‹ Exposition de la doctrine médicale homeopathiqueChapitre 62 sur 73 · SUR LES TROIS MÉTHODES ACCRÉDITÉES · texte numérisé non relu

SUR LES TROIS MÉTHODES ACCRÉDITÉES

DE TRAITER LES MALADIES (i).'

La véritable cure des maladiesneparaissant pas avoir été trouvée encore, il n'y a jusqu'à présent que trois méthodes de traitement reçues; la cure du nom, celle du symptôme et celle des causes.

§ I". Cure du nom. Cette méthode est la plus commode de toutes, celle qui depuis l'antiquité la plus reculée a compté le plus de partisans. Le malade a-t-il la goutte, donnez-lui de l'acide sulfurique ; le remède du rhumatisme est le mercure ; le quinquina convient dao^ la fièvre intermittente, le simarouba dans la dyssenterie, la scille dans l'hydropisie. Ici le seul nom de la maladie prétendue sufiit pour déterminer l'empirique à employer un moyen dont une expérience grossière et non concluante a cru parfois remarquer les bons efiPets dans des maladies qu'on appelait sans plus de façon goutte, rhumatisme, fièvre intermittente, dyssenterie, hydropisie, ot qu'on ne décrivait pas d*une manière exacte, qu'on ne distinguait pas non plus soigneusement d'affections semblables.

(i) Publiées ou 1S09.

Cependant les insuccès par trop fréquents de cette pratique routinière, qui a quelque chose de trop repoussant pour que je puisse m'y arrêter longtemps, déterminèrent de temps en temps ses partisans les moins aveugles à chercher plusieurs remèdes pour chaque nom de maladie. Les observations grossières de la médecine domestique, oracles des anciens antidotaires, ou des spéculations fantastiques, étaient la source impure à laquelle cette méthode puisait abondamment ses remèdes.

On disait alors : si A ne produit rien, prenez B, et si celui-là non plus n'a aucun eflPet, vous pourrez choisir parmi C, D, E, F et G, H et K m'ont souvent été d'un puissant secours. D'autres vantent par-dessus tout J et L. J'en connais qui ne tarissent point dans les éloges qu'ils prodiguent à M, U et Z, à N, R ou T. S etX ne seraient pas non plus à dédaigner dans cette maladie. Tout récemment un Anglais a prétendu qu'il n'y avait rien de meilleur contre elle que Q ; je l'essayerai à la première occasion.

Combien de fois, dit un autre praticien, ne m'est-il pas arrivé jadis de guérir la fièvre intermittente avec le quinquina? Cependant, depuis quelques années, il s'estofifert à moi un grand nombre de cas dans lesquels ce moyen a échoué. Une fièvre intermittente contre laquelle l'écorce du Pérou avait été employée pendant longtemps en vain, je dirais même presque avec inconvénient pour le malade, a été rapidement guérie par une de mes voisines à l'aide d'une infusion de camomille. Un de mes confrères prétend avoir fait cesser par une couple de vomitifs deux fièvres intermittentes qui n'avaient voulu céder ni à ccttelisane de camomille, ni au quinquina à très-fortes doses. J'ai suivi son exem-

pie dans les cas où ces deux derniers remèdes ne produisaient rien^ mais les vomitife n'ont pas eu non plus de résultat : il me vint alors à F idée de recourir au sel ammoniaC;^ et mon malade guérit. Cependant il m'est arrivé aussi de ne rien obtenir du sel ammoniac, après avoir vainement mis en usage le quinquina, la camo* mille et les vomitifs. J'avais lu quelque temps auparavant que la racine de gentiane et la noix vomique réussissaient qiielquefois dans la fièvre intermittente; jelea essayai donc. La gentiane eut du succès dans deux cas, et la noix vomique dans trois autres, où la gentiane et les moyens précédents s'étaient montrés inertes. On prétend que la belladone guérit très-bien aussi la fièvre intermittente, lorsque tous les autres remèdes sont insuffisants, et l'on a dit la même chose du poivre d'Espagne, de la poudre de James, du calomélas. L'écorce du marronnier dinde jouit également d'unegrande célébrité, mais je n'ai pas beaucoup de confiance en elle,, sans trop savoir pourquoi. Nous savons, que l'opium est parfois une précieuse ressource. Mais dernièrement j'ai rencontré unefièvre quarte dont un robuste paysan était tourmenté depuis déjà dix-huit mois, et qui avait résisté à tous les moyens imaginables ; à ma grande sui*prise, elle fut guérie par quelques gouttes de teinture de fève Saint-Ignace, qu'un professeur étranger avait envoyées au malade. Enfin je ne dois pas taire entre nous qu'il est des fièvres intermittentes contre lesquelles moi et mes confrères avons épuisé tout notre art, que le bourreau guérit quelquefois avec des gouttes rouges, contenant à coup sûr de l'arsenic, quoiqu'on puisse citer aussi un assez grand nombre de fiévreux que ce remède a rendushydropiques, ou même a fait descendre

au tombeau. Tant la fièvre intermittente est parfois capricieuse et opiniâtre!

Âmi! ne vois-tu donc pas que c'étaient là des fièvres intermittentes diverses, ou plutôt des maladies typiques entièrement différentes les unes des autres? Quand bien même il se pourrait qu'une fièvre intermittente fût opiniâtre et capricieuse, pourquoi se montrerait-elle si facile envers tel ou tel remède ? Ne t'aperçois-tu donc pas qu'il y a plus d'une fièvre typique, qu'il y en a peut-être de vingt sortes, qu'un empirisme stupide a jetées dans un même moule, les donnant ensuite pour une seule espèce, et voulant les guérir toutes par un seul moyen, tandis que chacune exige un remède particulier, sans que, pour cela, on soit fondé à dire que la maladie a des caprices ou de l'opiniâtreté !

Oh! le médecin praticien n'a ni le temps ni le loisir de faire des distinctions si délicates entre maladies qui se ressemblent, et de chercher des médicaments appropriés à chacune. Quand le malade nous dit qu'il y a une fièvre intermittente, nous lui donnons d'abord un ou deux vomitifs; si son état ne s'améliore pas, si même il empire, nous lui faisons prendre le quinquina ; si le quinquina ordinaire, ni le quinquina royal à hautes doses, ne procurent point la guérison, nous administrons...

Ainsi, vous donnez sans choix, en aveugles, une substance après une autre, jusqu'à ce que vous rencontriez la bonne ! Cependant vous n'agissez ainsi qu'aussi longtemps que vous le permettent la patience, la bourse et la vie des malades. Votre serviteur, monsieur le docteur !

Voilà d'où sont provenues ces longes colonnes de

médicaments simples, qu'on dit être tous indistinctement propres à guérir un malade.

C'est avec cest listes de drogues que les médecins élégants, pour se donner un vernis de rationalisme, tout en sacrifiant à l'empirisme le plus grossier, ont fabriqué leurs recettes composées. Pour cela, ils ont pris au hasard trois, quatre, cinq ou six des substances dont leurs manuels indiquent les noms aux articles fièvre intermittente, hydropisie, etc., et, à l'aide d'un sirop ou d'une eau distillée, ils ont fait du tout un mélange conforme aux règles de l'art. Ce n'est toujours là qu'une guerre contre des noms de maladies, mais bien plus méthodique, et avec plus d'armes à la fois. Si l'un des ingrédients du mélange ne produit rien, il faudra bien qu'un autre opère. Dès lors chacun craignit de passer pour un ignorant en ne prescrivant qu'un seul remède à la fois (1). L'empirisme ne pouvait pas aller plus loin, ni la raison tomber plus bas.

§ II. Cure du symptôme. Cependant, l'impossibilité de trouver des remèdes certains pour des noms vagues de maladies, détermina quelques médecins plus consciencieux que les autres à mieux étudier ces dernières. On sépara les unes des autres celles qui paraissaient être dissemblables ; on rechercha les points de contact que beaucoup d'entre elles ont ensemble, et celles qu'on crut être les plus affines, furent distribuées

(i) Rien, dans la nature, n^est moins connu et n'a été moins étudié que les vertus des médicaments. Espère-t-on donc parvenir à les connaître autrement qu'en les employant seul à seul? ou bien imaginerait-on qu'une seule drogue qui conviendrait serait moins puissante contre une maladie qu'un mélange de plusieurs substances agissant en sens inverse les nnes des autres?

en classes^ ordres, genres et espèces soit d'après Fanalogie de leurs causes occasionnclles^des fonctions qu'elles lésaient, ou du siège qu'elles occupaient dans le corps, soit d'après les nuances du ton de la fibre, soit enfin d'après un ou plusieurs symptômes communs.

Par cet aperçu historique des affinités et dissemblances apparentes, on espérait nous faire mieux connaître la nature des innombrables maladies, et nous persuader que nous en savions assez sur leur compte pour pouvoir procéder de suite à leur traitement. Quelques-uns, les pathologistes ordinaires, cherchaient leur salut dans les généralisations ; d'autres, les nosologistes, dans les subdivisions.

Cependant, ces tentatives ne furent heureuses, même entre les mains d'un Vogel ou d'un Wichmann, qu'autant qu'elles tendaient à faire connaître la marche de quelques maladies épidémiques reparaissant souvent avec des caractères assez bien déterminés, ou des affections endémiques portant un cachet de fixité, ou enfin des maladies provenant d'une cause évidente, comme les accidents produits par certains poisons, tels que le plomb et la vapeur du charbon, ou l'infection par des miasmes toujours identiques, telle que la syphilis et la gale, quoique, même dans ces cas-là, il se présentât des différences échappant à la description, qui changeaient souvent tout à fait la face des choses.

