CHAPITRE PREMIER
GONBlDiRATIOIfS PHiliIMIllAIRCS*
S 1. ^^ intérêt^ possibilité et nature générale de la science lOeiale.
Tarrive à la partie la plus diflElcile de ma tâche : la science sociale, dont j*ai maintenant à parler, appartient en propre et exclugivement à la philosophie positive, qui tout à Theure liait et améliorait, tandis qtt*ici elle crée. Il a fallu un génie extraordinaire pour concevoir que l'histoire devait pouvoir se transformer en une science rationnelle et positive comme Vastronomie et la physique, comme la chimie et la biologie ;
* La composition bjbrlde de ce mot, motivée par IMnsuiBsance des H" cines grec()dei, ne peut certM Tempâcher de pâsier diDi II lêûpie, qal» M oflire déjà plntleurt eteifij^let t tel eii mitUr^k»
276 TROlSliVI PARTIE.
en une science, comme elles, fondée sur Tobservation et le raisonnement; enfin, comme elles, comportant des explications et des prévisions, je ne dis pas aussi précises, et ce point est important, mais tout aussi sûres. Il a fallu un génie extraordinaire pour^ réaliser, merveilleux spectacle, une si hardie mais si satisfaisante conception. C'est là une de ces découvertes qui, faisant saillie dans Thistoire de Tesprit humaio, définissent une époque, la séparent du passé, et marquent une ère nouvelle ; une de ces découvertes comme on en compte à peine trois ou quatre pareilles, et qui, quoiqu'elles puissent laisser leurs auteurs méconnus pendant la vie, les placent hors ligne dans la mémoire de la postérité reconnaissante, et tôt ou tard toiyours équitable.
Dans ce chapitre. J'ai donc à faire connaître et comprendre cette merveilleuse transformation de Thistoireen science, ou plutôt, devrais-je dire, à en donner une idée, à en exposer clairement les principaux et plus importants résultats ; car ce n'est pas en quelques pages et de facile lecture, telles que je dois m'effbrcer de rendre celles-ci, que la science et une telle science se peut complètement exposer. Mais, si je fais bien comprendre que, malgré ses difficultés, la science est ici possible et sûre, et si je montre où elle conduit, J'aurai atteint mon but.
Quoiqu'elle ne nous les fasse que bien imparfaitement connaître, il suffit que l'histoire nous parle des générations qui nous ont précédés, pour exciter en nous un extrême intérêt. C'est qu'au fond du cœur tout le monde sent bien que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons^ nous le devons aux labeurs accumulés des générations antérieures. Et, à ce sujet, je ne puis résister au désir de citer cette belle page de M. Littré, comme moi, ce qui n'empêche toutes les autres inégalités, disciple de M. Comte : « Cette terre qui » nous fournit notre nourriture et notre abri, quelle maia » nous l'a ainsi préparée et embellie? Supposez, un moment,
» anéanti ce fruit du labeur de tant de siècles, que devlen- » drions-nous, même avec tous nos moyens d*action perfec- » tionnés? Les campagnes assainies et défrichées, les forêts » primitives al)attues, les végétaux transformés par une Ion- » gue et intelligente culture» les animaux domptés et appro- » priés, les villes, merveilleux foyers de concentration inji teJlectuelle, tout cela nous vient par héritage. Mettez » maintenant en regard Tautre domaine, les beaux-arts, la » science; que de méditations amassées pour produire cet
> immense trésor de notions spéculatives qui se distribue si » abondamment à nos intelligences! Maintenant qu*une claire » vision de la filiation des choses nous est donnée, il n*est
> plus possible de participer à ces enseignements supérieurs, » que nous recevons comme un enfant le lait de sa mère, sans Y remonter pieusement d*ftge en ftge à la source d'où ils dé- » rivent, et sans confesser notre dette et notre reconnais- » sance. Et les Jouissances pures et profondes qu'alimente n la contemplation du beau, où seraient-elles, si tant d'ima- » ginations créatrices n'avaient pas rempli notre passé de » formes idéales et de ravissantes harmonies? De ces générar » tiens entrées dans la tombe, il nous arrive quelque chose » de lumineux et de suave qui charme et qui élève; et THu- » manité, en nous mettant en communication les uns avec les
> autres, nous vivants avec ceux qui ne sont plus, nous sou- » tient, nous parle et nous inspire. »
Est-il possible de ne pas désirer connaître à qui Ton doit tant, et même, nous pouvons le dire hardiment, à qui nous devons tout? Que serionshuous sans cet immense travail, toujours s'additionnant, des générations qui nous ont précédés? Semblables aux bêtes, comme dit le poète. Les fictions théologiques ont maintenant fait leur temps, ainsi que les contes autrefois acceptables, aijfjourd'hui ridicules, que la marche et les progrès de l'esprit humain ne permettent plus de prendre au sérieux. Craintifs et nus sur une terre inculte, dispute
378 TBOISliMS VÀftTlE.
tant péoiblem^t une Dourritore iosuffiiante et groBsiëreii dea animaaxy moins biea doués, sans doute» mais pour la plupart mieux vêtus et mieux armés» Yoilà, quelle qua soit la répugnance qu'elle puisse inspirer à notre orgueili notre humble et certaine origine ; voilà le point de départ de celte civilisation dont nous sommes si fiers. Gomment un tel chemin a-t-il pu être parcouru? Quels travaux se placent entre de tels extrêmes? Qui ne s'intéresse et ne se paaiioDDe même pour de telles questions? Aussi Fhlstôire est^e U science universelle : science de tous les êgesi de toutes les conditions, science toujours opportunOi et maintenaot^ plos que jamais, conmie le prouvent si sûrement rentrainement universel vers les études historiques et la faveur qui les so* compagne.
