux sels) et les circonstances dans lesquelles elles doivent agir les unes sur les autres (la mise en présence des dissolutions), prévoir, par suite même de leur formation, une propriété importante des nouveaux produits (la solubilité de Tun des nouveaux sels et l'insolubilité de Fautre).
Or que, partant d'abord des corps simples, on suppose toujours des lois arrivant au même résultat, on voit les propriétés de ces corps, nécessairement connues par une étude expérimentale et directe, faire connaître, par une prévision ra^ tionnelle, celle des composés du premier ordre. Puis, de
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mème^ une nouvelle sôrfe de loki ferait passer des propriétés de oeux«ci k celles 4ee eompoféa du second ordre^ L'action diimique devenant d'autant plus difficile entre des substances que leur ordre de composition s'élève et que les éléments sont plus BHiltipliés, il n'y a presque aucun corps qui soit plus que quaternaire.
Ainsi donc la cbimie serait al<Mrs en état de conclure, des propriétés de tous les corps simples» celles de tous les composés qu'ils peuvent former. Arriver k des lois qui lui permettent de le faire* est la définition la plus ratioiœelle et la plus précise qui puisse être donnée de son but Û est clair que» s'il était atteint, les trois grandse applications de la science ol^miq^e à Vétude des pbénomèiies vitaux, i l'Iiistoiro naturelle du globe teirestre, et enlln aux opérations indnstrlellesiv an lieu d'être, cMBme aujoivd'bui, le résultat presque aocidaatel et irrégulier du développement spontané de la science, se troaverMent, par c^ même, rationnell^Doent organisées. Les circonstances propres à chaque application ibumissaiit les do&nées de la question, de telles lois pemettraienlimmôdiatem^t d'en conclure les inconnues.
La seule définition des phénomènes dcsit die s'ooeupe et de son but, met tout de smte en évidence la oompfiestiOQ supérieure et la généralité moindre de la chimie, compsra;tivement è la physique. Si les innopriétés chimiques se retrouvent dans tous les corps comme les prc^riétés physiques, dles sont c^MBdant moins générales» exigeant pour se maDîfester le concours d'un bien plus grand nombre de com^tethHis ; concours le plus souvent même ttiiement difficile h réaliser qu'il n'a été obtenu qu'après une longuesuited'^essaîstnfnictaeux. Et très-fréquemment, le plus ordinalpemoDt môme, les elltots physiques ne sont accompagnés d'aocun effet chimique, tandis qu*ancun phénomène chinsiiqoe n'a Heu sans la coeadst^oice de certains phénomènes physniBes. Ceux-Hsi forment les dtiven modes de raotivlté proj^re à touiasuhstaiice, les autres éen*
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nent à chaque substance son caractère partfoniler. Aussi le sujet de la chimie se complique nécessaffenent toujours de cM de la physique, et ne saurait être rationnellement étudié sans la connaissance préalable de celui-ci. D'ailleurs les agents chimiques les plus puissants sont empruntés à la physique, qai, en outre, ibumft constamment, par ses difl^ents ordres de phénomènes, les premiers caractères distinctifs des diverses substances. De ces considérations résultent la eompllcation supérieure de la chimie et la nécessité de lui donner pour base générale Tensemble de la physique. Mais aussi, comme nous Tavons déjà vu en passant de Tastronoroie & la physique, les moyens d'exploration reçoivent, en passant de celle-ci à la chimie, une importante extension.
L'astronomie n'observe qu'à l'aide d'un seul sens; en physique, les sens de l'ouïe et surtout du toucher viennent s'ajouter à Tusa^ de la vue. La chimie fait concourir simultanément tous les sens, vue, ouïe, toucher, goût et odorat, à l'analyse de ses phénomènes. Et, ce qui met en évidence l'importance de cette extension de l'observation, c'est que très-souvent l'olfaction et la gustation fournissent les seuls caractères par lesquels nous pouvons reconnaître et distinguer les divers effets produits.
L'expérience joue, en chimie comme en physique, un rôle fondamental; cependant la complication des phénomènes commence à y rendre souvent difficile Tappréciation de Tinfluence de chacune des circonstances qui concourent à les produire. L'existence de familles naturelles de substances prouve, en outre, que la comparaison , qui consiste dans le rapprochement d'une suite de cas analogues mais distincts, peut être, jusqu'à un certain point, applicable en chimie. Mais ce qui donne à l'exploration chimique son vrai caractère, c*est de comporter une vérification générale d'où s'ensuit^ pour les résultats auxquels elle arrive, une irrésistible démonstration; tel est le cas quand la synthèse vient confirmer ^analyse.
Tout corps qui a été décomposé doit être conçu, par cela même, comme susceptible d'une recomposition, d'ailleurs plus ou moins difficile à réaliser. Mais, les facultés analytiques de la chimie étant bien plus développées que ses moyens synthétiques, l'analyse et la synthèse sont loin d'y être aussi souvent possibles Tune que Tautre. Il importe donc de distinguer les cas où Tune et l'autre sont réellement indispensables à rétablissement d'une véritable démonstration. Or il y a deux genres différents d'analyse chimique : Tune consiste dans la simple séparation des principes immédiats; Pautre, dans la détermination des éléments proprement dits, ou corps simples, dont la substance analysée est composée. Celle-ci, convenablement exécutée, peut certainement constituer une véritable démonstration, prouvant la composition, en corps simples, des corps décomposés, indépendamment de toute vérification synthétique. Mais il en est tout autrement quand il s'agit de déterminer les vrais principes immédiats; car, les éléments dont ils sont formés pouvant toujours être supposés susceptibles de former d'autres combinaisons que ces principes, on n'est jamais sûr, par l'analyse seule, qu'elle ne les a pas elle-même fait naître. C'est alors à la synthèse, en reconstruisant avec eux la substance proposée, à décider la question. Cependant il est vrai de dire qu'il arrive encore assez souvent qu'elle peut être résolue sans elle, d'après la faible énergie des réactifs employés, ou d'après la puissance des indications analogiques.
La moindre stabilité des combinaisons, à mesure que l'ordre de composition des substances s'élève davantage, établit une certaine harmonie générale entre la possibilité d'appliquer Ja méthode synthétique et l'obligation d'y recourir. La facilité de recomposition doit, sans doute, correspondre à celle de la séparation. Or, d'après l'énergie des réactions qu'elle est obligée d'employer, l'analyse élémentaire obligerait aux recompositions les plus difficiles; tandis que, l'analyse immé-
diate sWectuant par des actions ménagées, les opérations synthétiques deviennent bien plus faciles, en même temps que presque indispensables.
Telles sont les ressources de la chimie pour chercher les lois de la formation des substances ou combinaison. Ce mode d'union des corps entre eux constitue le plus parfait et le plus intime de tous ceux que comporte la matière, et il convient d'établir nettement tout d'abord les caractères distinctifs qui lui sont propres.
