PRÉFACE XVII
et dont sa curiosité se repaît si avidement ! En vérité , rien que de pures vanités... Étudie les choses de ce monde, c'est le devoir de ton état , mais ne les regarde que d'un œil ; (jue ton autre œil soit constamment fixé sur la lumière éternelle. >
Ces témoignages peuvent être utiles au croyant pour lui faire apprécier l'incontestable supériorité de la science divine, mais Dieu lui-même a voulu nous apprendre qu'elle doit être le premier objet de nos méditations et de nos études. Il est sans doute le Dieu des sciences^ ; son Verbe illumine tout homme venant en ce monde* par la puissance intellectuelle dont chaque homme a été doué; toutefois il a plu à Dieu de ne nous révéler que ce qui a rapport à notre salut : le reste, il Ta livré aux recherches et aux disputes des savanis ^. Dès qu'il a créé l'homme, il le remplit des lumières de V intelligence,., et lui montre les biens et les maux*; il lui donne ses commandements et ses préceptes^, Adam transmet la science céleste à ses enfants. Les patriarches la méditent sous leurs tentes. Moïse en reçoit une révélation plus complète , que les prophètes inspirés ne cesseront de rappeler au peuple de Dieu dans le cours des siècles. Ce peuple, quand il n'est pas égaré dans les voies de l'iniquité, fait sa nourriture de la parole divine. Les justes d'Israël en font constamment le sujet de leur joie et de leur consolation. Que vos témoignages, Seigneur, sont admirables ! s'écrie David , c'est pour cela que mon âme les a étudiés. Vos paroles sont plu^ douces à mon cœur que le miel à ma bouche. Cest votre parole qui m'a consolé dans mon humiliation et m'a donné la vie^. Salomon , son fils , ne demande à Dieu que la sagesse , dont il
* I nois, II, s. — * JesQ, I, 9. — • Ecdl., m, 11. — * Eccll., xvn, 5, 6. — • Bccîl, XV, 15. — • Pi. CXVIIL
XVni PRÉFACE
fait le plus magnifique éloge. Mieuac vaut la sagesse que toutes les choses les plus précieuses, et tout ce qu'il y a de désirable ne peut lui être comparé^. L'homme sa^e est puissant, et Vhomme instruit est robuste et vigoureux^. Or il n'y a pas de sagesse sans la science de Dieu; car les insensés sont ceux qui avec la sagesse méprisent la doctrine'. Ils sont vides, ceux qui n'ont pas la science de Dieu*. Ils ne sont pas instruits, et leur cœur meurt de faim^ Leur folie sera la source de leurs malheurs. Celui qui rejette la sagesse et l'instruction est malheureux ; vaine est leur espérance, leurs travaux sont sans fruit et leurs œuvres inutiles^.
Lorsque parut le Verbe de Dieu fait chair, source de toute lumière, il proclama qu'une seule chose est nécessaire, acquérir la vie éternelle, et que la vraie science est de connaître le seul vrai Dieu et Celui qu'il a envoyé, Jésus^ Chrisf. Aussi son grand Apôtre déclare-t-il aux fidèles de Gorinthe qu'il n'a pas jugé savoir parmi eux autre chose que Jésus- Christ^.
Assurément saint Paul, qui avait été élevé à l'école du savant Gamaliel, et qui connaissait, comme le montrent ses écrits , les orateurs , les poètes et les philosophes du paganisme, n'entendait pas, en parlant ainsi, infliger mépris et condamnation à la science humaine , mais seulement à cette science qui enfle le cœur, qui n'est point vivifiée par la foi, à cette sagesse du monde que Dieu a convaincue de folie •.
Loin d'être l'adversaire des découvertes de l'esprit humain, l'Église les a toujours favorisées. « Toutes les branches de la science, aussi bien que les lettres et les arts, ont eu,
* ProT., vin, 11. — * ProT., xxiv, i. — ' Prov., i, 7.— ' Sag., xin, 1. — * Pror, x, 11. — • Sag., m, 11. — ' Jean, xvii, 8. — • I Cor., n, 2. — ^ I Cor., i, SO.
KIÉFÂGE XIX
dans les pontifes de Rome , ou d'insignes représentants j ou des Mécènes généreux , ou des gardiens vigilants , et cela même à des époques où les études étaient généralement négligées, les bonnes doctrines ensevelies dans Toubli, et où l'ignorance et la barbarie détruisaient jusqu'aux derniers restes de la sagesse antique '. > Mais , fidèle à l'Esprit de Dieu qui Tanime, l'Église met au-dessus de toutes les sciences celle de la foi. La science de la foi ! c'est elle qui a soutenu les martyrs dans leurs combats, qui a peuplé les déserts de ces prodigieux modèles de la pénitence chrétienne, qui a fait éclore dans le monde tant de vertus héroïques, qui a couronné d'une auréole immortelle le front des Pères et des Docteurs, qui a fait la gloire des universités, qui a civilisé le monde et le préserve encore contre les envahissements sans cesse renaissants du vieux paganisme.
L'Église remplit donc une mission éminemment salutaire en rappelant sans cesse aux chrétiens la nécessité de s'instruire le plus qu'il leur est possible, chacun selon ses moyens, des choses de la religion.
Oui, c'est là une nécessité pour tout chrétien, et Tune de ses premières obligations. Si chacun est tenu de travailler à se rendre habile dans la profession où il s*est engagé, si l'avocat doit étudier à fond la jurisprudence, l'homme de guerre l'art militaire , le négociant les règles du commerce, le chrétien, qui est obligé d'aimer Dieu et de croître dans son amour, ne doit-il pas s'appliquer à s'avancer de plus en plus dans la connaissance de Dieu, de ses perfections, des œuvres de sa puissance, de sa sagesse, de sa justice et de sa miséricorde; à pro-
* Discours de Sa Sainteté Léon XHI au sacré Collège , le 8 mai's 1880.