Quant aux autres maladies, par exemple les hydropisies, les exanthèmes chroniques, les ulcères, les flux de sang et de mucosité, les innombrables nuances de douleurs, les fièvres hectiques, les spasmes, les affections dites nerveuses, etc., comme, malgré certaine analogie qu'on remarquait aussi entre elles, elles diffèrent

néanmoins les unes des autres, sous le rapport de leurs autres symptômes, à tel point que, dans la plupart des circonstances, chaque cas morbide doit être considéré comme un individu à part, toutes les descriptions générales qu'on en pouvait donner, non-seulement étaient inutiles, mais encore induisaient en erreur.

Je ne prétends pas révoquer en doute les services que les nosographes ont rendus à la science, et je me borne à rappeler qu'ils n'ont pas été beaucoup plus heureux dans la curation des maladies que ceux qui traitaient ces dernières d'après leurs noms (1).

Ce furent eux principalement qui, après avoir perdu l'espoir d'arriver à la découverte du remède par la description de la maladie, imaginèrent d'adapter à chaque série des maux groupés dans leurs cadres, un plan de traitement applicable à tous ceux qu'elle renfermait, c'est-à-dire des méthodes curatives fondées sur des indications générales, et mises en pratique avec des moyens généraux. Les saburres du canal alimentaire indiquent les évacuations par haut et par bas ; la chaleur exige des rafraîchissants ; les flux demandent des styptiques ; la putridité, des antiseptiques ; les douleurs, .des anodins; la faiblesse, des fortifiants; les

[i ) La description, même la plus exacte et la plus conforme à la nature des maladies même les plus constantes, comme les endémies, ne donne jamais le nom du remède. Quelque fidèle que soit le portrait de lapellagre^du 7aws,dusibbens,du pian, du radesyge, de la plique, etc.^ il ne dit pas un mot du spécifique qui peut guérir ces maux d'une manière prompte, sûre et radicale, et qui, caché encore dans le sein de la nature, se dérobe à nos regards. Qu'attendre, d'après cela, quant àPindication du moyen curalif, des descriptions générales de maladies qui sont moins constantes, plus vagues et moins fréquemment semblables à elles-mêmes?

468 T&OIS MÉTHODES AGCaÉDlTÉES DE TRAITEMENT.

spasmesy des calmants; la constipation, des laxatifs; la suppression d'urine, des diurétiques; la sécheresse de la peau, desdiaphorétiques. Ce fut alors que, d'après une interprétation souvent forcée des données de Texpérience, on inventa les évacuants, les rafraîchissants, les antiseptiques, les anodins, les fortifiants, les antispasmodiques, les apéritifs, les diurétiques, les sudorifiques. Dès ce moment la thérapeutique se trouva tout d'un coup établie. Pour la compléter on y ajouta quelques autres genres de remèdes propres à combattre des symptômes fréquemment imaginaires, tels que les incisifs, les dissolvants, les atténuants, les involvants, etc. Je ne sais lequel des deux empirismes on pouri*ait préférer à Tautre, le traitement du nom de la maladie ou celui du nom de quelques symptômes. Quoi qu'il en soit, cette méthode avait beaucoup plus d'attrait pour les demi-savants, elle se présentait plus que la plupart des autres sous les dehors du rationalisme ; aussi futelle généralement adoptée par tous ceux qui voulaient se faire regarder comme de vrais et savants médecins. De toutes les fausses méthodes curatives, c'est aussi celle-là qui durera le plus longtemps , parce qu'elle n'oblige pas à penser et réfléchir beaucoup. Il est très-flatteur pour celui qui l'adopte d'avoir, ou du moins de passer pour avoir la puissance de provoquer la sueur ou les urines, d'apaiser les douleurs^ d'exciter, de relâcher, d'inciser, de révulser, de fortifier, de rafraîchir ; ici de suspendre les spasmes, là d'arrêter la putridité ; et le tout d'après les ordres qu'il donne aux cohortes de ses médicaments. Mais le praticien sait combien il lui arrive souvent de ne pas pouvoir exécuter toutes ces choses, et d'être trompé dans son attente

par les médicaments que ses maîtres lui marquent du cachet de moyens généraux.

Admettons qu'il y ait en eflFet des moyens généraux capables parfois d'exciter certainement la sueur , de pousser à coup sûr aux urines , de calmer manifestement les douleurs , de fortifier , résoudre , purçer ou faire vomir sans jamais y manquer, d'exercer une puissante action incisive sur la pituite, de rafraîchir dans tous les cas, d'éteindre tous les spasmes, d'arrêter tous les flux trop copieux , de transporter sans inconvénient les congestions d'un point sur un autre où elles offrent moins de danger ; quand bien même tous ces effets auraient lieu , la maladie serait-elle guérie pour cela ? Oh! non ! elle ne le serait point dans la majorité des cas. On aurait produit un résultat évident, mais on n'aurait pas rétabli la santé , qui est cependant- le but qu'on se propose.

Le médecin , avec son opium , apaise la toux et les douleurs de poitrine pour quelques heures ; mais la toux douloureuse n'en revient que plus terrible après. Avec la même substance, il procure un lourd sommeil ; mais en se réveillant, le malade n'est point rafraîchi , l'insomnie et l'anxiété ne font qu'augmenter ensuite. De tout cela le médecin ne prend aucun souci; il augmente la dose du palliatif, ou se contente d'avoir montré qu'il peut calmer la toux et faire dormir , dût le malade s'en trouver plus mal, dût-il même en périr. Fiat jitstitia et pereat mundus.

Voilà une hydropisie : l'urine coule peu abondamment : le docteur veut en rendre l'émission plus copieuse. La scille se trouve placée en tête de son piquet de diurétiques. Heureusement , elle détermine sur-le-

champ la sortie d'une grande quantité d'urine; mais , malheureusement, sous l'influence prolongée de ce médicament, l'urine va toujours en diminuant de plus en plus. Il survient des symptômes d'inflammation et de gangrène; l'anorexie, la débilité et l'agitation augmentent avec l'enflui'e. Quand tout est devenu inutile, le docteur laisse mourir tranquillement son malade , satisfait d'avoir montré qu'il a le pouvoir de faire couler l'urine pendant quelques jours.

La scille a été employée des milliers de fois comme diurétique, sans qu'on se soit jamais aperçu qu'elle ne l'est qu'à titre de palliatif. Mais combien il est rare qu'elle ait guéri l'hydropisie ! Tout au plus a-t-elle produit ce résultat quand la maladie tenait à une suppression des règles.

Le médecin appelé près d'un malade le juge atteint d'une affection gastrique; il le purge et repurge. Mais la fièvre augmente, un goût putride se développe dans la bouche, l'haleine et les excréments deviennent plus fétides, le blanc des yeux plus jaui>e, la langue' plus chargée et plus brune, les idées s'embrouillent, les lèvres tremblent, un assoupissement soporeux remplace le sommeil, etc. Le médecin voit avec regret son malade marcher d'un pas rapide à la mort, mais il s'applaudit d'avoir en sa puissance les moyens d'expulser vigoureusement les saburres. Qu'avez-vous, dit-il, à un autre? J'ai été cruellement tourmenté, on dimit que ma tête va s'ouvrir tant elle est douloureuse, j'éprouve des spasmes dans F estomac, et il me remonte sans cesse de la bile jusqu'à la bouche. Vous pourriez bien être menacé d'une fièvre bilieuse, prenez de suite ce vomitif. Le malade rend des flots de bile, il a vomissements

• sur Yomissements : il ost sur le point d'exhaler Tâme, le voile de la mort semble s'étendre sur ses yeux, et une sueur froide inonde tout son corps. J'ai fait ce que je devais , dit en lui-même le médecin, j'ai cherché à évacuer la mauvaise bile.

n en serait de même si nous parcourions la liste entière des moyens généraux. Le cher docteur fait beaucoup, mais ne fait pas ce qu'il doit; il produit des effets évidents, mais rarement procure la santé.

L'expérience, s'il voulait écouter ses leçons, pourrait mille et mille fois lui apprendre qu'il lui suffît, dans l'hydropisie, de faire cesser la disposition morbide pour que la sérosité s'écoule d'elle-même par des voies que la nature sait choisir mieux que personne, et qu'il est aussi rare d'obtenir la guérison parle seul emploi des diurétiques et des purgatifs que par celui de la ponction ; pour que le malade guérisse, il faut qu'un hasard heureux fasse que l'évacuant soit en même temps le remède propre à éteindre la maladie de laquelle l'hydropisie dépend.

La même expérience pourrait lui ens^gner que nulle douleur ne cesse d'une manière durable si ce n'est par l'application d'un remède convenable à la maladie qui la provoque ; qu'il est très-rare par conséquent que l'opium apaise sans retour les douleurs, parce qu'il est rare que cette substance soit le véritable remède de la maladie qui leur donne naissance.

Il ne sait pas, parce qu'il veut bien l'ignorer, que l'opium est le remède par excellence des maladies les moins douloureuses et où il y a le plus de propension au sommeil. Il fait parade du pouvoir qu'il a d'endormir les douleurs pour quelques heures, mais les conséquen-

472 mois MÉTHODES ACCEÉDITÉES DE TRAITEMENT.

ces, il ne s'en inquiète point. Nil nid quod ante pedes est.

Dans les cas où ses vues étroites lui faisaient croire à la nécessité d'évacuer de pleins baquets de mucosités et de matières alvines, par toutes sortes de vomitifs et de purgatifs, une seule goutte de teinture d'arnica suffit pour enlever, souvent en deux heures, la fièvre, le mauvais goût dans la bouche et les coliques, pour nettoyer la langue, et pour ramener les forces au point où elles étaient auparavant.

Mais les révolutions de bile à la suite d'un accès de colique ou de chagrin, comment les enchaîner, si l'on n'expulse pas cette humeur par le vomissement ? Aveugle que vous êtes ! une seule dose, une quantité inappréciable du médicament approprié procurera un calme parfait avant que vingt-quatre heures se soient écoulées, et sans qu'il sorte du corps un seul atome de bile : le malade n'est point mort, comme il le serait après avoir pris votre vomitif; il est guéri.

