LB PAVILLON DC BELVBDBKB A TUNIS
n'a jamais joué un rôle considérable dans l'antiquité. Tout l'intérêt se concentre sur Carthage pendant cette période. C'est aux Arabes que Tunis doit sa fortune. Ils la préféraient à Carthage parce qu'elle était mieux protégée contre les tentatives de débarquement. Au ix« siècle, les émirs aghiebites de Kairouan établirent un port dans le lac Bahira et firent creuser un chenal pour assurer les communications avec la mer. Tunis grandit sous les khalifes fatimites et fut réputée, dès le xi* siècle, piir son activité industrielle et l'importance de son université. Après la seconde invasion arabe, elle
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devint la capitale de la principauté des Beni-Khoraçan, tour à tour vassaux des Zirides et des Hammadites. Occupée au xiiesiècle par les Almoliades, Tunis devint, bientôt après, le siège de l'empire des Hafsides, qui en firent une véritable capitale et la dotèrent de ses principaux monuments. Tour à tour aux mains des Espagnols et (les Turcs, Tunis n'a jamais cessé, depuis le xiii« siècle, d'être la capitale de la Régence et la ville de prédilection des beys de la dynastie husseïnite,actuellemenl encore au pouvoir.
C'est à deux kilomètres à peine de Tunis que fut construit Le Hardo, c'est-à-dire le Versailles des beys. Kelié à la ville par un petit chemin de fer qui vient «l'être remplacé par un tramway courant sur une route bordée de beaux arbres et éj^ayée par de nombreuses villas, Le Dardo consistait autrefois en un amas de palais autour desquels s'étaient groupées les babitations de la domesticité des heys et des gran<ls seij^iieurs de la cour. Déjà, sous la dynastie des llarsides, c'était un lieu de plaisance pour les souvei-ains lunisinns; il devint en même temps uti rcru},'e quand on l'eut entouré d'épaisses murailles et pourvu d'une garnison. Les beys de la famille Inisselnile y tirent édifier de nouvelles constructions, tantôt dans le goût italien, tantôt dans le j,fenre arabe. Faute d'entretien, un grand nombre de ces bâtiments étaient tombés en ruines. Le Gouvernement du Protectorat les lit démolir et remplacer par un square, ne conservant du Bardo que les parties présentant un réel intérêt artistique, telles que la mosquée et le palais proprement dit, avec la fameuse cour des lions, ta salle du trône, la salle de justice et lo patio aux marbres ouvragés. L'ancien liarem fut converti en un musée, portant le nom d'AIaoui,oii furent accumulés, avec un grand nombre de cliefs-d'ceuvre delà sculpture antique, une collection unique de mosaïques romaines, une foule de bibelots et bijoux puniques, enfin, toute une série de magniliquesiuuvres d'art. Ces ricbesses ont été réunies dans le cadre qui leur convenait. Les trois salles principales de ce monument forment en effet un admirable ensemble : au centre, le grand patio couvert, avec son plafond orné de pendentifs et sa galerie reposant sur une fme colonnade; à gauche, la salle des mariages, dont le plafond est formé par une coupole à caissons dorés ; à droite, la salle des femmes, à la voûte faite de plâtre ajouré comme une line dentelle.
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Dans un délicieux petit palais mauresque attenant au musée des antiques sont groupés tous les spécimens de l'art ara bo- berbère. Là se trouvent rassemblés la lourde joaillerie dont se parent les femmes arabes et les produits plus grossiers de l'industrie des bijoutiers berbères. Fusils avec incrustation de nacre ou de corail, sabres et poignards aux fourreaux d'argent ciselé, lampes et veilleuses en cuivre curieusement fouillé, tapis aux mille nuances, vêtements brodés d'or ou d'argent, lits à fuseaux, vieilles faïences reproduisant quelques-uns des modèles pbéniciens ou romains, forment déjà une collection de premier ordre pour l'étude de l'art oriental.
Pour proléger leur capitale, les beys avaient une forteresse à La Goulette,en arabe Halk-el-Oued, située sur cette étroite et basse langue de terre qui sépare le lac Bahira de la Méditerranée, au point où aboutit le canal qui met en communication le poi*t de Tunis et la haute mer.
