‹ Exposition coloniale de Marseille: La Tunisie et l'œuvre du protectoratChapitre 3 sur 38 · CHAPITRE II L'Evolution historique · texte numérisé non relu

CHAPITRE II L'Evolution historique

Barbèros et Phéniciens. — La domination carlhiginoise. — La conquête romaine. — La ciriliiation romina-berbdre. — Vandales et Byzantins. — L'eipansion miuDlmane. — Lea réactions berbères. — La croisade espagnole et la barbarie tnrqne. — Avènement des Hnsielnites. — Décadence de la Tunisie beylicale.

On a dit de la Tunisie qu'elle était le pays des ruines. Peu de régions offrent, en effet, à l'archéologue et au savant un champ d'explorations plus riche en vestiges des civilisations anciennes : temples, palais, aqueducs sont encore debout jusque sur tes confins du désert, et il n'est guère d'endroit où sur la pierre rongée par le temps n'apparaissent des traces d'inscription marquant l'établissement des colons de Phénicie ou de Rome en quelque coin de terre aujourd'hui abandonné. Parfois, il suffit de gratter le sol pour ramener au jour ces mille bibelots chers aux numismates, pour retrouver intacts les pavements en mosaïque qui faisaient l'ornement des villas africaines, pour découvrir l'emplacement des vastes nécropoles riches en tombeaux garnis de leur funèbre mobilier.

En étudiant et en restaurant les plus remarquables de ces monuments anciens, en créant des musées comme ceux du Bardo, de Carthage ou de Sousse, le Service des Antiquités a permis de reconstituer l'histoire du pays tunisien, tant de fois bouleversé par les guerres et les révolutions, mais dont les habitants indigènes, d'origine berbère, toujours semblables à eux-mêmes, se sont renouvelés sans que les conquérants étiangers soient parvenus à modifier sensiblement leurs caractères distinctifs. Une promenade dans la Régence, et toute leur histoire se déroule à nos yeux. Sur un sol fractionné en une multitude de petits cantons géographiques, les Berbères devaient forcément vivre en tribus isolées lea unes (les autres; les divisions intestines seront la règle, l'entente sera l'exception. Ainsi s'explique la série des dominations successives, la violence des mouvements de réaction, le caractère éphémère des victoires nationales.

DigitizsdbyGOO'^le

Aux àyes loiiiliiins iippiiniis,-^eiit les pharaons égyptiens tlont lii lt''j>(;iu!o, à ilôfiiiil de l'histoire, si;rniite la domination sur le Djerid, le pays des dattiers d'El-Karaoun.

Les Phéniciens viennent ensuite et couvrent la côte tunisienne de comptoirs (emporta) protégés par des campements forti liés. Tel le est l'origine de Tunis, Soiisse, Rizerte. Des Tyiien^ exilés fondèrent au IV siècle Carlhage, n la ville nouvelle », qui commença l'exploitation méthodiquedupays. Au vi" siècle, elle dominait déjà le bassin de la Méditerranée oxidentale, et so:i nom était connu au delà du détroit de Gibraltar.

Le trait essentiel de cette expansion est la conquête à main armée. Les Carthaginois ne se bornent plus, comme les premiers colonisateurs phéniciens, à établir paciliquement des comptoirs le long du littoral et à vivre au mieux avec les populations indigènes. Menacés par le développementde la race grecque, obligés de lutter pour vivre et ponrs'étendre, ils s'avancent l'épée à la main, Forcent leurs concurrents à leur faire place on CyréiKUiiucetâ abanduimer la liélique, les poursuivent dans le goM'edu Lion, à Maisei Ile, s'installent en maîtres absolus aux Haléareseten Sari laigne, conservent une situation prépondérante en Sicile, monopolisent le commertc des SyKes et de tous les produits veinis du Soudan jusqu'à la mer. Les bénéfices obtenus furent employés à Iransformei' la Tunisie du Nord en une vaste ferme où les lîerbères travaillaient, sous le bâton du maître, à accroître la puissance économique de (arlliage. ISois de construction ou de luxe, Iruils, vins et céréales étaient les principaux éléments du commerced'exporlalion. Plus tard, quand Annibal eut propagé la culture de l'olivier, la production agricole devint encore plus intense et le négoce plus actif. De leure voyages en Egypte et aux îles grecques, les marins carthaginois rapportaient volontiers de beaux vases corinthiens, des statuettes finement découpées, des parures d'or et d"ai'gciit. Le goût s'en répandit de bonne heure dans la société punique. Uient()t les arlisans locaux se mirent à fabriquer eux-niètnes des bijoux, de.s bagues, des colliers en or, des ligurincs et des masipies. Ils imitaient les formes égyptiennes et grecques. La bimbelotciic devint à Oarlliage une industrie nationale. On retrouve aujourd'hui tous ces objets

DigitizsdbyGOO'^le

en fouillant les abords de la colline de Byrsa ; ce sont les seuls spécimens de l'art plastique chez les Phéniciens de l'Afrique du Nord. Nous ne savons pas si ces lointains devanciers ont sculpté de f,'randes et belles statues, nous ne connaissons pas l'ornementation de leurs palais. L'œuvre de destruclion des Romains a été si complète qu'on n'aperçoit même plus les assises de la triple rangée de fortifications dont parlent les liistoriens.