Mais rhistoire raconte et n*ex[4ique pae i aussi ^o int^ resse, mais sans satisfaire Tesprit, et sans apprendre précl* sèment ce que Ton voudrait savoir. De pourquoi* elle n'ei cherche guère et n'en trouve jamais. Les Romaiuâ ont conquis le monde; pourquoi, avant eux, les Égyptiens et les Grecs ne Tont-ils pas fait? Pourquoi ces derniers furent-lis bï sa* périeurs à tous les autres peuples de Tantiquité dios la pbi* losophie, les sciences, les arts? Pourquoi le cathididamef Q^ a pu s'établir malgré toutes les forées de l'empire romaiB liguées contre lui, et qui, au moy w âge* a dominé saxa conteste toute la société européennoi ne conserve-t-ilplus do nos jours qu'à peine un souffle de vie? et tant d'aubes pourquoi!
L'histoire dit donc, les uns après les autres, daosFordreoû ils sont arrivés, des faits qui semblent bisarreSi ^upti^^^* souvent même indifférents ou inintelligibles^ Et il ^ >^ possible de voir quelles en sont les relaticms avec ceU^^ passe actuellement et d'en tirer aucune lumière éolaii^* la situation présente que pourtant on sent bien ne pouvoir être qu'un intermédiaire nécessaire entre le passé et raveuii'* C'est que» malgré la curiosité qu'ik excitenti les Mt$ ^^^^
SGIElfGI MCULB &B SOCIOLOGIE, 279
Pi^efli ne iont pM oodçm («b dehors du poeftlTlime) comme ausoepUbles de donoer lieu à une soienee, à une étude positive et rationnelle, et que l'histoire est eueore regfardée comme ne pouvant qu'être essentiellement deseriptire et littéraire. Ainsi, dans Torganisation oflleielle de Tinstraetion qui divise le domaine intellectuel en section des lettres et section des sciences, Thistoire fait-elle partie de la première. En doit-il toujours être ainsi t Nous prétendons que non. Nous prétendons que la méthode et Tesprit scientifiques sont maintenant en état d*envahir rhistoire^ et quMls doivent en venir là. G*est peut^tre le plus grand pas qui leur restait à faire : car ee progrès, nous prétendons qu*Il est, qu'il vient d*ètre fait; et il a constitué le positivisme. A nous autrea disciples, il appartient maintenant de Pannoneer, de montrer son importanee, les heureuses conséquences qu'il entraîne, les Immenses services qu^il doit rendre.
Pour que Thistoire devienne une science, il faut que les faits partieuU^ra qui la composent, que ses principaux événemenis soient conçus comme soumis h un ordre déterminé, à un enehaînement régulier. Alors, pour constituer la science, 11 restera à découvrir, par Fabstraetion et la généralisation appliquées à Pétude de ces Ikits historiques, ce que présentent de commun et de constant leur coexistence et leur succès^ slon : l'énoncé enrsera un fait général, qui constituera une loi sociale faisant oonnai^e plus ou moins complètement Tordre cherché.
La première idée d'une fatalité dans les faits de rhistoire, d'une force irrésistible devant laqu^le venaient se briser toute la volonté et toute la puissance humaine, a été un pas im-» mense dans la marche de Tesprlt humain, une clarté nouvelle qui n^a pu émaner que d'un homme de génie, ^lle est due à Bossuet : « Tous ceux qui gouvernent, a dit ce grand B homme, se sentent assujettis à une force majeure. Ils font » plus ou moins qu'ils ne peuvent, et leurs conseils n'ont ja»
» m^s manqué d^avoir des effets imprévus : ni ils ne sont » maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises » dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que » prendra Tavenir, loin quMls puissent le forcer, i» Cette force m^^euro que sentent plus ou moins ceux qui gouvernent, mais qui les domine certainement, Bossuet la voyait dans la volonté arbitraire d*un Dieu tout-puissant. Aussi, et rien n'est plus propre à caractériser le contraste entre la conception théologique et la conception scientifique, il ne considérait pas Tavenir comme susceptible d*être prévu* C'est qu'en effet, la prévoyance est Texclusive propriété de la science positive, dont elle est môme presque la définition; car, comme a dit M. Comte, savoir, c'est prévoir.
