‹ Exposition de la doctrine médicale homeopathiqueChapitre 60 sur 73 · LETTRE A UN HÉDECIIV DD HAUT RANG · texte numérisé non relu

LETTRE A UN HÉDECIIV DD HAUT RANG

SUR l'urgence d'une réforme en médecine (1).

Je ne puis résister , mon cher ami , au désir de vous dévoiler ma façon de penser tout entière et mes convictions, dont il y a longtemps déjà que j'ai envie de faire confidence au public.

Depuis dix-huilansje me suis écarté delà routebattue en médecine. C'était un supplice pour moi de marcher toujours dans l'obscurité, avec nos livres , lorsque j'avais à traiter des malades, et de prescrire, d'après telle ou telle hypothèse sur les maladies, des choses qui ne devaient non plus qu'à l'arbitraire leur place dansla matière médicale. Je me faisais un cas de conscience de traiter les états morbides inconnus de mes frères souffrants par ces médicaments inconnus (2), qui, en leur qualité de substances très-actives , peuvent, quand ils n'ont pas

(1) Publiée en id08, et adressée k Hufeland.

(2) Noos avons, sur le compte d'un grand nombre de médicaments, une foule de conjectures qui se croisent et que les faits réfutent à chaque instant, un fatras de renseignements physiques et chimiques; mais nos livres ne disent pas dans quels cas déterminés de maladies ils conviennent et procurent k coup sûr la gaérison. Ils nous sont presque toutk fait inconnus sous le point de vue, à proprement parler , médical.

le cachet d'une rigoureuse appropriation, que le médecin ne saurait leur donner, puisqu'on n'a point encore examiné leurs effets propres, peuvent si facilement, dis-je, faire passer de la vie à la mort, ou produire des affections nouvelles et des maux chroniques, souvent plus difficiles à éloigner que ne l'était la maladie primitive. Devenir ainsi le meurtrier ou le bourreau de mes frères était pour moi une idée si affreuse et si accablante que, dans les premiers temps de mon mariage, je renonçai à la pratique, pour ne plus m' exposer à nuire, et m'occupai exclusivement de chimie et de travaux littéraires.

Mais j'eus bientôt des enfants. Des maladies graves vinrent fondre sur ces êtres chéris , qui étaient ma chair et mon sang. Mes scrupules redoublèrent envoyant que je ne pouvais leur procurer un soulagement certain.

Où trouver des secours , des secours assurés , avec notre théorie des médicaments qui ne repose que sur de vagues observations , souvent même sur de pures conjectures , avec ces innombrables doctrines des maladies qui remplissent nos nosologies? Celui-là seul peut rester calme au milieu d'un pareil labyrinthe, qui croit sans examen tout ce qu'on a dit sur les vertus des médicaments , parce qu'il le rencontre dans cent volumes, qui regarde comme autant d'oracles non-seulement les définitions que nos pathologistes donnent des maladies , mais encore les prétendues cures de ces maladies d'après des vues arbitraires dont nos thérapeutiques sont remplies , qui n'attribue point les morts sur* venues dans sa pratique à son habitude de tirer pour ainsi dire à la cible en aveugle , qui ne voit pas qu'il

doit s'en prendre à rincertitude et au néant de son art, si entre ses mains les maladies aiguës s'aggravent et se prolongent, si les affections chroniques se montrent rebelles pour la plupart ; qui met le tout, mort et exaspération , sur le compte seul de Tincurabilité du mal , de la désobéissance du malade , ou d'autres petites circonstances semblables, et qui a la conscience assez large pour se contenter de pareilles excuses, pour continuer à combattre les maladies , qu'il regarde à travers le prisme de ses systèmes, avec des médicaments jusqu'ici inconnus , dont l'action n'est pas sans influence sur la vie et la mort.

Où donc trouver des secours certains? disait en soupirant le père accablé des -plaintes et des douleurs de ses chers enfants* Partout, autour de lui, ténèbres et désert ! point de soulagement pour son cœur oppressé !

