‹ Exposition arrégée [i.e. abrégée] et populaire de la philosophie et de la religion positivesChapitre 26 sur 49 · STATIQUE SOCIALE · texte numérisé non relu

STATIQUE SOCIALE

Canditioiii foDdaiMiitales derexistence sociale: propriété, famflle, langage^ eropncot eomvuaes, coopération et gouTerDoment. -^ Dei différents degrés de rassocialion humaine.

Le véritable objet de la statique sociale est proprement la tbéorie de Tordre normal, définitif, des sociétés humaines. Mais cette théorie est trop profonde, trop compliquée, et surtout trop peu en rapport avec Tétat actuel de tous les esprits pour devoir trouver place ici, môme en aperçu. M. Comte l'a donnée' dans le deuxième volume de la Politique positive. Dans les rapides indications qui vont suivre, je me bornerai aux considérations qui sont indispensables à. l'intelligence du développement humain , dont l'étude fera ensuite ressortir avec la plus irrésistible évidence les lois propres de la solidarité. Il y a dès lors seulement à reconnaître les conditions fondamentales de l'existence sociale, celles qui sont communes à tous les temps , à tous les lieux ; puis le caractère propre et la nécessité des différents modes et degrés que comporte l'association humaine. De là trois ordres principaux de considérations, relatives d'abord à l'individu, ensuite à la famille et enfin à la société proprement dite.

En ce qui concerne l'individu, la théorie de Gall a irrévocablement détruit l'étrange doctrine qui faisait uniquement dériver l'état social de l'utilité que l'homme en retire pour la satisfaction de ses besoins personnels. Cette utilité n*a pu réellement se manifester qu'après un long développement de la société dont on lui attribuait ainsi la création. Dans la première enfance de l'Humanité, il est très-douteux que Tassoclation apporte de véritables avantages matériels.

si môme on ne peut dire qu^elle augmente bien plus les charges que les ressources , comme on le voit encore dans les derniers rangs de la société. La sociabilité de Pespèce humaine, essentiellement spontanée, indépendante de tout calcul personnel, provient évidemment d'un penchant instinctif à, la vie commune. Tous les caractères que présentent- constamment les sociétés humaines et que leur développement, quel quïl soit, ne saurait Jamais altérer, résultent des plus importants attributs de notre nature que nous devons actuellement reconnaître.

Le premier est Ténergique prépondérance des facultés affectives sur les facultés intellectuelles. Sans doute c'est surtout Tactivité persévérante de celles-ci qui amène les modifications successives de Texistence humaine et produit révolution sociale. Mais, ces facultés étant les moins énergiques, leur activité, pour peu qu'elle se prolonge, détermine généralement une véritable fatigue, bientôt insupportable; et les hommes sont ainsi, par leur nature même, à de très-rares exceptions près, essentiellement voués à Faction. En second lieu, les instincts les moins élevés, les plus spécialement égoïstes-, ont , dans notre organisation» une irrécusable prépondérance sur les plus nobles penchants directement relatifs à la sociabilité. Nos diverses affections altruistes sont très-inférieures, en persévérance et en énergie, à nos affections purement personnelles ; mais elles sont essentiellement la source du bonheur commun , et ce sont elles qui , après avoir conduit spontanément à Tétat social, le maintiennent essentiellement, malgré les divergences que tendent à produire les plus puissants instincts individuels. En rappro* chant ce second caractère du premier, on doit concevoir Tinstinct sympathique et Tactivité intellectuelle comme destinés surtout à suppléer mutuellement à rinsuffîsance sociale de Tun et de Tautre. En ce qui concerne Findlvidu, la première destination de la morale est alors d'augmenter au-

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tant que possible leur influence, dont Taccrolssement continu se trouve être le plus Important résultat du développement socfaL