La plus imparfaite et la moins profonde de toutes les unions que peuvent former les différentes substances, est évidenunent le simple mélange, dont le caractère est d*être toujours possible entre tant de corps que l'on veut, et d^ad* mettre une proportion quelconque de chacun. Par suite des actions, des propriétés, qui résultent du rapprochement de certaines substances, il se trouve des mélanges ayant en biologie, dans les sciences concrètes, dans les arts, une extrême importance. Mais leur étude n*est réellement pas du ressort delà chimie, et, si elle y est placée souvent, c'est mal à propos.
Après le mélange, vient, dans l'ordre croissant d'intimité et de perfection, la dissolution, mode particulier d*union entre un liquide et un solide ou un gaz. Dans les dissolutions se retrouvent, en général peu modifiées, et seulement affaiblies, les propriétés des corps ainsi unis. Mais le caractère propre de ce mode d'union, c'est de ne pas comporter de limite inférieure mais toigours une limite supérieure , quant à la proportion du corps dissous, et, de là, le phénomène de la saturation.
Enfin* vient la combinaison qui est Tunion la plus parfaite et la plus intime des substances et qui, en général, modifie profondément les propriétés des corps qui se combinent Elle exige, pour avoir lieu, le contact immédiat des particules ; et, par suite, Tétat fluide, soit liquide , soit gazeux, de Tune au
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moins des substances misés en présence. Il n*y a pas d'exemple d^action chimique bien constatée entre deux corps réellement solides, du moins tant qu*on n'atteint pas les températures qKi en rendent difficilement appréciable le véritable état d'agrégation. Ce qui distingue déjà la combinaison du mélange et de la dissolution, c'est de n'être possible qu^entre un petit nombre d'éléments. Il n'y a guère d'exemple de véritable combinaison comprenant plus de quatre corps simples. Mais le caractère propre de ce mode d'union est d'abord de comporter toujours, quant aux proportions des corps unis, une limite inférieure ainsi qu'une limite supé* rleure. En outre, un autre caractère bien plus tranché et bien plus original, mais qui, quoique ayant lieu certainement dans les cas les plus nombreux et les plus importants, ne paraît pas, dans l'état actuel de la science, pouvoir être regardé comme entièrement général, c'est, au lieu d'admettre toutes les proportions possibles entre les limites supérieures et inférieures d*union , de n^en admettre que quelques-unes. Ainsi 200 grammes de soufre, qui peuvent se combiner avec lOd, 200, 300 grammes d'oxygène, et encore quelques autres quantités de ce corps comprises entre 100 et 800 grammes, ne peuvent s'unir à ilib ou 1^6 grammes par exemple.
Tels sont les trois modes d'union possibles entre les corps : le mélange, la dissolution, la combinaison. La précision nécessaire au langage scientifique exige que cette dernière seule soit conçue comme susceptible de produire des substances, et que' cette dénomination soit réservée aux combinaisons réelles, à Pexclusion.des assemblages ou mélanges, tels que la sève, le sang, l'urine, où le nombre des prétendus principes immédiats peut, en quelque sorte, être tout à fait illimité.
Les phénomènes de dissolution et de combinaison sont encore généralement attribués à une force particulière à laquelle on a donné le nom d'affinité, et qui est censée les expliquer. Mais ce n^est en réalité quMne abstraction sans
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portée, une pure entité, aussi vague et aussi indéterailnée que celles de la philosophie seolastlque dont elle deseend. Les prétendues solutions qu*on a coutume d*en déduire présentent le caraotère essentiel des explications métaphysiques, la simple et naïve reproduction en termes abstraits de renoncé même du phénomène. C'est ce qui surtout est devenu évident quand les faits ont forcé de concevoir les affinités , d'abord jugées absolues et invariables, comme au contraire éminemment modifiables d'après une foule de circonstances diverses. Ainsi, par exemple , le fer décompose Teau, ou protoxyde d'hydrogène, à une certaine température ; et, sous la seule influence d'une plus haute température, l'hydrogène à son tour décompose l'oxyde de fer. L'ordre d'affinité entre l'hydrogène, l'oxygène et le fer doit donc alors dépendre du degré de température ? Il est évident que croire le phénomène expliqué par Taffinlté, ou le degré d'affinité, d'une de ces substances pour les deux autres ^ n'est que se payer de mots. •
Laissant donc de côté toute explication, toute recherche de la cause des phénomènes de combinaison, ce sont leurs lois qu'il faut chercher. La conception qui doit dominer cette étude, c'est que toute combinaison, comme l'indique le mot lui-même , doit être considérée comme binaire, et , par suite , toute décomposition comme dichotomique. D'après la nature même de notre esprit, c'est le seul mode d'union et de division que nous concevions avec une pleine facilité ? et toyte combinaison qui n'est pas binaire , toute décomposi*' tlon qui n'est pas dichotomique , ne doivent être acceptées que comme provisoires, et en vue d'un progrès ultérieur qu'elles préparent, et qui les rendra telles.
Quant à la réalité extérieure du dualisme de toute combinaison et de toute décomposition, dans l'état aotuel de la science, elle est vérifiée dans les cas les plus nombreux et les plus importants : et, dans tous ceux où elle ne l'est pas, il est
au moios impossible de démontrer qu^elIe n'existe pas et qu'avec les progrès de lascience elle ne finira pas par y être reconnue. Quand l'analyse définitive d'une substance y a constaté rexîstence de trois ou quatre éléments, comme par exemple à l'égard des matières végétales et animales, on ne peut dire que cette combinaison est réellement ternaire ou quaternaire au lieu d'être simplement binaire j car il est toujours possible de supposer qu'une analyse préliminaire moins violente aurait pu résoudre la substance proposée en deux principes immédiats du premier ordre, dont chacun serait ultérieurement susceptible d'une nouvelle décomposition binaire. Ainsi le salpêtre, composé d'oxygène, d'azote et de potassium et qui pourrait être tout de suite décomposé en ses éléments irréductibles, n'est pas cependant une combinaison ternaire mais binaire, qu'une analyse moins énergique décompose en acide azotique et potasse : et ces deux principes immédiats, se combinant directement, le reproduisent.
L'impossibilité d'opérer la recomposition, constitue un motif très-rationnel de penser que l'analyse n'a pas été immédiate. On ne peut reproduire par la synthèse les substances végétales et animales. Mais cela ne vient-il pas de ce que, n'en connaissant que l'analyse élémentaire , on n'en cherche que la synthèse élémentaire au lieu de la synthèse immédiate? Sans doute on ne pourrait non plus reproduire du salpêtre, ou au moins on ne le pourrait que très-difficilement, par la combinaison directe du potassium, de l'oxygène et de l'azote. Et quand Wœhler est parvenu à reproduire l'urée, l'eût-il pu s'ilavaittentédecombinerdirectementl'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote qui concourent à la former, au lieu d'unir seulement ses deux principes immédiats, l'acide cyanique et l'ammoniaque, jusqu'alors inconnus en cette qualité?
