H()U<8ELLE
NOTKS.
Note A.
Introduction, chap. Jll, pag. 14.
Ou'esl-ce que rinducliou dans ArisloCe ; quelle pari, quel principe, quelle valeur lui a-l-il assignés ;' Peu de questions offrent à la fois plus d'intérêt et de difficultés : la crainte de nous écarter trop du sujet, même dans une note, nous force à indiquer seulement la marche et le résultat de nos réflexions.
M. Hamillon pense que l'induction, comme la déduction, porte sur les notions premières (1). Dans le syllogisme proprement dit , l'es- |)rit descend de l'universel au particulier, en suivant la série des idées générales ; le raisonnement qui va du principe à la conséquence, n'est que le passap;e du genre à l'espèce, ou à l'individu ; la déduction implique donc, dans l'esprit qui l'emploie, l'existence d'idées générales échelonnées suivant leurs rapports réciproques d'extension et de compréhension : en un mot, la déduction suppose une classification toute faite. L'induction doit-elle être considérée comme l'opération par laquelle l'esprit s'élève du particulier à l'universel par la considération des êtres eux-mêmes; ou bien , comme un raisonnement logique, par lequel , la classification une fois donnée , l'esprit la remonterait au lieu de la descendre : dans le premier cas, l'induction reposerait sur les notions premières ; dans le deuxième, sur les notions secondes. M. Hamilton, ainsi que son traducteur, M. Louis
(i) Frafjmcuis de philosophie, par M. William Hamilton, tiaduils par M. Louis Peisse, aiiicle sur la logi(|ue, pp. 21 5, sq(|. Cf. pp. 244, sqq.
Poisse, paraît s'être rangé au dernier parti: celle opinion mène entr'auîres conséquences aux suivantes : l'induction n'est plus un moyen de découvertes, qui , par la vertu d^in principe caché , nous élève à des résultats nouveaux : c'est simplement une opération logique , laquelle ne sort pas des mots ; c'est une autre manière d'em ployer et non pas de découvrir les idées générales ; dans cette hypothèse l'induction est précisément l'inverse de la déduction ; c'est un mode de raisonnement distinct , et c'est une question difOcile à résoudre que de savoir s'il peut rigoureusement se ramener à un syllogisme proprement dit . compris directement ou par conversion dans un mode déterminé d'une des trois figures connues. S'il est vrai que l'esprit procède du tout aux parties, ou bien des parties au tout avec une égale rigueur et une égale facilité, dès que le tout est naturellement divisé en ses parties composantes , grâce à une classiGcation arrêtée; d'un autre côté, celte manière de considérer l'induction , lui ôte sa valeur en même temps que nos difficultés : si je sais que 0= A + B 4- C , il est évident que je puis conclure de O à A B C , ou de A B C à O : l'identité des termes justifie également les deux procédés inverses. Si au contraire , la valeur du genre O en espèces n'est pas nialhémaiiquemeni déterminée, la question
est précisément de savoir comment je passerai de A + B + C
"T X + Y... etc. , représentant le nombre indéterminé des espèces, au genre O. II est donc à la fois possible et inutile de s'occuper d'une induction qui porte sur les notions secondes : la véritable induction est celle qui porte sur les notions premières, ou sur les êtres eux-mêmes; non plus celle qui suppose, mais celle (|ui produit la classification. Les reproches adressés par iM. Hamilton au père de la logique, sont donc des reproches mal fondés.
La pierre , le bois, le fer tombent, donc tous les corps tombent ; j'observe les individus et je conclus au genre ; je vois le particulier et j'affirme le général : voilà l'induction; et pour rendre compte de ce procédé , il y a deux (juesiions à résoudr»? : lo comment l'esprit passe-t-il du particulier au général? 2© exprimé dans le langage , ce mode de raisonnement, rentre l-il dans une des formes prévues du syllogisme déductifi^
La seconde question doit être résolue affirmaiive?nent ; l'induction citée peut, en effet, être exprimée par le syllogisme suivant :
La pierre, le bois, le fer + X + Y... , etc. — sont — tombant.
La pierre, le bois, le fer, — sont — corps,
donc — les corps — sont — tombant.