Notre activité productive» déterminée par nos divers besoins» n*a d^abord en vue que des satisfactions personnelles; et elle tend alors à développer Tégoisme qui Ta suscitée. Mais quand la division du travail et, par suite, la coopération s'introduisent dans l'existence pratique, celle-ci perd son caractère exclusivement individuel etsa réaction égoïste. Telle est alors la conséquence de Tinstitution des capitaux et, généralement, des accumulations quelconques, institution qui est la base nécessaire de la séparation des travaux. Pour que cbacun puisse se borner à produire un seul des divers' matériaux indispensables à Texistence , il faut que tous ceux qui lui sont nécessaires se trouvent préalablementaccumulés ailleurs, de manière à permettre, par don ou par échange, la satisfaction simultanée des différents besoins. L'activité de cbacun prend alors nécessairement une destination sociale, puisque les résultats qu'elle produit , ou concourt à produire , sont directement destinés à d'autres. Sans doute, le plus souvent, même aotuellement, le travailleur n'a pas le sentiment de sa vraie dignité, et il ne regarde guère son office que comme une source de profits personnels. Mais puisque tout le monde travaille effectivement pour autrui, cette vérité finira par être généralement sentie ; et, ainsi envisagée, l'activité journalière deviendra éminemment propre à exercer une profonde réaction sympathique, surtout quand Texistence naturelle et le développement possible des inclinations bienveillantes seront généralement reconnus.

L'amour énergique pousse à satisfaire les besoins d'autrui; et, en réalité, ce sont les affections domestiques qui ont d'abord déterminé à produire au delà des besoins individuels. Aussi l'intime association qui constitue la famille est-elle la base et le point de départ de toutes les autres. Un système

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queleonque devant être néceandreiiieiit formé d'éléments qui lui aoient hûmogènes* la iooiété n^est pas plos eomposée d'individus ou d'hommes, de femmes et d'enfants, qu'une surface de lignes, et une ligne de points. La véritable unité sociale consiste dans la seule famille; et, enviasgée au point de vue politique, elle présente en effet le véritable germe des dispositions essentielles qui caractérisent Torganisme social. En ne la considérant ici que sous l'aspect soientîHqoe le plus élémentaire, c'est-à-dire en ce qu'elle offre de nécessairement commun à tous les cas sociaux, la théorie seciol<^que en peut être essentiellement réduite à l'examen de la subordination des sexes et des âges, dont l'une institue la famille, tandis que l'autre la maintient.

Par une admirable propriété de l'état de mariage, même très-imparfait, l'instinct le plus énergique de notre animalité, à la fois satisfait et contenu, s'y trouve dirigé de manière à devenir la source de la plus douce harmonie, au lieude troubler le monde par ses impulsions désordonnées. Sans doute, à l'institution du mariage comme à toutes les autres, le cours de l'évolution humaine apporte nécessairement des modiiîcar tiens graduelles; le mariage moderne, tel que le catholicisme l'a finalement constitué, esttrès-différent du mariage romaiB, de même que celui-ci l'était du mariage grec; et tous deux différaient encore plus que 1 un de l'autre, du mariage égyptien ou oriental. Il est évident que ces améliorations successives se contipueront indéfiniment. Mais, quels que puissent être les changements à venir, dont l'analyse historique indique d'ailleurs sûrement le sens général , ils resteront, de toute nécessité, conformes à l'esprit fondamental de l'institution, qui consiste dans la subordination de la femme envers l'homme. Démontrant les différences à la fois physiques et morales qui existent entre les deux sexes , la théorie positive de la nature humaine peut maintenant faire scientifique' ment Justice des déclamations sur leur prétendue égali^- ^

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elle eût été vraie , jamais Texistenoe floelale n*aura!t été possible, et la différenoe des fonctions que chacun d*eux y doh exclusivement remplir est la condition même de leur bonheur réel , attaché, pour Tun comme pour Pautre, à un sage développement de sa propre nature.

Malgré la prépondérance des facultés affectives sur les fticultes intellectuelles , un certain degré d'activité spéculative constitue le principal attribut de THumanité. Or, à cet égard , on ne peut séileusement contester Tinlériorité relative de la femme. La moindre force de son intelligence, sa plus vive susceptibilité morale et physique, si inconciliable avec toute abstraction et toute contention scientifiques, la rendent bien autrement impropre encore que Phomme à la continuité et à l'intensité du travail intellectuel. Bt de là résuite l'Inaptitude du sexe féminin à toutes fonctions de gouvernement i la nature du travail exigeant alors, en môme temps qu'une Impartiale indépendance de l*esprit envers les passions, une infatigable attention à un ensemble de relations compliquées dont aucune partie ne doit être négligée.

liais, d*antre part, nous avons reconnu la prépondérance, dans la nature humaine , des Instincts personnels sur les instincts sympathiques ou sociaux. Or II est incontestable que les femmes, quoiqu'elles participent, à cet égard commeà Tautre, au type commun de THumanité, surpassent, en général, encore plus les hommes en tendresse et en sociabilité qu'elles ne leur sont inférieures en inteliigence et en raison. Aussi leur fonc*tion propre et essentielle dans la famille, et, par suite, dans la société, est-elle de modifier sans cesse, par une excitation continue de Pinstinct social, la direction générale qui doit toujours émaner de 1^ froide raison de Thomme. Des deux attributs généraux qui séparent FHumanité de Tanimalité, le plus caractéristique, la force intellectuelle, entraîne donc la prépondérance du sexe masculin : et l'autre, Taptitude au

dévouement, plospronoocéechezlafemme, détermine lafonction modératrice qui seule lui convient.