Non loin des deux flaques d'eau connues sous le nom de ports de Carlhage, quelques traces de quais sont encore visibles, mais on chercherait vainement l'arsenal d'où sortirent les flottesde la grande ville. Un pendant de collier en or, trouvé dans une tombe, porte.

gravée en lins caraclèi-es phéniciens, une dédicace à Âstarté-Pygmalion ; d'autres inscriptions en l'honneur de Tanit ou de Baal ont été mises au jour, mais plus rien ne subsiste des temples immenses évoqués parGustave Flaubert. Pcricie eliam rnbia-! 11 afallu creuser profondément les nocrupules pour pouvoir se rendre compte des conditions d'existence <le la société punique. Avec le mobilier des morts on a pu reconstituer l'histoire des vivants. Les tombes

DigitizsdbyGOO'^le-

sont, il est vrai, singulièrement riches, renfermant des bagues, des colliers en or, des bracelets, vrais trésors où apparaît tout le réalisme de cette race de marchands cossus, dépourvus d'un génie créateur puissant, mais merveilleusement aptes à imiter les types de l'Orient égyptien ou grec. Leur unique préoccupation était évidemment de fabriquer tout ce qui était d'une bonne vente et répondait au goût dominant de ceux avec lesquels ils faisaient commerce.

Et c'est ainsi que l'esprit d'aventure de ses commandants d'escadres, le souple génie de ses commerçants et de ses industriels firent peu à peu de Carthage la première puissance maritime du monde ancien. Pour être durable, cette prospérité aurait eu besoin d'être étayée par un gouvernement solidement constitué. Or, l'autorité des deux sullètes, assistés du Sénat et du Conseil des Centumvirs, ne fut jamais assez forte pour empêcher les émeutes populaires de mettre un terme aux rivalités de puissantes familles telles que les Hannon et les Barca.

D'autre part, les troupes mercenaires pouvaient être un excellent instrument de conquêtes entre les mains d'un chef habile, mais en cas de péril, au dedans comme au dehors, elles étaient souvent plus dangereuses qu'utiles. Enfin, les dures conditions qu'elle avait imposées à ses sujets berbères ne permettaient pas à Carthage de compter sur leur fidélité.

Quand les rudes agriculteurs du Latium se présenteront pour disputer aux Phéniciens l'empire de la Méditerranée, toutes ces causes de faiblesse agiront. Un siècle de luttes (26M40) et le génie d'Annibal ne pourront avoir raison de la patiente obstination des Romains. Carthage sera détruite et les vainqueur, « s'emparant de ce coin du globe, le marqueront d'une empreinte ineiïaçable «,

Les indigènes avaient pris une part active aux guerres puniques. Un grand nombre d'entre eux avaient même suivi Amilcar et .A^nnibal dans leurs lointaines expéditions, mais le sentiment qui dominait toujours dans les campagnes africaines, c'était la haine de Carthage. On le vit bien tors delà révolte des mercenaires, peutêtre fomentée par des chefs berbères, et qui fut, en tout cas, encouragée et soutenue par les guerriers des tribus. Dans leur désir

DigitizsdbyGOO'^le

,db,Gôogle

de ruiner la cilé détestée, ilssuivirentavecenthousiasmeMassinissa qui parvint à établir son empire sur une grande partie de la Tunisie actuelle. Rome encouragea le prince indigène et lui donna les Etals de Syphax, sachant bien qu'il lui serait toujours facile, après la chute de Cartilage, de faire renaître les vieilles rivalités des tribus berbères. Jugurtha comprit la tactique des nouveaux maîtres de l'Afrique et fit tous ses elïorts pour maintenir les indigènes de l'Est unis sous son autorité. A force d'énergie, il parvint à retarder pendant quelque temps les progrès de généraux habiles comme Metellus.Marius et Sylla; puis,livré à ses adversaires parla trahison de Bocchus, il périt misérablement dans les cachots du Tullianum. Les vainqueurs hésitaient cependant à s'enfoncer plus avant dans cette montueuse Numidie où les légions avalent eu tant de peine à triompher d'un insaisissable ennemi, mais la nécessité de protéger les premières conquêtes amena une série d'expéditions invariablement terminées par un agrandissement territorial. Bientôt les princes berbères eux-mêmes devinrent les principaux instruments de l'expansion latine. Le plus célèbre d'entre eux, Juba H, fut chaîné de gouverner au nom de Rome l'immense terrîtoii'e correspondant à r.\Igérie et au Maroc actuels.

Trop voisine de l'Italie pour ne pas subir le contre-coup des événements politiques qui bouleversaient la péninsule, l'Afrique fut comme un champ clos où tes partisans de Marins et de Sylla, de Pompée et de César, vinrent vider leurs querelles. Avec Auguste, le calme se rétablit et l'œuvre de colonisation fut poursuivie désormais sans interruption. Carthage redevint plus belle que jamais, et pendant deux cents ans ta tranquillité de la Tunisie romaine fut à peine troublée par quelques révoltes de montagnards berbères ou de nomades sahariens. Les grands coups d'épée se donnent au pays des Maures de l'ouest, sur les hauts -plateaux algériens, dans les vallées tourmentées de la Numidie. C'est là, du reste, que campaient les soldats de la IIl» légion Auguste et les troupes auxiliaires chargées d'assurer aux Africains les bienfaits de la paix romaine.