Au reste, la tendance à chercher le dualisme dans toutes les combinaisons chimiques est actuellement générale. Ainsi elle se manifeste par l'assimilation qu'on tente d'établir entre les
coffibinaisons organiques et les combinaisons inorganiques, et parla disposition, ai^jourd'hui commune, à représenter par une formule binaire la proportion des éléments propres aux substances les plus compliquées. Mais sans doute. Il n^y a point un véritable dualisme lorsque, par exemple, on exprime le résultat numérique de Tanalyse élémentaire de Talcool en disant pour plus de facilité ce corps composé de 1 volume de gaz hydrogène bicarboné et de i volume de vapeur d'eau condensés en un seul. Ce n*est évidemment que par un tra* vail chimique, et non par de tels jeux numériques, que Tal* cool et tous les corps analogues peuvent être effectivement dualisés. Et cette grande transformation exigera, sinon une analyse ou une synthèse formelle, tout au moins la construction d'une hypothèse propre à représenter, autrement que par rapport seulement aux proportions, Fensemble des caractères chimiques de la substance proposée.
En regardant le dualisme comme loi générale et fondamentale des combinaisons chimiques » les divisions de la science en découlent tout naturellement Toutefois, par suite de la parfaite homogénéité des phénomènes, elles sont bien moins profondes et bien moins tranchées que dans aucune autre science fondamentale. Aussi la chimie ne comporte-t-elle au cane division analogue à celle de Tastronomie en géométrie et en mécanique céleste ; et, quant à la physique, elle constitue, pour ainsi dire, un ensemble de sciences presque isolées bien plutôt qu'une science vraiment unique.
La division classique de la chimie est encore en inorganique et en organique; mais l'irrationalité de cette division est facile à reconnaître. Quand une combinaison quelconque est assez stable pour comporter une véritable étude chi- Jûique, elle doit être assujettie à un ordre fixe de considérations homogènes, quels qu'en soient l'origine et le mode effectif d'existence concrète. Le développement même ûes recherches chimiques tend à montrer clairement le
Si/1 DEOXiiUE PARTII.
\rifift d*ane telle di?isioii , puisque la première partie wipiète continuellement sur la seconde : et oelle^i répare ses pertes en s^alimentant à son tour aux dépens de la physiologie. Aussi ee qu'on nomme aujourd'hui la chimie organique présente^-t-il un earactère scientifique essentiellement b&tard, moitié chimique, moitié physiologique, en môme temps que, par la fausse division des substances d'après leur origine, toutes les analogies essentielles sont rompues ou déguisées. Mais, rejetant cette division et admettant le dualisme comme la loi la plus générale de la combinaison, on reconnaît immédiatement la suite et Tenchaînement des études chimiques.
Nous avons vu que le but de la soience était de trouver les lois des phénomènes de composition et de décomposition ; et, en précisant encore, de trouver des lois faisant connaître les propriétés des composés d'après celles des composants. Commençant nécessairement par l'étude des corps simples, celle des composés du premier ordre, dont les principes immédiats seront, eux, des corps simples, vient naturellement après. Puis viennent les composés du second ordre, qui contiendront trois ou quatre éléments suivant la composition de leurs principes immédiats. Enfin une troisième et dernière classe de composés comprend les substances les plus compliquées et les moins tenaces résultant d'une triple combinaison binaire. Telles sont les différentes études d'où résultent les divisions principales les plus rationnelles que comporte la chimie.
A un autre point de vue encore que celui de l'établissement et de l'enchaînement de ses différentes parties, le dualisme est indispensable, on peut dire, à la constitution de la chimie. Parmi les sciences où la grande variété des sujets considérés excite à la formation de nomenclatures spéciales, elle est la seule où les phénomènes soient assez simples, uniformes, et en même temps assez déterminés, pour qu'une nomenclature rationnelle puisse contribuer profondément
LA PBlUMO^lill NÀTOR£LL£. S 16
aux progrès de Teasemble de la scimice. Toat«8 )m considérations cbimlques sont dominées par une seule notion prépondérante* eelle de la composition. Le but propre de la sci^ice est préoisésoent de tout rallier k ce caractère su» prème. Ainsi le nom systématique de chaque corps, en faisant directement conn^tre sa composition, peut aisément indiquer, d'abord un aperçu général, puis un résumé, fidèle quoique concis, de Tensemble de son histoire. Et par la nature même de la science , plus elle fera de progrès et approchera de son but, plus cette double propriété de sa aamenclature devra se dév^opper. Or le dualisme de toute combinaison est non «seulement favoral^, mais est même nécessaire, à la formation d'une nomenclature rapide et aéanmoîBs suffîsaram^t expressive.
Aussi, si la ehiuiie a présenté de tout temps un njstènie quiconque de nomendature, n'en eu^elle jamais de ûom^ par^â^e h celui qui, fondé par Guiton-Morveau, est né du dualisme» et ne peut être que par lui étendu et perfectionné. Les propiriétés fcmdamentales de la nomenclature chimique actoelle, se manifesteront davantage à mesure que la science avancera , puisque sa principale destinaUon est de faciliter la coffibiaaison des idées chimiques jusqu'ici peu actives et peu profondes. Cet heureux artifice est tellement en harmonie avec la nature de la science chimique , que, dans son imper* feotien actuelle, il la soutint en quelque sorte, suppléant prov»oir«n«it à son défaut presque absolu de raâenalilé véritable.
$ s. ^ De rair, du feu et de Teau. — Des corps simplei.
Après les prolégomènes généraux de la science, af»^ avoir exact^nent défini et caractérisé les âffiérenteh modes d'unim miMrieUe, montré que le dualismedoit être i^egtrâé ^eoMnela l«llai4u« général du prine^Kd d'^rtre eux, la esaMnaisoa, ^ faii voir raccord postf kOe de cette eoneeptioa
âlC l)£tJXlÈM£ PARTIE.
avec tous les faits o&servés, puis les avantages qui en résultent pour la distinction et Fenchaînement des différentes parties de la science, et pour Tétablisséfflent de sa nomenclature; après tout cela fait, dis-je, il pourrait sembler qu'on doit arriver à rétude des corps simples. Mais un examen plus approfondi conduit à placer encore auparavant une dernière étude préliminaire.
Tous les phénomènes chimiques, même artificiels, s'accomplissent habituellement dans Pair, et tous exigent presque toujours rinterventîon, plus ou moins directe, de Feau, dont la plupart des liquides ne peuvent jamais être entière* ment privés. Il est dès lors évident qu'aucune action chimique ne peut être rationnellement étudiée si Ton n'est préalablement en état d'y apprécier avec exactitude la participation générale de ces deux fluides. En outre, c'est de la décomposition de ces corps , si naturellement et si longtemps regardés comme simples, que résultent nos principales notions sur les substances élémentaires. Ainsi leur théorie chimique doit être conçue comme une sorte d'introduction nécessaire au système de la chimie proprement dite, et comme devant précéder même l'étude des corps simples.