La subordination des enfantsenvers leurs parents, qm, généralisée ensuite dans la société, y produit celle des &ges, est le second élément fondamental de la famiUe humaine, àucud autre cas social ne peut être aussi favorable, de la part derinférîeur à la plus respectueuse obéissance imposée d'abord par la nécessité, ensuite par la reconnaissance, et de la partda supérieur à la plus grande autorité unie au plus véritable dévouement. Aussi la vie de famille demeurera toujours Técole éternelle de la vie sociale soit pour Tobéissance soit pour le commandement, obéissance et commandement qui, en tout autre cas, doivent toujours tendre à se rapprocher autant que possible d'un tel modèle. En outre, la subordinatio& domestique est très-propre à faire naître la première notion de la perpétuité sociale en rattachant directement l'avenir au passé. Passant des pères aux ancêtres, puis te généralisant autant que possible, ce sentiment conduit finalement à ce respect universel pour nos prédécesseurs qui doit être regardé comme indispensable à toute économie sociale. Enfin les rdations fraternelles, complémeut ordinaire de la famille, disposent spécialement à sentir la solidarité; et elles lient chaque famille à d'autres quand Tinceste primitif est suffisamment réprimé. La fraternité devient ainsi le type habituel du plus vaste sentiment social.

La transition de la famille à la société suppose et développe Tinstitution du langage. Destiné d'abord, presque exclusivement, à communiquer nos émotions, 11 surgit dans la famille, mais sans y exiger de signes artificiels. La mimique suffit à Texpression des sentiments mutuels entre des êtres qui sympathisent assez pour se comprendre aisément. D'un autre côté, leurs pensées pratiques et même théoriques se transmettent plutôt par la simple imitation que par un véritable enseignement : rexemple y dispensant du discoarj.

Mais, lea rapports s^étendant et se compliquant» le langage se développe; et les signes artificiels prévalent de plus en plus. Le discours acquiert alors de nouveaux termes, à mesure que la pensée scientifique ou technique fait mieux connaître l'ordre universel , et que la nécessité de s*entendre pour le modifier conduit à multiplier et à étendre les relations.

Ce qui en effet constitue le caractère propre des opérations humaines, c'est la conciliation de ]& division des travaux et du concours des efforts, en un mot la coopération. Dans la famille, la séparation du travail ne saurait être Jamais trèsprononcée, soit à raison du trop petit nombre des individus, soit parce qu'elle serait contraire À l'esprit d'une telle association. L'éducation domestique, essentiellement fondée sur l'imitation, doit naturellement disposer les enfants à poursuivre les opérations paternelles; et toute séparation trèsmarquée dans les occupations habituelles des différents membres de la famille altérerait nécessairement Tunité domestique^ L^ensemble des relations de famille ne constitue pas une association proprement dite, mais une véritable union. L'économie sociale présente au contraire un caractère inverse : le sentiment de coopération, jusqu'alors accessoire, devient à son tour prépondérant ; et le lien principal, que l'instinct sympathique ne peut plus suffire à former, résulte, dans ce cas, de la participation .directe et simultanée & une opération commune.

La coopération de toutes les familles humaines appliquées à des travaux spéciaux et séparés montre alors les individus, les classes et môme les différents peuples, comme concourant à une même œuvre dont raccomplissement graduel lie chaque génération à l'ensemble de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Le sentiment de cette coopération est éminemment propre à développer l'instinct social, en faisant reconnaître à chaque famille son étroite dépendance envers toutes les autres, et enmême temps sapropreimportance, qui résulte

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naturellement de ce qu'elle remplit uae véritable lonction publique, indispensable à Téconomie générale, ainsi envisagée, Torganisation sociale tend de plus en plus à reposer sur une exacte appréciation des diversités individaelies, en répartissant les travaux humains de manière à appliquer chacun à la destination qu'il est le mieux en état de remplir, d'après sa nature propre, son éducation effiaotive, sa position actuelle, en un mot d'après Pensembio de ses principaux caractères.