Mais une force majeure aussi, car des lois déterminent le moment des découvertes, phénomènes sociaux 1^ plus inaperçus quand ils arrivent, et pourtant les plus décisifs ; une force mineure, dis-Je, empêchait qu'à Tépoque de Bossuet la vraie nature de celle dont 11 avait senti Texistence ne se pût apercevoir. EUefut, après lui, activement cherchée par de puissants esprits. Entre M. Comte et Bossuet se placent les tentatives de Montesquieu, Yieo, Herder et Condorcet. Mais quelle que fût la valeur personnelle de ces grands hommes, ils pouvaient non pas trouver , mais seulement de plus en plus approcher. Cette force majeure , dont par une vue de génie Bossuet pressentit l'existence, est précisément les lois auxquelles sont assujettis les faits sociaux. Leur découverte exigeait, outre une vue assurée de renchaînement nécessaire de tels événements, une connaissance positive et approfondie des phénomènes intellectu^ qui dominent cet enchaînement. Cette préparation indispensable indique alors répoque où une telle découverte était possible et explique pourquoi elle a dû échapper fatalement aux prédécesseurs de M. Comte. En effet, elle supposait la fondation deTétude positive de ia nature humaine qui date seulement de Cabanis
SCIENCE SOCIALE OU SOCIOLOGIE. 9tl
et de Ga]L Et cette fondation, autre grande création moderne, exigeait d'autres découvertes antérieures, de telle sorte quMl y avait là toute une suite de travaux préalables par lesquels il fallait nécessairement passer.
L'histoire n*est que la société dans le temps. Si toute la spontanéité et la complication des phénomènes vitaux n'em* pochent qu'ils ne soient soumis à des règles fixes, dans lesquelles ils rentrent toujours, il est alors assuré que les phénomènes sociaux, dont la source est dans les phénomènes de la vie individuelle, seront également soumis à des lois. C'est ainsi, par exemple, que Ton est parfaitement sûr que la pluie et le beau temps , et tous les phénomènes météorologiques sont assujettis à des lois, maintenant d^ailleurs et probablement toujours inconnues; mais on voit sûrement que ces phénomènes sont les conséquence de relations astronomiques, et de phénomènes de pesanteur, de chaleur, etc., assujettis, eux, à des lois connues. Les faits sociaux ne sont que la conséquence de faits individuels, physiques, intellectuels et moraux. Si ces derniers ont leurs lois, il en sera de même des premiers, quelque difficiles que ces lois puissent être à découvrir, par suite de Texcessive complication des phénomènes.
Aussi le raisonnement est-Il impuissant à faire connaître ces lois que Tobservation peut seule dévoiler. Elles comportent d'ailleurs différents degrés d'abstraction, de précision de généralité, par suite d'Importance. Et pour en donner immédiatement des exeinples, j'en citerai quelques-unes, trèsfaciles à comprendre, et relatives à des faits très-connus et très- sûrs : elles ont été indiquées par M. Littré dans sa première appréciation de la philosophie positive, reproduite dans son ouvrage intitulé : Conservation^ révolution , positivisme. Je cite presque textuellement, mais pour abréger, seulement les conclusions des considérations dans lesquelles il est entré.
« Mmà^ diMl» TobBorvation de Sparte, d'Àthèaes, d« Rome» cQmme celle de U>n\w latt m^toov^X^^ moderaeç, prouve Timpossibilité de çppptituer up^aPistoarAtie permanente, p'eit^ft» dire une populatipo fermée, pe réparaet par elle-même* l^t au contpairQ , Tebsef vatiop prouYP ftuaai rimPQi»ibiUtt â'empê- Qber ^m pppulatiop libre prafondâment mi^^bta de pu|» luler outre mesura, a
« A tput hommp r^isûimMit da«« sop fiabioet« il aura aern-^ blé qu'il n'était be^oîp, pour iraRsfprmerdes nations barbares pn nations oivillséen, que de rMuQatioq ( UQ6 géipératioa de* vait puffîre k cette métamorpboae» U n'en e»t n&n ; Tob^erva* tiop prouva rimppesibilitâ de trapsperter tout d*uQ ooup, aaoa Télémeut du tpmps , la eivilifiation d*an peuple j^ uo autre, Trpipr cepts ans opt été néeeisairpi pour r^iidre les ppupladea du qord de rAmériqne quelque peu aptea à eonce^ voir ce qui poufl ^mble ai simple et ai naturfi^ Rt daoa Tant tiquîté, c'est suivapt rprdre de la oopquôte que Tgu voit ar^river d^ns la politique et les lettres romainadles populutionci espagpioles, gauloises et bretoppes. »
« Parmi les résultats les plus curipus; et les plua ipapràvuB de robserv^tion iîgure encore la remarquable constaoce do
contingent des crimes dans une population donnée. Toutes les statistiques judiPiairpi s'aepprdppt h prQVv^ qiip le ni^mbrq m\ P9c}llq dans dps limites trèa-étroitea. Asaupâment au debors 4e rei^pépieppd , nul p'aurait pu prévpip UP P^il résuitatt 9
tt Enfîp robserF(itipQ prpuvn ppçpfç Ift tQVOê êXVi^Mv^ fti l» pivilisation, £ilp prouve Y^t^mlon nécessairp #t l^ stabilité çrpissantp ie% pivilisatiop^ supérieure Elle prouve nu^riptelligiBnce et }e saYPJi* eont l^a sources Ipisf plus §^r§s 4e le puissance prépopdérante. ii