A l'abri d'une zone militaire aussi fortement constituée, la Province proconsulaire se développait sans être inquiétée, et, quand

l'empereur Hadrien vint la vi3iter,en 129,11 put constaLer combien elle était prospère. Sous la haute surveillance du proconsul rési- (laiit à Cartilage, les chefs indigènes continuaient à diriger leurs tribus, et dans les villes, peuplées surtout de Romains et d'hommes de race punique, fonctionnait une administration analogue au système actuellement en usage dans la Régence. C'était un véri-

table protectorat. Partout, dans les campagnes, des travaux d'irrigation entretenaient le bon état des cultures, et la Tunisie avait vraiment un aspect riant avec sa capitale peuplée de cinq cent mille habitants, ses nombreuses villes et villages, ses gramles cul-

DigitizsdbyGOO'^le

tures de céréales el de viynes dans le Norii, son immense janliii d'oliviers dans le Centre, sesverles oasis dans le Sud. l'Iiis d« six millions d'Iiabitmts vivaient sur le sol ainsi transformé.

Ouvriers ;ui sei'vico de l'empereur, grands propi'iétaires ayant ù leur disposition une armée d'esclaves, vétérans et ausi iaires des légions, tous contribuaient au bien-être général. Les produits de la colonisation agricole parvenaient au littoral par l'admirable réseau des voies tracées dans le triangle de Cartbage,TébessJ, Sfax. La bourgeoisie des villes, enrichie par cet incessant mouvement d'échanges, consacrait à l'embellissement des cités une partie de ses richesses. Partout la vie municipale brillait d'un vif éclat. Garthage faisait bâtir l'immense aqueduc qui devait lui amener les eaux de Zaghouan et ornait ses places publiqt>es de statues el de monuments divers. Sbeitia nous offre encore le spectacle de son temple trigéminé, et Dougga (autrefois Thiii/ga) son théâtre, l'emarquable par l'élégance de ses proportions. L'amphitliéàire d'F.l- Djem, rendez-vous de fêtes pour les babit;uits d'un grand nombre de villages voisins, étonne par sa massive ampleur. Enfin, la maison princière des La berii, découverte à Oudna, montre quoi souci d'élégance avaient les riches citoyens de l'.Vfrique romaine. On a transporté au musée du Bardo un grand nombre de mosaïques, slatues, motifs divers de décoration attestant les goûts artistiques des Africains. On sait aussi que Carthage devint un centre d'études liltéraiies el scientifiques d'une grande réputation. La poésie y fut représentée par Manilius, auteur i\es AslroiioiniquaJ'é'.oiimmcc par Fronlon de Cirl.i, Ihistoire pjr Florus, la crili((ue par Apollinaire de Carthage, les mémoires par Aulu-Gelle, le célèbre auteur des Nuiis altiques. Apulée de Madaura résumera par l'iuiiversalité de ses connaissances tous les défauts et toutes les qualités du génie africain. Au m» siècle, avec le poète Némésien de Carthage, les gr.immairiens Térentien le Maure, Juba, Nonius de Thubursicum, on sent déjà la décadence. Les rhéleurs du iv« siècle, Viclorin,Servius le Maure, Aurélien Victor,n'onl plus les grands succès des précédents orateurs. Les deux noms de Macrobe, poète et grammairien, et do Mnrtianus Capella, qui exagère tous los prorédésd'Apulée,fermenllasérie des auteurs païens d'Afrique. Du côté

DigitizsdbyGOO'^le

des chrétiens, quelques noms aussi ont survécu : Tertallien, saint Cyprien et surtout saint Augustin, le grand évêque d'Hippone.

L'apparition de ces docteurs de l'Église coïncide avec la décadence du régime administratif romain. Les querelles de religion viennent compliquer une situation <Iéjâ difficile, et l'on voit par exemple rélection d'un évêque de Carthage (311) donner naissance à l'hérésie des donatistes, qui provoque en Afrique une effroyable crise. Les fanatiques du parti, sous le nom de Circoncellions, rêvent l'égalité complète entre les hommes et parcourent les campagnes en détruisant les propriétés et en égorgeant les catholiques. La querelle religieuse, transformée en une guerre sociale, dura pendant tout le ive siècle. Puis le triomphe de la monarchie absolue porta un coup terrible au protectorat romain en ruinant l'autonomie des cités et en accablant de charges fiscales les propriétaires fonciers.