Mais la division du travail, si nécessaire et si féconde, n^ pas sans entraîner de graves inconvénients. Si en efifet la séparation des fonctions sociales permet à l'esprit de détail un développement autrement impossible , elle tend aussi & étouffer Tesprit d'ensemble , ou du moins à Tentraver profondément. Et au point de vue moral , en même temps que chacun est ainsi placé sous une étroite dépendance des autres, 11 est naturellement exposé à se laisser absorber par son activité spéciale le rappelant constamment à son intérêt privé, dont, le plus souvent, il n^aperçoit que très-vagoement la vraie relation avec Tintérét public. Les inconvénients de la spécialisation augmentent d'ailleurs, comme ses avantages, mais sans que ce soit en même rapport, avec le développement de la civilisation. La spécialité croissante des idées habituelles et des relations journalières tend de plus en plos à rétrécir Tintelligence, quoique en l'aiguisant sans cesse dans un sens unique, et à isoler davantage IMntérêt particulier d'un intérêt commun devenu de plus en plus vague et indirect En môme temps, les affections sociales se concentrent graduellement entre les individus de même profession ou de même classe, et l'opposition entre les éléments delà société se prononce de plus en plus par suite de de la différence d'intérêts, de mœurs et de pensées. C'est ainsi que le même principe qui a seul permis le développement et l'extension des associations humaines, agit ensuite

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pour le» décomposer en une multitude de corporationa lacohérentes qui semblent presque ne point appartenir à la même espèce.

De là résultent la nécessité et la destination sociale du gouvernement, qui consiste surtout à. contenir suffisamment et à prévenir autant que possible cette fatale oppositlondes idées, des sentiments et des intérêts. Le seul moyen de remédier aux inconvénients et aux dangers de la division du travail, c^ef>t d*ériger la réaction de Tensemble sur les parties en une nouvelle fonction spéciale, consistant à rappeler, dans Taocomplissement de toutes les fonctions particulières, la pensée de cet ensemble et le sentiment de la solidarité. Toute société, toute coopération n*est évidemment possible qu'à la condition de reposer sur un certain système d'oplnloos communes à tous les membres de Tassociation ; et, d'après la définition mémo de Tactiou du gouvernement, il est clair qu*elle ne peut être simplement matérielle, mais aussi et surtout intellectuelle et morale. En effet, elle doit avoir essentiellement pour résultat de faire comprendre à tous les conditions et les nécessités du bien commun, et d'amener tous, ou au moins le plus grand nombre, à les respecter et à s'y soumettre volontairement. Or, des chefs dont l'autorité repose directement sur la force, et qui doivent être spécialement préoccupés de la direction de l'activité pratique, ne sont pas en position d'exercer sur leurs subordonnés l'action, ou plutôt le genre d'influence, indispensable à un tel résultat. Et par eux-mêmes ils ne peuvent d'ailleurs connaître la nature et les conditions de ce bien commun ; car leurs fonctions sont incompatibles avec la culture intellectuelle et les dispositions morales qui peuvent seules permettre de les apercevoir nettement et complètement. Enfin, tout pouvoir tendant à l'abus, il est nécessaire que leur mission et leurs devoirs puissent être constamment rappelés à tous ceux qui exercent dans la société une autorité quelconque. De là ré<-

soft TROISIÈME PARTIS.

suite donc (ainsi qall Ta été longuement exposé dans la première partie de ce livre) la double nécessité des gouvernements temporel et spirituel, dont la séparation systématique, essayée au moyen âge, incomprise actuellement, constitue la plus baute amélioration qui ait jamais, jusqu'ici, été réalisée dans rorganisation sociale. Enfin la nécessité de la fonction régulatrice des pouvoirs sociaux, bien loin de diminuer, à mesure que révolution humaine s'accomplit, doit croître, au contraire, puisque son principe essentiel est inséparable de celui môme du développement social.

L'organisaticm rationnelle du pouvoir, non encore réalisée, est donc le privilège réservé à l'avenir. Mais le gouvernement est tellement nécessaire à Texistence môme de toute société, qu'il surgit aussitôt qu'elle-même s'établit, et en se conformant, quelque imparfait qu'il puisse ôtre d'ailleurs, an principe le plus général de la subordination des fonctions.