Il est douQ Incontestable que les faits bistoriquQs ou SP-^ ciaux, sont soumis, oomme le^ autrea, jt une q^ij^lm fêtl^itéi à des lois susceptibles d'être découvertes en app{iq)iai^t i
au m&ma titre qm 6#iid9 qui Pimt aoto^iteiD^ftt fiiOPnpUM cofDme telloi» Mftis» ^a(to Tbi^tQlre dovaeq^ me s^iAoae »t 1* seidnea ^f(i*Ui, il rMt«r» toiUdQF^ uqe gpft»dfl âifli|n»POi> 0O^ re»p0QâMte à FiHiPOftAnki di«UaotiQ», «up («qq^llu J^ia tout iDràtédftfls u 0eo)ci^mo pikPii9« (sntro 1» «olooee «OQQrftto «t la 9Qlme^ ftbrtpaitfi, ]4iioto«o« «oojftto, hw eoftaMér^r ftUM» P«0p)e en payUouUer, p'a «n vne que d'aprlver aia loi^ eéné» ralea et a^^trftitei qui Ueot lei uns aux autrei lea ebtoomtaef 'aeelau;i qI éXMifmnt 4m relfttioiui toiueura attiafftiles (}m)9 leur eo0^iatei){îeoa leur soeeesaio^. ^ftOPdQutq le» éltoenti , lee «atépiaui de eette ecieoee sont lea fait9, len (ivénemen^ lihitoriquei9( maieelle ne le» eoegidôre qqe pour en déeou* lYir la sûUdapjté, l'eeebateaqiieDts en m fnot, pour arriver h leur expUeatjQA. An centpaire, rbist^eire, «oieoqe ooacrète, s'ooeupa m papiieulier dea différente peuples qu'elle deit faire oomplétoment eeonet^e, et alors, pour dtre vériteblement une neienee* elle e besoin de s'appuyer mr le ispt9»6e seeiale» qui, plue 9iii)ple qu'elle, doit la précéder s elle a besplii de lui esappueter des lois qu'elle-môme, par soq di^feut de générelitô ou de eomplieetioo supérie»re, «erait inipuiisaiite k établir s et sep rôle e^t proprement d'eppliqtier le^ loi» so^ claies à Tei^pUç^tion des diffâreetç eas partienlior? qu'elle examine* Qette distinatien établie, il est évident que» lais-^ sant la science eoncréte de eété, noue n'eveneloi k ufm occuper que de la scienee nbstraite, de lit aoienpe 806i4lef Quoiqu'elle n'ait encore im^^i» en qu'une sorte de demi'
conséoratipn officielle, et que l'opinion ne recueille qu^ayee még^ce , il e3t nne ^cienaq qui a cependant eatnellement une pertaine existence et qqi semblerait n'être pas ^ann rapport ^vee celle dont il est ici question : c'est l'économie
politique* Mai^, ^ vrai dire, elle n'est p^ i^lme m^ ^^^ç^^9
de la scienee socîele. se donnant pour but la recberpbe
28& TROISiftXE PARTIE.
des lois de la productiou des richesses, elle prétend actael^ lement (ce qu'elle ne faisait certes pas lors de son début, au siècle dernier) pouvoir y arriver en considérant exclusivement le seul point de vue de Tactivitô matérielle. Or le caractère le plus fondamental des phénomènes sociaux est leur solidarité. Il en résulte immédiatement que les vues d'ensemble conviennent seules à leur étude, et qu'H est impossible de reconnaître les règles fixes auxquelles sont assujettis les phénomènes d'un ordre quelconque en faisant abstraction de tous les autres. Quel rapprochement utile, par exem-. pie, est possible entre les puissances productives de deux états sociaux , en s'imposant préalablement l'obligation de ne point considérer les différences qu'y présentent les opinions, lesmceurs, les sentiments dominants, l'organisation politique? Il est évident que c'est vouloir découvrir ce qui est secondaire en laissant de côté ce qui est principal, et chercher l'ordre dans les effets sans remonter à leurs causes. Mais, dans la science sociale, très-diflérente donc de l'économie politique, rentre celle de Tentendement humain dont l'étude est ensuite complétée en morale, seule science synthétique où tous les points de vue soient simultanément considérés. U est clair que les événements sociaux reviennent toujours, en dernière analyse, à des faits intellectuels et moraux. Mous avons vu dans le chapitre précédent que la biologie devait seulement poser les bases de l'étude de ces éminents phénomènes et qu'à des sciences supérieures il appartenait de la poursuivre. En effet, comme toutes les autres, les fonctions intellectuelles et morales doivent être étudiées à un double point de vue. Le premier, ou point de vue biologique, est celui de Torgane, de l'agent, enfin de toutes les conditions organiques dont ces fonctions dépendent; et qui, aujourd'hui, peut sérieusement douter que l'intelligence et la volonté n'existent pas plus sans cerveau que la sensation sans organes de sens, et l'innervation sans nerfs? Ensuite
ces mômes fonctions doivent être étudiées quant à Tacte en Itti-même» à raccomplissement effectif du phénomène. Mais, à cet égard, la particularité des phénomènes intellectuels, c'est de ne pouvoir être observés pendant Pacte, pendant raccomplissement du phénomène. Semblable à Tœil qui voit tout sans pouvoir se voir (et môme avec une glace 11 ne voit que son image), Tesprit est ici à lui-même son objet d*étude. N*est-il pas alors de toute évidence que c^est seulement dans les résultats plus ou moins lointains et durables que son travail et ses efforts peuvent être étudiés?
