Qu*est-ce qui pousse les impies à nier Tenfer
C'est l'amour du vice.
« S'ils voulaient embrasser la vertu , ils seraient aussitôt persuadés qu'il y a un enfer, et se dépouilleraient de tous leurs doutes. » (S. Jean Chry-
SOSTOME.)
Objections contre l'enfer.
112. N'est-ce pas faire de Dieu un juge cruel que de supposer qu'il damne une pauvre créature pour un seul péché mortel ?
Le nombre des péchés du damné est ici chose accessoire. Dieu pardonne septante fois sept fois, c'est-à-dire indéfiniment, à quiconque se repent de ses crimes. Si quelqu'un est damné pour un seul péché mortel , c'est qu'il est mort volontairement dans l'impénitence finale , avec la connaissance et l'acceptation de toutes ses conséquences. C'est donc lui-même qui s'est damné, qui s'est fait son propre bourreau, en se riant de la justice de Dieu, en méprisant sa miséricorde.
113. Est -il possible qu'un Dieu infiniment bon laisse souffrir éternellement sa créature ?
La bonté de Dieu ne se sépare pas de sa sagesse et de sa justice. C'est parce qu'il est bon d'une bonté infiniment sage et juste, qu'il a laissé l'enfer se creuser pour exciter par là les hommes au bien et engloutir ceux qui ont méprisé son amour jusqu'à la dernière heure '.
114. Dieu ne devait -il pas pardonner après une expiation suffisante?
Le pardon n'est accordé qu'au repentir. Mais le damné ne peut pas et ne. veut pas se repentir. La mort Ta fixé dans le mal pour l'éternité. L'enfer est son centre d'attraction; il lui est aussi impossible de s'élever vers Dieu par un bon mouvement qu'à une pierre de monter d'elle-même dans les airs.
» < C'est l'éternelle justice qui m'a fait, et le premier amour , » dît Dante en parlant de l'enfer.
DE l'enfer 441
115. Pourqnoi Dieu ne laisse- 1- il pas an damné la liberté du mérite, et ne lui offre -t- il pas des grâces de conversion, comme il en offre au pécheur sur la terre?
Parce qu'il est très sage que le temps de l'épreuve soit limité à la vie présente. S'il y avait un second temps d'épreuve, il n'y a point de raison pour qu'il n'y en eût pas un troisième , un quatrième, etc. D'où il résulterait que le méchant pourrait indéfiniment se moquer de la justice de Dieu et fouler aux pieds son amour.
116. Mais pourquoi Dieu a-t-il créé des êtres dont il prévoyait la damnation?
Parce que, dans l'admirable plan de la création, leur sort est lié au bien universel.
Vouloir que Dieu ne crée point les damnés, c'est vouloir que Dieu ne crée point l'humanité dans laquelle un si grand nombre doivent jouir du bonheur éternel. Les hommes, en effet, descendent par génération les uns des autres; la damnation d'un certain nombre ne peut être empêchée que par la non-existence de leurs ancêtres. Vouloir que Dieu ne crée point les damnés, c'est vouloir qu'il ne manifeste point ses attributs de patience, de miséricorde et de justice, qu'il ne manifeste point les merveilles de sa grâce dans la sanctification des élus, au milieu des luttes qu'ils ont à soutenir contre les méchants. C'est vouloir, en un mot, que Dieu n'agisse point en dehors de lui-même.
La damnation est sans doute un mystère. Mais la Providence est suffisamment justifiée, dès lors que nous savons qu'elle veut le salut de tous les hommes, qu'elle donne à tous les moyens d'y parvenir, et que ceux qui se damnent se perdent uniquement par leur faute.