A mesure que le travail se divise, les diverses sortes d'opérations particulières se placent naturellement sous la dire^ tion continue de celle d'un degré de généralité immédiatement supérieur, ainsi que la hiérarchie militaire en offre Tadmirable modèle. Les diverses fonctions spéciales, étant subordonnées à celles d'une généralité ascendante, ne tardent pas à se soumettre toutes à la fonction qui, ayant spécialement pour but la satisfaction continu^ des intérêts généraux , représente l'action constamment nécessaire de Tensemble sur les parties. D'autre part, la répartition croissante des travaux humains, qui favorise l'essor des inégalités intellectuelles et morales, seconde puissamment le développement naturel des chefs, organes indispensables de cette action régulatrice. Il est clair, en eflTet, que cet essor doit rester presque entièrement comprimé tant que Tactivité principale de Thomme est absorbée par la satisfaction des plus impérieux besoins. Mais quand des accumulations suflSsantes ont permis Fexistence d'un certain nombre de familles, iûdé-

pendamment de l'activité directement productrice de leurs chefs, les forces intellectuelles et morales peuvent surgir et se développer. Elles tendent alors & établir entre les hommes une profonde inégalité, surtout parce qu'elles ne se prêtent point à une véritable composition, ainsi que le font les simples forces physiques. Quelque fort ou riche que soit un individu, un concours suffisant des plus faibles individualités pourra toujours produire une force ou une richesse supérieures. Mais au contraire, si Tentreprise dépend surtout d^une haute valeur intellectuelle et morale , et quMl s^agisse de grandes conceptions scientifiques, poétiques ou politiques, il n*y aura pas de réunion d'esprits ordinaires qui puisse équivaloir à un Descartes, un Corneille ou un Richelieu.

Cette nécessité d*un gouvernement imposée à toute société est en harmonie avec un système correspondant de penchants de notre nature individuelle, les uns au commandement, les autres à Tobéissance. Sans que la disposition à commander indique par elle-même aucune aptitude au gouvernement, elle est néanmoins indispensable aux efforts qu'exige Pexer-* cice du pouvoir. A un tel penchant doit correspondre, et correspond effectivement, dans la plupart des hommes , une disposition inverse à Tobéissance. U est évident que nous sommes tous plus ou moins enclins à respecter une supériorité quelconque, surtout intellectuelle et morale, même indépendamment du désir tout personnel de la voir s'exercer à notre avantage. Ainsi donc les dispositions individuelles se montrent essentiellement en harmonie avec les nécessités sociales.

Nous avons reconnu (voyez toute la première partie) que le gouvernement devait être temporel et spirituel. Le pre« mier, que fait surgir Tçictivité pratique, est essentiellement destiné à la diriger, et, par suite, doit rester renfermé dans les limites au delà desquelles la coopération n*est plus suffisamment sentie. Le gouvernement spirituel» ou Taction du

pouvoir spirituel» qui r^KMe sur la communauté de croyances, est au contraire susceptible dMne extension indéfinie. U doit donc normalement aboutir h superposer, à la société politique, une société plus générale et plus noble, la société religieuse, qui peut seule relier, sans oppression, sans contrainte, les cités et les nations.

En résumé, nous trouvons ainsi trois degrés dans Tassociation humaine. Le premier comprend rat^sociation la plus intime, mais la plus restreinte, la société domestique, qui est fondée sur la sympathie et dirigée par Tamour. Elle fournit l'élément naturel de la société politique, ayant pour principe Tactivité collective, et pour règle propre la prépondérance matérielle que cette activité fait prévaloir. La cité ou Tétat devient à son tour Télément normal de la société religieuse, la plus étendue de toutes et la seule qui puisse et doive devenir universelle. Celle-ci repose sur la communauté de croyances et est réglée par la foi. Ainsi révise réunit librement les cités et les nations, comme les cités et les nations réunissent les familles, d'abord groupées en classes d'après leurs offices sociaux.

Ayant reconnu, par cette rapide analyse, les conditions nécessaires de Texistence sociale , et le caractère ainsi que la nécessité des différents degrés de Tassociation humaine, nous verrons, dans le chapitre suivant, que les progrès in< tellectuels, pratiques et moraux ont toujours tendu à amener une meilleure satisfaction des exigences propres à chacun d'eux.

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