CHAPITRE PREMIER L'aspect physique et les réglons naturelles
La Tanisie dn Nord. — Le Sahel. — LeiSteppeidnCantro. — La région dei Chotts et dei Oaiia.
La Tunisie fait partie de celte région montigneuse de l'Afriiine rUi Nord connue sous le nom d'AUas. Elle occupe l'angle nord-est formé par le continent, entre les deux bassins de la Méditerranée, en face de la Sicile, dont une centaine de kilomètrei la séparent à peine, sur la route miritime la plus fréquentée du monde entier, lîopnée à l'ouest par la province de Constantine (Algérie), au sudest par laTripolitaine,elleest largement ouverte vers le Sahara et les oasis, où nulle frontière ne peut être délimitée. Aassi est-il iinpoRsilde d'évaluer autrement que par approximation sa superficie; (îii l'estimant à 120.000 kilomètres carrés, peuplés de près de deux millions d'habitants, on ne s'éloigne guère de la vérité.
Si l'on se base sur le régime des pluies.qui détermine exclusivement dans la Régence la fertilité du sol et les conditions d'habitation, on peut diviser la Tunisie en quatre régions: larégion du nonl, que Iravei-se la Medjerda ; — le Sahel ou litto.-al oriental ; — les plateaux et steppes da centre, — enfin la région miri'Iionale des chotts eldes oasis.
La Tunisie du Nord a la forme d'un plateau aux rebords netteraant rolevés par une ligne de crêtes orientées du sud-ouest au noniouest, dont la hauteur atteint et dépasse souvent mille mètres. Le rebor.1 septentrional du plateau constitue le pays des Mogod et des Khroumir,où les arêtes vives du djebel Bir se dressent à LOI 4 mèli'es, où la disposition générale des massifs, favorisant ta précipitation des pluies de nord -ouest, a permis le développement de saperbes forêts qui cachent sous leurs ombrages les eaux claires et vives de sources incessammentrenouvelées. Les montagnes voisines d"Aîn-Drahara reçoivent, en eltet, plus de 1.500 millimètres d'eau chaque année ; à Bizerte, il tombe encore près de 700 millimètres de pluie, ce qui transforme toute ta région en un délicieux séjour d'été comparable de tous points à la verte et fraîche Kabylie.
DigitizsdbyGOO'^le
Le rebord méridional constitue l'arête dorsale de la Tunisie, prolongeantlesmontsdo Tébessadans la direction nord-est. Cette ligne montagneuse avait autrefois l'aspect d'un immense dùme qui s'est en partie effondré, et fut ensuite découpé par les eaux en une série de massifs isolés les uns des autres par de larges brèches. De là les aspects si variés du pays tunisien : t kakuit » ou plateaux taillés en forme de table, cirques rocheux encadrant de vastes plaines, blocs erratiques encombrant les vallées, a hamad.i » ou plateaux pierreux dont le plus connu est celui de La Kessera,«kef»ouci'étes rocheuses. De distance en distance un pic se dresse, dominant de sa masse
A : L OlIKD MADBN
tout le paysage environnant ; tels par exemple le djebel Cliambi ( 1 .590n'),le djebel Rerborou (1 .2:i4'n),et surtoutles djebel si Fameux de La Kessora ( i .375'"), du Bargou (1 .280'"), de Zagliouan (1 .29 f"), de lErreças (700'»)
Partout dans cette région les hivers sont très rudes,et si dans les plaines de Tunis,<iu Goubellat ou du Cap-Bon les pluies ne dépassent guère une moyenne de 500 millimètres par an, en revanche la neige couronne assez fi-équemment les hauts sommets.