Huit années de pratique exercée avec la plus scrupuleuse attention m'avaient déjà fait connaître le néant des méthodes curatives ordinaires. Je ne savais que trop , par ma triste expérience, ce qu'on devait attendre des préceptes de Sydenham et de F. Hoflftnann, de Boerhaave et de Gaubius, de Stoll, de Quarin, de Cullen et de de Haen.

Cependant peut-être est-il dans la nature même de la médecine , comme l'ont déjà dit plusieurs grands hommes , de ne pouvoir s'élever à un plus haut degré de certitude.

Blasphème , idée honteuse, m'écriai-je , en me frappant le front ! Quoi ! la sagesse infinie de l'esprit qui anime l'univers n'aurait pas pu produire des moyens d* apaiser les souffrances causées par les maladies, aux-

quelles elle a cependant permis de venir affliger les hommes !

La souveraine bonté paternelle de celui que nul nom ne pourrait désigner d'une manière digne de lui , qui pourvoit largement aux besoins même des animalcules invisibles pour nous , qui répand avec profusion la vie et le bien-être dans toute la création, serait capable d'un acte tyrannique, et n'aurait pas voulu que l'homme fait à son image pût , avec le souffle divin qui le pénètre et l'anime , trouver dans l'immensité des choses créées des moyens propres à débarrasser ses frères de soufh'ances souvent pires que la mort elle-même ! Lui , le père de tout ce qui existe, verrait de sang-froid le martyre auquel les maladies condamnent la plus chérie de ses créatures , et il n'aurait pas permis au génie de l'homme, qui cependant rend tout possible, de trouver une manière facile et sûre d'envisager les maladies sous leur véritable point de vue, et d'interroger les médicaments pour arriver à savoir dans quel cas chacun d'eux peut être utile , peut fournir un secours réel et assuré I

J'aurais renoncé à tous les systèmes du monde plutôt que d'admettre un tel blasphème.

Non ! ir^y a un Dieu, un Dieu bon, qui est la bonté et la sagesse mêmes ! 11 doit donc y avoir aussi un moyen, créé par lui , d'envisager les maladies sous leur véritable point de vue et de les guérir avec certitude , un moyen qui ne soit pas caché dans des abstractions sans Gn et (Jpms des hypothèses dont l'imagination seule fait les frais.

Mais pourquoi ce moyen n'a-t-il point été trouvé depuis vingt ou vingt-cinq siècles qu'il y a des hommes qui se disent médecins ?

C'est parce qu'il était trop près de nous et trop faeSe. c'est parce qu'il ne fallait pour y arriver ni brillants sophismcs, ni séduisantes hypothèses.

Bien , me dis-je ! Puisqu'il doit y avoir un moyen sûr et certain de guérir , tout comme il y a un Dieu , le plus sage et le meilleur des êtres , je quitterai le champ ingrat des explications ontologiques , je n'écouterai plus les opinions arbitraires, avec quelque art qu'elles aient été réduites en systèmes , je ne m'inclinerai plus devant l'autorité de noms célèbres ; mais je chercherai tout près de moi , où il doit être, ce moyen auquel personne n'a songé , parce qu'il était trop simple , parce qu'il ne paraissait point assez savant, parce qu'il n'était point entouré de couronnes pour les maîtres dans l'art de construire des hypothèses et des abstractions scolastiques. 11 ne pouvait convenir qu'à moi seul , qui ne voulais pas , pour complaire à un système, pour flatter un chef de secte , livrer mes enfants en danger à la mort que leur aurait préparée la pratique vulgaire. Aussi n'ai-je point tiré vanité du petit livre (la Médecine de l'expérience) dans lequel j'ai fait connaître ce moyen. Il suffisait à ma satisfaction de l'avoir trouvé, de l'avoir présenté à mes frères sous les formes * simples qui conviennent à la vérité , et de leur avoir ouvert une nouvelle route , autant qu'il était possible de le faire par écrit, c'est-à-dire sans démonstration au lit du malade dans un hôpital.