Nous avons ici un syllogisme de la troisième figure, du mode darapli ; seulement la conclusion est affirmative, universelle et non particulière (1); mais aussi il esta remarquer que renonciation copulative (]ui réunit les deux termes n'est point la même dans la pensée , bien qu'elle soit la même dans l'expression : dans la majeure, le verbe indique le rapport ordinaire du sujet à l'attribut, c'est-àdire que l'attribut comprend (2) dans son extension le sujet, de telle sorte que la conversion changerait l'affirmative universelle en affir mative particulière , c'est-à-dire A en I (.'{) ; il n'en va point de même dans la mineure ; h? verbe est le signe non point d'une attribution mais bien d'une identité ; en vertu de la réciprocité des termes (4) , la conversion de la mineure n'ôlerait rien à sa quantité.
Par là se justifie le mode darapla, qm est celui du syllogisme induclif ; en effet la conversion ordinaire de darapti ne lui est [)oint applicable, puisrpi'on le ramènerait ainsi à darii (5) , sans pouvoir justifier l'universalité de la conclusion ; au contraire, dès que la mineure se convertit en A , il se trouve immédialemenl ramené à harbara.
Il faut toutefois faire une remarque , c'est que la mineure du nouveau syllogisme en barhara ne doit pas cesser d'être réciproque et chacun des deux termes identique à l'autre, quand la mineure de darapt a aété convertie : il faut prendre garde que, dans le nouveau syllogisme en barhara, renonciation co|)ulativedoil continuera exprimer
(i) Cf. Anulyl. prier, lilj II, cap. ^i.
(a) Analyl. p,ior. lib. î, cap. i, § i r.— Cf. Id. ibid rap. 14, § 2, jo.— rap. C). § 14. — Cap. 8, § 3. -Cap. 41, § 6.
(3) Analyl. prior. lil). I, cap. 2, § 4.
(4) Analyl. p,io, . lil). II, cap. 2.
(5) Analyl. pria, lil). I, rap. fi, § G.
l'identité du sujet et de l'attribut quant à rexteosion et à la compréheosloo , et aucunement l'attribution de l'un de ces deux termes à l'autre; ainsi, tandis que le syllogisme en barbara se figurerait ainsi :
A est en B ,
B est en C ; donc... etc. .
le syllogisme en barbara qui représente le syllogisme en darapta après la conversion de ce dernier, doit être dans la pensée et dans l'expression , le suivant :
A est en B ,
B est C et réciproquement ; donc A est en C.
Le résultat est donc le même ; il y a seulement quelque chose de changé dans le mode d'énonciation du syllogisme proprement dit.
Cette théorie appartient tout entière à Aristote, et nous n'y avons pas ajouté ni changé un mot ; j'ajoute qu'elle contient tout ce qu'on peut dire sur la forme logique de l'induction ; les considérations qui peuvent et doivent la compléter appartiennent autant et plus à la métaphysique qu'à la logique.
Reste en effet cette question que nous avions posée la première : comment l'esprit passe-t-il du particulier au général; comment affirmet-il de tous ce qu'il a aperçu seulement de plusieurs ? En d'autres lermes, quelle est à la fois l'origine et la valeur de la mineure dans le raisonnement inductif'
Si nous reprenons, en effet, notre exemple ;
La pierre , le bois, le fer — tomber,
La pierre , le bois , le fer z^z corps , Donc , corps := tomber.
Il est bien évident que toute la force de ce raisonnement réside dans l'identité supposée ou vérifiée des deux termes de la mineure : une fois ce point obtenu , il n'y a plus d'objection à faire ; el la déduciioo n'offre pas plus de garanties et de rigueur.
Reste donc, pour expliquer l'induction . non plus à justifier la forme du raisonne?nent qui l'exprime, mais à découvrir l'origine du
principe sur lequel elle repose, principe qui légitime l'affirmation de la mineure.
Qu'on reproche maintenant à Aristote (l) d'avoir méconnu le rôle véritable de l'expérience, d'avoir imparfaitement distingué ce qui appartient à l'activité et ce qui appartient à l'entendement dans cette opération primitive de l'esprit : ce sont autant de critiques dont nous ne pouvons qu'admettre le fond , tout en nous réservant , le cas échéant , d'en discuter la portée. Mais qu'Aristote ait ignoré la vraie nature du raisonnement inductif; qu'il ne soit pas sur ce point tout aussi profond et tout aussi exact que dans le reste de sa logique, c'est ce qu'on ne peut admettre , après la lecture des passages oîi il en parle.