Entre les deux lignes de montagnes, le plateau descend par une
DigitizsdbyGOO'^le
D,„i,„db,Goo<^le
série de graiHiis jusqu'à l;à plaioe où coule la MctljenJa, oITrant aux regunls un:î vè;,'étatioii éla;,'de qui correspond à la diversité des climats. Le lleuve a parfois creusé son lit à 8 ou 1) mètres au-dessous de la Siirrace du sol, mais l.t rapidité du ruissellement sur certaines pentes dénudées est tellj que des crues subites gonllent ses eaux iui point de les Faire déhor 1er dans les campagnes voisines. Le ressei'rement de la vallée par les plis du djebel Gborra contribue encore à accroître l'intensité du phénomène. A partir de Testeur, où elle entre définitivement en plaine, la Medjerda a constitué de ses alluvions toute la région «lans laquelle se déroule son cours tnrérieur. .\insi s'est avancée peu à peu vers la mer la plaine qui s'étend de TunisàUtique.Ce dernierpoint est aujourd'hui à 10 kilomètres ilans l'intérieur des terres ; et pourtant, sous Auguste, les flottes romaines venaient encore s'y ravitailler. I^ même sort menace Porto- Farina, car le travail du fleuve n'a point cessé et le rivage se moilifie sans cesse.
Dans une proportion moindre, l'oued Miliane, voisin de la Medjerda, contribue aussi à modifier la physionomie du golfe de Tunis. Il n'y a guère dans le nord d'autre artère fluviale qui vaille la peine d'èti'e mentionnée.
Sous le nom de Sahel on désigne une bande de terre tantôt argilo-calcaire tantôt argilo-siliceuse, ailleurs encore complètement sablonneuse, large de lô à 20 kilomètres, qui suit la courbe du littoral depuis la presqu'île du Cap- Bon jusqu'au golTe de Gabès. Parl'ois interrompue pai'des higunes salées et des zones presque désertiques, par où les steppes centrales viennent jusqu'à la mer, cette région forme une sorte de transition entre le nord, partout arrosé, et les oasis qui pai'sèment l'immensité du Sahara.
Sur ce territoire à peu près uniformément plat, les vents dominants, qui viennent du sud-est, n'apportent pas d'une façon régulière l'humidité nécessaire à la mise en valeur du soK
En certains endroits, les pluies sont assez abondantes, pendant qu'ailleurs le sol assoilTé attend trop longtemps les bienfaisantes ondées. Sur les terrasses orientales du f^p-Bon les précipitations d'eau atteignent parfois UJie hauteur annuelle de 500 à TxiO millimètres. Aussi de nombreux villages ont pu naître et se développer
DigitizsdbyGOO'^le
depuis Kelibia jusqu'à Ntibeul et Hammainet. Protégé contre les vents âpres du nord-ouest et rafraichî par la Iirise du l;ii^e,lout ce littoral jouit d'un cli.nat délicieux, éminemment favorable aux personnes éprouvées par les rudes bivers de l'Ëiii-ope.
Dans le Sabel de Sousse, il tombe encore plus de 400 millimétrés d'eau par an, mais déjà prédominent les cultures en terres sèches et lout autour de la ville s'alignent en rangs pressés les oliviers au feuillage grisâtre. A Sfax.on ne reçoit plus guère que 300 à 350 millimètres d'eau ; on est à ta limite du pays des oasis; partout les culturesfruitières ont remplacé lescultures herbacées. Nul obstacle n'arrête les vents, rien ne favorise la con len-iation des nuages, et le littoral est devenu si plut que du large un distingue mal la ligne de séparation de la terre et des eaux. A peine si le groupe des îles Kerkenna se détaclie sur l'horizon.
Pas d'eau courante dans toute cette région de l'est tunisien, aucun fleuve régidier; mais au cœur de l'Iiivei-.pendant les grosses pluies, les oueds transformés en torrents se déversent furieusement dans la mer. Quand la trombe est passée, il ne reste plus entre les bei^'es asséchées qu'un lit plus prolonrlénient raviné où cîicule nu mince filet d'eau qui tanliH parvient péniMenitiul jiistju'aux sebklia Voisines de la ciHc, lanlùt même est bu p;ir l;i steppe avant d'avoir pu féconder les terres du Salicl.
