‹ Exposition coloniale de Marseille: La Tunisie et l'œuvre du protectoratChapitre 5 sur 38 · SI · texte numérisé non relu

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néfaste influence des conseillera indigènes du bey, mais il avait à lutter contre l'influence croissante des consuls d'Angleterre et d'Italie. Sans se brouiller avec aucun de ses collègues, ii sut rendre à la France sa place dans les alTaiies de la Régence. Son premier succès fut d'obtenir la concession du chemin de fer de Tunis à Alger pour une compagnie française ('1875),Pnis il réussit à faii-e prédominer ses idées au sein de la Commission fmancière et à sauvegarder les intérêts de nos nationaux. Notre situation s'était déjà fort améliorée quand, au Congrès de Berlin, le ministère anglais fit déclarer «qu'il ne s'opposait nullement au développement de l'influence française dans la Régence et qu'il n'avait pas à mettre en avant de prétentions contraires». Cependant, tout n'était pas fini, car le bey, changeant d'attitude et cédant à la demande de M- Maccio, consul d'Italie, prétendit enlever aux Français le monopole exclusif des lignes télépraphiques qui leur avait été précédemment concédé. M. Roustan para le coup. Battu de ce côté, M. Maccio prit sa revanche en faisant annuler le marché passé entre la Compagnie du Bône-Guelma et la Compagnie anglaise du chemin de fer Tunis- La Marsa-La Goulette, pour l'achat de cette petite ligne de banlieue, qui resta aux mains de la Compagnie italienne Rubuttino, api'ès une nouvelle adjudication (1880).

Pendant que les Italiens triomphent bruyamment, le bey est obligé de répondreà M. Roustan, se plaignant des incessantes incui-sions des Kliroumirs en Algérie, qu'il lui est impossible d'assurer le gouvernement du pays. Ses caisses sont vides, la Commimon ne peut plus faire rentrer les impôts. Plusieui"s bateaux français jetés à la côte sont pillés parles Khroumirs,et enfin le 31 mars 1881 un détachement de soldats est attaqué en territoire .algérien par une bande de 500 indigènes tunisiens.

Un télégramme du Gouverneur Général de l'Algérie, Albert Grévy, fait connaître au Ministère la gravité de la situation et demande des renforts. Toutes les tribus tunisiennes sont en pleine-effervescence, et l'on signale des symptômes menaçants dans le Sud algérien. Il apparaît bien que non seulement Mohammed E^saddok est incapable de rétablir l'ordre, mais qu'il espère provoquer par son attitude belliqueuse un mouvement antifrançais dans toute l'A-

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fcique du Nord. En châtiant les Kliroumirs, nous sommes exposés à combattre l'armée du bey; mais,d'auU-e part, en supportant plus longtemps les déprédations des pillard» tunisiens, nous avouons notre impuissance à nos sujets musulmans. On décide donc à Paris d'agir promptement. Le lundi 4 avril, Jules Ferry obtient du Parlement, avec les crédits nécessaires, l'autorisation de préparer contre les Kliroumirs une expédition qui devait mettre à l'abri, « d'une Taçon sérieuse etdurabte, la sécurité de l'avenir de l'Algérie». Les bonnes dispositions de l'Europe n'ayant pas changé depuis le Congrès de Berlin, et le Gouvernement italien comprenant lui-même qu'il ne pouvait engager contre nous aucune action isolée, nulle difliculli' diplomatique ne vint entraver nos préparatifs.

Le général Farre, ministre de la Guerre, sachant qu'il faudiail lutter contre des bandes évaluées à vingl-cinq mille hommes, oq,'anisant la défense chez eux, en pays boisé et accidenté, réunit une armée de trenle mille hommes, dont les éléments furent empruntés aux divers corps stationnés en France et en Algérie, et le commandement confié à un vieil africain, le général Forgemol de Bostquénard, assisté des généraux Logerot et Del ebecque, placés chacun à la tête d'une division.

La colonne Logerot devait manœuvrer de façon à couper toutes relations entre les tribus tunisiennes du sud avec celles du noitl, puis remonter vers la Khroumirie et, combinant ses forces avec celles du général Delebecqne, venues directement de l'ouest, pren- (Ire les rebelles à revers et les isoler dans leui-s montagnes. C^ plan fut accompli d'une façon très méthodique. Le 25 avril, les troupes du général Logerot étaient en vue du KeF, point le plus important de la Tunisie occidentale, perché sur un rocher qui commande plusieure routes. On s'attendait à une résistance, mais grâce à la prudence de notre agent consulaire, M. Roy, la ville ouvrit ses portes sans coup féiir. Après avoir laissé une garnison dans la place, le général Logerot put remonter rapidement vere la Medjerda et la ligne du chemin de fer. Pendant ce temps, la colonne Delebecque pénétrait en Khroumirie, tout en gardant des communications constantes avec la flottille stationnée à Taharca, par où arrivaient les vivres, la viande sur pied et les divers appro-

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(SWliie de marbre. Muges du Burdo)

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visioniiemeiits nécessain^s. Des pluies <liluvimines l'endaient les opérations très difficiles, mais cependant la marche en avant se poui-siiivit régulièrement, et bientôt Âïn-Draliam, position stratégique commandant les quatre vallées les plus importantes, fut fortement occupée.

Les tribus insurgées pouvaient encore se replier sur Bizerte. Cette ville, occupée le l»'' mai par quelques compagnies de marins, reçut le lendemain tout un coips d'armée venu directement de Fi-ance, sous le commandement du général Bréart. L'investissement de la Khroumirio était complet, et, dès lors, les opérations furent rapidement menées. En moins de huit jours, toute cette zone de forêts et de montagnes qui s'étend de Bizerle à la frontière algérienne fut entièrement pacifiée.