Quelque évident que soit ce principe, la prétendue science dite psychologie le méconnaît grossièrement en se donnant méthode Fobservation intérieure. Elle prétend qu'on peut pour ainsi parvenir à se connaître, à connaître son intelligence, ses affections, ses passions. Cette observation a, à peu près, la môme valeur moralement qu'intellectuellement. Est-ce quHl n'est pas de l'observation la plus vulgaire que le pre* mier caractère des passions est Taveuglement? Voyez-vous cet homme s'observant penser, s'observant observer, et, pour connaître la colère, devant aussi sans doute s^observer en colère ?
Mais laissons de côté ces subtiles niaiseries. Non, non, ce n'est pas ainsi que Ton peut parvenir à se connaître, mais c'est en faisant un retour sur soi , éclairé d'abord par l'observation des autres. Notre méthode, à nous, est donc l'observation extérieure. Et que peut donc avoir contre elle la philosophie officielle? Ou dirait qu'elle la craint. Mais n'est-il pas évident que c'est par l'observation des connaissances qu'elle a produites que se doit étudier la faculté, de connaître? Parmi les croyances auxquelles s'est arrêté l'esprit humain , les unes sont passées, d'autres sont restées. Comparez-les donc les unes aux autres; voyez quel est le caractère commun de ces dernières, en quoi elles se ressemblent , en quoi elles diffèrent des autres. Voyez quelle en est la nature, et quelles
9M VROISlItiCB «PARTIE.
«i Sont les prôpriétéfl 0arafitéristii|ue» et #oiidaiii0&tal«i; «t le signe oertain, le eritérium lafàilUble M la vérité voui ap« paraîtra évident et telleiqeBt sûp qu'il n'y aura plus de méprise pûsaible.
Telle est dona la marche de VétuâB pesidv^ des ^éneh flièiiea intellaptuels. Oae première vue du auyet indique immédiatement que le véritable earaetère 4a tels phéad» mènes n'est pas indlvidiieU mais eolleotif . Pour tout individu, en effet, lefi aetes intelleatuels soQt essentiellem^t deminéi par les travaux antérieurs et oentemporains; et quand ils comportât une certaine originalité, ils ont au plus li»ut degré le earaotère de phénopiènes sooiaux. Cftroe qa§, vU vaut un pièele plutôt, Pesaartes eût produit ses oonaaptieDi philosophiques, Galilée orée 1^ physique, Newton la méoapique eélestef Est^ee que de telles oréatipns ne sont pasdM événements soeiauxV Les oroyanoes, les opinions, les idées, les produits intelleetuels, même des plus grands génies, soat essentiellement déterminés par Pépoquq où ils ont véeUfC^esi^ l»dire par le développement sooial; Qt de là vient qu'étudiée en dehors de ee développement, Taotivité intellectuelle dait rester profondément inintelligible et ses lois, méconnues.
Quant aux phénomènes moraux, qui conslstentsurtoutdans eeux de la sociabilité (par çxemple, Tamour de la patpi^> de THumapité), û est clair qu'ils sont les phénomèneti «olleotifii par exeellenoe. Leur étude doit done naturellefflent s*appuyer sur la considération de l'existence sociale, de ses transformations^ de ses progrès, qui sont tout ft la foi* leur prinelpal résultat et la souree des variations q^*^ présentent, liais Pimportanoe de ees phénomènes et leur eomplieatio&, par suite des réactions qu'exercent sur eax les actions purement organiques propres à rindivida, i^i^' dent nécessaire quUls soient Telnet d^une science à pftP^> la morale proprement dite. Celle-ci doit alors suivre la m^^ soeiato, s'appuyer sur. ^le et profiter de toutes ses aequlsi-
SGIEIfCE SOGIALB OU SOCIOLOGIE. 367
tions, doni laconnaigflaiice et laoonsidération lui «ont coDstam* mwi iadûpensablea pour arriver elld-mème à des résultats positifs. Ainsi donc, en résumé ^ l'étude des fonctions intellectuelles et morales, qui constitue la philosophie moralOf se divise en deux parties : la premièref qui est Tétude des fonctiMis intellectuelles ou la soience de reateBdement* se fond daoâ 1» soieaee sociale i et la seconde, qui est oelle des fonc tioBS morales, forme une soience à puti la mcralei qui est la soieace suprèmoi et où se oomliineat les points de vue coUeo* tifetiadiridueli
Lee eonsidérations précédentes sufflsantf je pense» à mettre en évid^kce la podiriblUté et la nature fénérale de la science seeiide » je terminerai cette introduction par les indications préliminaires analoffueB à celles qui ont précédé les autres seienees.