Combien de fois n'abuse-t-on pas de la saignée etdu nitre contre des symptômes de chaleur ! Mettez de côté vos tempérants, qui abrègent la vie, guérissez par un moyen approprié à la maladie de laquelle dépend l'accélération du pouls, et la chaleur cessera d'elle-même. Cependant, je vois qu'il ne s'agit pas pour vous de guérir la maladie, mais seulement d'apaiser la chaleur. Alors ouvrez les grosses artères jusqu'à l'écoulement de la dernière goutte de sang ; par là vous arriverez plus sûrement et plus complètement à votre but !

Voilà ce qui arrive toujours avec vos moyens généraux. Ils servent à vous montrer quelquefois sous les dehors d'un puissant médecin , mais il est rare que celui

TROIS MÉTHODES AGCaÉDITÉES DE TRAITEMENT. 473

qui guérit lentement et péniblement, leur doive sa guérison.

Mais les cas sont fréquents aussi où les moyens généraux ne produisent pas ce que vous exigez d'eux. Combien de fois n'arrive-t-il pas que vos antiphlogistiques augmentent l'inflammation, que vos fortifiants accroissent la faiblesse, que vos évacuants exaspèrent les symptômes des saburres du canal alimentaire, que vos résolutifs rendent le mucus plus abondant et la dureté du bas-ventre plus grande, que vos calmants donnent plus de vivacité aux douleurs, que vos révulsifs impriment plus d'activité aux congestions, que vos diaphorétiques rendent la peau plus sèche, et vos diurétiques l'urine moins abondante encore!

Et comment se fait-il que, dans les cas même où, avec leur secours, vous parvenez à supprimer pour quelque temps tel ou tel symptôme, à provoquer telle ou telle évacuation, la maladie prend cependant une plus mauvaise tournure ? N'ai-je donc pas raison de dire que ces moyens n'étaient pas ceux qui convenaient pour la guérir ?

Ainsi l'homme qui ne sait pas nager s'épuise en efforts mal combinés de ses bras et des jambes, qui ne font que l'enfoncer plus vite.

Cependant la médecine ordinaire ne pousse même pas la sollicitude jusqu'à descendre aux détails des symptômes. Quand nous avons passé les premières années de la pratique, années bien dures où l'on se torture l'esprit pour trouver ce qui convient le miedx aux malades, et où la conscience conserve encore le droit de se faire écouter, quand nous sommes un peu au fait de la routine, alors c'est un vrai plaisir d'être médecin.

II ne s'agit plus que d'avoir un air suffisant, une voix de ténor qui commande le respect , l'art de bien gesticuler avec les trois premiers doigts de la main droite ; en un mot quelque chose de grave dans toute sa personne, pour posséder tout le savoir-faire du routinier, cet art divin que nul précepte ne peut enseigner. On conçoit bien d'ailleurs que les détails de la toilette, de l'ameublement, de l'équipage et du domestique doivent être en parfaite harmonie avec le reste.

Ces minuties ont beau absorber toutes nos facultés pendant les vingt-quatre heures de chaque jour, nous n'en sommes que plus heureux comme médecins. Entre nous soit dit, notre pratique entière repose sur deux ou trois innocentes mixtures déjà connues dans les pharmacies, deux ou trois poudres composées, qui s'appliquent à tous les cas, une précieuse teinture nervine et fortifiante, quelques juleps et une couple de pilules, les unes purifiantes, les autres apéritives ; mais nous nous en trouvons fort bien. Mes chevaux couverts de sueur s'arrêtent à la porte de N ; respectueusement soutenu par les domestiques, je descends de voiture avec l'empressement d'un homme qui apporte le salut, mais toutefois avec dignité et d'un air grave. Déjà l'on a ouvert les deux battants de la porte qui mène à la chambre du malade; les assistants, muets, la tête baissée, la vénération, la confiance et la prière peintes dans les traits, s'empressent de conduire le sauveur vers le lit. Comment avez-vous passé la nuit, mon cher ? voyons votre langue. . . et votre pouls. On cessera la poudre que j'ai prescrite hier ; cette potion sera prise toutes les demi-heures, alternativement avec ces pilules, après quoi on donnera ce julep. Aspirer lente*

ment une prise de tabac, prendre sa canne et son chapeau, faire à chacun une salutation proportionnée à rinfluence qu'on lui suppose dans la maison, voilà le grand jeu, durant au plus deux ou trois minutes, que nous faisons payer à titre de visite, et que nous répétons autant de fois dans la journée que la mine aflQigée des assistants le rend nécessaire, car c'est là pour nous le baromètre du danger, que nous n'avons jamais ni le temps ni le loisir d'examiner lui-même. Et combien faites- vous par jour de semblables visites? Croyezvous donc, cervelle étroite, que je pourrais tenir ma maison sur un pied décent, si je ne faisais pas plusieurs douzaines de visites dans le cours de chaque matinée? Mais c'est là un travail d'Hercule ! Ha , ha, ha !.. . Écrire à la hâte sur une bande de papier une des huit ou dix formules que je sais sur le bout de mon doigt, la première qui me vient à l'esprit, sans me casser la tête à réfléchir, vous appelez cela un travail d'esprit? Il m'est bien plus difficile de trouver maintenant une paire de chevaux pour remplacer les miens qui sont hors de service I Hoc opus, hic laborl Je suis bien plus en peine de dresser le menu du repas que je donne dans quinze jours, afin qu'il n'y manque rien sous le rapport de la rareté des mets et de l'élégance du service. Et hoc opus, et hic laborl

Les remèdes favoris jouent aussi un grand rôle. Sans être en état de dire pourquoi, l'un fait entrer des coquilles d'huîtres préparées dans presque toutes ses formules, un autre met partout de la magnésie ou de l'esprit de Mindererus ; un troisième ne peut écrire presque aucune recette sans y glisser du nître purifié ; celui-ci Teut du rob de chiendent dans toutes ses prescriptions,

et celui-)à donne à tous ses malades de l'extrait de pissenlity ou mêle à tout du quinquina, qu'il convienne ou non. La plupart des routiniersont chacun un remède favori, sans savoir pourquoi. On ne peut rien imaginer de plus empirique. Comment! les maladies, qui sont si étonnamment y^i^î^es, et dont chacune exige un remède spécial, s'accommoderaient toutes d'une seule et même substance que le docteur a prise sous sa haute protection 7 Mettre toujours sur un même numéro, annonce un mauvais joueur de loterie. Il devra bien gagner quelquefois ; mais combien gagnera-t-il, ouplutôt combien perdra-t-il ? car il perd réellement toutes les fois qu'il ne gagne pas. N'est-ce pas là se rendre ridicule aux yeux du monde entier?

§ III. Cure de la cause. Les maladies peuvent être partagées en deux classes, sous le rapport pratique, celles qui dépendent d'une cause visible, matérielle, et celles dont la cause est immatérielle, dynamique.

Les maladies de la première classe, celles qui dépendent d'une cause visible, simple, matérielle, par exemple d'une écharde enfoncée dans le doigt, d'une pierre avalée, d'une concrétion développée dans les voies biliaires ou dans la vessie, de noyaux accumulés dans le cœcum, d'un acide caustique introduit dans l'estomac, d'une pièce d'os enfoncée dans le crâne, d'un excès de longueurdu frein de la langue, etc., sont infiniment moins nombreuses que celles de la seconde classe.

L'indication curative n'est point équivoque dans ces maladies. D'un accord unanime, elle consiste à éloigner la cause matérielle, que cette cause soit purement mécanique, ou purement chimique, ou qu'elle par-

ticipe de Tun et de Tautre caractère. Cette élimination suffit ordinairement pour procurer la guérison, à moins qu'il n'y ait eu lésion très-grave de l'organe.

Nous n'avons donc pas à insister sur ce point. Ce qui doit nous occuper ici, c'est la guérison des maladies de la seconde classe, comprenant l'innombrable troupe des autres affections qu'on appelle plus particulièrement maladies aiguës, tlemi-aiguês et chroniques, avec toutes les incommodités et indispositions qui dépendent d'une cause matérielle et dynamique.

Il est dans la nature de l'esprit humain de chercher autour de lui les causes des phénomènes. Aussi, dès qu'une maladie parait, voit-on chacun s'empresser de l'attribuer à une cause quelconque, à celle qu'il juge ètrela plus influente. Mais on se tromperait en concluant de cette tendance irrésistible que la connaissance des causes est nécessaire pour opérer la guérison.

La seconde classe ne renferme que très-peu de maladies dont la cause nous soit connue de nom ; mais elle n'en contient aucune dont nous connaissions l'es-sence de cette cause. Nul esprit créé ne peut pénétrer dans rintérieur même de la nature. Cependant on croit connaître et le nom et la chose en ce qui concerne les maladies. Le médecin vulgaire a cela de commun avec le peuple, qu'il se figure pouvoir assigner nominativement une cause à tout changement survenu dans la santé ; les médecinjs les plus sages en apparence s'imaginent même pouvoir pénétrer dans l'essence intime des maladies, et les guérir d'après cela.

La nature même des choses veut qu'il nous soit impossible de jamais approfondir l'essence de la plupart des causes dynamiques venues du dehors.

