LE MÉRITE DE CONDIGNITÉ
pas imputée comme une grâce, mais comme une dette *. — Voilà que je viens bientôt; et j'ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres^. — Réjouissez -vous,,,, parce qu'une grande récompense vous est réservée dans les cieux^, — Chacun recevra son propre salaire selon son travail *. -— J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, fai gardé la foi. Reste la couronne de justice qui m'est réservée, que le Seigneur, juste juge , me rendra en ce jour ^,
2» Par renseignement de l'Église. M,
e Si quelqu'un dit que les bonnes œuvres d'un homme justifié sont tellement des dons de Dieu, qu'elles ne soient pas aussi le mérite de cet homme juste... : qu'il soit anathème^. »
3*^ Par le témoignage de la Tradition :
c L'homme est sauvé par les œuvres de justice, d (S. Basile.) — « Nous regardons comme précieuse la, couronne qui nous est acquise par nos combats. » (S. Irénée.) — « Le juste et le méchant seront récompensés selon qu'ils l'auront mérité ; celui-là recevra la couronne de sa patience et de sa résignation, et celui-ci le châtiment dû à sa méchanceté. » (S. Jean Ghrysostome.) — a La mort est comme le salaire du péché; de môme la vie étemelle est, avec raison, comme le salaire de la justice. » ( S. Augustin.)
69. En admettant les mérites du juste, ne fait -on pas injure aux mérites de Jésus- Christ?
Non, puisque, suivant le dogme catholique, nos mérites tirent toute leur valeur des mérites mêmes de Jésus-Christ.
70. La doctrine du mérite n'est- elle pas contraire à la gratuité de la grâce? Non, car : i^ nous savons que nos œuvres méritoires ne sont
telles que par la grâce ou un don gratuit de Dieu; 2<> si Dieu les récompense, c'est parce qu'il a bien voulu se faire notre débiteur, non pour avoir reçu quelque chose de nous, mais en vertu des promesses qu'il lui a plu de nous faire.
71. La vie étemelle étant une grâce, d'après saint PauP, peut- on l'appeler aussi une récompense?
Oui, car il est vrai de dire que la vie éternelle est tout à la fois une grâce et une récompense : elle est une grâce, parce que Dieu nous a destinés gratuitement à la gloire éternelle, qui dépasse l'exigence de notre nature; elle est une récompense, parce que Dieu l'a promise aux fidèles observateurs de sa loi.
* Rom., ir, 4. — ' Apec., xxii, 12. — ^ Matth., y,^ H. — ^ I Cor., in, 8. — " u ^inj ^ IV, 7, 8.— 6 Concile de Trente, Sess. VI, oan. 31. — ' Rom., xi, 5, G.
58 BU MÉhitE
Conditions requises pour le mérite,
73. Quelles sont les conditions requises pour le mérite de condignité ?
Il y a deux conditions requises du côté de celui qui mérite, deux du côté de Tœuvre méritoire, et une du côté de Dieu.
73. Quelles sont les deux conditions requises du côté de celui qui mérite ?
Il faut: 1*» qu'il soit viateur'^, c'est-à-dire encore sur la tertre, dans le temps d'épreuve. On ne peut donc mériter, ni en enfer, ni en purgatoire, ni dans le séjour de la gloire.
La nuit vient, où personne ne peut agir^. — Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous^,
2^ Qu'il soïiju^te, c'est-à-dire en état de grâce. L*homme privé de la grâce est l'ennemi de Dieu; or l'ennemi de Dieu ne peut mériter la vie éternelle, puisqu'il est digne de la mort éternelle.
Comme la branche ne saurait porter de fruit d'elle-même et sans demeurer unie au cep; il en est ainsi de vous, si vous ne demeurez en moi^. — Quand Je distribuerais tout mon bien pour noui^nr les pauvres, et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si Je n'ai point là charité, tout cela ne me servirait de rien*.
74. Quelles sont les deux conditions requises du côté de l'œuvre méritoire? Il faut : 1^ Qu'elle soit faite librement, exempte non seulement
de contrainte, mais même de toute nécessité; car il n'y a pas de mérite à faire ce qu'on ne peut s'empêcher de faire.
Ainsi Ta déclaré l'Église, en condamnant cette proposition de Jansénius : ce Pour mériter ou démériter, dans Tétat de nature tombée, on n'a pas besoin d'une liberté exempte de nécessité; il suffit d'avoir une liberté exempte de coaction et de contrainte. »
2° Qu'elle soit bonne à tous égards, et d'une bonté surnaturelle. L'œuvre doit donc être surnaturelle dans son principe, c'est-à-dire qu'elle soit faite avec le secours de la grâce actuelle; dans sa fin ou son motif, c'est-à-dire qu'elle se rapporte à Dieu comme auteur de l'ordre surnaturel. Si elle procédait, en effet, des seules forces de la nature, ou qu'elle fût accomplie par un motif naturel, elle ne serait pas proportionnée à une récompense surnaturelle.
Comme l'amour de Dieu est à la fois le motif le plus parfait et la condition de la vie éternelle, nous devons, en pratique, nous
» Viateur, du latin viator, voyageur. L« mot viateur s*applique à l'homme tant qu'il fait le voyage de la vie.
* Jean, Jx, 4.-3 Gai., vi, 10. — ^ Jean , xv, 4. — * I Cor., xiii, 3.