S 1S. — objet précis, prévision, relations avec les autres sciences et moyens
d*eïpïoratiOn de la êtieûtë âéciale.
Dé^ Ï9À eu roocasion de dire la solidarité des différents aspects sociaux : elle est en effet évidente. Â un moment quelconque du développement social, lesétats correspondants, inteUeotuelf morale politique,.industriel, sont connexes, de telle sorte que rund'euxi appelant nécessairement les autresi ne ee noodlûe pas tant qu'ils ne se sont pas produits. S*il en est ainsi pour les différents aspects généraux du mouvement hmoaifl , il en est de même, à bien plus forte raison, pour les détails^ Ne serait^U pas absurde de supposer qu'on eût pu; à une certaîBe époque^ savoir, par exemple^ autant de chimie que Ton en sait maintenant, et n'être pas plus avancé qu'au moyea âge en astronomie , en physique , en biologie ? GetAe solidarité des phénomènes sociaux, étant incontestable, donne lieu à une étude particulière qui constitue l'un des deux points de vue de la science sociale t sa partie statique. En effet, il est ekdr qu'il jr a & déterminer les lois précises de cette
288 TROISliSME PARTIE.
connexité, les relations qu^ont nécessairement entre eux les phénomènes sociaux coexistants. Cette étude revient à celle des conditions mêmes d'existence de la société, en d'autres termes, à celle de Tordre.
En second lieu, renchatnement des érénements sociaux est encore plus évident que leur solidarité. Il est clair que toute situation peut et doit être conçue comme le résultat nécessaire de la précédente, et la préparation indispensable de la suivante. Tel est le sens du lumineux axiome de Leibnitz : « Le présent est gros de Tavenir. » Â cet égard, la science doit donc avoir pour objet de découvrir les lois constantes qui régissent cette continuité : lois dont Tensemble détermine la marche nécessaire du développement humain. La dynamique sociale cherche les lois de la succession ; et la statique sociale, celles de la coexistence; un phénomène sociologique est alors expliqué, en prenant ce mot dans son acception scientifique, quand il a pu être rattaché, soit à Tensemble de la situation correspondante par les lois sociales statiques, soit à Tensemble du mouvement précédent par les lois dynamiques. Ces lois conduisent, avec la précision que comporte la complication propre au sujet, à la prévision rationnelle des événements qui doivent résulter ou d'une situation donnée, ou d'un ensemble donné d'antécédents. Par suite, la science sociale se trouve en position d'indiquer à Tart politique les tendances spontanées qu'il doit seconder, et les principaux moyens qu'il peut employer pour le faire efficacement Et ainsi pourra être évitée toute tentative vicieuse, toute action éphémère et dès lors nuisible, et toute perte de temps.
Mais la science sociale n*est possible ni même concevable isolément Nous avons déjà vu que la biologie devait d'abord fournir le point de départ de l'ensemble des spéculations sociologiques. En outre, les commencements de l'évolution sociale, ne pouvant comporter presque aucune ex-
ploratiOD directe, doivent surtout être construits en leur appliquant la théorie positive de la nature humaine. Les renseignements nécessairement isolés sur la première origine de la société sont bien plutôt propres à faciliter et àperf ectionner cette détermination rationnelle qu*à en tenir lieu* Enfin, quand le développement est devenu trop prononcé pour qu*unepareille déduction continueà être possible, il appartient à la théorie biologique de préparer et de vérifier les Indue* tions sociologiques, et de fixer les limites des modifications que comporte la nature humaine.
La sciencesociale, par suite de la dépendance où elle est de la biologie, se trouve donc ainsi rattachée à toute la philosophie naturelle, à laquelle nous avons vu que la biologie était immédiatement liée* Mais, outre cette subordination indirecte, elle en dépend directement aussi.
En premier lieu, la science inorganique fait seule connaître les conditions extérieures sous Tempire desquelles s'accomplit révolution humaine. Gomment pourrait-on comprendre les phénomènes sociaux sans avoir d'abord exactement apprécié, sous ses différentes faces, le milieu où ils s'accomplissent? En outre, les créations successives des sciences ont été, en elles-mêmes, des événements sociaux de la plus haute importance ; et, tant les sciences restent ignorées, il est réeUement impossible de comprendre la portée de tels évéments et la réaction, fondamentale en sociologie, qu'ils ont exercée à tous les points de vue, philosophique, esthétique, moral, politique et industriel.