Que n'a-l-on pas déjà dît de l'influence des saisons et de celle du temps, sur la production des maladies ! On fait remonter à une année entière, ou du moins à plusieurs mois avant Tapparition d'une épidémie, le récit des différents états du baromètre et du thermomètre, des variations du vent, des nuances d'humi* dite et de sécheresse de Fatmosphère, et sans hésiter on met la maladie meurtrière sur le compte desxîirconstances qui ont régné pendant cet espace de temps, comme s'il y avait entre elles un rapport nécessaire de causalité. Mais, eii admettant même que ces circonstances, ou du moins la différence des saisons, entrent pour quelque chose dans ce qui occasionne ou contribue à occasionner des maladies d'espèce particulière, quel faible secours des événements auxquels on ne saurait rien changer, puisqu'ils dépendent de l'atmosphère et de la révolution du globe, offrent-ils pour établir des indications d'après lesquelles le médecin puisse être utile dans l'épidémie régnante ! Si la saison, si l'étal présent de l'atmosphère ont été réellement cause du mal présent, que nous importe de le savoir, puisque nous n'en pouvons pas déduire le remède approprié au mal qui afflige le pays ?

La frayeur, la crainte, l'aversion, la colère, le chagrin , le refroidissement , etc. , sont des impressions que nous ne pouvons soumettre à une analyse physique.

Nous ignorons comment et jusqu'à quel point ces impressions modifient le corps humain, et quelles sont précisément les maladies qu'elles lui attirent. Notre ignorance à cet égard est telle que nous n'avons point fait un pas de plus, quant au traitement, lorsqu'on nous

a indiqué le nom delà cause présumée, lorsqu'on nous a dît que c'était la frayeur ou la crainte, le chagrin ou la colère. Les spéculations même les plus abstraites sur la nature métaphysique de la frayeur ne fournissent pas au praticien le moindre indice qui Téclaire sur la marche à suivre pour en guérir les suites, ne prononcent jamais le nom du remède spécifique des accidents aigus de la frayeur, qui est l'opium.

Il est aisé de dire que la gale dépend du yice psorique, la syphilis du vice vénérien, la petite vérole du vice variolique, la fièvre quarte de l'air des marécages. Mais en articulant ces noms, nous n'en sommes pas plus avancés relativement à la connaissance et au véri. table traitement des maladies. Les miasmes morbides nous sont aussi inconnus dans leur essence intime que les maux eux-mêmes qui dépendent d'eux. Cette essence est absolument inabordable à nos sens, et ce que l'école nous apprend de la cause occasionnelle. des maladies ne nous fera jamais entrevoir quels sont les remèdes qui leur conviennent réellement. Ce que nous avons appris jusqu'ici touchant ces remèdes, a été un pur effet du hasard, le résultat d'une expérience aveugle. Jamais la cause de la maladie ne signalera la voie qu'il faut suivre pour les chercher et les trouver.

Quelle connaissance de la cause et de la nature intime des maladies endémiques pourrait suffire à nous révéler les véritables remèdes de ces aflfections ? Il y aura toujours, pour nous autres faibles mortels, un abîme sans fond entre cette prétendue connaissance et la découverte du moyen curatif. Jamais la raison ne pourra découvrir une connexion logique entre l'une et l'autre. Quand bien même Dieu nous révélerait les changements

invisibles qu'un miasme chronique détermine dans l'intérieur des parties les plus déliées de notre corps, là où l'œil de Vanatomiste ne peut plus plonger, quand bien même notre esprit, qui n'a de réceptivité que pour des impressions venues par les sens, serait capable de recevoir une instruction si transcendentale, cette connaissance intuitive ne nous mènerait point encore à celle du remède spécifique, du seul qui ne manque jamais son effet.

Ni le nom du goitre, ni la cause propable de cette maladie, l'habitation dans des gorges de montagnes, ne souffle à notre esprit le nom du remède que le hasard a fait découvrir dans l'éponge brûlée.

Pourquoi donc affichons-nous l'orgueilleuse prétention de guérir les maladies d'après leurs causes dynamiques î

Les accidents et maux produits par les poisons domestiques et pharmaceutiques ont trouvé, dans ces derniers temps, des remèdes qui leur sont appropriés en partie ; mais ce n'est ni par des spéculations sur la nature intime de ces maladies, ni par des recherches physiques ou chimiques sur leurs causes, les poisons, qu'on est arivé à la connaissance de ces moyens spécifiques ; c'est par une voie bien plus courte et beaucoup plus conforme à la nature. Il n'y a pas longtemps encore qu'on cherchait, souvent avec un résultat très-fâcheux, à expulser ces substances nuisibles par des purgatifs ou des vomitifs, comme s'il se fût agi d'agents mécaniques introduits dans l'estomac et les intestins. Aujourd'hui on sait combattre plusieurs d'entre elles comme des causes morbides de la seconde classe, comme des causes de nature dynamique, et leur opposer les antidotes qui con-

viennent réellement : elles déterminent un changement dans le corps entier, d'une manière particulière à elles, que nous ne connaissons point, et leurs effets ne peuvent jamais être guéris comme des irritations simplement locales, ou purement mécaniques, ainsi qu'on le croyait jadis.

D'autres ont agi d'une manière plus savante, et comme s'ils avaient reçu l'inspiration d'en haut ; ils ont partagé les poisons en acres, narcotiques, narcotico-âcres, etc. Puis ils sont partis de celte classification arbitraire pour prescrire non moins arbitrairement les moyens qu'on doit employer. Nous avons là une image fidèle de la manière dont l'école procède quand elle juge les maladies naturelles et leur assigne des remèdes. Arbitraire, vanité, suffisance et orgueil !

La belladone et la noix vomique se trouvèrent logées' dans la catégorie des poisons narcotiques , et on leur donna tout aussi cavalièrement pour antidotes les acides végétaux, le suc de citron et le vinaigre. Malheureusement pour nos classificateurs, on pouvait les soumettre ici à une épreuve péremptoîre, et les convaincre d'erreur par l'autorité des faits. Il s'est trouvé, en effet, ^ que les acides végétaux sont les moyens qui aggravent le plus les accidents de la belladone et de la noix vomique. Et voilà comme souvent c'est précisément le contraire de ce qu'ils affirment qui est vrai.

Sed sœculorum commenta delet dies.

Comment aurait-il pu venir à l'esprit des partisans de cette école, qu'une de ces substances énergiques a pour antidote l'opium, et l'autre le camphre, ainsi que l'expérience l'a constaté ?

Cependant on ne s'en est point tenu à imaginer des

causes extérieures pour les maladies, ou à prêter à cel* les-ci une nature arbitraire, d'après laquelle on leur assignait non moins arbitrairement des remèdes. On a été plus loin encore, et Ton a créé aussi des causes internes.

L'oi^ueilleuse prétention de dériver la plupart des maladies d'une ou plusieurs causes internes, devint alors la source de diverses sectes médicales, déraisonnant toutes à l'envi les unes des autres.

L'une de ces sectes, qui ne fut pas la plus nuisible, exprimait la vie en quelque sorte spéciale et les particularités, les effets propres de chaque organe par le nom figuré A'Archée, sorte d'âme de chaque partie, et croyait qu'une partie quelconque venant à souffiîr, c'était son archée qu'il fallait apaiser ou ramener à une autre série d* idées. Il me semble que cette secte a iait par là même l'aveu de l'impuissance dans laquelle elle était de concevoir la production des maladies et de satisfaire aux exigences de ces choses surnaturelles.

D'autres ont cherché à nous persuader que la prédominance de l'acide était la cause prochaine de toutes les maladies, théorie en conséquence de laquelle ils ne prescrivaient que des alcalis. Â cette secte essaya de se rallier l'ancienne école qui attribuait toutes les maladies aiguës, les épidémies surtout, à un poison commun, souvent engendré de lui-même dans l'intérieur du corps, et qui, d'après cette idée, s'imaginait égale-ment pouvoir les combattre presque toutes par des terres absorbantes, alcalines, mais spécialement parles bézoards et par des mélanges d'opium avec les plus forts aromates (thériaque, mithridate, philonium). L'abus qu'elle faisait des poudres terreuses s'est propagé

jusqu'à nous, et le démon qui la poussait à fiiire un usage si empirique, si universel, de Topium, s'est emparé de quelques sectes modernes, qui ont inventé d'autres causes pour autoriser l'application presque générale qu'elles font d'un moyen indiqué se.utement dans quelques cas.

C. L. Hoffmann s'^st cru non moins en droit qu'un autre d'ériger en vérité générale sa croyance particulière, que presque toutes les maladies proviennent d'une sorte de putréfaction, et qu'on doit les traiter par les moyens que l'école indique comme étant antipu*trides.

Personne ne lui conteste ce droit, non plus qu'à d'autres chefs de secte, qui, ne voyant dans les maladies que des âcretés du sang, ont imaginé des remèdes contre l'atrabile, contre les virus psorique, arthritique, scrofuleux, rachitique, et Dieu sait contre quelles autres âcretés, jusqu'à ce qu'enfin les modernes se jetèrent dans l'extrême opposé, exclurent les humeurs du nombre des causes morbides, et n'attribuèrent plus la production des maladies qu'aux seules parties solides.

C'est ainsi que les pauvres maladies furent rattachées par le caprice^ tantôt à telles causes et tantôt à telles autres. Cependant elles ne se laissaient pas attaquer pour .cela, et restaient toujours en possession tranquille.

Qu'on n'aille pas croire que, somme totale, une secte ait guéri plus de maladies qu'une autre. Ce qu'on voulait, ce n'était pas guérir, mais imaginer des causes de maladies, spéculer sur la manière dont celles-ci se développent, et bâtir là-dessus des systèmes. Aussi les maladies ne guérissaient-elles pas plus après qu'avant, à moins qu'elles ne le voulussent bien, c'est-à-

dire qu'il ne se présenlât quelque circonstance particulière pour amener ce résultat à Timproviste.