D'abord simple forteresse, commandant la route qui mettait en relationsCarthageavecrintérieur parla TaîmajC'est-à-dire l'isthme étroit séparant le lacet la mer, La Gouiette n'a joué un rôle dans l'histoire qu'à partir du moment où Tunis supplanta Carthage. Dès lors, elle devient un port important et le lieu ordinaire des transactions entre les Tunisiens et les Européens. Occupée par les Espagnols au xvi« siècle, elle eut à soutenir les assauts des Turcs et tomba au pouvoir de Sinane-Pacha en 1574.
Dangereux repaire de pirates, La Gouiette faillit être enlevée, en 1640, par les ebevaiiers de Malte, fut bombardée, en 1654, par les Anglais, et vit, en i&x>ei 1672, de fortes escadres françaises paraître sous ses murs; à la fin du xviii* siècle, elle eut particulièrement à souffrir pendant la guerre entre Hamouda-Bey et Venise. De 1815 à 1820, plusieui^ manifestations navales eurent lieu dans ses eaux pour obtenir des beys la suppression de la couree et de l'esclavage. A partir de ce moment, le rôle de La Gouiette devint à peu près exclusivement économique, jusqu'au jour où ellefutdélinitivement supplantée par Tunis (1893).
Une {(Opulation de cinq mille habitants, en majorité Israélites ou pécheurs italiens, auxquels se sont joints cinq cents Français,
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vil encore à l'abri rie ses vieilles murailles. Mais, depuis l'ouverture (lu port de Tunis, La Goulelte est bien déchue de son ancienne splendeur. Ses deux petits bassins, de quatre et six hectares de supeificie et 'd'une profondeur de S™ 50 à 3i"50, n'abritent plus la nombreuse tlottille de bateaux de pêche qui s'y donnaient autrefois rendez-vous, et les grands paquebots ne font que passer devant ses murs pour se rendre directement à la capitale de la Régence. Encore quelques mois et le spectacle sera de nouveau changé. Sur les berges du canal s'entasseront les minerais de fer pour être dévei'sés ensuite dans les flancs li-apus des cargo-boats. La Goulelle redeviendra le port animé d'autrefois, annexe de la gi-ande villo dont elle forme le vestibule si pittoresque. Sa position d'avant-garde l'a fait égalenientcboisirconiine station de lorpilleurssous-niarins. L'on y prépare les installations nécessaires au séjour permanent de qu('l(jnes-uns de ces redoutables engins de guerre.
Jusqu'à présent c'est à son doux climat et à ses belles plages que LaGouiotlc doit surtout d'à voir été sauvée d'une ruine complète. Eu été, plus de quinze mille habitants se pressent dans les villas qui avoiïiincnt la petite ville. La Goulelle-Neuve, KheirediUne, Le Kmtn, la Nimvetle-C<trtha</e, aux coquettes habitations et aux jardins embainnés, prolongent la vieille villedu côté de (iirtliage en dessinant le long de la mer une immense lij'ne blanche qui forme u» saisissant contnislc avec le bleu profond des eaux.
De cet isthme étroit, où pullule la vie, se détaclie la colline que Cinlbaf^c couvrait autrefois de ses hautes maisons. Leurs débris sont presque partout ensevelis sous une épaisse couche de terre. ('Â et là, cependant, apparaissent de curieux spécimens d'iiabitalions romaines et byzantines, des ruines de basiliques, des sarcophages entièrement conservés. Le mobilier des anciens cimetières a pi'is place diuis les salles du Musée Saint-Louis, on se trouve réunie une très belle collection d'objets d'art phéniciens. Ils sont lu sous la garde des Pères Blancs du cardinal Lavigerie, qui a fait élever au sommet de Byrsa une cathédrale bâtie dans le genre oriental. De tous les points de l'horizon onaperçoit sa masse énorme, se pi'ofilantsnr le ciel azuré, dominant les bâtiments du séminaii'e et • la petite chapelle érigée en l'honneur de Louis IX, à la place même