L'air n'est qu'un simple mélange composé, en volume, d'en* viron 21 d'oxygène et 79 d'azote. Par suite, il n'exerce point d'action chimique qui lui soit propre, mais seulement celle qui résulte de ses deux gaz élémentaires, dont chacun agit essentiellement comme s'il était seul, mais moins énergiquement L'étude chimique de l'air se réduit donc à reconnaître la nature et la proportion de ses principes constituants , en un mot à son analyse : toute autre considération sortirait du domaine de la chimie abstraite, et appartiendrait à l'histoire naturelle. Il reste encore une certaine . incertitude sur la proportion presque insensible d'acide carbonique contenu dans l'air, et peut-être de quelques autres principes qui y entrent en moindre proportion encore : ainsi on commence
maintenaiit à y soupçonner la présence de Toxygène. Mais la chimie ne sait encore saisir aucune distinction positive entre les airs propres aux localités les mieux caractérisées, dont rinfluence, si prononcée et si différente sur les êtres vivants, prouve cependant d'une manière irrécusable» quoique indirecte, le défaut certain dMdentité.
Une des premières conséquences de l'exacte connaissance de la composition de Tair a été de permettre enfin une étude positive du phénomène de la combustion; phénomène qui est, pour ainsi dire, le point central de tout système de considérations chimiques. La théorie de la combustion, dite pneumatique, conçue par Lavoisier, qui le premier connut et démontra la compositicm de Tair, avait en vue deux objets essentiels très différents : en premier lieu, l'analyse fondamentale du phénomène général de la combustion, indiquant ce qu'un tel phénomène, dont la nature chimique était évidente, offrait réellement de commun à tous les cas; puis l'explication des effets de chaleur et de lumière qui en constituent, en apparence, le plus important caractère. Dans la théorie de Lavoisier, toute combustion fut regardée comme coDsistant nécessairement dans la combinaison, avec l'oxygène, du corps combustible, d'où résultait, suivant la nature de celui-ci et le défaut ou l'excès d'oxygène, ou un oxyde, soit neutre soit basique, ou un acide, principe d*uit certain genre de sels. Quant au dégagement de chaleur et de lumière, il fut attribué, en général, à la condensation de l'oxygène, et, accessoirement, à celle du combustible. Les deux parties essentielles de cette théorie ne peuvent être bien appréciées et jugées que séparément.
Sans doute, l'examen du phénomène de la combustion ne pouvait être d'abord rigoureusement complet : aussi les conclusions de la première partie pèchent-elles, comme on Ta reconnu depuis» par une trop grande généralité. Une des principales conséquences de cette théorie était que tout
218 DEUXlàHB PARTIE.
aeldeet toute base satifiable, devaient néoettsaireffleiil péniltep d*une véritable corebustlon, c'est- àrdire de la combinaison d un élément quelconque avec IV^xygène. Or BerthoUet déeouvrlt d'abord que Tun des alcalis les mieu)( earactépisés, Tammoniaque, est uniquement formé d*hydrogène et d^azote; et, peu de temps après, que le gax hydrogène sulfuré, où Toxygène n*existe pas davantage, présente néanmoins toutes les propriétés essentielles d'un véritable acida Depuis, ces exeeptions capitales se sont multipliées et diversifiées, sur* tout quant aux acides^ En outre, on a positivement constaté qu*un rapide dégagement de chaleur et de lumière n'est pas toujours Tindioe certain d'une combinaison avee Toxygène. Le chlore, le soufre et plusieurs autres corps, même non élémentaires, ont été sueeesstvement reconnus susceptibles d'opérer de vraies combustions, en donnant k cette expression son acception vulgaire. Enfin le phénomène du feu n'est plus désormais attribué exclusivement à aucune combinaison spéciale, mais, en général, à toute action chimique à la fois très-intense et très-vive. Toutefois, bien que les conclusions eussent été trop générales, les découvertes de Lavoisier, quant à cette première partie de l'examen du phénomène de la combustion , n'en conservent pas moins toute leur réalité et toute leur importance. Sans doute il est maintenant incontestable quMl existe des acides et des alcalis sans oxygène; mais la plupart d'entre eux, et surtout les plus puissants, sont oxygénés. De même, quoique l'oxygène ne soit pas indispensable à la combustion, il en demeure cependant le principal agent, et le seul, on peut dire, des combustions naturelles: aussi restera -t-il toujours le principal élément de tout le système chimique.
Sous le second aspect général , c'est-à-dire quant à Pexpli* cation du feu, la théorie pneumatique de la combustion a été» au contraire, radicalement détruite, aussitôt, pour ainsi dire^ qu'elle fut soumise à un examen direct. L^expllcation pro^
LA PHILOSOPHIE NATDRELtE. 2l9
posée obligeait iiéoessairement à constater, dans toute combustion simple ou composée, une condensation assez intense pour correspondre, au moins d*une manière approchée, au dégagement effectif de la chaleur, et qui ne fût point , en même temps, compensée par une dilatation presque équivalente. Or, dès l'origine, cette condition n'a été remplie que dans un petit nombre de cas, qui n'étaient pas , à beaucoup près, les plus importants; et surtout elle a été manifestement en défaut dans beaucoup d'autres, dont la considération était au contraire prépondérante. Ainsi, dans le phénomène si vulgaire de l'inflammation de la poudre, tous les matériaux de la réaction chimique sont solides à l'exception de l'oxygène atmosphérique, dont la participation n'y est point numériquement considérable; tous les produits essentiels sont, au contraire, des gaz extrêmement dilatés, sauf un résidu solide presque négligeable : et néanmoins le phénomène s'accomplit avec un intense échauffement.
En réalité, l'explication de la chaleur et de la lumière dégagées dans tout phénomène de combustion n'appartient point, par sa nature, à la chimie, mais à la physique. Pour ne pas dégénérer en une tentative de pénétrer la nature intime du feu et son mode essentiel de production , elle doit nécessairement consister en une simple assimilation d'une telle source de chaleur avec une autre plus étendue déjà reconnue. Mais personne, aujourd'hui même, voudrait ne reconnaître en principe qu'une source fondamentale de chaleur, à laquelle 11 faudrait ramener toutes les autres : ce qui ne pourrait être fait que par des rapprochements très-vagues et purement hypothétiques qui ne sauraient avoir un caractère scientifique. Ainsi, dans l'état actuel delà science, la combustion ou, plus généralement, toute action chimique trèsprononcée doit être regardée, ainsi que le frottement, par exemple, comme une source primordiale, irréductible et indépendante, de chaleur %i de lumière.
220 DEUXIÈME PÀRTm.
L'eau, dont l^étude doit suivre celle de Tair, est le produit de la combustion de Thydrogène, ou de sa combinaison avec un volume moitié moindre d'oxygène. Ce n'est donc plus, comme Tair, un simple mélange , mais une véritable combinaison , et la plus parfaite peut-être de toutes celles que nous connaissons. Elle doit être étudiée sous trois aspects distincts : d'abord quant à sa composition ; ensuite comme dissolvant ; enfin quant aux effets chimiques qui lui sont propres, indépendamment de ceux qui appartiennent à ses éléments.
Confirmée par une synthèse irrécusable, l'analyse de l'eau, formée en poids de 12,60 d'hydrogène et de 100 d'oxygène, est la plus admirable des découvertes qui ont constitué la chimie moderne ; non-seulement à cause de l'éclatante lumière qu'elle a répandue sur l'ensemble des phénomènes chimiques, et sur l'économie générale de la nature, mais aussi à raison des difficultés qu'elle présentait. A ce premier point de vue, la science chimique ne laisse aujourd'hui rien à désirer.
