NÉCESSITÉ DE LA GRACE DANS L'ORDRE SURNATUREL
23. Gomment établit -on que la grâce est nécessaire pour se préparer et se disposer positivement à la grâce?
Si rhomme pouvait se disposer positivement à la grâce par les seules forces de la nature, il y aurait proportion entre la nature et la grâce; et la grâce ne serait plus un don gratuit qui n'est point dû à la nature. Il faut donc dire, avec saint Thomas, que î'hoinme ne peut pas se préparer à recevoir la lumière de la grâce autrement que par un secours de Dieu qui le meuve intérieurement.
2A. Le juste peut-il, sans une grâce spéciale, persévérer jusqu'à la fin?
Il est de foi que le juste ne peut, sans une grâce spéciale, persévérer jusqu'à la fin , ou, ce qui revient au même, que la persévérance finale est un don particulier de Dieu.
25. De combien de manières peut -on envisager la persévérance?
De deux manières : en tant qu'elle est active, et en tant qu'elle est passive.
La persévérance active consiste à demeurer fidèle à Dieu par une coopération exacte à toutes les grâces actuelles. La persévérance pasHivp consiste dans la coïncidence de la mort avec l'état de grâce. .
La réunion de ces deux persévérances constitue ce don spécial, que Ton appelle persévérance finale , en raison d'un bienfait particulier.
26. Comment établit- on qu'un secours spécial de la grâce divine est nécessaire pour persévérer jusqu'à la fin dans la justice reçue ?
On l'établit : 1** Par l'enseignement de l'Église.
« Si quelqu'un dit que le juste, ou peut persévérer dans Injustice qu'il a reçue, sans un secours spécial de Dieu, ou qu'avec ce secours il ne le peut pas : qu'il soit anathème K :»
2** Par la sainte Écriture, qui en plusieurs passages nous apprend que la persévérance finale est un don de Dieu.
J'imprimerai ma crainte dans leur cœur, afin qu'ils ne se retirent point de moi^. — Celui qui a commencé le bien en vous ne cessera de le perfectionner jusqu'au jour de Jésus- Christ ^. — Ls Seigneur affermit les justes *. — Dieu est fidèle; il vous affermira et vous préser^jera du malin esprit *.
S^ Par la raison théologique. La grâce de la persévérance rend l'homme tellement ferme dans le bien, qu'il obtient inévitablement de mourir dans la paix du Seigneur. Or le juste, avec la
* Concile do Trente, Session A'I, canon 22. — * Jérém., xxxn. 40. — 3 p^i].^ i^ g, — * Pb. XXXVI, 17. — * II Thess^ m, 3.
grâce sanctifiante et les dons qui l'accompagnent, et même avec les secours ordinaires de la grâce, n*a pas cette fermeté qui lui permette d'arriver sûrement à sa fin dernière, à cause de l'ignorance, de la concupiscence et de la mobilité de la volonté. La grâce de persévérance est par conséquent un don spécial, ce don que le concile de Trente appelle le grand don de la persévérance.
27. Doit- on considérer comme un bienfait particulier de Dieu la mort des enfants baptisés avant Fâge de raison ou celle des pécheurs aussitôt après leur conversion ?
Oui, car, dans ce lieu de tentation, notre faiblesse est si grande, que notre salut éternel peut être mis en péril tous les jours.
Dieu Va enlevé, de peur que son esprit ne fût corrompu par la ma^ lice... Car son âme était agréable à Dieu : c'est pourquoi Dieu s'est hâté de le retirer du milieu de l'iniquité ^
28. Le don de la persévérance finale diffère-t-il de la confirmation en grâce?
Il n'en diffère pas essentiellement, mais d'une manière accidentelle, en ce que : 4* la confirmation en grâce n'est donnée qu'à un petit nombre de privilégiés, tandis que le don de la persévérance est donné à tous ceux qui quittent ce monde en état de grâce ; 2® la confirmation en grâce est accompagnée communément d'une grâce habituelle plus intense et de secours actuels plus abondants, qui, malgré de plus fortes tentations, rendent la victoire plus facile et plus douce en ceux qui sont confirmés qu'en ceux qui seulement persévèrent; 3» la confirmation en grâce préserve du péché mortel, ce qui n'a pas toujours lieu avec le don de persévérance.
29. L'homme justifié peut -il éviter, durant toute sa vie, tous les péchés, même véniels?
Non, il ne le peut sans un privilège spécial, tel qu'il a été accordé à la très sainte Vierge. Cette vérité est de foi catholique.