La doctrine des âcretés humorales a dominé longtemps parmi les hommes. Mais comme il n'était pas très-facile d'imaginer des spécifiques contre chacune de ces âcretés, on s'en tenait ordinairement en grande partie aux évacuants. Si l'on excepte quelques tisanes empiriques et quelques eaux minérales accréditées par lehasard, auxquelles le médecin humoriste commandait de passer dans le sang, pour Fadoucir, pour le corriger^ pour en séparer les impuretés d'une manière en quelque sorte magique, et les expulser du corps au moyen des urines ou de la transpiration ; la manœuvre de cette école consistait principalement à tirer le mauvais sang, ou à évacuer les humeurs impures par le haut ou par

le bas.

Comment? Elle voulait ne tirer que le mauvais sangf Par quel miracle réussissait-elle à séparer le mauvais du bon dans les vaisseaux, à cribler en quelque sorte ce liquide, de manière à ne laisser Sortir que ce qui ne valait rien, çt à conserver ce qui était de bonne qualitéf Où trouver une tête assez grossièrement organisée pour croire de pareilles choses? Qu'importe ! on versait toujours des flots de sang, de ce suc vital, pour lequel Moïse déjà avait tant de respect.

Les sectes humorales raffinées, outre l'altération du sang, avaient encore, pour excuser leurs effrayantes et impitoyables émissions sanguines, une pléthora dont elles supposaient presque partout l'existence. De plus elles visaient encore par là à dériver, à diminuer le ton, et à remplir une foule d'autres indications accessoires suggérées par leur science. On voit qu'à l'instar d'autres

TROIS UÉTHODES AGGRÉDITÉBS DE TRAITEMENT. 485

:sectes^ elles procédaient d'une manière arbitraire, mais avec riiitention bien formelle, non pas de guérir, c'eût été une chose trop vulgaire, mais de donner le plus brillant vernis de rationalisme à leurs spéculations.

Les humoristes partisans des saburres avaient d*aussi excellentes raisons, des vues tout aussi sages, pour justifier leurs innombrables vomitifs, leurs doux et forts purgatifs. Voyez quelle quantité d'impuretés ont été retirées du sang ! regardez le pot de nuit I Quand tout aura été expulsé, alors seulement le corps sera débarrassé de toutes les humeurs peccantes. Pensez, en outre, à la masse d'impuretés qui chaque jour se déposent des aliments et des boissons, et qui s'accumulent; il faut pourtant bien les évacuer souvent, si Ton veut que le malade échappe à la mort. Voyez aussi comme la plupart des malades se plaignent d avoir le ventre tendu, douloureux, ou du moins d'éprouver de la gêne dans les hypochondres, d'avoir la langue chargée et un mauvais goût dans la bouche. Qui ne reconnaîtrait, d'après cela, que les saburres des premières voies sont le foyer de toutes les fièvres, la cause de presque toutes les maladies ? Oui certes, il faut évacuer, il faut le faire souvent et avec énergie, afin d'enlever le germe des maladies. Ce qui prouve déjà l'excellence de notre méthode, c'est que nous sommes généralement aimés. Avec nous, le malade sent, pour son argent, l'effet que le médicament produit en lui, et voit de ses yeux les ordures que nous lui faisons sortir du corps ! Qui oserait nier que cette médecine soit dans les goûts du peuple 7 Qui doutera que notre église ne soit la seule orthodoxe 7

Cher frère, dit une autre branche de l'école saburrale, il n'y qu'un seul point sur lequel je ne suis point d'ac*

cord avec vous, c'est que vous voulez dériver toutes les maladies de la bile. Moi, je prétends qu'elles dépendent toutes de la présence du mucus dans les premières voies. D faut inciser et dissoudre ce mucus, il faut, vous dis-je, en purger le corps avec soin, si vous voulez couper les maladies par la racine. Toutes vos fièvres bilieuses et putrides sont des fièvres muqueuses larvées, toutes les maladies imaginables proviennent du mucus, et quoique les malades traités d'après notre méthode soient obligés d'attendre assez longtemps leur guérison, nous n'en pouvons pas moins nous vanter d'avoir un système bien fondé et excellent.

Bleunophile, suivant l'usage des médecins, allait continuer à s'étendre sur les avantages de son système, lorsque Eucholos, impatienté d'entendre nier que la bile fiit une cause générale de maladie, ne put s'empêcher de soutenir cette thèse dans un discours non moins énergique. La bile doit être évacuée, telle fut la fin de sa philippique; elle doit l'être sans hésitation et par toutes les voies, par le haut comme par le bas, car c'est d'elle que découlent toutes les maladies.

Ainsi le monde ftit pendant plus d'un demi-siècle balayé par le haut et par le bas ; chacun aurait pu croire qu'il n'y restait plus d'impuretés. On se trompe, dit Kaempf ; il s'en faut de beaucoup que tout ce qu'il y a d'impur ait été enlevé ; du moins les moyens qu'on a employés par le bas n'étaient-ils rien moins que suffisants pour faire maison nette. On a été chercher la source des maladies là où elle n'était point. Sans cela, d'où viendraient ces centaines d'affections nerveuses hypochondriaques, tourments jusqu'ici indéchiffrables des grands de la terre, d'où ces maladies de la poitrine,

du foie, de la peau et de la tête ; et, que dis-je, d'où toutes ces autres maladies, si ce n'est d'obstructions dans le bas-ventre ? Il faut, par des centaines de lave«ments résolutifs, fondre ces obstructions et les amener au dehors, si l'on veut se soustraire à la mort. Dieu I combien le monde a été aveugle jusqu'à présent, pour n'avoir pas découvert plus tôt ce seul remède possible de la seule cause possible de toutes les maladiea! Et réellement nulle méthode n'était plus commode pour le praticien : nulle autre ne pouvait cacher aussi bien le vague de ses indications que celle-là, qui, le soustrayant au contrôle du simple bon sens, lui permettait de travailler dans les ténèbres, et après plusieurs centaines de clystères, d'amener au dehors les obstructions rêvé* tues des formes les plus affireuses. Faire cuire des œufs dans un chapeau, est un enfantillage, en comparaison d'un pareil tour de force.

Si seulement je possédais, dit en soupirant Tyron, tous les signes auxquels on peut sur-le-champ reconnaître les obstructions, si je savais seulement ce que c'est que ces obstructions ; quels points des intestins sont assez indolents pour héberger avec tant de tranquillité de pareils hôtes protéiformes, et d'où proviennent leur teinte grisâtre, leur figure, leur consistance, leur odeur, telles que Kaempf nous les a présentées réduites sous formes de tables ! Je ne me sens point du tout à mon aise I quel esprit céleste me dira s'il y a des signes extérieurs certains pour les reconnaître, si moi-même je ne nourris pas de tels monstres dans mes viscères 1

Net'alBQige pas, dber Tyron, de ne pouvoir arriver là avec tes cinq sens. Le jeu des obstructions et des lave-

488 TROIS MÉTHODES AGCRÉDiTÉES DE TRAITEMENT.

ments désobstruants est fini. C'était une pure manœuvre de finance, si ce n'était une pieuse fraude de Finven-» teur. Avec de nombreux lavements on peut convertir le gros intestin du campagnard même le mieux portant, en organe producteur de matières contraires à l'ordre naturel des choses, de masses muqueuses diversement configurées et de corps durs qui jouent toutes les couleurs.

D'autres visionnaires modernes sont atteints d'une manie voisine de celle-là; ils admettent F engorgement des capillaires du bas-ventre dans presque toutes les maladies qu'ils ne peuvent guérir. iMais ils n'ont point non plus indiqué de signes au moyen desquels on parvienne à reconnaître cet engorgement d'une manière certaine. C'est donc encore une terreur panique pour les pauvres malades, qu on intimide si aisément! c'est donc encore une riche occasion de pécher dans l'eau trouble 1 Mais consolez-vous! De suite ils ont trouvé sous leur bonnet de coton les dissolvants les plus aptes à combattre cette nouvelle cause. Songez à cette multitude d^eaux minérales qui sourdent journellement de la terre pour le plus grand bien de leurs divers médecins inspecteurs, et qui ont déjà, sans que nous sachions comment, le pouvoir de guérir toutes les maladies imaginables, qui par conséquent ne peuvent manquer de résoudre aussi les engorgements des capillaires du bas-ventre et des glandes mésentériques 1 Pensez, en outre, à la saponaire, à la dent-de-lion, aux remèdes antimoniaux, qui ont surtout été imaginés pour narguer la chimie, aux savons d'antimoine qui se détériorent d'heure en heure, aux savons ordinaires eux-mêmes, au fiel de bœuf, à la racine de chiendent,

TROIS HtiTHODES ACGBÉDITÉSS DE TRAITEMENT. 489

et par -dessus toutes choses à ces nobles sels neutres, qui sont pour nous plus que vent et marée, et que nous connaissons au moins de noml Que pourriez-vous avoir que tous ces moyens ne parvinssent à résoudre?

Voilà qui est bien dit !