Quant à Taction dissolvante de l'eau, elle a été' le sujet d'une longue suite de laborieuses recherches d'une difficulté très-inférieure, et qui aujourd'hui ne présentent pas, non plus, d'importantes lacunes. Une belle expériencede Vauquelin relative à ces recherches, a montré que l'eau saturée d'un sel restait susceptible de se charger d'un autre et acquérait même alors la singulière propriété de dissoudre une nouvelle quantité du premier. Enfin, Proust, ayant pensé que, malgré la parfaite neutralité apparente de l'eau, elle devait, outi*e son influence dissolvante, agir d'une manière vraiment chimique autrement que par ses éléments, a été ainsi conduit à créer l'importante étude des hydrates proprement dits. Ces substances sont alors envisagées comme une sorte de nouveaux sels, où l'eau joue, pour ainsi dire, à l'égard des alcalis, le rôle d'une espèce d'acide hydrique. L'examen de ces
LÀ PB1L080PBIS HATURELLX. 221
combinaisons souvent très-énergiqnes, et de tontes les antres plus ou moins prononcées que l*eau peut former avec des substances quelconques sans les décomposer, constitue la troisième et dernière partie essentielle de Tétude de Teau.
D'après le rôle de Tair et de Teau dans Talimentation des corps vivants , on conçoit quelle lumière a dû jeter leur exacte aoulyse sur la composition élémentaire des matières organiques. Ces fluides forment une des bases essentielles de la nutrition continue de tout être qui a vie, et il constitue Taliment presque unique des végétaux, d'où les animaux tirent directement ou indirectement leur nourriture solide. Ainsi donc tout corps vivant doit être surtout composé de leurs éléments : azote, oxygène, hydrogène, plus un élément solide, le carbone.
La connaissance de Tair et de Teau conduit naturellement à rétude des corps amples, ainsi préparée et rendue bien plus intelligible. Ce que Ton entend maintenant en chimie par corps simples, ce sont ceux qui n'ont pu être décomposés, et dont nulle analogie effective ne tend à indiquer la composition ; mais sans prétendre d'ailleurs que ces corps doivent être réputés à Jamais indécomposables. On compte maintenant environ soixante de ces corps dont quelques-uns sont très-répandus dans la nature, d'autres extrêmement rares. Leur nombre assez considérable et d'ailleurs toujours croissant, a fait pensera quelques naturalistes que la plupart de ces substances devaient être les divers composés d'un beaucoup plus petit nombre d'autres. Mais cette hypothèse ne peut être appuyée que sur le prétendu principe de l'économie et de la simplicité de la nature. Dans ces spéculations illusoires, notre entendement érige ses désirs en lois nécessaires du monde extérieur, qui , en tous genres, se montre beaucoup plus compliqué qu'il ne convièndait à notre intelligence.
Delà grande multiplicité des éléments actuels viennent donc
la oéoeiiif té et rimportaoce da laur claaaîficatioii rationnelle, qui , devant exercer naturellement une graode influence sar celle des corps composés» se trouve en avoir par suite sur tout Tensemble de la science. Evidemment* cette olassifioation ne doit pas reposer seulement sur les caractères propres des substances élémentaires» mais aussi, et surtout^ sur la considération des principaux phénomènes relatifs aox composés qu*elles forment.
La seule division qui soit admise par la plupart des chimistes est celle des corps simples en non métalliques et en métalliques. Le caractère distinctif le plus général de ceux-ci est de fournir toujours un acide susceptible de devenir la base d^un sel, ce que ne font jamais les premiers. Diaprés Tinsuffisance évidente de cette division, on s^est beaucoup efforcé de la compléter sans que, Jusqu'ici, Ton soit encore arrivé à une classification rationnelle et irrévocable. Celle qui a été proposée par Ampère, est presque exclusivement fondée sur la considération des corps si mpks; et le nombre des divisions principales y est évidemment beaucoup trop considérable relativement à celui des objets & ranger. Enfin, Timportance de la formation des groupes natoirels y est seulement appréciée, et leur coordination reste arbitraire*
Il en est tout autrement dans la classification proposée par Berzélius. Son principe, qui repose sur la considératioD approfondie desphénomènesélectro-chimiques, consiste àdisposer les éléments dans un ordre tel, que chacun soit électronégatif relativement à tous oeux qui le précèdent, et électropositif comparé à tous ceux qui le suivent. Mais la prépondérance des caractères électriques ne parait pas, à beaucoup près, assez rationnellement établie pour qu'il soit bien convenable de chercher, dans un tel ordre de phénomènes» la base d'une classification naturelle. Enfin, il faudrait constater directement, avant tout, la réalité du point de départ» c'est-àdire examiner s'il existe vraiment, entre les divers éléments,
qni, soos l'aspect essentiel,
le cette théorie, en restrelle proportions distinctes les es substSDCes, diminue l'In- ;at effectif de chaque action 9e combloer, entre cerUtlnes irtlona Imaginables, les lois i décomposition en seraient t à établir, en mënie temps e une réaction quelconque I variété Infinie de produits :rine des proportions déSniCR tabllssement des lois chlml- Sards, qu'un importantcom-
de cette théorie fut le phéeutralilé après les doubler il Insista surtout Bergmann.
ompoaent mutuellement en )as6s, les deux nouveaux sels
11 en résulte donc que les ses en liberlé des deux parts écessaires pour se combiner jveaux sels neutres. De là, a nom, consistant en ce que Mjeptibles de neutraliser le i, conservent toujours entre e soit l'acide; et de même, si utrolisés reste constant, les . toujours en même rapport, s déterminé par une double sitlon numérique de tous les vec les divers alcalis, et un
sel insoluble ou seulement moins soluble que chacun des premiers, établit une relation positive et fondamentale entre deux classes de phénomènes jusqu*alors indépendants. Enfin, comme critérium décisif, il permet, envers une certaine catégorie dWets chimiques, d'atteindre à la fin de toute science réelle, la prévision des phénomènes d'après leurs liaisons positives. La connaissance des divers degrés de solubilité des différents sels^ déjà en elle-même indispensable, conduit à prévoir avec certitude les résultats d'une certaine classe d'expériences. Les mêmes remarques s'appliquent à la proposition analogue, relative aux réactions des sels par la voie sèche, où la considération de volatilité remplace celle de solubilité.
Après celle des décompositions salines, la doctrine générale qui, dans l'état actuel de la science, présente Tétat le plus satisfaisant, est l'importante théorie des proportions définies. Toutefois, par sa nature, et même en la supposant complète, elle ne saurait exercer qu'une influence secondaire sur la solution générale du problème fondamental de la chimie : l'étude des lois directement relatives aux phénomènes de composition et de décomposition. Lorsque des substances quelconques sont placées en relations chimiques dans des circonstances déterminées, la théorie des proportions définies ne tend nullement à faire mieux prévoir, parmi tous les cas que comporterait la composition des corps considérés, à quelles séparations et à quelles combinaisons nouvelles la réaction générale donnera effectivement lieu ; et telle est cependant la question essentielle. Cette doctrine, au contraire, la supposant préalablement résolue, permet alors d'évaluer immédiatement, dans les cas où elle est applicable, l'exacte proportion des éléments des nouveaux produits, ce qui n'est qu'un perfectionnement accessoire, quoique très-utile, de la recherche principale. Ainsi, la théorie des proportions chimiques a pour singulier effet de rendre rationnelle, dans ses
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détails numériques» une solution qui, sous Taspect essentiel, resfte presque toujours empirique.