Quant à moi , voici de quelle manière je m'engageai dans cette voie nouvelle. Comment parviendrais-tu, me suis-je dit , à savoir pour quels états morbides les médicaments ont été créés ? Emploieras-tu expérimenta per mortes dans les maladies elles-mêmes ? Oh ! non ;

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les vingt-cinq siècles pendant lesquels on a suivi cette seule route , apprennent assez qu'elle ne conduit qu'à l'illusion^ et jamais à la certitude.

Tu dois, pensai-je, observer la manière dont les médicaments agissent sur le corps derhomme, quand il se trouve dans l'assiette tranquille de la santé. Les changements qu'ils déterminent alors n'ont pas lieu en vain, et doivent certainement signifier quelque chose ; car, sans cela, pourquoi s'opèreraient-ils ? Peut-être est-ce là la seule langue dans laquelle ils puissent exprimer à l'observateur le but de leur existence ; peut-être les modifications et les sensations qu'ils produisent dans l'organisme de Thomme en santé, où leur voix n'est point étouffée par celle des symptômes morbides, estelle la seule manière dont ils puissent révéler à l'observateur sans préjugés leur tendance spéciale, l'énergie positive et pure en vertu de laquelle ils agissent sm' le corps, c'est-à-dire détruisent l'harmonie qui constitue la santé, et la rétablissent quand elle a été troublée par la maladie !

Je me dis ensuite : comment les médicaments pourrjiient-ils produire ce qu'ils accomplissent dans les maladies, autrement qu'en vertu de cette propriété dont ils jouissent, de modifier le corps de l'homme qui se porte bien (1) ? Us ne sauraient assurément guérir que de cette manière.

(i) Celle propriété varie certainement dans chaque minéral, dont chacun, par conséquent, offre une série particulière de phénomènes, d'accidents et de sensations. Chaque genre de plantes doit^aussi avoir une action médicinale disliucte ; les espèces elles-mêmes doivent également différer entre elles, sous ce rapport, puisque la constance de leurs caractères extérieurs indique déjà que ce sont des êtres différents. LaProvi-

Mais si les effets que les médicaments produisent dans les maladies dépendent uniquement de la propriété en verlu de laquelle ils opèrent des changements chez r homme en santé, il s'ensuit que celui parmi les symptômes duquel on trouve l'ensemble des symptômes caractéristiques d'un cas morbide quelconque, doit avoir le pouvoir de guérir sûrement cette maladie, puisqu'il y a une très-grande analogie entre les accidents auxquels cette dernière donne lieu et ceux que lui-même provoque chez l'homme bien portant. Il s'ensuit, en un mot, que les médicaments ne peuvent guérir que des maladies analogues à celles qu'eux-mêmes ont l'aptitude de produire, et qu'ils ne déterminent que des effets morbides qu'ils ont le pouvoir de guérir dans les maladies.

Si je ne me trompe, continuai-je à me dire, il en doit être ainsi. Car autrement, comment serait-il possible que la fièvre tierce et la fièvre quotidienne dont j'ai obtenu la guérison radicale, il y a quelques semaines, parle moyen d'une ou deux gouttes de teinture de quinquina, offrissent des symptômes presque identiques avec ceux qu'hier et aujourd'hui j'ai observés sur moi-même, lorsque, par forme d'expérience, j'ai pris peu à peu, quoique bien portant, quatre gros de bon quinquina ?

Dès lors, je me mis à recueillir les accidents que les observateurs avaient vus de temps en temps résulter des médicaments introduits en certaine quantité dans

dence nous a donc dispensé abondamment les puissances curalives ! 11 ne fauldonc plus que 4es hommes assez sages , assez indépendants, pour secouer les chaînes du préjugé, et pour renoncer aux théories. Prends patience, humanité souffrante !