Mais avez-vous jamais vu qu'ils résolvent de pareils engorgements, et comment ils s'y prennent pour cela 7 42uelle révélation divine vous a dit que c'étaient là des fondants, puisque Texpérience n'apprend rien aux sens :sur ce sujet, ne peut rien mettre au grand jour de ce «qu'ils opèrent dans les ténèbres ? Étes-vous même bien ;persuadé de l'existence réelle des engorgements dont vous parlez tant? Savez-vous que ces glandes réputées par vous obstruées, ont été trouvées par Sœmmerring les plus pénétrables de toutes aux injections mercurielles? Savez-vous que quand vous avez donné du muriate de baryte ou du muriate de chaux avec succès dans quelques cas de scrofules, vous ne résolviez rien, comme vous vous Timaginiéz, mais enleviez seulement l'acide trouvé par Fischer dans ces glandes et qui les faisait se tuméfier? Où sont donc maintenant vos obstructions? De quelle valeur sont vos fondants, puisqu'il n'y a rien à fondre 7

Mais d'où proviennent cette foule de maladies qui enlèvent la moitié des enfants avant leur cinquième année? Pour moi, dit l'un, je trouve que le travail de la dentition est presque la seule cause des maladies et de la mortalité chez les enfiints. Si Ton veut y regarder de près, on verra qu'ils souffrent de leurs maudites dents dès les premières semaines de leur existence, et cet «état de choses continue pendant quelques années. Ces «pauvres petits êtres sont tourmentés sans cesse par

490 TROIS BIÉTHODES AGGfiÉDITfiES DE TaÂITBMENT.

leurs dents, dont il y a toujours rune ou Tautre qui veut percer. Ainsi leurs lamentation», leaif» . caprices, leur habitude de mettre les doigts dans la bouëhe, la bave qui les inonde, leur pâleur, leurs diarrhée^,' la grosseur de leur ventre, les réveils en sursaut, leur agitation continuelle, leurs spasmes, leurs accidents fébriles, en un mot tout ce qui leur arrive est attribué, quand nous ne pouvons les guérir, non point à notre ignorance, mais à une cause non moins immuable que la fatalité des Turcs. Dès lors, les parents n'ont rien à nous imputer. Mais si le cher enfant vient à être pris d'une maladie trop connue, de la coqueluche, de la rougeole, de la petite- vérole, etc., et qu'il en meure, nous avons l'excellente ressource de dire que la dentition était en jeu. Par là également nous sortons d'embarras, lorsqu'après ces maladies, il reste des affections consécutives, atrophie, toux, diarrhée, ptérygion, cécité, ulcères tantôt sur un point et tantôt sur un autre. La seule dentition est cause de tous ces fâcheux résultats. Dieu bénisse celui qui a imaginé la dentition difficile ! Il est fâcheux seulement que ces misérables enfanta de paysans poussent leurs deux rangées de dents blanches sans s'en apercevoir, sans avoir besoin de nous ; car un temps pourrait bien ne pas tarder à venir où l'on s'avisât de croire que la bonne nature sait faire percer les dents sans le secours de l'homme, et qu'elle les produit tranquillement dans la bouche, comme les perles, lorsque la malencontreuse activité des médecins et le genre de vie des citadins, qui engendre tant de maladies chez les enfants , n'y mettent point obstacle. Un confrère s'éleva brusquement contre cette déclaration de principes, et comme tout doit être exagéré

dans le monde, il soutint que les vers sont Tunique cabse des maladies de Tenfance. II poussa même son système jusqu'à faire dépendre des vers une foule de fièvres épidémiques chez les enfants, parce que ceux-ci en rendent fort souvent dans le cours de ces affections. À ce compte, je suis surpris de ce qu'il ne se met pas aussi à chercher dans les vers intestinaux les causes de la variole, de la rougeole et de la scarlatine, puisque les matières alvines en contiennent de même dans ces maladies. Est-il parvenu à guérir des enfants par le moyen du fer, du semen-contra, du jalap en poudre ou du calomélas, et a-t-il vu sortir des vers par le bas, ce sont, à son avis, ces animaux qui ont déterminé la maladie, même lorsque l'enfant n'a point rendu de vers, mais seulement des mucosités, que l'effet purgatif du jalap et du calomélas ne manque jamais d'amener au dehors. C'est toujours là pour lui du mucus à vers. Mais qu'a donc de particulier le mucus des vers lombrics pour qu'on puisse si aisément le distinguer de tout autre? Et le fer, le jalap, le semen-contra, le calomélas ne guérissent-ils pas aussi d'autres maladies que celles qui ont été déterminées par des vers? L'expérience m'a convaincu du contraire pour ce qui regarde le semen-contra ; quant aux trois autres médicaments, tous les médecins savent ce qu'ils doivent en penser.

D'ailleurs, ce que vous donnez pour des signes de la présence des vers, la tension du bas-ventrè, la faim dévorante alternant avec l'anorexie, les démangeaisons au nez, le cercle bleu autour des yeux, la dilatation des pupilles, la sortie même de quelques vers lombrics, sont-ils bien réellement des symptômes d'une maladie

492 TROIS MÉTHODES ACCaÉDITËES DE TRAITEMENT.

vermineuse ? ne peuvent-ils pas être plutôt des symptômes d'un mal coexistant ayecdes vers, et qui, loin d'être l'effet de ces derniers, en serait, au contraire, la cause? ce mal ne persiste-t-il pas après que l'enfant a déjà rendu plusieus vers? ne dure-t-il pas souvent jusqu'à la mort, après laquelle on ne trouve quelquefois point de vers dans le cadavre ?

Si parce qu'on trouve quelquefois les intestins percés d'outre en outre, on prétendait mettre cette perforation sur le compte des vers, on pourrait répondre qu'une pareille agression de leur part contre les parois du réservoir qui leur sert de domicile est si peu dans leur nature que, chez les enfants robustes, ils habitent souvent le canal intestinal jusqu'à l'âge adulte, en nombre même parfois très-considérable, sans donner lieu à aucun accident, et qu'ils ne se déterminent à une action aussi peu naturelle que celle de perforer les intestins, qu'autant qu'ils y ont été poussés par une maladie existant chez l'enfant.

Écartons ces matérielles causes occasionnelles des maladies, s'écrie le solidiste ; elles ne conviennent point à notre siècle engoué de métaphysique I La faiblesse nerveuse, voilà la source de la plupart des maladies qui affligent aujourd'hui la race humaine. Faiblesse des nerfs et relâchement de la fibre, il n'y a rien autre chose. Toutes les maladies de notre âge peuvent être ramenées là! — Dites*-nous, mon cher, quels sont les moyens de guérir celte faiblesse nerveuse qui exclut toutes les autres causes. — Quels peuvent-ils être, sinon ceux qui surpassent tous les autres, le quinquina, le fer et les extraits amers ? — Et comment cela se faitil donc? — Notez bien que tout ce qui est amer tonifie.

taOIS MÉTHODES ACCRÉDITÉES DE TRAITEMENT. 493

pour parier le langage de CuUen ; ce qui grippe lalangue comme les sels ferrugineux, doit fortifier la fibre, et que citerait-on qui l'emporte à cet égard sur le quinquina, écorce avec laquelle on peut lanner les peaux? or, il n' V a presque rien autre chose à faire dans les maladies, qu'à guérir la faiblesse nerveuse, à relever le ton de la fibre; donc ces médicaments remplissent toutes les in-^ dications. — Sans douie, si tout ce que vous venez de dire était vrai, si les innombrables maladies n'apportaient pas, dans la manière d'être et de se comporter du solide vivant, d'innombrables différences qu'un cerveau étroit peut seul avoir la prétention d'embrasser sous un nom unique, si vous connaissiez toutes les substances amères et les nuances infinies qu'elles offrent dans leurs effets, si le quinquina ne cessait pas d'être un moyen puissant lorsque l'eau de chaux lui a enlevé tous ses principes tannants, si tous les effets du fer pouvaient être dérivés de son astringence !

J'entends un autre dire que ces causes des maladies ne sont point encore assez raffinées pour notre siècle, sans compter que la méthode curative porte l'empreinte d'idées par trop grossières. La nature des maladies et leur traitement sont bien autrement subtils ! Ce qui en fait la base n'est rien de moins que la substance des gaz. Au nouveau système chimique seul appartient d'ouvrir

les portes de la vie.

Sachez que tous les désordres qui ont lieu dans nos fonctions tiennent au défaut ou à l'excès d'oxygène, de calorique, d'hydrogène, d'azote ou de phosphore, que par conséquent on ne peut guérir qu'avec des moyens propres à suroxygéner ou désoxygéner, à surcaloriser ou .décaloriser, à surhydrogéner ou déshydrogéner, a

surazoter ou désazoter, à surphosphorer ou déphosphorer.

Yoilà qui sonne fort bien, ep théorie, et qui fait un très-bon efiTet $ur le papier. C'est aussi dans Fesprit des idées à la mode. Mais aloi;s, ds^ns chaque cas de maladie, j'ai besoin d'une assi^^fipce surnaturelle qui me particularise ces généralités^, qpf n^ r4vèle si telle affection dépend de l'excès ou du défaut d'oxygène ou d'azote, qui m'indique quels sont les antidotes* chimiques de cet état chimique individuel, car toutes ces choses, quoique déduites avec vraisemblance de la spéculation, ne sont que des produits de notre esprit et ne peuvent jamais être atteintes par nos sens. Toute assertion qui a la moindre vérité pour base, a aussi une utilité pratique.

Il nous faut aller un peu plus haut encore, assure un célèbre professeur de dynamologie nourri du lait éthéré de la philosophie critique. Nous devons remonter à la source primitive des maladies, aux changements dans la composition et la forme de la matière. Mais cette maxime ontologique a beau se rapprocher autant que possible de la vérité à priori pour le philosophe qui s'est familiarisé avec la science de la nature en général et avec la constitution probable de notre organisme en particulier, le médecin praticien ne peut en tirer absolument aucun parti: il lui est impossible de l'appliquer au traitement des maladies. De même, ce que Bruce nous apprend des sources éloignées du Nil n'a pas la moindre utilité pratique dans le Delta. Cependant le physicien dont je parle ici s'est, dans ses vues particulières sur les maladies et principalement sur les fièvres, beaucoup plus rapproché des données pures de l'expé-

rience qu'on n'aurait dû s'y attendre, et là il a laissé aux probabilités beaucoup moins de latitude que ne l'avaient fait ses crédules prédécesseurs. Si l'esprit de système guide chacun de ses pas, il ne manque jamais de dire avec loyauté quand l'abstraction marche en sens inverse de l'expérience, et il a beaucoup d'estime pour cette dernière. Le médecin qui sait penser peut se former en lisant ses écrits, pourvu qu'en arrivant au lit du malade, il n'oublie pas que les vues qui ont peut-être mérité son approbation ne sont que des pensées individuelles, de simples aperçus, et qu'on ne saurait jamais en faire sortirJe moindre remède curatit

Mais le côté de Tart médieal que Wilmans touiiie aux regards du médecin, isapable de réfléchir, me parait être celui de tous qui: se .rapproche le plus de la vérité. Qu'on s'en tienne cependant à ses seuls prolégomènes, si l'on ne veut pas manquer le droit chemin. Quant à ses divisions, on y voit déjà régner l'esprit de l'école. En médecine, toutes les spéculations qui découlent du pur empirisme tendent à particulariser.

