XVI VIE ET TRAVAUX DE HAHNBMANN
de savoir, d'expérience et de moralité qu'elle a droit d'exiger. Les différents services publics qui lui avaient été confiés, les succès d'une pratique étendue, les conilaissances aussi profondes que variées qu'il avait acquises dans les positions différentes où il s'était trouvé , tout devait lui faire présager un heureux avenir. Il renonça à tous ces avantages ! Par un actef de volonté dont sa vie offre de' nombretrx exeniples, il brisa son avenir en renonçant à la pratique de la médecine, revint à son ancienne pauvreté et à ce métier de traducteur, désormais son unique espoir et l'unique soutien de sa famille.
Où Hahnemann avait-il puisé les motifs d'une détermination si étrange et si peu raisonnable en apparence? La médecine n'avait plus sa foi. Pour lui, l'art de guérir était chose vaine et stérile dans sed promesses et ses résultats. Sa conscience se révolta à l'idée de i*ester attaché à une profession qui proisettait toujours un bien qu'elle ne donnait jamais. Par devoir et par dégoût, il l'abandonna donc. La Providence le récompensa avec usure d'avoir obéi au cri de sa conscience ; mats elle le soumit à de dures épreuves. Ainsi fait-elle avec ceux qu'elle conduit à de hautes destinées.
 dater de ce moment, tout le temps de Hahnemann ftit partagé entre les occupations de traducteur et les études de chimie auxquelles. son goût et ses succès rattachaient chaque jour davantage. Si ses travaux et ses découvertes, sous ce dernier rapport, lui avaient valu une réputation européenne , la fortune ne suivait pas un chemin aussi rapide que la renommée. Pour
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un homme chargé d'une nombreuse famille (Hahnemann eut de Henriette Kuchler onze enfants dont huit sont encore vivants) les soucis matériels entraînent avec eux de pénibles préoccupations. Gagner son pain à la sueur de son front, vivre aujourd'hui incertain des ressources du lendemain, s'imposer des privations et les imposer aux êtres qui nous sont le plus chers, est une Uen dure épreuve pour une âme élevée. Cependant^ cette douleur a ses allégements, lorsque ceux qui partagent notre destinée sentent notre peine ou la devinent , et par leur douceur et leur résignation, nous aident à en porter le fardeau. Hahnemann n'eut pas cette consolation. Henriette Kuchler ne comprit pas ses scrupules; longtemps elle le tturmenta de ses plaintes, le poursuivit de ses reproches et lui créa des obstacles de tout genre. Â tous ces. tourments d'intérieur, il opposa sans cesse une patience à toute épreuve, et chercha dans le travail et dans l'élude les seules consolations qu'alors il pouvait ambitionner. Ses travaux ne furent pas sans résultat. Il publia en 1792 à Francfort le premier cahier d'un ouvrage ayant pour titre VAmi de la santé ^ et l'année suivante, la première partie d'un Dictionnaire de pharmacie. Au même temps, il indiqua la véritable préparation du jaune de Cassel, si souvent employé dans les arts et dont jusqu'à lui la composition était restée un secret (1). •
Cependant, de gi*aves maladies attaquèrent ses enfants. Alors, ses doutes, ses scrupules fîu*ent à leur
(1) Vers la môme époque, Hahnemann a fait d'aulres publicalions d'un moindre intérêt.
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comble : le père tremblait pour la yie des siens, le médecio n'avait aucune confiance dans les ressources de Fart. Quelle cruelle incertitude ! Serait-il donc possible, se disait Habnemann, que la Providence ait abandonné Thomme^-^sa créature, sans secours certains contre la multitude d'infirmités qui l'assiègent incessamment? Il se posa cette question dans un moment bien solennel, dans le moment où la tendresse du père veille avec anxiété et prie avec ferveur , où toute prière est écoutée, où toute demande est répondue ; et alors il s'écria : « Non, il y a un Dieu qui est la bonté, la sagesse même, « il doit y avoir aussi un moyen créé par lui de guérir a les maladies avec certitude (1). i> Cet élan de son âme lui fiit comme une révélation. Il se mit à la recherche, convaincu qu'il trouverait ; et telle est l'origine de rhonaœopathie.
L'idée qu'il devait exister un moyen de giiérirles maladies avec certitude n'abandonna plus Hahnemann; et désormais , tout ce qui lui restera d'existence sera consacré à la solution de ce vaste et utile problème. « Pourquoi, se disait-il,'ce moyen n'a-1>-il pas été trouvé « depuis vingt siècles qu'il existe des hommes qui « se disent médecins ? C'est pai'ce qu'il était trop près « de nous et trop facile , parce qu'il ne fallait, pour y « arriver, ni brillants sophismes, ni séduisantes hypoa thèses.* Bien !... je chercherai tout près de moi où il
(1) Exposition de la doctrine médicale homœopathique, dans les Opasculesqui y font suite : Lettre sur r urgence éPune réforme en médecine y i^A^i.