Cette exactitude dans la science du raisonnement par induction , ne l'a pas empêché d'être , dans la pratique, infidèle à ce moyen de connaître : s'il débute par les faits , il n'y voit presque toujours qu'un prétexte à hypothèse : les faits sont décrits avec toute la patience d'un observateur moderne , mais on n'y trouve presque pas de généralisations scientifiques ; en revanche, partout éclate la témérité des spéculations anciennes, des explications a priori : on dirait qu'il entasse des richesses vaines ; il semble que l'expérience ne peut lui donner que les faits , et jamais leur explication : en ce sens , je crois que Bacon a été supérieur à Aristote ; Bacon a mieux vu l'usage pratique de l'induction la plus haute et la plus générale. Si Aristote n'est guère sorti de la description ; au point de vue logique , il a laissé une théorie dont l'unique défaut est une obscurité qui résulte seulement de trop de concision et de profondeur.
(i) Voy. M. Barthélémy Sl-Hilaire, préface de la liaduction de la Logique â'ArmotCy tom. I. —Cf. Joseph de Maîstre.
Note B.
LIv. IV, chap. 2, pag. 181.
L'histoire confirme nos conclusions ; le péripaléiicien Dicéarqne avait écrit trois livres contre rimmortalité de l'ame ({) ; les corn mentaires d'Alexandre d'Aphrodise, de Thémisliiis, de Philopon et de Simplicius (2), nous apprennent que lel était le sentiment de toute rEcole(;]), les Pères de PEglise en font un de leurs textes d'accusaiion contre la philosophie ancienne, et contre Aristote en particulier (4i) ; Averroès et les meilleurs commentateurs arabes se rangent à ravis général : plus tard , en Italie, Pierre Pomponat, César de Crémone, Cisalpini et tous les principaux Péripatéticiens s'accordent pour nier l'immortalité de l'ame ; aussi Melchior Canus , l'un des plus célèbres théologiens du concile de Trente, se plaintil de ces dogmes empestés sur Tanéantissemeni de l'ame et l'absence de toute Providence- qui paraissent répandus dans toute l'Italie , s'il en faut croire le bruit public (5). Ajoutons, pour être justes envers Aristote, qu'Augustin Oregius, chargé par le cardinal Barberin , depuis Urbain 111 , de l'examen des œuvres du philosophe grec , con dut à le disculper ♦•mièrement des accusations (jui pesaient sur lui ; il a même publié sur la quoiion qui nous occupe, un ouvrage intilulé : Arislotelis vera de rationalis animœ immortalitate sententia.
(f) Cicer. Tiisculan. quœu. lib. I, cap. 3r. -Cf. Cicer. de Divin, lih. I, rap. 3. Plut, dcplacit. phiiosoph. lib. V, cap. i.— Laciauf. Divin, imliint lit). VU, cap. 7, 8, i3.
{•i) In bbr. de An. lib. I, cap. 3.
(3) u Le sage Platon qui parla si souvenl de rimmortalité de l'ame, ne put pas même parvenir à faire adopter cette vérité par son disciple Aristote.
Théodoret. Serm. V. De lanaime de Vhomme.
(4) Voy. F. Ravaisson. Essai ,nv la Métaphysique d'Arisiote , tom. II, quatrième partie, iiv. I, chap i.
(5) Melrhior Canus, lib. \. cap,
«orne. m-A (I). un sait au reste quAristoie avait exposé dans un dialo^^ue exotérique intitulé VEudeme , les preuves populaires de rimmortalité de l'ame (2). Ce fait ne détruit point ce que tious avons dit , el il est facile de l'expliquer : Aristote parlait seulement de la partie divine de nous mêmes.
xNoTE C.
Liv. IV, chap. :j, pa^. i80.
Je présente ici m recueil des principaux passages à l'aide desquels un pourrait sur ce point soutenir la thèse contraire à la nôtre; il suffit de la parcourir, pour en apprécier la valeur, ou eu trouver l'explication.
Meiaphys. lib. I, cap. ?..
Dieu parait être la cause et le principe de tout.
^fetaphys. lib. lil, cap. 4.
Comment , si toutes choses viennent de Dieu , y en a-l-il de périssables et d'impérissables ?
M Me. lib. X, cap. 9.
Il ne dépend pas de nous d'être vertueux par nature ; c'est un privilège que des hommes véritablement favorisés de la fortune, tiennent de quelque catise divine.
M. K lib. VU, cap. 9.
C'est quelque chose d'utile que l'amitié de l'homme et de la femme les étroits rapports qui unissent le père et le fils. Dieu el Phontme ' le bienfaiteur et l'obligé ; en général le supérieur à son inférieur. '
(I) Cf. Bayle, article Oreg.us. Voy. Cicer. Tu.culan. quœst. lib. I, cap. x3, 3 1. - Ici. De nat. Deor. lih. ,, cap, i3./.ac/a;./. Instit. Divin, lib. I, cap, 5.' — i-abricius, Bibl. grœc.