Quant à l'art de manier les sophismes de la dialectique, à la hardiesse des assertions, à l'impudence dans les éloges prodigués à sa propre personne, et au mépris des modifications infinies que la nature a si visiblement introduites dans les maladies et leurs remèdes, nul chef de secte en médecine n'a égalé Brown, cet empirique par excellence, qui, n'étant pas lui-même praticien, réduisit toutes les indications curativespossibles à deux, exciter et diminuer l'excitation, et proclama la plus grande de toutes les absurdités médicales, en disant qu'il ne peut y avoir que deux ou trois maladies difierentes seidement par plus ou moins d'excitement, avec

une masse correspondante d'excitabilité. Â l'aide d'une pareille doctrine, la thérapeutique était bientôt construite. Prends pour remèdes des choses excitantes et des choses qui soient le moins possible excitantes (1). Une ou deux drogues auraient suflS, ce me semble, pour remplir la première indication. Brown, pour ne pas être en contradiction avec lui-même, n'aurait dû prendre qu'un seul des moins fixes et un seul des plus fixes excitants ; car, si tous ne peuvent faire que la même chose, à quoi bon en avoir plusieurs ?

Cependant il pourrait bien avoir soupçonné l'inconvenance de la simplification, et senti lui-même qu'un buveur ne saurait remplacer Feau-de-vie par du musc ou du camphre. Pour achever son système, il lui aurait fallu ignorer des choses que tout le monde sait, que le bon sens nous apprend chaque jour.

Mais je n'ai point à m'occuper ici de ce que lui-même a dû sentir des contradictions de son système, et des efforts qu'il lui a fallu faire pour contredire ainsi les faits les plus patents, pour devenir chef de secte. Ce qui me suffit, c'est qu'en apparence jamais chef de secte n'a moins connu la nature, mais que nul non plus n'a mieux possédé l'art de manier la dialectique pour ériger en maximes absolues quelques propositions qui ne paraissaient nouvelles qu'à cause de la manière étrange dont elles étaient présentées, pour masquer le vide des

(i) Je m'étonne de ceque ses partisans lui ont prêté gratuitement, à Pégard de ces dernières substances^ une idée qui ne lui appartient point, et qu'il ne pouvait avoir, s'il voulait être conséquent. Nulle part Brown ne parle de remèdes qui enlèvent Tirritation. Ses minoratifs de l'asthénie devaient élre des substances qui aafiaiblissent que par le peu d'intensité de leur excitation.

THOIS MÉTHODES ACCRÉDITÉES DE TEAITEMEl>rr. 497

idées à l'aide de robscuriié du langage, et pour établir la supériorité de son génie subtil par la sécularisation de toutes les autres vérités incontestables. Peut-être aurait-il fini par avouer lui-même qu'il s'était moqué du monde, si l'abus de ses excitants diffusibles l'avait laissé vivre plus longtemps.

Il n'y a pas de sottise que quelque sophiste n'ait déjà soutenue, et, de tout temps, la manie de simplifiera été le grand cheval de bataille des fabricants de systèmes de la première volée.

Ainsi l'un fait sortir l'univers du feu, et l'autre de l'eau. Celui-ci veut que tous les étires vivants proviennent d'un œuf. Descartes promenait le monde dans les tourbillons qu'il avait imaginés. Ainsi l'alchimie prétendait renfermer toutes les substances chimiques dans le triangle de son soufre, de son sel et de son mercure. Que lui importait le nombre des métaux ? Elle se faisait un point d'honneur de les léduire dictatorialement à sept, qu'elle ramenait eux-mêmes à une seule substance primitive, sa semence des métaux. N'était-ce pas l'orgueilleuse manie de simplifier qui avait fait décréter jadis que la terre est le but et le centre de toute la création, et considérer à peine les trente mille soleils épars dans l'espace comme des lampes destinées à éclairer notre petit globe?

Mais j'en reviens au sectaire qui voulait mesurer la médecine à la toise, et qui n'admettait guère d'autres maladies que la goutte (1), quelques rhumatismes,

(1) On est frappé de la prolixité, je dirais presque pragmatique, afcc laquelle Brown (Éléments de médecine) iraMe de la goutte, tandis qu'à peine sail-Âl donner quelques phrases superficielles sur les plus importantes des autres maladies spéciales.

quelques catarrhes, quelques hémorrhagies, et l'angine gangreneuse.

Je quitte les péchés théoriques, dont il ne doit pas être question ici, pour arriver à ceux qui concernent le traitement des maladies.

Jamais encore il n'avait paru de doctrine qui fût plus propre à induire les praticiens en erreur et plus dangereuse pour les débutants.

D'après Brown, on ne doit rien confier aux forces de la nature ; jamais il ne faut laisser reposer les remèdes, il faut continuellement stimuler ou affaiblir. Quel blasphème et en même temps quelle insinuation dangereuse pourrie demi-médecin ordinaire, qui n'est déjà que trop disposé à agir ! Quel orgueil ne lui inspire-t*on pas, en lui disant qu'il domine la nature !

Donnez toujours plusieurs remèdes à la fois, disait Brown. Jamais on ne doit se borner à un seul moyen contre une maladie. C'est là le caractère de la fausse médecine. Le charlatanisme ne marche jamais sans des mélanges de médicaments, et celui qui érige un pareil précepte en règle absolue de conduite est à mille lieues des voies simples de la nature, de sa loi qui veut qu'on puisse atteindre à plusieurs buts avec un seul moyen. Ce seul axiome, si propre à bouleverser les têtes et les traitements, doit avoir déjà coûté la vie à bien des hommes.

Brown ne fait point de différence entre les palliatifs et les curatifs. Suivant l'usage des charlatans, il ne recommande jamais que les premiers (1), dont Faction, contraire à celle de la maladie, fait d'abord taire les

(1) Je ne méconnais pas la grande utilité des palliatifs. Dans les maladies qui se développent et tendent k marcher rapidement, non-seulemenl ils suffisent quelquefois, mais encore ils méritent la préféreQce

symptômes pendant quelques heures, pour laisser ensuite un état opposé à celui qui était résulté de leur secours temporaire. Ainsi Topium est à ses yeux une véritable panacée dans toutes les maladies provenant et accompagnées de faiblesse. Quel excès d'empirisme que de recommander, pour opérer un efiTet fortifiant général, un remède qui, après le peu d'heures pendant lesquelles il stimule les forces, les laisse tomber beaucoup plus bas qu'elles n'étaient avant son emploi, e£Pet qu'on ne peut prévenir qu'en accroissant les doses peu à peu et sans cesse ! Et quel est le médecin expérimenté qui ignore les résultats de l'usage prolongé de l'opium à hautes doses? C'est donc cette substance, qui fortifie d'une manière purement palliative, mais qui, plus qu'aucune, autre, laisse à sa suite de la faiblesse et de la disposition à la douleur, que Brown recommandait sans restriction comme le plus convenable de tous les moyens dans toutes les maladies, même les plus chroniques, qui ont pour caractère la faiblesse. Celui qui ne verrait pas là un empirique achevé n'aurait plus d'yeux. 11 n'y a qu'un seul cas, mais très-rare, où l'opium peut ne point affaiblir, où il semble ne point débiliter quand on l'emploie palliativement à petites doses chez un sujet robuste soumis à un régime fortifiant ; c'est quand le hasard fait qu'il est en même temps le remède spécifique de la maladie. Voilà ce qui a été la source de l'erreur. Mais les moyens curatifs, les véritables armes du vrai médecin, qui détruisent le mal radicalement et à tout jamais, en commençant par exciter une maladie analogue à celle qui existe, Brown n'en

toutes les fois qu'il n'y a point une heure, une minute à perdre pour venir au secours du malade. Là, mais là seulement, ils ont de Tulililé

500 TROIS MÉTHODES ÀGCaÉDITÉES DB TRAITEMENT.

dit pas un mot, et ne les connaît même point de nom. Est-ce là le fait d'un reslautateur ou d'un inventeur de la médecine , titre que cependant il n'hésite point à se donner? Pour me borner à un seul exemple, U ne soup* çonne même pas qu'on soit obligé de tenir longtemps une brûlure dans l'eau froide avant qu'elle cesse de causer des douleurs quand on la retire du liquide, et que le meilleur moyen de faire naître des ampoules est d'appliquer des topiques rafraîchissants à cette inflammation locale, n ne se doute pas que le contraire [précisément a lieu lorsqu'on plonge la partie brûlée dans de l'alcool. Que deviennent donc les antisthéniques et antiastbéniques palliatifs ? Combien ils sont loin de la réputation qu'on a voulu leur faire !

Quel médecin expérimenté ne connaît la puissance palliativement débilitante de l'eau froide? Il n'était pas besoin que Brown nous donnât la propriété débilitante du froid comme une chose nouvelle. Mais quand il pré* tend que le froid est un débilitant positif, il se trompe, ce qui lui arrive si souvent. Le froid n'affaiblit qu'au moment même de son application, c'est-à-dire d'une manière palliative; mais dans ses effets consécutifs c'est un des meilleurs fortifiants que nous possédions, c'est-à-dire qu'il agit comme remède curatif, guérissant d'une manière durable. On sait que Teau froide est le plus sûr moyen de guérir la congélation, c'est-àdire le plus haut degré de débilita tion d'un membre. Je me borne à cet exemple, entre mille que je pourrais citer des effets curativement fortifiants du froid. i

Brown ne connaît pas d'autres causes de maladies \

qu'une excitation trop vi^c par les stimulants (sthénie), dont la pi'olongation engendre la faiblesse indirecte.