Mais le principe fondamental de cette théorie, en restrei* gnant à un très-petit nombre de proportions distinctes les combinaisons diverses des mêmes substances, diminue Tincertitude primitive sur le résultat effectif de chaque action
chimique. Si les corps pouvaient se combiner, entre certaines limites, suivant toutes les proportions imaginables, les lois relatives à la composition et à la décomposition en seraient bien plus difficiles à concevoir et à établir, en même temps que bien moins précises, puisque une réaction quelconque pourrait alors donner lieu à une variété infinie de produits différents. Sons cet aspect, ladoctrinedes proportions définies est un préh'minaire naturel à rétablissement des lois chimiques, dentelle n'est, à d'autres égards, qu'un important complément
L*origine et le point de départ de cette théorie fut le phénomène de la permanence de neutralité après les doubles décompositions salines sur lequel insista surtout Bergmann. Quand deux sels neutres se décomposent mutuellement en échangeant leurs acides et leurs bases, les deux nouveaux sels formés sont également neutres. Il en résulte donc que les quantités de bases et d'acides mises en liberté des deux parts sont justes dans les proportions nécessaires pour se combiner entre elles, et produire les nouveaux sels neutres. De là, Ritter déduisit la loi qui porte son nom, consistant en ce que les différents poids d'alcali susceptibles de neutraliser le même poids des différents acides, conservent toujours entre eux les mêmes rapports, quel que soit l'acide; et de même, si le poids de différents alcalis neutralisés reste constant, les quantités d'acide combinées sont toujours en même rapport, quel que soit Talcali. Ayant ^lors déterminé par une double série d'essais préalables la composition numérique de tous les sels que peut former un acide avec les divers alcalis, et un
alo&li avec les différents acides, on aura de itilte» d'&prèi cette loi, les différentes proportions diacide et de base de tous les composés qui peuvent résulter de la combinaiflon de ces deux ordres de substances. Hitter conduisit lui-même sa dé-^ couverte Jusqu'à cette conséquence caractéristique etdonDa, pour les acides et les alcalis, mais d*après une expérlfflenttr tion trop restreinte et trop Imparfaite, une première table de ce qu'on a nommé plus tard les équivalents chiiâiques.
Le principe des proportions déterminées restait donc en* core borné aux sels neutres, ce qui, entre tous les composé» possibles, ne constitue qu'un cas particulier quoique très^ étendu. En tout temps, d'ailleurs, l'idée de neatrallsation parfaite a dû entraîner inévitablement celle d'une proportion unique en deçà et au delà de laquelle la neutralité était rompue. Mais Berthôllet,le premier, établit en principe fondamental, dans la Statique chimique, l'existence nécessaire dô8 proportions définies pour certains composés de tous les ordres, et il assigna les conditions essentielles de cette pro* priété, qu'il attribuait ou à une notable condensation deaélé^ ments combinés, ou à la précipitation graduelle d'un composé soluble» en un niot à toutes les causes suscoptiblea deaons^ traire le produit de la réaction chimique, à mesure qtt*il 80 forme, à l'influence ultérieure des agents primitifs. Totitefoîs, il combattit le principe exclusif des proportions ôéûnlèê que, dans une célèbre discussion, Proust soutint heureufiement contre lui.
Pal ton, embrassant alors dans une seule conc^tion générale toute cette doctrine des proportions déterminées, produisit sa célèbre théorie atomistique. Son principe général consista à concevoir que, tous les corps simples étant fofffléi d'atomes absolument indivisibles, un petit nombre de ômt sortes de ces atomes simples forment, en se réunissant, Idi atomes composés du premier ordre, toujours mécaniquemefit insécables, mais alors chimiquement divisibles i et ceux-ci, *
LA PHILOSOPHIC lfAY9ftELLE. ^27
lëtif tour, p9it uM Bttlfe â'ai»emblagds Atiftlogues , font nftftfe tous lôs autres oMres de compositions. Mais, pour que la théorie atoiftistique représentât exclusivement la doctrine des proportions déterminées, il fallait admettre nécessairement que les combinidsons ne pouvaient avoir lieu qu'entre un très-petit nombre d'atomes t autrement on aurait retrouvé ainsi fwesque l'équivalent de toutes les proportions ; et la conception de Dalton aurait pu représenter à peu près également bien les deux doctrines opposées des proportions indéfinies ou définies. Mais, avec cecomplément, elle représente évidemment l'ensemble de la doctrine des proportions déflnlei, & laquelle elle ajouta l'importante théorie des multiples successlfe. De son point de vue atomistique , Dalton aperçut aisément , en effet , que, si deux substances peuvent se combiner en plusieurs proportions distinctes, les quantités pondérale de Tune d'elles qui se combinent avec le même poids de Vautre devront suivre naturellement la série des nombres entiers, puisque les composés résultent ainsi de l'union d'un atome de la secondé substance avec un , deux ou trois des atomes de la première. C'était un élément principal et jusqU^âlors entièrement ignoré de la théorie des proportions chimiques.
Partant de là , Berzéllus entreprit une vaste étude expérimentale de l'ensemble des points importants relatifs à la chimie numérique. Il perfectionna d'abord la loi de Ritter, et la lia intimement & la théorie atomistique, en montrant que, dans les différents sels neutres que fournit un acide quelconque se combinant avec les divers alcalis, la quantité d'oxygène de l'acide est toujours proportionnelle à la quantité d'oxygène de ralcalî. Mais c'est surtout dans l'étude numérique dés composés du premier ordre que Berzélius apporta de nouvelles et importantes lumières. H démontra que, dans les sulfurés métalliques, la quantité de soufré est constamment proportionnelle â la quantité d'oxygène combiné , dans les
acides correspondants, avec un même poids du radical. Cette loi est maintenant regardée, par induction, comme applicable à tous les composés du premier ordre auxquels Tensemble de leurs propriétés permet d^attribuer le même degrê de neutralité chimique. Enfin les séries d'analyses de Berzélius ont entièrement vérifié, pour les divers degrés, soit d'oxydation, soit de sulfuration d'un radical quelconque, la loi des multiples successifs, découverte par Dalton d'après sa théorie atomistique.
Toutes ces analyses avaient principalement porté sur des composés solides ou liquides. Gay-Lussac pensa que, si la simplicité numérique des rapports des éléments dans les combinaisons était réelle, elle devait surtout se manifester dans les combinaisons gazeuses considérées, non quaqt au poids, mais quant au volume. De là ses analyses numériques des composés gazeux qui, en vérifiant d'une manière spéciale et irrécusable le principe général de la doctrine des proportions définies, l'a présenté en même temps sous un nouvel aspect En résultat de ses travaux, il est actuellement re^ connu que tous les corps à l'état gazeux se combinent dans des rapports numériques de volumes invariables et extrêmement simples.