Ces considérations montrent donc que l'étude positive des phénomènes sociaux, qui n'est venue eflfectivement qu'après celle de tous les phénomènes moins compliqués, n'est possible qu'à la condition de s'appuyer sur les sciences qui les concernent Cela est aussi incontestable au point de vue de la méthode qu'à celui de la doctrine. C'est seulement par l'étude de la philosophie inorganique que peuvent être suffisamment
^1^ TAOISiàlUS FAATIB»
connas tes oaractères fondam^itaiix de la métiiode positife, d'autant mieux appréciables que les phénomènes sont meins compliqués. C'est là seulement que s'apprend ce qu'est la positivité scientifique, ce qui constitue rexplicatloD réelle d un phénomène, quelles sont les conditions inTariafoies d'une exploration vraiment rationnelle, et, enfin» le véritable esprit qui doit toujours présider à Tinstitution et à Tusage de toute hypothèse s^culative.
TeUe est l'étroite dépendance de la sociologie envers les autres sciences; mai$ elle n'est pas sans eutralner une réaction immédiate de la plus haute Importance. D'abord il est clair que la science sociale devra perfection^ ner l'étude des rapports existants entre les différentes sciences. £a effet» cette étude constitue une partie li&portante de la statique sociale, qui est directement destinée à mettre en évidence ies lois d'un tel enchaînem^it, comme de tous ceux qui existent entre les divers éléments de la civilisation. Ensuite il est certes incontestable qu'une science ne peut être complètement connue et comprise indépendamment de son histoire. Or nous avons reconnu que, d'après la solidarité des différents éléments de tout état intellectuel et social, l'histoire isolée d'une science particulière n'est pas rationnelle si elle est conçue en dehors de la progression de l'esprit humain, et même en dehors de rensemble des différents progrès. Ainsi la sociologie est indispensi^te à la parfaite intelligence d'une science quelconque. Mais, en outre, puisque chaque découverte est, à l'instant où elle s'accomptit, un véritable phénomène social faisant partie delà série générale du développement humain, elle doit être, à ce titre, soumise aux lois de succession et aux méthodes d'exploration qui sont propres à cette grande évolution. Ainsi que déjà Fontenelle l'avait pressenti, les découvertes scientifiques sont, par suite, susceptibles, à un certaip degré, d'être rationnellement prévues d'après une exacte appréciaiâon du mouvement antériaor
SCIENCE IMKSIALS OU fOCIOLOGI£. Stl
de la MieBee. fit, eamème temps qu'elle lie toutes les ecienoes en subordonnant leur bistc^e à la théorie générale des pro-» grès de Tesprit humain et en établissant leurs relations mutuelles, la sociologie tend Rajouter 4 renaemble de leurs divers moyens d'exploration un ordre particulier de considérations qui, en les afifraoobissant de plus en plus de rempirisme et do t&tonnemçnt, pourra avancer les découvertes.
Telles sont les importantes relations do la sociologie aireo les antres sciences. L*,examen des moyeps d'exploration qui iui sont propres fait reconnaître que la loi qui lie Taccroissement des ressources à celui de la complication, dans le passagf d'une science à une autre plus compliquée, reçoit alors un9 nouvelle et dernière vérification, d'où résulte sa généralité»
Les trois modes de Fart d'observer sont : Tobservation pure, rexpérimentation proprement dite, et, enfin» la métbodo comparative que nous avons vue surtout convenir à toute étude sur les corps vivants. Relativement à la simple observation, il y a d'abord à remarquer* que les faits ayant un certain degré de généralité ou de composition, qui sont na* turellement les plus sûrs , sont seuls réellement importants en science sociale^ et qu'il n'y a peut-ôtre pas un Cait bistorique, pouvant avoir une certaine valeur scientifique, qui 04 soit universellement admis par tous les hommes sensés. Quant à la manière dont l'observation doit être faite, c'est toujours en faisant dominer l'espritsynthé tique, et en procédantderen<* semble aux éléments. Alors, explorés d'après des vues rationnelles da solidarité ou de^uccession, les phénomènes sociaux comportent des moyens d'observation bien plus variés et plus étendus que les phénomènes moins compliqués. Ainsi, non*seulement la description directe des événements, mais la considération de coutumes peu importantes en apparence, Tappréciation des diverses sortes de monuments, l'analyse et la comparaisûn des langues, etc., fournissent à la aocioloi^e, par suite de k eonaexité des diveiw aspeoia soeiaux « d'utiiis
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moyens d^explontion positive. Par une sorte de compensation, cette connexité caractéristique qui constitoe d'abord la princf pale source des difficultés propres aux observations sociales tend ày étendre et à y farier an plus hant de^ les ressources de la science.