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Testomac d'hommes bien portants, et qu'ils avaient consignés sans intention dans leurs livres. Mais comme je n'obtenais ainsi qu'un bien petit nombre de renseignements, je commençai à essayer plusieurs substances médicinales sur des sujets en pleine santé, et je reconnus que les accidents qu'elles déterminaient correspondaient d'une manière surprenante à ceux des états morbides quelles étaient susceptibles de guérir facilement et sans récidive.

Je ne pus alors me dispenser de regarder comme une proposition incontestable qu il faut renoncer à toutes discussions ontologiques sur k maladie, sujet à jamais énigmatique, qu'il suffit à celui qui veut guérir de considérer chaque maladie comme un groupe de symptômes et de sensations, pour pouvoir l'anéantir sans résistance, à l'aide d'une substance médicinale capable de produire par elle-même des symptômes morbides analogues chez un sujet bien portant, sous la condition toutefois que le malade évite les causes appréciables de cettemaladie, si l'on veut que la guérison soit durable.

Je reconnus que cette manière d'envisager les maladies, en embrassant tous les symptômes qu'offre chaque cas particulier, était la seule exacte, la seule qui convînt pour la guérison, que les formes morbides admises dans nos nosologies, ces portraits construits avec des fragments détachés de ces disparates, ne devaient plus empêcher désormais que nous prissions une idée vraie des maux offerts par la nature au lit du malade, que les thérapeutiques ne pouvaient plus induire le médecin consciencieux en erreur, avec leurs indications curatives arbitrairement imaginées, et qu'on n'avait plus besoin de se perdre en discussions métaphysiques

et scolastiques sur F impénétrable cause première des maladies, cette marotte du rationalisme, qui n'a jamais conduit qu'à des méthodes chimériques de traitement.

Je reconnus que la seule manière de guérir était trouvée, sans nulle addition de la part des hommeS; sans le moindre vernis scientifique.

Mais celte route n'avait point encore été suivie ! Je fus obligé de m'y lancer seul, livré à mes propres forces, aidé de mes seules ressources. Je le fis avec confiance et succès.

Choisis les médicaments d'après les symptômes qu'une observation répétée t'a appris être produits par eux dans le corps de l'homme en santé, donne-les dans le cas de maladie qui t'offrira un groupe de symptômes compris dans la série de ceux que telle ou telle substance est capable de produire par elle-même, et tu guériras la maladie sûrement, tu la guériras facilement. En d'autres termes, cherche quel est le médicament qui, parmi les symptômes provoqués par lui dans le corps d'un homme bien portant, offre de la manière la plus complète l'ensemble de ceux que présente un cas présent de maladie, et ce médicament procurera la guérisoii avec certitude, avec facilité.

Cette loi que j'ai puisée dans la nature même des choses, je la suis déjà depuis bien des années, sans avoir jamais eu besoin de recourir aux méthodes de la médecine vulgaire. Depuis douze ans, je n'ai plus besoin de purgatifs pour évacuer la bile ou la pituite ; plus de tisanes rafraîchissantes, plus de résolutifs ou d'incisife, plus d'antispasmodiques, de calmants ou d'hypnoptiques, plus d'irritants ni de fortifiants, plus de diurétiques ou de sudorifiques, plus de rubéfiants et de

yésicants, plus desangsues ni de ventouses, plus de cautères^ en un mot plus de ces moyens que la thérapeutique générale des divers systèmes prescrit pour remplir dMmaginaires indications curatives. Depuis lors j'ai guéri uniquement d'après la loi de la nature que je viens d'énoncer, et dont je ne me suis pas écarté une seule fois.

£t quel a été le résultat? Il a été ce qu'il devait être. Je n'échangerais pas contre tous les biens les plus vantés de la terre la satisfaction que cette manière de procéder m'a procurée.