.\u début du v« siècle, l'invasion des Vandales, appelés d'Espagne par le propre gouverneur de CarIhage.Ie comte Boniface, achève cette œuvre de ruine, marquée par la prise d'Hippone et la mort de saint Augustin (23 août 430). Les perséculions contre les catholiques redoublent d'intensité. Pourtant, malgré son arianisme farouche, Genséric conserva un certain respect des institutions romaines, montra même quelques qualités d'administrateur et mourut en pleine gloire (477). Sous ses faibles successeurs, les Berbères, qu'il avait su contenir, relèvent la tête, et alors commence une période de troubles graves qui amèneront l'intervention de l'empereur d'Orient, Justinien, et la reprise de l'Afrique sur les Barbares par le fameux Bélisaire (534).

Le nouveau gouvernement parvint à pacifier momentanément le payf;, grâce aux efforts du sage et vaillant Solomon ; mais les Byzantins, bons ingénieurs et valeureux soldats, se montrèrent en général assez médiocres administrateurs. Tout en prétendant continuer les traditions romaines, ils firent plus souvent appel à la diplomatie qu'à la justice et ne comprirent pas suffisamment la nécessité d'une bonne organisation financière et d'une juste répartition des impôts. Le château de Lemsa et nombre d'autres forteresses qui se dressent encore sur le sol tunisien témoignent

DigitizsdbyGOO'^le

de l'activité qu'ils apportèrent à l'œuvi-e tie protection dn plat pays, mais indiquent aussi l'état d'insécurité et la turbulence des tribus berbères. Pendant quatorze années (538-^2), Jean Troglila, adaptant aux nécessités du moment la tactique, l'administra lion, l'agronomie des Romains, parviendra à conjurer les elïets des crises intérieures. Après lui l'autorilé impériale, menacée par les indigènes, est absolument méconnue. Quand les Arabes, conduits par Abdallah, envahissent la province, ils trouvent un pays en

pleine révolte et battent facilement le patries (.Irégoire, qui venait de prendre la pourpre à Sbeïtia (647). « Ce jour mémorable, a-t-on dit justement, marque la lin du règne de l'esprit latin sur la teire d'Afrique. >

De la fondation de Kairouan par Sidi Okba ((iOi)) date la prise de possession défmitive de Tlfrikia par les Arabes. En vain les lîerbères, un instant réunis sous l'autorité de la Kahena, reine deï; tribus de l'Aurés, font le vide devant l'ennemi, détruisent systématiquement les cultures, ruinent les villes et les bourgades. Ijjs progrès de l'islamisme sont si rapides que le prochain mouvement

DigitizsdbyGOO'^le

de réaction indigène sera dirigé par des musulmans, les hérétiques kharedjites(741). Toutefois, le fond de la population étant toujours berbère, les liens unissant l'Ifrikia aux khalifes se relâchèrent peu à peu et, avec les Aghlabites,une véritable dynastie nationale s'installa à Kairouan (800). Ce fut l'époque de la splendeur de la métropole musulmane de l'Afrique du Nord. La grande mosquée de Sidi-Okba, complètement refaite, devint un des beaux spécimens de l'art arabe, et d'immenses réservoirs, connus sous le nom de Maiijel-el-Kebir ou bassins des Aghiabiles, retinrent les eaux

ANOENNES CITERNES

nécossairesà l'alimentation de la cité. Au bazar vinrent s'accumuler les produits variés du Maghreb et du Soudan. Une renaissance littéraire et scienlillque se produisit, et l'on vit à Kairouan les jurisconsultes, constitués en une sorte de parlement municipal, conseillant parfois le prince sur la direction des affaires étrangères et contre-bal ançant l'influence du a djund b, c'est-à-dire des corps militaires.

Au début du x* siècle, Kairouan, tout en conservant son prestige de ville sainte, est remplacée comme centre administratif par Mahdia (916). La nouvelle capitale avait été fondée par Obeïd Allah, l'apùtre des Berbères chiites ou partisans d'Ali, qui avait renvereë le pouvoir des Ayhlabites et constitué à son profit la dynastie des

DigitizsdbyGOO'^IC

Fatemides. Malgré l'état troublé de rArrique,le Mahdi et ses successeurs se préoccupent davantage des choses méditerranéennes et comprennentrimportanceduUttoraltunisien.L'und'eux,ËlMoëzz, parvient même à s'implanter dans le delta du Nil, où il élèvera la grande citadelle d'Ei-Kahera, « la Victorieuse », berceau de la ville actuelle du Caire (969).

L'Egypte devient alors le siège de la puissance fatemide, et la Tunisie n'est plus qu'une province de l'empire aux tnainH des Berbères Sanhadja, sous le commandement des Zirides. C'est le triomphe absolu de la réaction berbère poursuivie sans relâche contre les conquérants arabes (971). Et c'est aussi l'époque où l'on peut signaler sur toute l'étendue du territoire tunisien une reprise d'activité économique intéressante à constater. Les villes importantes comme Sfax, Sousse, Mahdiu, Kairouan sont le siège d'une industrie et d'un commerce actifs. On y tisse la laine et la soie, on-y foule les draps mieux qu'à Alexandrie, et on y fabrique des essences à parfums, des armes et des harnachements de luxe, des poteries fines, spécialité de Tunis. L'agriculture devient florissante; non seulement les céréales et les légumes, mais encore les cultures arbustives, oliviers, dattiers, bananiers, canne à sucre sont l'objet de soins spéciaux. Aussi les ports, notamment Gabès et Mahdia, reçoivent la visite de nombreux navires. La Tunisie, repliée sur elle-même depuis l'invasion arabe, participe davantage à la vie méditerranéenne.