Nous avons vn en biologie que les cas pathologiques y constituaient le véritable équivalent scientifique de rexpérimentation, et que, quoique indirectes, les expériences naturelles qu'ils offrent sont parfaitement appropriées à Fétude des corps vivants. Or, les mêmes considérations sont, à plus forte raison, essentiellement ^plicables aux études sociolo^qnes. L'analyse pathologique y consistera dans Texamen des cas où, soit l'harmonie, soit la filiation normale, éprouvent, par l'effet de causes accidentelles et passagères, des perturbations plus ou mohis prononcées, comme on le voit surtout aux époques révolutionnaires. En sociologie comme en biologie, les c^ pathologiques ne constituent jamais une violation réelle des lois fondamentales de l'organisme normal ; et les phénomènes essentiels sont alors modifiés seulement dans leurs direis degrés.
Considérant enfin la méthode comparative» il est d'abord hors de doute que, pour tout ce qui concerne les premiW relations sociales qui ont fondé spontanément l'anité de » famille ou de la tribu, il y aurait à retirer de grands avantages scientifiques, ainsi que déjà l'a pressenti Ferguson, d'une convenable comparaison de la société humaine avec les autres sociétés animales. Mais un emploi plus important de la méthode comparative consiste dans le rapprochement rationnel des divers états de la société humaine coexistants sur les différentes portions de la surface terrestre. Vos poP"*' tions très-considérables et surtout très-variées n'ont enco atteint que des degrés très-inégaux du progrès général q comportent les associations humaines, en sorte qne pi^ tous les états antérieurs des nations les plus cMlisées se t^
trouvent aaJourd*hui chez des peuples contemporafns, et tels à peu près que le passé les montre. Depuis les malheureux habitants de la terre de Feu jusqu'aux peuples les plus avancés de TEurope occidentale , Il n*y a guère de nuance sociale qui ne se trouve actuellement réalisée quelque part. Enfin, sans sortir d'une même nation, on peut encore comparer les principales phases de la civilisation humaine, en y consi* dérant les différentes classes en général très-inégalement contemporaines. Mais ce genre d'observations comparatives, tendant à présenter comme coexistants les divers états sociaux , ne permet guère d'en apercevoir la filiation réelle. U expose à faire prendre de simples modifications secondaires pour des phases principales du développement social ; et c'est ainsi qu'on a été conduit à se former les notions les plus vicieuses sur Tinfluence politique du climat et de la race, en attribuant à leur action des différences sociales qui devaient être surtout rapportées à l'inégalité d'évolution.
En réalité , ni l'observation proprement dite , ni l'expérimentatioD, ni le mode de comparaison ci-dessus indiqué ne peuventsuffire à la sociologie. Par la nature même de lascience, la seule base sur laquelle elle puisse réellement s'établir est la comparaison des divers états consécutifs de l'Humanité ou la méthode historique, proprement dite. L'esprit essentiel de cette méthode consiste dans une appréciation successive des divers états sociaux, montrant, d'après l'ensemble des faits historiques, le sens des variations continues, d*où doit résulter la prévision scientifique de l'ascendant final ou de la chute définitive de telle ou telle doctrine, de telle ou telle institution.
Convenablement conçue et employée, la méthode historique n'égarera certes jamais. Mais les illusions auxquelles peuvent conduire son imparfaite appréciation, ou son application vicieuse, se rapportent toutes à cette erreur si commune encore aujourd'hui et pourtant si grossière qui consiste à confondre un progrès continu avec un progrès illi-
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nité. Alnfll, ptr exemple, en comparant ateo lei peuples dvillsésles hommes primitifs, tels que nous les montrent les eb&nts homériques on les réeits des voyageurs, on reconnaît, sans ancnn doute possible, que le développement social a diminué la quantité d'aliments nécessaire h Phomme. Une telle diminution, concordant avec laprépondérancecroissante de Texercice intellectuel et moral à mesure que la civilisation augmente, est en parfaite harmonie avec les lois fondamentale:9de la nature humaine. Mais, si, à mesure que rbomme se civilise, une moindre nourriture tend constamment à lai sufRre, en faudra-t-il conclure qu^un tel décroissement soit illimité 7 En tous genres , il y a donc certaine limite dont sons pouvons approcher incessamment sans pouvoir Jamais Tattelndre. De là vient que le progrès est tout à la fois indéfini et fini , toujours possible et cependant toujours limité. Aucune foi de succession sociale ne peut être finalement admise qu'autant quelle est en parfait accord avec la théorie positive de la nature humaine. Toutes les inductions qui ne satisferaient pas à une telle condition doivent finir nécessairement, après un plus mûr examen, par être reconnues illusoires, soit que les observations aient été trop partielles ou trop peu pro longées.
Telles sont les ressources et les moyens d'exploration que comporte la science desphénomènes sociaux. Dans rexpositloo abrégée que nous en allons entreprendre, nous examinerons d'abord les conditions fondamentales de l'existence sociale' si elles n'étaient nettement reconnues, la nature et le seDS du mouvement humain ne pourraient être compris» iVoos établirons ensuite les lois générales qui résument la mar^^^ des diflKrents progrès; puis, les appliquant à la coordination des principaux événements de l'histoire, nous en verrons Tenchaînement devenir évident , la succession se wonW nécessaire, en un mot, nous reconnaîtrons qu'ils sofitvérl" tablement expliqués par ces lois.
CHAPITlIBn.