Enfin les travaux de Wollaston font encore partie des recherches fondamentales qui ont constitué la doctrine des proportions chimiques. A la théorie atomistique, il subsistua d'abord celle des équivalents, plus claire et plus positive. Mais ses plus importantes recherches concernedt la composition numérique des sels acides ; et les résultats obtenus^ ayant pu être, par analogie, étendus aux sels alcalins, forment ainsi le complément indispensable de la découverte de Ritter sur les sels neutres. Wollaston a montré, sur quelques exemples bien choisis , qu'un sel neutre ne devient point indéfiniment acide à mesure qu'on augmente la quantité d'acide contenue dans sa dissolution, mais qu'il contracte un petit nombre de degrés
LA PHILOSOPB» RATDRSLLE. 2S9
saecesaifs d'acidité, caractérisés par certaines proportions fixes où la quantité d'oxygène propre à Pacide est tour à tour double, triple, quadruple, de celle qui lui correspond pour le sel neutre. Le principe des proportions définies exigeait cette confirmation , qui est peut-être la pins décisive de toutes,
Tels sont Tenchaînement et la filiation des diverses séries de recherches qui ont produit la constitution actuelle de la chimie numérique. On représente alors par un nombre invariable affecté à chacun des différents corps élémentaires , leurs rapports d'équivalence chimique, d'où, par des for* mules trèâ-^imples, expressions immédiates des lois ci-dessus indiquées, on passe aisément à la proportion numérique propre à chaque combinaison. La réalité de la doctrine des ih>oportions définies est ainsi démontrée d'une manière irrécusable par le concours de tant d'esprits éminents qui, malgré riodépendance et l'originalité de leurs vues, viennent tous y converger et s'accordent ensuite complètement sur son ap^ pUcation positive à tous les cas de quelque importance. La seule différence est relative au mode d'expression des résul* tats, et vient de ce que la théorie atomistique laisse d'indéterminé et par suite de facultatif.
Pourtant, dans l'état actuel de la science, le principe des proportions définies ne peut être regardé comme entièrement général. Outre la dissolution, à laquelle il ne peut évidemment s'appliquer, mais qui est, comme nous l'avons vu, un mode d'union particulier ayant ses lois propres, distinctes de celles de la combinaison , il reste encore deux cas très-importants où il est en défaut : celui des alliages , puis celui des substances organiques.
Dans le premier, on ne peut guère ne pas admettre l'existence d*un véritable état de combinaison , comparable à celui d'un grand nombre de composés assujettis aux lois de la chimie numérique : et néanmoins presque toutes les propor-
Mo ntmatwn pinfiSc
tioni i*y troutent ôvidemtnétit réalisées entre eertaifiêi limites. L^hypothèse d^an mélftoge est sans doute un moyen cornmode de ramener à la loi des proportions définies les diverses combinaisons qui semblent susceptibles â*une proportion iû* déterminée. Mais il est bien difficile de oonceroir, entre des solides, un véritable mélange , qui puisse subir, sans altérations évidentes, de grands changements de température, rinfluence de la cristallisation, et plusieurs autres causés perturbatrices ( qui sembl^aient devoir le détruire néces** salrement
Quant aux substances organiques , il a été précédemmetit remarqué que les proportions ne seraient pas réellement définies, si, pour représenter la composition numérique de certaines substances, on était forcé d*y supposer un très^grand nombre d*atomes élémentaires n'excluant point d^ailleufs, dans d'autres combinaisons, Fexistence des nombres inférieurs, or c'est ce qui a éminemment lieu et de la manière la plus étendue dans ce qu'on nomme la chimie oiigàiifque, où l'on voit souvent un élément entrer tantôt pour cent cinquante ou deux cents atomes, tantôt pour deux ou trois, et offrir ensuite la plupart des degrés intermédiaires. Aussi les chimistes conviennent-ils aujourd'hui, plus ou moins franchement, que les substances organiques échappent au principe des proportions définies.
Or, en concevant ces substances soumises à la loi du dualisme, et en distinguant à leur égard l'analyse immédiate de l*antdyse élémentaire, il serait cependant facile de lés y faire rentrer, une fois qu'on aurait renvoyé à la physiologie toutes les recherches qui, relatives à des mélanges organiques, lui appartiennent véritablement. Ayant d'abord reconnu l'irrationnelle extension de la chimie dite organique, 11 deviendra aisé de concevoir la possibilité de cette importante généralisation de la loi du dualisme.
Li chimie organique actuelle comprend certainement,
LA PBILOMWBM RATURILLI. S81
oômme déjà il a ét6 dit, deux iortei de reoherobM d*ane na« ture parfaitement distincte, lei unes chimiques i les autres ^byriologiques. Ainsi, par exemple, Tétude des acides orgaoiques» celle des alcools, des éthers, eta, ont aussi bien le eariMstère cliiroique qu'aucune des études inorganiques pro« prement dites. D*un auti*e côté, le caractère biologique n*est nullement douteux dans Texamen de la composition de la sève ou du sang, dans l'analyse des divers produits de la respiration végétale ou animale , et dsns une foule d*atttres iujets qu'embrasse maintenant la chimie organique*
Le principe d^une convenable répartition de ces difiérentes étodes se réduit àla séparation essentielle entre Tétat de mort et rétat de vie, ou, ce qui revient à peu près au même dans le point de vue actuel, entre la stabilité et rinstabilité dea combinaisons proposées* Parmi les composés indistinctement réunis aujourd'hui sous la dénomination d*organiques« les uns, od devant leur existence qtt*au mouvement vital, sont assujettis à des variations contiituelles et constituent presque ton* joon de simples mélanges : ceux-là ne sauraient appartenir &la sfaimie et rentrent dans le domaine de la biologie; tels sont, par exemple, le sang, la lymphe^ la graisse, etc. Les atttrost an contraire, qui forment les principes les plus lm>* médiats des premiers, sont des substances essentiellement mortes, susceptibles d'une permanence remarquable, et présentant tous les caractères de véritables combinaisons indé* pendantes de la vie; tels sont les acides organiques, Talcool, l'albumine, Turée, etc. : ceux ci ont évidemment leur place oMureile dans le système général de la science chimique parmi les substances d'origine inorganique, dont ils ne diffèrent rôeUement par aucune propriété essentielle. Et s*il impons de faire ressortir aved soin les phénomènes chimiques QUI leur sont vraiment communs, par exemple, les diffé^ ^tes espèces de fermentations^ ces phénomènes ne peuvent ««pondant constituer une raison suffisante pour réunir Ten»
232 DEUXEÈHE PARTIE.
semble de ces substances dans une même catégorie, isolée de tout le reste du système chimique.
Il devient maintenant aisé de concevoir, comment, ayant distingué dans les composés organiques les mélanges des véritables substances, le dualisme pourra faire rentrer cellesci dans la loi des proportions déterminées.