Cet essor est complètement arrêté par l'invasion des Arabes nomades des tribus de llilal etSoleîm lancés sur ta Tunisie par le khalife d'£^ypte,EI Moëzz, désireux de punir son vassal rebelle (1053). S'abattant sur le plat pays comme une nuée de sauterelles, dit l'historien berbère Ibn Khaldoun, ils pillèrent Kairouan, détruisirent ses monuments et forcèrent une partie de la population berbère à se réfugier dans ia montagne, tarissant ainsi pour des siècles les sources de la prospérité. L'affaiblissement des Zirides, réduits à quelques cantons autour de Mahdia, et le morcellement du pays en principautés autonomes, comme celle des Beni-Khoraçan à Tunis, furent les conséquences immédiates de cette invasion. L'intérieur du pays devint presque inhabitable pour les agriculteurs sédentaires. Toute la vie économique se concentra désormais dans

DigitizsdbyGOO'^le

les villes du littoral, mieux protégées contre les excès des pasteurs arabes. I>a mer restnnt la seule ressource des citadins, les ports se transformèrent en d'audacieux repaires de pirates provoquant les représailles des Pisans et des Génois, amenant l'établissement des Normands de Sicile dans tout le Sahel liniisien (-1135),

Domination éphémère, du reste, car une nouvelle secle, celle des Almolinde5,allaitbientdt,grâce au génie du grand conquérant Abil ci Moumen, conslilner au profit des Berbères un vaste empire qui réunira bous un même sceptre toutes Ijs dynasties tlu Maghreb, mettra fin aux pillages des nomades et chassera les Normands de Mahdia (H60).

1^ nouveau Cbarlemagne eut des successeurs trop faibles pour pouvoir maintenir leur autorité sur un aussi vaste territoire, et la Tuni3ie,englobée bon gré mal gré dans cet empire, s'en détacha dès les premières années du xiiie siècle. En 1228, son gouverneur almohade, Abou Zékériu le [lafside, se proclama indépendant et devint chel d'une <lynastie qui se maintint au pouvoir pendant plus (le trois cents ans. L'épisode le plus connu de l'iiistoire des lîenitlafs est la lutte qu'ils eurent à soutenir contre saint Louis, mort à Cartilage en 1270. Il ne faut cependant pas oublier que ces princes tunisiens contribuèrent au développement d'une brillante civilisation, en groupant autour d'eux les artistes et les jurisconsultes accourus à leur appel de tous tes points du monde islamique. Ibn Khaldoun parle avec enthousiasme de la réunion d'hommes distingués «venus s'abritera l'ombre de la puissance dessultans hafsides». Il célèbre les magnificences de la cour de Tunis et se ptaità décrire, en une langue imagée, ces jardins du Bardo où le caprice des souverains avait mêlé à une forêt d'arbres à fiuits les diverses variétés d'arbrisseaux sauvages, tels que le jujubier et le tamarin, t tout cela disposé de manière à former de chaque espèce un groupe à part». Sous la verdure couraient les eaux amenées par l'aqueduc de Zagliouan à Carthage.li'i et là se dressaient desportiquesornés d'arabesques ouverts sur des pavillons de marbre aux plafonds finement ciselés. Tunis surpassait alors Le Caire et étonnait les étrangers par les vastes dimensions d'une enceinte fortifiée qui englobait les faubourçs Bab-al-Djazira et Uab-Souika, divisant la ville en trois com-

DigitizsdbyGOO'^le

partimenls où cent mille liabitants élaient répartis en quartiers distincts selon leur religion ou leur rang social. Les grands seigneurs se plaisaient surtout à Halfuouine.dans le faubjur^deBab-Souiku. l'iusieurs oncles et parents des sultans y possédèrent de belles demeures. A la lin du xv^ siècle, quelques riches palais turent aussi construits dans le voisinage de la zaouïa du vénéré marabout Sidi ben Arous. Les gens de moindre importance, mêlés à la bourgeoisie aisée, habitaient non loin de ta Djamaà-ez-Zitouna.Us formaient le

quartier des libraires, centre du commerce des manuscrits reliés et dessinés par les premier.-! artistes de l'Islam.

Mais Tactivité commerciale était surtout grande dans les souks, étranges rues voûtées, où les caravaniers du Darfour et du Soudan venaient échangerdireclement leurs produits contre les marchandises d'Europe. Le souk des Parfums, dont on attribue la fondation à Abou Zékériii, mort en 1-249, était aux mains d'une aristocratie privilégiée à peu près exempte de toute imposition. En revanche, les néKociants du souk au Savon payèi-eiit leur monopole 0.000 dinars (fW.OOO francs) jusqu'au jour où le sidtan Abou Farès décréta

DigitizsdbyGOO'^le

la libre fabrication de ce produit el fit à diverses corporations de fortes remises d'impôts.