Dans le cours de ces recherches, qui ont exigé tant d'années, j'ai fait une découverte importante. J'ai reconnu qu'en agissant sur Thomme bien portant, les médicaments donnent lieu à deux séries opposées de symptômes, dont les uns paraissent aussitôt ou peu de temps après que la substance a été introduite dans l'estomac ou mise en contact avec une partie quelconque, tandis que les autres, entièrement contraires, se manifestent peu après la disparition des premiers. J'ai constaté, en outre, que le seul cas où les médicaments procurent un secours durable, est celui où il y a concordance entre les symptômes qu'ils déterminent pendant les premières heures de leur action sur l'homme sain et ceux de la maladie qu'on veut combattre, parce qu'alors cette dernière est anéantie avec une promptitude incroyable par la maladie très-analogue à laquelle la substance médicinale donne Kcu. C'est là ce que j'appelle la Méthode ciirative ou radicale, parce qu'elle seule guérit d'une manière durable, avec certitude et sans maux consécutifs.

D'un autre côté j'aii'econnu aussi, ce qu'il est main-

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tenant facile de prévoir^ qu'en suivant la marche inverse, qui est celle qu'adoptent ordinairement les écoles {contraria contrariis ciirenlur) , c'est-à-dire en opposant les effets primitifs des médicaments à des symptômes morbides contraires, par exemple l'opium à une insomnie habituelle ou à une diarrhée chronique^ le vin à une faiblesse invétérée, les purgatifs à un resserrement de ventre habituel, on n'obtient qu une guérison palliative, un soulagement de quelques heures seulement, parce que, ce laps de temps écoulé, arrive la seconde période de l'action médicamenteuse, qui amène le contraire de l'effet primitif, c'est-à-dire un état analogue à celui de la maladie qu'on veut combattre, et qui , par conséquent ne* fait qu'ajouter à celle-ci, que l'aggraver.

Toutes les fois qu'il arrive à la médecine ordinaire de combattre des symptômes par des médicaments (1)^ elle ne le fait jamais que d'après les règles consacrées par l'usage, c'est-à-dire d'une manière palliative. Jusqu'à présent elle ne connaît point le procédé curatif que je viens d'indiquer.

Mais cette découverte est tellement importante que, si on la mettait en pratique, l'expérience apprendrait bientôt à chacun qu'il n'y a qu'en appliquant les médicaments d'après la méthode curative similia similibiis, qu'on obtient un résultat durable, en très-peu de temps et à l'aide des plus faibles doses, tandis que la méthode palliative, suivie partons les médecins sans exception, ne peut soulager que pendant quelques heures, après

(1) En effet, outre sa pratique de modcTer certains symptômes, la médecine ordinaire en a beaucoup d'autres encore qui sont plus arbitraires el phis inconvenantes , s'il est possible.

quoi le mal reparait plus fort qu'auparavant, à moins que j ce qui arrive souvent^ le médecin ne donne quelques jours de durée à ce mieux momentané, enrépétant et augmentant chaque fois les doses. Mais, d'un autre côté, par ces hautes doses d'un médicament qui n'est point curatif et homœopathique, il provoque, comme effets consécutifs, de nouveaux états morbides, qui sont fréquemment plus difficiles à guérir que la maladie primitive, et qui assez souvent aussi se terminent enfin par la mort.

On voit, sans qu'il soit nécessaire d'insister là-dessus, que cette méthode palliative ne peut être d'aucune efficacité dans les maladies chroniques, et ramener à une santé parfaite ceux qui en sont atteints. Aussi l'expérience nous apprend-elle que jusqu'à présent nulle affection chronique n'a été guérie en peu de temps par la médecine, et que s'il arrive quelquefois aux malades de se rétablir, ce résultat tient à un changement heureux produit soit par l'activité spontanée de la nature, soit par un médicament convenable que le hasard avait glissé parmi ceux dont il a été fait usage, soit enfin par d'autres» circonstances fortuites.

Outre ces atteintes souvent irréparables que la méthode palliative porte à la santé des hommes, elle a encore l'inconvénient de consommer une incroyable quantité de médicaments dispendieux, qu'elle est obligée de prodiguer à des doses parfois énormes pour produire seulement quelque apparence de résultat favorable. Ainsi on a vu Jones employer à Londres cent livres de quinquina dans une année, et il est des médecins qui annu^Uementontbesoin de plusieurs livres d'opium.