,.) Cicer. de Oivin. 1,1,. I, ,.,,. , ■,./.,„,„,*. ,„,„„, ,„, ^p^„,^„ ^^^^ ^^
Ihemisi de in, CI. «jo, b.
U. E. lib. VII, ,ap. ,0.
Eût-on reçu des bienfai.s considérables, si le .,,a.K,ue de ressources nous empêche seul de les reconnaître dig.un.en, , si nous nous > mn^es acquu.es dans la .nesure de nos forces, cela suffi.. Ces. a ns. .,..e Dieu prend en considéra.ion no.re impuissance , dans Teslime qu il fait de nos sacrifices.
W- /:. lil,. VII, ,ap. 14.
Il y a deux sortes de bonheur: le p.emier a quelque chose de divin ; celui qui es, heureux de la sor.e , es. , comme on le di, inspire par quelque divinité . e. Ces, à cei.e inspiration qu'il obéit.'
Po/. lil,. VII , ea|>. 3, § fi.
U condition de Dieu lui-même , et celle de l'univers entier uo seraient guère dignes d'admiration, si on les supposait destitués de toute action extérieure . et bornés à celle qui leur es, propre.
Pol. lib. VII, cap. 4, § 5
Une population extrêmement nombreuse ne saurait se prêle, ■', I établissement de l'ordre ; ce ne peu, être que l'œuvre de la puissance divine qui es, comme le lien e, le souiien de l'univers tout entier.
Economiques, rap. 3.
Dieu semble avoir, par une combinaison prévoyanie , destin I homme et la femme l'un à Pautre.
Poét. rap. 4, § ;.
C'est la croyance des hommes que les dieux voient tout.
Cf. le ^£^f Aoafxov.
Cicer. De nat, Oeor. lil,. n, cap, 3;.
Non: D.
(loNcusioN, pag. 199.
Pendant le moyen-àge, les Ethiques suivirent la foMune d-Arisiote elles paraissent n'avoir jamais éveillé d'une manière particulière l'attention de l'autorité ecclésiastique, ce qui s'explique par cette circonstance que les Pères des premiers siècles du Christianisme , avaient plus spécialement condamné les autres ouvrages de ce philosophe ; aussi le décret du cardinal Simon , donné à Paris la première année du règne de Clément IV (1265), permet-il la lecture de l'Ethique (1), bien qu'il ait précisément pour but de proscrire l'étude de la doctrine péripaléticienne. En 1452, nouveau décret (2) , plus favorable et plus explicite, bien que la fortune d'Aristote ne fut encore arrivée qu'à sa cinquième période, pour nous servir des divisions de Jean Delaunay (3), lequel dislingue huit périodes pendant lesquelles le crédit d'Aristote ne fait que grandir: voici les termes du décret : « Nullus admitfaïur ad liceniiam... nisi... quoque audiverii libres Morales , specialiler librum Ethrcorum quantum ad majorem partem. Ad hoc autem statutum quod pernecessarium est, adjicimus ut prœdicii libri audiantur non cursim et transcurrendo, sed sluHiose et graviter... Specialius autem mandamus quatenus ipsi scholares diligentius insistant melaphysicalibus lihris et moralibus addiscendis: alioquin in tentamine volumus et mandamus illos ut mereniur, repelli. « Eu 1521, l'autorité d'Aristote est toute puissanté, et dans la liste des propositions de Mai tin Luther, condamnées
(I) . Non legaiit ... lesl.v.s dichus, ...si ph.losophos el .l.elo.'.ros, » Ihicau», si placel el quaitum lopicoium..., ,.
lioulai, Hisi. de Wniveisitê de Pans, loni. JIJ, p. 82. ^2) Guitlelmi cardinalis Totavillai decrelum. (3) Jcai. I)elau..ay : f)e tarin Arntoielis forlima, rap. x i.
el
pos. .heolog. scholasnci Aris.o.elis monlia prorsus convenir, men..,. sunt cum Chris.f Pauliquo docina. - Has propoTi io 2-Jeorer et Talso scholas.ici. i.ponic .crip.or. .p/; Z !
riive r r t' ;;:rr'"^- •■ ^""" '^ ^^°"— ^ ^'"
creront !.. I h ' P"'" ''"' ''"' P'ofe^^eurs coDsa-
philo!,ophie , a exposer les Ethiques (1).
(0 « Horis po„.a,n.lia,M., ...nlessces libro., Ar,s,„„.li. ,,h.,„, ,,
xpouaiit.