Les négociants Israélites eux-mêmes ne furent jamais séiieusement inquiétés par les représentants de cette dynastie musulmane. On se borna à leur imposer le séjour dans le quartier voisin de la mosquée de Sidi-Mahrez. Semblable mesure était prise, du reste, à l'égard des Européens déjà installés en Tunisie. Ils étaient répartis en un certain nombre de fondouks, de manière à être plus facilement surveillés, mais ils pouvaient se Uvrerau commerce en toute sécurité, et il semble bien que l'expédition <le saint Louis ne troubla guère leurs bonnes relations avec les autorités locales.

On a retrouvé des lettres échangées entre des négociants chrétiens et de riches Tunisiens contemporains des Hafsides. Elles ne laissent aucun doute sur les bonnes dispositions réciproques et témoignent du degré de culture intellectuelle auquel était parvenue ta bourgeoisie de Tunis.

Si les études étaient fort en honneur dans la capitale, c'est que les sultans avaient l'habitude de prendre des conseillers érudits et de prodiguer les marques de considération aux professeurs chaînés d'enseigner dans les mosquées. On sut bientôt qu'un ancien élève de la Djamaà-ez-Zilouna pouvait devenir grand-cadi, secrétaire de chancellerieelduparaphe,cadidesmarlages,chefdelaville(hilkim), préposé à la noblesse, inspecteur des biens habous, et l'on se précipita en foule sur les bancs d'une université dont l'enseignement conférait tant de privilèges. Il fallut agrandir les salles d'étude et créer des bibliothèques renfermant des ouvrages de théologie, de philosophie, médecine, calcul, histoire et belles-lettres. Le sultan Abou Zékéria voulut inaugurer lui-même,en 1233, la mosquée de lacasba.qui dresse encore au-dessus des remparts de la vieille forteresse son élégant minaret. La construction d'une mosquée dans le faubourg de Bal-al-Djazira, la restauration de la mosquée Ëz-Zilouna, l'établissement de nombi-euses fontaines monumentales, divers autres travaux d'utilité publique achevèrent la transformation de la capitale.

Malheureusement, la Tunisie ne semble pas avoir beaucoup profité de toutes ces améliorations. Deriière cette brillante façade se

DigitizsdbyGOO'^le

cachait un pays ravagé par les lulles continuelles entre les descendants des Arabes hilaliens et tes tribus berbères. Quelques princes énergiques, Abou Zékéria, El Mostancer, Abou Farès réussirent à conserver une autorité précaire sur les turbulentes populations de l'inlérienr; mais, après eux, les troubles renaîtront plus violents que par le passé; aussi Tunis cessera bientôt d'être la métropole intellectuelle de l'Islam. A la fin du xvi« siècle, elle n'est plus qu'un repaire de redoutables pirates.

Le mat est d'ailleurs général dans toute l'étendue de la Méditerranée, et les corsaires turcs sont déjà assez forts pour entreprendre, sousie commandement de Kheîr Ëddine dit Barberousseita conquête de l'Afrique du Nord (1514). Les Espagnols, qui avaient franchi le détroit de Gilbraltar pour tenter un suprême elTort en faveur du christianisme, s'opposent à la marche des Turcs. On se bat d'abord autour d'Alger,puis Kheïr Eddine, profilant du désarroi, chasse de Tunis le souverain hafside et s'installe à sa place (1534), étendant successivement son autorité sur tous les points importants du littoral, poussant même des pointes audacieuses contre les groupements indigènes de l'intérieur.

La création d'un empire africain par un pirate turc alarma Cliartcs-Quint, qui prit en main la cause des Hafsides et délogea Khclr Eddine de Tunis (15^). Celte expédition eut surtout pour résultat de rendre les Turcs sympathiques à la population et de provoquer contre les chrétiens un vif mouvement de réaction. Le gouveiiicment espagnol fut sans iniluence sur les tribus de l'intérieur et n'exerça guère son autorité au delà de la banlieue de Tunis. Le littoral resta, comme par le passé, au pouvoir des corsaires, dont le plus célèbre, Dragut.iniligea aux Espagnols une sanglante défaite en rade de Djerba (I5()0). Don Juan, le vainqueur de Lépante, ne réussit pas à rétablir cette situation compromise. Les Turcs parviennent, en 1574, à chasser définitivement leurs adversaires du territoire de la Régence, dont ils prennent possession au nom du sultan <le Constantinople.

Devenue un simple pachalik, la Tunisie fut dotée d une organisation extrêmement compliquée. A coté du pacha représentant le sultan, une révolution militaire plaça bientôt un dey, assisté d'un

DigitizsdbyGOO'^le I

conseil ou «divan^ formé d'anciens officiers. Les deux principaux personnages de celte assemblée étaient le kaptane, chatjfé de la marine, et le bey, commandant les troupes de terre. Les uns et les autres étaient en réalité sous la dépendance de la milice des janissaires et de la a tailla» desreîs oucapitaiues corsaires. Ix résultat lie cet enchevêtrement de pouvoirs fut tout d'abord la méconnaissance absolue de toutes les conventions internationales et le développement inouï de l:t piraterie au xviF siècle. A l'intérieur, l'emploi de la force parut le seul moyen de gouveiner, et les populations furent durement traitées. Enfin, les luttes d'influence entre les deys et les beys eurent pour résultat la conslilulion en tribus indépendantes des grandes familles arabes et berbères. De là des contestations perpétuelles entre Algériens et Tunisiens et les maux de la guerre étrangère venant s'ajouter aux discussions intestines.