Les steppesdiiCen(re,appuyéessurrarè;eniontagnense<jui forme le rebord sud des plaleaux tunisiens, s'étendent justju'à la légion des chotts et gagnent même en cei-tains eudriiits les rives de la Méditerranée, l^s alignements montagneux qui les traversent forment les marches gigantesques d'un escalier s'abaissanl vers les dépressions sahariennes et vers le Suhel. Le contraste est parfait entre cette dernière zone et celle des steppes. Plus d'oliviers verdoyants, plus de cultures savantes, mais de monotones étenilues recouvertes par places d'une herbe conrte et <li'ue que paissent les moutons et les chameaux. Les villes ont disparu et sont remplacées parla tente du nomade ou le misérable gourhi de l'indigène sédeiilairc. Kaîrouan régne seule sur ces solitudes. Vers la frontière algérienne apparaissent les loulïes sombres de l'alfa et les déhris d'ancieinies
DigitizsdbyGOO'^le
lorêts. Le caractère intermittent de la véffétation est <Iù à la rareté fies pluies autant qu'à leur mauvaise réparlitionau cours de l'année. Et pourtant, celte région fut autrefois florissante; les ruines romaines et byzantines y uliondent, témoignant des per'sévérants efforts de nos prédécesseurs pour corriger l'œuvre de la nature et tirer parti d'un sol ingrat. Nulle part on ne relève plus de traces de travaux hydrauliques, plus de vestiges anciens propres à exciter la
OASIS DR TATAKOUINB
curiosité, tels que CiUiiiin, Aquie Ref/tu; Thcleptc. Suff étala et tant d'autres cités dont nous ne connaissons même pas le nom.
Pour pénétrer dans la région saharienne on peut passer par Gafsa, qui en garde l'entrée vers l'ouest, ou par Gabès, qui en est la porte orientale. Entre ces ileux oasis s'étend un pays dont la caractéristique est l'extrême rareté des pluies ; à peine si, dans le voisinage de la mer, où le climat est un peu adouci, l'on compte 200 millimètres d'eau par an. Sur la rive droite du choit El-Djerîd, à Tozeur et à Nefla.on ne dépasse guère ISO millimètres. A l'abri
DigitizsdbyGOO'^le
des palmeraies, l'hiver est délicieusement tiède et les étés moins cuisants ; mais sur les hamada pierreux et dans les sables de VErg les variations de température sont très brusques. Sous l'action des intempéries, le sol se désagr^e et la roche s'eHi'ite en particules ténues, qui au moindre vent se mettent en marche pour recouvrir les cultures entretenues avec tantdesoin autour des sources jaillissantes. Alors la défense s'oi^nise,'" car toute la vie est concentrée dans les oasis, c'est-à-dire sur les points où l'eau permet à la végétation de déployer toute sa magnificence.
Si les conditions générales de température sont à peu près partout les mêmes dans le Sud tunisien, on peut cependant reconnaître quelques régions di^îtinctes. Rien ne ressemble moins au dos de pays formé par la chaine des Matmata que la l'égion des Chotts avec son chapelet d'oasis et ses lagunes d'eau saumàtre. Ni l'une ni l'autre de ces deux régions ne saurait davantage être comparée au)L ondulations du grand Erg oriental. Même au désert, on retrouve donc cette variété d'aspects qui est une des caractéristiques du paysage tunisien !
De ce qui précède, il résulte aussi qu'il y a une grande diversité de climats dans la Régence. On a pu dire avec raison que de Gabès à Tabarca on pouvait distinguer tontes les nuances intermédiaires entrele climat saharien et le climat médilerr-anéen. D'une manière générale, c'est dans les régions où il tombe au moins 500 millimètres par an que les cultivateurs doivent surtout chercher à s'établir. Quant à t'hiverneur, il peut tronvor soit dans les oasis, soit sur le littoral, la température douce et suffisamment régulière si recherchée <les hommes du Nord. A Sousse, à Nabeul, à Tunis, les pluies ne sont jamais assez froides poui- arrêter la végétation, et nulle région d'Europe ne connaît les belles journées ensoleillées qui font le charme de nos cités tunisiennes.
m Sous la direction des agents forestiers passés maîtres en l'art do fixer les dunes par des plantations d'arbustes aux racines longues et résistantes à la sécheresse.
DigitizsdbyGOO'^le