OU UDO excitation trop faible par des stimulants trop peu énergiques (faiblesse directe). La sthénie comprend les maladies franchement inflammatoires, et l'asthénie embrasse toutes les autres maladies, qui portent le caractère de la faiblesse. Les premières sont guéries par la saignée, le froid et F eau ; les autres le sont par la chaleur, les bouillons gras, le vin, l'eau-devie et surtout Topium. YoilàcommentBrown guérit sur le papier et prescrit de traiter les innombrables maladies, si infiniment variées dans leurs espèces. L'empirisme grossier et l'ignorance présomptueuse ne pourraient aller plus loin. Ainsi toutes les épilepsies (1), toutes les hydropisies toutes les maladies endémiques, toutes les mélancolies, seraient guéries à coup sûr par Fopium, l'eau-de-yie, la chaleur et les bouillons de yiande ! Qui a jamais vu un pareil traitement obtenir du succès dans ces maladies? Brown voulait-il se moquer de nous 7 Après avoir réduit la médecine à un petit nombre de moyens empiriques, voulait-il enfin la dé-* truire entièrement?

Cependant, non ! Il est rationaliste au suprême degré. Il recommande de ne jamais entreprendre un traitement avant d'avoir cherché toutes les circonstances antécédentes, afin de s'assurer si elles ont pu agir comme trop excitantes ou comme débilitantes, et veut qu'on ne prononce que d'après ces données sur la nature de la maladie et sur le traitement qu'elle exige. Mais^ en faisant de cette recherche la seule indication

(i) Il ne connall poinl d'épilepsie avec surabondance de bon sang, point d'hydropîsies sthéniques, poinl d'héinorrhagies stbéniques, point de catarrhes asthéniques, quoique la nature en connaisse et en produise assez souvent

qu'on ait à remplir, il prouve assez n'avoir jamais traité de malades que dans son cabinet, et raisonne comme un aveugle qui parle de couleurs. Qui oserait se flatter» dans les cas inopinés et chez les basses classes, de pouvoir toujours, avant de commencer le traitement, découvrir à quelle catégorie appartenaient les circonstances passées depuis longtemps, si le mal a été précédé d'un excès ou d'un défaut d'excitation, ou d*un concours de ces deux conditions dans telles ou telles proportions respectives, s'il y a eu transition, soit de la sthénie à la faiblesse directe ou indirecte, soit de l'un ou de l'autre de ces deux genres de faiblesse à la sthénie, ou bien si une sorte d'asthénie s'est jointe aune autre, ets'il est résulté de là un effet mixte, enfin auquel des quatrevingtsdegrés,qu'uneinspiration divinea révélés àBrown^ l'excitabilité se trouve épuisée ou accumulée, et le tout en comparant sans cesse l'intensité de ces influences nuisibles avec la masse d'excitabilité départie au sujet depuis la création du monde, en ne négligeant jamais d'avoir égard à l'âge, au sexe, à la constitution, au climat, au sol, etc. 7 Quel médecin expérimenté pourrait prétendre qu'un dixième seulement des malades ou de ceux qui les approchent seraient en état de répondre catégoriquement à ces questions, les unes hyperboliques, les autres subtiles, sur toutes les émotions antécéden*tes, agréables ou désagréables, sur les impressions des divers degrés de chaleur et de froid depuis un laps de temps considérable, sur l'exposition à une lumière trop ou trop peu abondante, à un air plus ou moins sec ou humide, pur ou impur, sur les qualités plus ou moins nutritives ou sapides des aliments, sur la quantité et la qualité des boissons spiritueases ou aqueuses, sw le

plus OU moins de fréquence des plaisirs vénériens, sur là fréquence et le degré de Texercice, sur la nature des occupations de l'esprit, etc.? En supposant mémB qu'il se trouvât une famille qui, après avoir été interrogée pendant des semaines entières, pût et voulût ré-^ pondre à tout ou partie de ces questions, roulant sur des objets qu'elle aurait déjà oubliés pour la plupart, corn* bien le pauvre docteur ne serait-il ensuite obligé de se torturer l'esprit pour comparer entre elles ces innombrables circonstances, calculer leur influence sur un sujet pourvu de telle ou telle dose d'excitabilité, balancer le résultat, et déterminer d'après cela de combien de degrés browniens les puissances surexcitantes sont dépassées par celles d'excitation insuffisante, ou celles-ci par celles-là, dans tel ou tel individu, en n'oubliant aucun terme, grand ou petit, sans quoi tout le calcul serait frappé d'inexactitude !

Chacun voit que cette méthode, qu'on ne saurait pousser trop loin d'après les principes deBrown (1), puisque sur elle repose la connaissance même des maladies, est impraticable dans la pratique journalière , qu'elle exigerait un temps et des soins infinis, avant qu'on pût commencer le moindre traitement, et que, pendant qu'on en remplirait les exigences, la maladie passerait à une autre période de son cours, si même elle ne se terminait par la mort. Un brownien consciencieux ne pourrait peut-être jamais venir à bout de réunir toutes les informations et de faire tous les calculs que son système lui prescrit avant de rien donner au malade. Et cependant, après que tout serait fini, il ne saurait

(1) Voyez Éléments de médecine de J. Brown, trad. du latin par le docteut Fouquier. Paris, i805, îa-8.

504 TROIS MÉTHODES AGGRÉDITËES DE TEÀITEMBNT^

encore qu'une seule chose, que la maladie dépend de la sthénie ou de la faiblesse, soit directe, soit indirecte ! Est-ce donc là le seul renseignement dont il ait besoin pour guérir? Vous savez qu'il y a faiblesse directe dans toutes les maladies endémiques. Vite donc à l'ouvrage! Guérissez^moi tous les pays infectas du radesyge, de la pellagre, de la ptique, du sibbens, du yaws, du pian, etc. Ne vous faut-il pour cela que des excitants fixes et diflPusibles? Voilà de l'opium, de la chaleur, dei'eauHlevie, du quinquina, du bouillon gras. Guérissez promptement.

Dieu tout-puissant, que de folies un seul écrivain sans pratique peut accumuler, à la honte de l'intelligence humaine !

Soyons justes cependant! Si l'auréole qui devait marquer l'apothéose de cette tète originale, disparait; si le géant qui voulait entasser le Péiion sur TOssa, est descendu peu à peu du rang des héros ; si le plan colossal de tout bouleverser dans l'empire d'Esculape a échoué ; si les myriades de maladies individuelles n'ont pu être ramenées à deux ou trois causes, ou, ce qui revient au même, à deux ou trois maladies différentes seulement par le degré; s'il n'a pas été possible de les détruire avecdeux ou trois stimulantsou non stimulants; si enfin tout cet étalage d'arabesques et d'excentricités s'est perdu dans le domaine de la fable, n'oublions pas de rendre justice à Brown pour avoir renversé d'un bras vigoureux les hordes d'hématistes, d'acrimonistes et de 8aburralistes,qui,avec leurs lancettes, leurs boissons tièdes, leurrégimeexigu, leui's purgatifs, leurs vomitifs et leurs fondants, menaçaient d'anéantir notre génération, ou au moins de la faire extrêmement dégénérer : pour

TROIS MÉTHODES AGGBÉDITÉfiS DE TRAITEMENT. 505

avoir réduit de centà trois les^maladies qu'on doit traiter antiphlogisiiquement, déterminé avec plus de précision rinfluence des six choses dîtes non naturelles sur notre santé^ et enlevé au régime végétal la prééminence qu'on lui avait accordée sur le régime animal ; enfin pour avoir réintégré l'appropriation du régime parmi les moyens curatifs^ remis en honneur Tancienne distinction des maladies en celles qui dépendent d'un défaut d'excitation et celles qui proviennent de surexcitation ^ et assez bien marqué la différence qui doit exister dans leur traitement en général.

Que ces services réels servent à nous réconcilier avec son nom !

Ses disciples, orgueilleusement enveloppés dans le manteau de leur Élie, ont appuyé sa doctrine de clameurs retentissantes, signe assuré d' une mauvaise cause. Ils nous ont étourdis des maximes de Brown sur les degrés de l'excitabilité, qu'ils faisaient à leur gré exalter ou diminuer par descirconstances nuisibles antécédentes. Us nous ont rompu la tète dQ faiblesse simple et complexe, directe et indirecte, de diathèses et de prédispositions, comme moyens de distinguer les maladies générales des affections locales, d'excitante fixes et dif* fusibles. Ils traitaient leurs malades par le bouillon gras, le vin et l'opium. Mais ils avaient l'adresse d'ajouter à cela tout ce qui^ dans la médecine commune, leur paraissait être nécessaire, indispensable. Ainsi quand le bouillon, le vin et l'opium ne réussissaient pas, ils donnaient dans les fièvres intermittentes des marais le quinquina, si décrié par leur maître, mais en protestant bien qu'ils ne le donnaient qu'à titre d'excitant fixe. Us prescrivaient aussi l'essence de térében-

thine dans l'hydropisie, en ayant soin néanmoins de déclarer qu'elle possédait tout juste le degré de puissanee excitante nécessaire dans cette affection. De même j'ai vu manger des poulets le vendredi dans certains couvents, après que le prieur, faisant dessus le signe de la croix, avait prononcé la formule : Fiat piscis I

•OOOOOOCtiii

L'ALLOPATHIE.

Page 1