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où la mort vint te surprendre. Plus loin, accrochés aux flancs du pi-omonloire qui ferme vers le nord le golfe de Tunis, s'égrènent les cubes blancs de Sidi-bou-Saïd, uniquement peuplés de riches indigènes musulmans. Celte cascade de villa? dégringolant du roc à la mer est du plus pittoresque effet. Parmi ces maisons «aux murs d'une nudité limpide, sons une coulée de chaux, en voici une posée le plus en avant possible au hord du promontoire, dans une enliiille de la falaise rouge et dans la pureté du ciel. Sur toute la largeur de la façade inaccessible qui regarde la mer, un grillage vert, à l'iibri d'un petit auvent couvert de tuiles vernissées, change le gynécée en volière et l'ouvre à la brise salée du lai^'e et à la plainte du lessac.Desrosiers s'embrouillent dans un jardin herbeux parmi des orangers en désordre et des cyprès noirs. Tout le village est ainsi, lilial et silencieux, bâti en guetteur comme pour veiller, par tous ses moucharabyes d'amour, sur le paysage illustre. Or, nous sommes à Megara, faubourg de Carlhage, dans les jardins d'Amil-
car. et voici le golfe immense à nos pieds, dans l'abime Quel
bleu! celui qu'on voit dans les songes à la proue des trirèmes, le bleu calme, le bleu elTrayant des profondeurs, te bleu éperdu des amants Des voiles, tels des jasmins tombés sur une soie, s'accouplent, sont errantes au souflle d'une volupté ; de pâles sillages dessinent des spirales; le flot, très lent, s'all'aisse, expii-e. Et, pour sertircette inexprimable étendue, une folle écharpede montagnes suaves se noue, en plein azur, à l'ile Zembra, a l'air de vouloir s'envoler, changeante, veinée d'ocre, fait un grand contour au point de se perdre en airière d'une plage de soleil, se gonfle subitement en deux pointes extravagantes au-dessus d'flammam-Lif et vient enfin, fermant sa grande boucle, mourir devant Carlhage morte
Et la voilà sous nos yeux, la perspective entière de la ville inouïe. Voilà donc l'isthme infortuné, le fabuleux rivage. On dirait l'éperon d'un grand squale échoué à l'extrémité de la mer vivante dans la vase de ce lac peuplé de flamants roses et que borde au loin Tunis, confuse dans une atmosphère de diamants i. '" Sur le flanc nord-ouest du promontoire fameux se dissimule La
(!) Paul Dumas ; Zéiia.
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Marsa, résidence d'été du Bey el du Représentant de la France. Ce joli village, enfoui dans la verdure de ses arbres fruitiers, est un des coins les plus charmants de la Régence.
Lès petites agglomérations voisines de La Goulelte sont rattachées à cette ville et à Tunis par un chemin de fer autrefois exploité par la Compagnie italienne Rubattino, racheté, le 29 juillet 1898. par la Compagnie française du Bône-Guelma. La longueur totale de cette voie ferrée est de 30 kilomètres seulement, mais telle est l'intensité du mouvement entre Tunis et La Goulelte-La Marsa que plus d'un million de voyageurs sont transportés chaque année par la Compagnie. On a commencé les travaux de transformation de cette ligue en un tramway électrique courant à travers le lac sur la ber^e du canal de Tunis à La Goulette,puis longeant la cote, gravissant les pentes esiarpées de Carthage et de Sidi-bou-Saîd, aboutissant enfm aux jardins de La Marea. L'achêvemenlde cette œuvre marquera le début d'une ère de pi-ospérilé nouvelle pour les villages éclos sur ces célèbres rivages.
Une autre voie ferrée, quittant Tunis dans la direction de Sousse et du Cap-Bon,conIourne le golfe immense, travei-se les jardins de Maxula-Radès et dessert llammam-Lif, la charmante station balnéaire qui doit la vie aux sources thermales sorties des flancs du Ïîou-Kournine, a le père aux deux cornes b des Arabes, « la montagne aux eaux chaudes » des Anciens. S'élevant d'un seul jet vei-s les nuages, la montagne protectrice produit l'impression des hauts sommets, la proximité de la mer la grandit et son ombre, couvrant chaque soir les eaux du golfe, paraît gigantesque.