Mohammed Ëssaddok n'avait cessé pendant toute la campagne de faire entendre des protestations aux agents des puissances. Il avait même envoyé dans la vallée de la Medjerda une armée commandée par son frère Ali-Bey. Celui-ci fut simplement prié par le général Logerot de se retirer à 60 kilomètres en arriére de la ligne des opérations, et se hâta d'obéir, se bornant à assister à des événements qu'il n'était pas en son pouvoir d'empêcher. Loin de reconiiaitre son impuissance, le bey Essadilok, apprenant que le corps «l'armée de Bizerte marchait sur Djedeîda, à 25 kilomètres de Tunis, déclara qu'il allait faire prêcher la guerre sainte et se retirer à Kairouan. Ces menaces n'arrêtèrent pas la marche des armées françaises, qui, dans la journée du 11 mai, s'installèrent à La Manouba, prés du BîM-do, A ce moment critique, le bey cherche vainement îmtoui'de lui des appuisqui lui manquent. Ses conseillers étrangers ont déserté Le Bardo, et ses ministres songent déjà aux moyens de rentrer en grâce auprès du vainqueur. Il commence à comprendre que les propositions d'intervention des puissances étrangères ont été écartées et que la Fiance est décidée à traiter seule avec lui.

Toutes les positions stiatéglques importantes de la Tunisie du Nord ayant élé solidement occupées par nos troupes, le général lii-éait se présenta au palais de Kassar-Said le 12 mai 1881. Sous la pression d'événements ([u'il n'avait pas voulu prévoir, le bey Mohammed Ëssaddok signa, séance tenante, un traité par lequel

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il (iéclaraitaccepler le protectorat delà France, qui lui garantissait eu l'ctour le maintien des institutions tunisiennes, sous réserve d'un contrôle sérieux. Ce traité fut complété par la convention franco-tunisienne du 8 juin 1883, par laquelle le bey Ali, successeur d'Iissaddok.s'engaffe <à procéder aux réformes administratives, judiciaires et (inancières que le Gouvernement français jugera utiles».

Aussitôt après la signature du traité de Kassar-Saïd, les troupes françaises parcourui'ent la Tunisie du Nord en tous sens, et à ta lin du mois de mai la pacification paraissait complète.

Le Gouvernement français, ignorant l'état de surexcitation des tribus du Sud, rappela bientôt une partie des effectifs, en laissant seulement une quinzaine de mille hommes en garnison dans lu banlieue de Tunis, dans la vallée de la ^fedjerda et en Khroumirie. Le résultat de cette politique fut immédiat ; le général Forçemol n'était pas encore rentré à Constantine, que toutes les tribus du Sud tunisien étaient en pleine révolte. Le mouvement s'étendit Ijientùt jusqu'à Sfax pour gagner ensuite Kairouan et les régions occidentales. Toute la campagne était à recommencer, et en un moment où le Sud oranais élait en pleine insurrection. Le bey des insurgés, Ali ben Klialifa,(it son entrée à Sfax le 2 juillet, mais trois jouis plus tard une flottille française, embossée en rade, commençiiit un bombardement qui redoubla d'intensité à partir du M, lorsque toute l'escadre de la Méditerranée se trouva réunie dans les eaux de la ville. Le surlendemain, trois colonnes de débarquement, sous le commandement supérieur du colonel Jamais, entraient dans la place après un assaut meurtrier où soldats et marins rivalisèrent d'entrain et de courage. Gabès,Djerba et Zarzis furent successivement occupées. Cette campagne répressive était cependant insuflisante, car la révolle était partout, gn^^nant chaque jour du terrain vers le nord, menaçant même Tunis, où les Européens commençaient à craindre pour leur existence et pour leurs biens.

Sans se laisser émouvoir par l'opposition qu'il rencontre au ParlemeiiL, Jules Ferry prend immédiatement les mesures nécessaires pour organiser une seconde expédition. .'V la lin de septembre, tout était prêt, et il était temps, car les petites garnisons du Sud n'é-

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laieiit plus cil sécurité, Le Kui' élait ineiiat;é,t.>t l'un sif^iialait autour (le cliui|ue ville de^^ baiideâ armées qui tenaient lu cauipa^nie et aiTètaienl toutes les cutnmunications vers l'intérieur. Les insuryéd avaient coupé la conduite d'eau de Zaghouan, et un tort parti s'était installé à Kairouan. bliifin, sur la ligne de la Medjerda les trains ét;iient arrêtés et le personnel de la gare d'Oued-Zai^a avait été massacré (30 septembre).

Une des premières mesures fut l'occupation de Tunis (10 octobre). Trois colonnes furent dirigées ensuite sur Kairouan : l'une de Tébessa, sous le comnmnilement du général Forgemol ; l'autre de Tunis.avec le général Logerot; la troisième, dite de ravitaillement, devait partir de Sousse au-devant des deux autres. La direction générale des opérations avait été confiée au général Saussier. Le 28 octobre, la concentration des troupes autourde Kairouan était achevée, la ville en notre pouvoir et toute la région du nord débarrassée des bandes de pillards qui l'infestaient. Deux fortes colonnes, s'enfonçant alors vers te sud, dans la direction de Gabès et de Gafi^a, achevèrent de disperser les rebelles et de pacifier le pays.

A partir du mois de décembre 1881 , les mouvements des troupes eurent surtout pour b;it de rétablir l'ordre. Nous étions définitivement maîtres de toute la liégence.

Ainsifutachevérédillcesiiaborieusementconstruitaparsoixantedix consuls <le France oubliés, disparus sans récompense DÏ lauriers, mais au champ d'honneur».

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