En effet, considérons d'abord les composés d'origine végétale essentiellement formés de trois éléments : oxygène, hydrogène, carbone. Dans Tétat actuel de la chimie, chacun d'eux pouvant se combiner en deux proportions différentes avec les deux autres, on a donc six composés binaires du premier ordre, susceptibles d'être les principes immédiats d'au moins douze composés binaires du second ordre, contprenant ces mêmes trois éléments. Et en supposant que ces principes immédiats puissent se combiner en trois proportions différentes, l'une constituant la neutralisation parfaite et les deux autres les limites extrêmes de la saturation réciproque, on aurait trente-six composés distincts, sans dépasser le second ordre. Enfin, en concevant une troisième combinaison possible entrel'oxygène et le carbone, ouentreceluici et l'hydrogène, etc., qui, de nos jours, en fournissent deux après avoir été longtemps regardés comme n*ên admettant qu'une, le dualisme permettrait d'assujettir, de la manière la plus complète et la plus naturelle, à la loi des proportions définies, quatre-vingt-un composés du second ordre formés d'oxygène, d'hydrogène et de carbone. Certainement caserait plus que suffisant pour représenter l'analyse élémentaire de toutes les substances vraiment distinctes propres à la chimie végétale.
Les composés d'origine animale, comprenant quatre éléments, sont regardés comme des combinaisons quaternaires formées d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d*azote. Entre ceux-ci il y a aijgourd'hui quatorze combinaisons connues du premier ordre qui peuvent donc être les principes immédiats
LA PHILOSOPHIE NATUAELLB. 233
d'autant de combinaisons binaires du second ordre, et de quarante-deux en supposant, comme précédemment, que ces principes immédiats doivent pouvoir se combiner en trois proportions différentes. Mais, en admettant pour tous les degrés de composition, sans s'arrêter aux inévitables lacunes de la chimie actuelle, une triple combinaison binaire, on arrive à quatre-vingt-dix-neuf composés secondaires comprenant toujours les quatre mêmes éléments. L'analyse rationnelle des substances animales est probablement fort loin d'exiger un aussi grand nombre de substances différentes. Enfin^ les matières animales ayant subi, en général, un degré d'élaboration vitale de plus que les matières végétales, 11 serait très-rationnel de reconnaître, h leur égard, la possibilité d'un ordre de composition supérieur. En admettant donc des composés du troisième ordre, résultant d*une triple combinaison binaire, cette conception suffirait à représenter entre l'oxygène, Thydrogène, le carbone et l'azote, plus de dix mille composés prétendus quaternaires. Sans doute lanature n'offre pas la réalisation effective de la plupart de ces combinaisons spéculatives; mais telle est la fécondité des ressources qu'apporte, pour l'extension, aux substances organiques, du principe des proportions définies, la conception du dualisme perpétuel appliquée à ces substances.
Enfin, à un dernier point de vue, l'extension de la loi du dualisme est encore nécessaire à la chimie. Déjà elle offre quelques exemples irrécusables (et ils paraissent tendre à se multiplier beaucoup], où l'on ne peut saisir aucune différence de composition entre deux substances qu'une exacte comparaison de leurs propriétés ne permet pas d'ailleurs de regarder comme identiques : telles sont, entre autres, le sucre et la gomme. Or, en distinguant l'analyse immédiate de l'analyse élémentaire, le dualisme résout, de la manière la plus naturelle, le pariadoxe de la diversité de deux substances composées des mêmes éléments, »'y trouvant en même pro-
8d4 ]»£UXIÈMB PART»»
portioDi En effet i oesi iubstADCes laornères différeraient par leur analyse immédiate » quoique Tanalyse élémentaire donnât des résultats parfaitement identiques : et ainsi seraient expliquées leurs propriétés différentes.
L'ensemble des considérations précédentes montre que la science chimique» si riche en détails^ n'est encore qu'imparfaitement constituée comme science abstraite et rationnelle. Et| de ce côté, elle tte pourra avancer qu'en remplissant une double condition , à savoir i fusion de toutes les études chimiques ^ préalablement bien circonscriteii d'après là nature de la science, en un seul corps de doctrine homogène; extension & tous les composés de la loi du dualisme; le dualisme qu'on ne démontrera jamais ne pas exiiâtert et qui» quand il ne peut être prouvé» peut» ati moins, toujours èti^
Par la chimie nous achevons l'étude des difiél^nts genréi d'activité propres à la matière* Nous connaissons» pat* la ma^^ thématique, l'astronomie et la physique» son activité gêné* raie, G'est>iMiire les phénomènes qu'elle présente toujôurd et toujours les mômes» au degré près» quelle qu'elle soit et quels que soient ses états d'agrégatioki» et nous connsissons par la chimie l'activité spéciale» particulière, de ses différentes représeûtation«« Chaque substance» dans l'union qu'elle peut ootttrai^ter avec d'autres, datis les oombinaisons qu'elle forme^ a un mode d'action qui lui est propre» et Tinfinle variété de cette sorte de phénomènes n'en exclut pas la régularité» Tordre ; eniîn, comme tous ceux qui ont été précédemment étudiés, ils sont soumis & des lois invariables.
Mais éette complication supérieure qui en rend les lois bien plus dififtoiles à découvrir et bien moins propres & permettre del prévisions rationnelles» augmente d'autant nos ressourees pour modifier» supprimer oU déternainer le phénomène lui' même» Dans l'innomkH*able multitude de tàiU chimique! ao"
Là PHILOSOPlIIB RAtDttfeLLE. 885
jourd^hui connus, la plupart doivent leur existence à Tinter* vention humaine qui seule a pu réaliser Tensemble si complexe des circonstances nécessaires à leur production. Déjà, en passant de Tastronomie à la physique, nous avons vu la modification des phénomènes devenue possible en même temps que disparaissait presque, au moins comparativement, la faculté de les prévoir. En passant de la physique à la chimie, il en est encore de ktiêtne : les modifications réftlièables augmentent en étendue, en importance, et la prévision pOMible diminué encore. La physique nous apprend à disposer \h corpâile manière à apporter, dans le phénomène produit, la modification qui nous est la plus avantageuse \ par la chimie, ce dont les corps eux-mêmes que, suivant nos besoins, floui parvenons à produire Cette science nous montre la matière éternellement existante, ne se créant, ni ne se détruiiant Jamais , mais toujours en travail de composition et de déoom^ position. Que les lois suivant lesquelles ce travail s^accom* plit nous soient connues, nouis serons maîtres alors de le diriger ; et les corps soumis, savamment combinés, se transfor^ meront à notre gré.ies uns dans les autres. Ainsi maintenant, entre tant d*autres merveilles de la science moderne, la houille pour nous éclairer donne du gaz, et la betterave pour nous nourrir donne du sucre. Si rindusU'ie humaine ne peut multiplier, suivant nos besoins, les produits de la terre, elle triomphe autrement de la fatalité qui nous en privé, retrouve, dans les plus différents, les mêmes principes, et, ôû man^ quent les uns , y supplée par les autres.
Kl I mil