I^ Bou-Kournine est le tranquille gardien du plat pays environnant. Les prêtres de Carthage attendaient, le soir, avec impatience que Tanit, la déesse vénérée, fit son apparition entre les deux cornes du sommet. Cette figure blafarde de la lune, décrivant une courbe gracieuse dans le ciel étoile, leur paraissait exercer une influence secrète sur les destinées de la grande ville. La montagne aux eaux chaudes empruntait à ce culte une sorte de caractère sacré. Plus tard, les Romains construisirent sur l'une des pointes un petit autel dédié a Saturne. Le dieu pouvait, de son sanctuaire, veiller sur les vaisseaux qui rentraient au port, chargés de denrées
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précieuses, el protéger les caravanes dont les longs anneaux se déroulaient dans la plaine. Mais quand les Byzantins reprirent te chemin de Constantinople, le Bou-Kournine fat livré sans défense au pasteur arabe. Alors, en maint endroit, ses flancs, rfénndés par la dent des chèvres, fouillés par les grosses pluies hivernales, laissèrent percer les pointes aiguës du rocher. L'incendie compléta l'œuvre des troupeaux et transforma en maigres bnlssons épars çà et là les grands tailUs dont l'ombre entretenait la flraîehenr do sol.
Des siècles d'incurie conservèrentà la mont^ne cet aspect morne et désolé. Ce n'était plus qu'un squelette décharné, masse immense de calcaii-e jurassique, où les vïvaces racines du diss maintenaient avec peine une couclie de terre végétale. Des règlements sévères contraignirent enfin le berger indigène à parquer ses chèvi-es en des endroits déterminés. Alors, la bonne nature, reprenant ses droits, vivifia les germes dont on devinait la présence dans ce sol maigre et caillouteux. De toutes parts les thuyas et les pins d'Alep poussèrent des branches nouvelles; une végétation arborescente de genévners.lérébinthes ou palmiers nains couvrit d'^in feuillage toujours vert le pic à la crête pelée. Sur ce fond un peu sombre, le gracieux cyclamen balance sa tige flexible, et le thym au parfum pénétrant étend le réseau serré de ses petites fleurs violettes.
Du plateau qui forme le soubassement des deux cornes, on jouit d'un des plus merveilleux spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler. Sous le soleil ardent, les eaux du golfe étendent leur nappe d'un bleu profond jusqu'aux confins de l'horizon. Le littoral est nettement dessiné. Il semble que des falaises abruptes de Sîdibou-Saïd aux longues plages de Kheïreddine el de La Goulette on ait ménagé un admirable boulevard. L'isthme qui protège la Bahira des flots du large apparaît comme un fil : c'est la Taenia des Anciens. On devine le tracé, à travers le lac, du canal à grande section permettant aux navires de remonter à Tunis, et on suit les contours, mollement dessinés, de la ville immense, blanc manteau du Prophète cachant la plaine sous ses longs plis. Tout proche, la montagne de plomb, djebel Reças,aux reflets métaUiques, montre à nu ses arêtes tranchantes et dessine sur le fond du ciel une silhouette dentelée en fme lame de scie. De longues rangées de
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collines arion<1ies paraissent entassées au pied du Zagliouan, dont le mince profil, voilé d'une brume léyêre, contraste par sa hardiesse avec les soinmels envirpimunls.
Vers l'orient, dans la trouée du Cap-Bon, on aperçoit les bâtiments d'une vaste exploitation agricole : c'est Potinville, où le génie français a su réaliser des merveilles en rendant fécond un sol qui paraissait voué à une éternelle stérilité. Les vignes fraîchement labourées plaquent de larges taches brunes les longs carrés de céréales et les olivettes aux tons grisâtres. Dans le calme de la plaine glissent les troupeaux qui se ren<lerit à l'élable, tandis que les lourds camions l'amènent à la ferme les ouvriers fatigués. Partout sui' cette terre on sent la rude main d'un travailleur poursuivant méthodiquement et obstinément son labeur, sans autre souci que de tiiompher des diriicul tés entassées sur sa route. Au delà s'égrène le chapelet dès villages andalous de Soliman, Menzel-bou-Zelfa, Nianou, Belli,Turki que les Maures revenus d'Kspagne entourèrent de jardins et de cultures fruitières formant autant de riantes clairières dans la frondaison plus épaisse de la forêt d'oliviers. Au sud s'étend le Mornag, tour à tour verdoyant ou brûlé parle soleil, parsemé de blanches fermes et couvert de riches vignobles, pays des céréales et des vins généreux, transformé en un magnifique domaine par l'industrieux effort île nos compatriotes.
Spectacle réconfortant qui atteste l'énergie de notre vaillante race française et fait quitter à regret le sommet du Bou-Kournine, magnifique observatoire où l'on aimerait à rêver longtemps dans le calme delà nature.
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