C'est l'inverse précisément avec la méthode cura-

tive. Comme elle n'a besoin que de la plus petite excitation médicamenteuse pour éteindre promptement une excitation morbide analogue^ ses besoins en substances médicinales de bonne qualité se réduisent à si peu de chose, même pour celles dont elle use le plus, que je me fais scrupule d'en donner seulement une évaluation approximative, dans la crainte d'exciter par trop de surprise.

En suivant cette méthode, qui diffère de toutes les autres, qui leur est presque entièrement opposée, le médecin guérit avec une certitude surprenante les maladies chroniques même les plus invétérées ; et quand^ parmi les médicaments bien connus, il en trouve un qui leur convient parfaitement, c'est en un laps de temps dont le peu de durée dépasse toute croyance qu'il les guérit, sans laisser subsister aucune douleur, aucune incommodité.

Maintenant, si la principale, la seule mission du médecin est, comme je le crois, de guérir les maladies, de débarrasser ses frères d'une foule de maux qui les empêchent de goûter les jouissances de la vie, leur rendent souvent l'existence insupportable, et fréquemment mettent leur vie en danger, ou bouleversent leur raison, comment celui dans le sein duquel bat un cœur sensible, ou brûle la plus petite étincelle des nobles sentiments qu'inspire à l'homme le désir d'être utile à ses semblables, pourrait-il hésiter un seul instant à choisir cette méthode infiniment meilleure que toutes les autres, et à fouler aux pieds les croyances des écoles, eussent-elles même pour elles trois mille ans de date ? Les écoles ne nous enseignent point à satisfaire notre conscience en guérissant les hommes ; mais elles

nous apprennent ce qu'il faut faire pour se donner aux yeux du monde des airs de savoir et de profondeur. Il n'y a que l'homme sans énei^e qui regarde des préjugés nuisibles comme une chose sainte et inviolable, parce qu'ils existent : le vrai sage, au contraire, les foule joyeusement aux pieds, afin de faire place à la vérité éternelle, qui n'a pas besoin de la rouille du temps, des attraits de la nouveauté ou de la mode, et des déclamations de l'esprit de système, pour obtenir sanction.

Il fallait que quelqu'un ouvrit enfin la lice, et je l'ai fait.

La voie est frayée aujourd'hui. Tous les hommes de conscience peuvent la suivre.

Mais si cette méthode que la contemplation calme de la nature et le mépris des préjugés consacrés m'a fait découvrir, est en contradiction directe avec tous les dogmes de nos écoles, comme autrefois les prédications lancées par Luther du haut de la chaire de Wittenberg l'étaient avec l'esprit de la hiérarchie sacerdotale, la faute n'en est ni à mes vérités ni à celles de Luther (1).

Réftitez-les, ces vérités, si vous le pouvez, en fai-

(1) Le peu de positif qu'il y a dans le nombre immense des ouvrages de médecine consiste dans la cure découverte par hasard de deux ou trois maladies produites par un miasme qui reste toiiyours semblable à lui-même, la Âèyre intermittente automnale des marais, le mal vénérien et la gale des ouvriers en laine. On pourrait y joindre encore cette grande découverte fortuite de la préservation de la variole par la vaccine. Or , ces trois ou quatre cures ne s'opèrent qu'en i^rtu de mon principe «imi/ia simUibtis. La médecine n'a rien autre chose de positif à nous offrir depuis les temps d'Hippocrate ; la guérison de tous les autrès maladies lui est restée inconnue.

sant connaître une méthode curative plus efficace encore, plus sûre et plus agréable que la mienne ; ne les réfutez pas par des mots, dont nous n'avons que trop déjà.

Mais si Texpérience vous prouve, comme à moi, que ma méthode est la meilleure, servez-vous-en pour guérir , pour sauver vos semblables, et faites-en honneur à Dieu.

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