Quelles sont leurs principales objections
On ne peut admettre, disent-ils : 1« Que Dieu nous trompe, en nous faisant croire qu'il y a un corps et du sang, là où nos sens ne saisissent que du pain et du vin.
2^ Que des substances soient détruites sans que leurs apparences subissent aucun changement; et que des £^ccidents, des propriétés, existent sans un sujet auquel elles adhèrent.
30 Qu'un corps entier soit renfermé dans une petite hostie, et que ce corps puisse se trquver en même temps dans une multitude de lieu^ différents.
ip Que le corps d'un Dieu soit soumis à d'indignes profanations; etc.
69. Quelle réponse générale peut-on faire contre ces prétendues impossibilités V Quand un mystère lui est proposé , la raison humaine n'a pas
le droit d'exiger qu'on lui démontre que ce mystère est évi-»
deinment possible; si elle avait cette prétention, ce serait de sa part vouloir que rien ne la dépasse, qu'elle puisse tout comprendre : ce qui serait une folle arrogance.
Le dogme de Teucharistie ne serait donc inadmissible que dans le cas où Ton établirait, par de solides raisons, qu'il est évidemment impossible. Mais, pour faire cette démonstration, il faudrait connaître, et l'essence de la matière, et ce que peut sur la matière la toute-puissance de Dieu. Or, comme ces deux choses sont loin de nous être pleinement connues , que de fait le mystère de Teucharistie a été révélé, que des saints et des savants sans nombre y ont cru d'une foi invincible, on n'a aucune raison sérieuse de le révoquer en doute.
70. Que faut -il répondre à Tobjection tirée du témoignage des sens? Qu'il est faux que les sens soient trompés dans l'eucharistie.
ce Dans ce sacrement, dit saint Thomas, il n'y a nulle déception. Car il s'y trouve véritablement des accidents qui sont jugés par les sens; et l'entendement, qui a pour objet propre la substance, est préservé de la déception par la foi. » En d'autres termes, il appartient aux sens de percevoir les propriétés sensibles des corps, ou leurs accidents; mais non leur substance, qui est conçue par l'entendement seul. Or, dans l'eucharistie , les sens saisissent des choses qui existent réellement, savoir, les espèces; ils ne sont donc pas trompés. L'entendement, qui, sur le témoignage des sens, serait porté à juger que sous ces espèces il y a la substance du pain et la substance du vin , est préservé de cette erreur par la foi , qui lui enseigne que le pain et le vin ont été changés en la substance du corps et en la substance du sang de Jésus-Christ.
« La foi dit bien ce que les sens ne disent pas , mais jamais le contraire. Elle est au-dessus, et non pas contre, d (Pascal.)
71. Que faut -il répondre à Tobjection tirée des substances et des accidents?
Qu'il n'est pas impossible que des substances soient détruites sans que leurs apparences subissent aucun changement, ni que des accidents existent sans un sujet auquel ils adhèrent. La substance d'un corps, en effet, est réellement distincte de l'étendue de ce corps, c'est-à-dire de ses dimensions en longueur, largeur, épaisseur; distincte aussi des qualités sensibles qu'on nomme couleur, odeur, saveur, etc. Par conséquent, il ne répugne point que, par la puissance divine, la substance d'un corps soit détruite, et que son étendue et ses qualités sensibles existent sans cette substance à laquelle elles étaient naturellement inhérentes.