La famille de Mourad donna à la Régence un certain nombre de lieys intelligents etactifs, notamment Hamouda, qui quitta volonlaireinent le pouvoir en 1663, sans être parvenu à empêcher les iritii- ;fnes de palais et sans avoir pu réformer les mœurs administratives. La prépondérance des beys eut cependant pour conséquence le maintien de relations courtoises avec la France et l'observatian plus stricte des traités de paix et de commei-ce. En outre, les beys, suivant la tradition des princes hafsides, contribuèrent à l'embellissement de Tunis et atténuèrent dans une certaine mesure les désastreux ellets de l'occupation turque. Véiitiibjes maires du palajs, ils furent en même temps représenlanls de la Porte Ottomane dans la Régence. Dès lors, il est facile d*; pi'évoir une double révolution : d'abord le remplacement du dey pai- le bey, puis la rupture des rapports de vassalité avec le sultan de C'.unstaiitinople.

t.'.e double événement se produisit à l'occasion d'une guerre contre les Algériens, où l'agba des janissaires, Hussein ben .\li, joua un rôle prépondérant et en profila pour s'emparer du pouvoir (1705). Il devint pacha, dey et bey, ce dernier litre servant désormais seul à désigner le chef investi de la plénitude de l'autorité. Le sulliinde Constantinople ayant laissé celte révolution s'opérer sans intervenir, la Tunisie se trouva, en fait, politiquement indépendante.

DigitizsdbyGOO'^le

LA FORTB lOlUlIIB DC lAOHOCÂN

D,„i,„db,Goo<^lc

Homme énergique et constant lians ses desseins, Hussein beii Ali (ITOS-ITW) déclara le pouvoir héréditaire dans sa fanfiille et I réussit à asseoir sur ce terrain mouvant une autorité régulière el à ébaucher une administration qui, à plusieui's reprises, n'a manque ni de lumières, ni surtout de bonne volonté ». Il s'efforça d'entretenir de bonnes relations avec les puissances étrangères, tout particulièrement avec la France. Il ne put cependant enrayer le développement de la piraterie et ne fut jamais assez fort pour contraindre les Berbères montagnards des Ousselat ou de Khroumirie à respecter le nouvel ordre des choses. Des querelles de famille vinrent assombrir ses dernières années, et il périt de la main d'un de ses proches.

Le règne de son neveu Ali-Pacha (1740-1756) n'est qu'une réaction violente contre la politique extérieure et intérieure du fondateur de la dynastie hnsseînite. C'est un retour aux pires excès de l'administration turque. Les .Mgériens deviennent plus arrogants que jamais et pillent Tunis de fond en comble (1756). II fallut toute la bonté de Mohammed (1756-1759), fils d'Hussein, pour répaier les maux de l'invasion. Ali-Eey (1759-1782) replaça les diverses parties du territoire tunisien sous l'autorité beylicaleetse préoccupa de développer l'agriculture el l'industrie en favorisant les plantations d'oliviers du Sahel. Une sécurité relative régna dans le pays, et tes relations avec les puissances étrangères furent cordiales, malgré une rupture momentanée avec la France. D'un caractère fantasque el dur, Hamouda (1782-1814) se montra néanmoins politique avisé, instruit des besoins et des intérêts véritables de son pays. Son attitude àl'égard des Algériens fut toujours ferme (1807), et il sut conserver «la bon ne correspondance i> avecles divers gouvernements qui se succédèrent en France. Il s'atîranchit de la tyrannie des janissaires en les faisant tous massacrer (1811) et fit respecter son nom par les tribus nomades de l'intérieur.

Son lils Otliman ne lit que passer sur le trône et fut, au bout de quelques mois, remplacé par Mahmoud, petit-fds de Hussein (1814- 1824).C'est à cette époque que la longue rivalité entre les Régences deTunisetd'Alger prit fin par un traité perpétuel (1821) et que fut

DigitizsdbyGOO'^le

enfin résolue par une inlerverition franco- anglaise la question de ia piraterie (1819).

Lcsdeuxfils de MalimoH'l, Hussein (182i-i835) et Muslaplia(i8;K>- 18.'î7),nefurentiii l'un ni l'autre d'habiles administrdteiirs.De {graves abus financiers signalèrent le premier régne. Pour les faire cesser, on usa d'un remède pire que le mal, en se servant du ministre i'hakir, dont les Tunisiens du SaLel citent encore aujourd'hui la dureté féroce. Pendant les événements d'Alger (1830), l'attitude tlu bey fut

plutôt amicale pour lu France, mais il ne put cependant cmpéclicr le mouvement de i-éacLion musulmane des tribus arabes voisines de la frontière.

Le peuplement français do l'Algérie amena le développement de notre influence en Tunisie sous Ahmed-l!ey (1837-1855) et fut le poini de départ d'une série de réformes destinées à doter la Régence d'un gouvernementplusen rapport avec les idées modernes. Ahmed iippela des officiers français pour instruire son année, créa une école polytechniciue, voulut un port et une marine. Souverain ma-

DigitizsdbyGOO'^le

gnifique,]! se fit même construire à La Moliammedia une sorte lie Versailles lourd et massif. Toutes ces dépenses pesaient d'un poids excessif sur les collectivités indigènes. De là des prises d'armes, comme celle d'EI-Djein en 1850.11 restera toutefois de ces divers essais l'abolition de l'esclavage en 18ÎC et le retrait des lois d'exception contre les israélites.

Mohammed-Bey (I&i5-1859), ayant trouvé la Tunisie épuisée, déclara qu'il voulait « gouverner son peuple à sa manière et non à la nôtre» ; mais en évitant les ruineuses réformes de son prédécesseur, il laissa à son ministre des Finances une liberté qui aboutit à des résultats déplorables pour le trésor. Dans son désir de paraître musulman, il se rapprocha aussi du sultan de Constanlinople auquel il envoya un contingent lors de la guerre de Crimée.

Le congrès des puissances, réuni à Paris en 1850, chargea alors le consul de France à Tunis d'amener doucement le bey à une poliliijue plus conforme aux intérêts généraux de l'Europe. La créalion du tribunal du Charâ fut le prétexte de l'intervention décisive qui aboutit, le 10 septembre 1857, à la lecture en séance solennelle d'une constitution connue sous le nom de pacte fondamental et à laquelle le bey jura fidélité. Mohammed mourut avant l'application de cette charte, poursuivi par les malédictions du peuple accablé d'impôts sous prétexte de réformes el ne voyant dans toutes les innovations que la carte à payer.

L'àpreté des luttes d'iniluence entre les divei-s représentants des puissances européennes dans la Régence s'accentua encore pen dant le règne de Mohammed Essaddok (1^9-1882). Ce souverain ne put faire respecter son autorité ni par les étrangers ni par ses sujets. Le gaspillage linuncier devint tel i;ue les révoltes éclatèrent sur divers points de la Régence, à la suite d'une série d'années désastreuses (1864-1867) pendant lesquelles l'impùt fut perçu avec la même rigueur. Au point de vue extérieur, le i-ésultat de cette dilapidation des finances fut la constitution d'une commission financière internationale chargée de la protection des créances sur la Tunisie et de l'administration des revenus du bey(1869).

Un instant, Mohammed Essai Idok, guidé parle général Kheîr Efldine, parut comprendre que la mauvaise politique financière de

DigitizsdbyGOO'^le

la Rôyence, l'absence complète de sécurité à l'intérieur, la dispariliori successive des divers élémeats de prospérité économique étuieut de nature à amener les pires catastrophes. Il destitua de ses fonctions Mustapha Khaznadar, le ministre des linances prévaricateur (1873). L'influence pernicieuse de Mustapha ben Ismaïl ramena bientôt le bey aux errements du passé. Les diverses provinces de la Régence, livrées sans défense aux caprices d'un favori, furent exploitées plus durement qu'au temps des Vandales. Ni les personnes ni les biens ne furent en sûreté. Mustapha ben Ismaïl ne respecta même pas le caractère religieux des propriétés ahabous)) et tu main basse surles biens de main-morte. Seuls les montagnards berbères échappaient à la cupidité des courtisans de Mohammed Essaddok ; mais, n'ayant plus rien à redouter de l'autorité beylicale, ils tournaient leur activité guerrière du côté de la frontière algérienne, molestant les tribus, arrêtant l'essor de la colonisation française.

Impuissant à réprimer les incursions des Kliroumtrs sur le territoire algérien, sans argent pour assurer le bon fonctionnement des administrations, le bey n'était plus qu'un jouet entre les mains des consuls européens. Pour rendre à la Tunisie sa prospérité d'autrefois, il fallait un tuteur énergique et pouvant solidariser ses intérêts avec ceux de ce coin d'Afrique. La France, maîtresse de l'Algérie, était toute désignée pour remplir ce rôle de protectrice éclairée. Prenant en main la direction des adaires tunisiennes, elle assurait du même coup la tranquillité de sa colonie algérienne et la renaissance économique de la Régence. Sachant bien que l'Angleterre et l'Italie étaient prêtes à la remplacer si elle se dérobait, la France imposa à Mohammed Essaddok le traité de Kassar-Saïd et s'installa délinitivementàTunis le 12 mai 1881, mettant fmàun régime dont tous. Européens et indigènes, souffraient sans pouvoir y remédier.

Campagnes dépeuplées, villes mal entretenues, capitale transformée en cloaque, dettes énormes et trésor vide, tel était en somme l'étal du pays au moment où disparaissait celte administration beylicale, moins soucieuse des intérêts généraux que de ses intérêts particuliers et réfractaire à toute réforme capable d'assurer le développement normal des ressources de la Régence.

DigitizsdbyGOO'^le

Page 1