‹ Exposition de la doctrine médicale homeopathiqueChapitre 63 sur 73 · DB TOUTES LES CLASSES · texte numérisé non relu

DB TOUTES LES CLASSES

L'allopathie, ou la méthode curatîve de F ancienne école médicale, se vante de posséder depuis deux mille cinq cents ans l'art de détruire la cause des maladies dont elle entreprend le traitement, et, au contraire de rhomœopathie, qui n'a pas ce pouvoir, d'être la seule qui opère des cures dirigées contre les causes, la seule qui guérisse d'une manière rationnelle.

Mais pour que les allopathes puissent détruire la cause des maladies chroniques, qui font sans contredit la majorité des affections auxquelles l'homme est sujet, il aurait fallu du moins que cette cause leur fût connue. Or, elle leur a été inconnue dans tous les siècles, et ils furent tout surpris quand les découvertes récentes de rhomœopathie leur apprirent que toutes les maladies chroniques dépendent uniquement de trois miasmes, vérité dont l'ancienne école n'avait jamais eu le moindre soupçon.

La vraie cause des maladies chroniques leur ayant toitjours été inconnue, il s'ensuit que jusqu'à présent

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ils ont dirigé leurs coups coutre des causes fausses, et que, ne détruisant pas la véritable, dont ils n'avaient aucune notion, ils n'ont jamais pu non plus guérir réellement ces maladies.

Les résultats prouvent ce que j'avance ici. Car, si l'on excepte les seules maladies provenant du miasme vénérien chancreux, dans lesquelles le mercure, trouvé empiriquement par des hommes étrangers à la médecine, procurait des secours réels, toutes les autres maladies chroniques ne faisaient que s'aggraver et devenir incurables sous TinflucTnce de tous les moyens déployés contre elle par l'ancienne école, et aucune n'était guérie, ramenée à la sanlé. A Taffection dont un homme est atteint en substituer, par l'action des médicaments, une plus grave et seulement d'aspect différent, puis, comme on le fait d'ordinaire, prétendre que celle-ci est survenue par hasard, que le médecin ne doit aucun compte de son apparition, ce n'est pas guérir les malades et les rendre à la santé, mais leur nuire et les bercer d*iIIusions.

C'est à tortque les médecins de l'ancienne école donnaient les divers caractères, parfois purement imaginaires, et les différents phénomènes des maladies chroniques, qui ne sont que des produits et des manifestations de la cause primitive, pour la cause elle-même de ces affections, et combattaient tantôt le refroidissement, le catarrhe et le rhumatisme, tantôt la goutte, les obstructions du système de la veine-porte, les hémorrhoides, des engorgements des vaisseaux lymphatiques, des indurations, des principes morbifiques dans les humeurs, un état saburral ou muqueuxdes premières voies, la faiblesse de l'estomac et des organes digestifs, celle des

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nerfe, le spasme, la pléthore, FinflammatioD chronique, l'hydropisie, etc. Ils croyaient voir dans ces états la cause à détruire, et quand, par leurs procédés, ils étaient parvenus à les diminuer ou à les faire disparaître, ils sMmaginaient avoir anéanti cette cause.

>Iais, après qu'un de ces caractères ou états avait été diminué ou supprimé par la violence de leurs médicaments, il ne manquait jamais de reparaître à sa place quelque autre phénomène morbide, produit différent de la cause fondamentale. Comment donc F état primitif aurait-il pu être cette cause, puisque sa cessation n'amenait pas une véritable guérison, ne rétablissait pas la santé, et qu'il s'ensuivait un nouvel état morbide, toujours même plus grave î D'où venaii donc alors primitivement ce qu'on croyait être le caractère de la maladie ? De quoi dépendaient la propension du malade à se refroidir, le catarrhe, le rhumatisme, la goutte, les obstructions du système de la veine-porte, les hémorrhoides, les engorgements des vaisseaux lymphatiques, les indurations, l'état muqueux et saburral des premières voies, l'âcreté apparente du sang, la faiblesse de l'estomac et des organes digestifs, l'état fébrile, la faiblesse nerveuse, le spasme, la pléthore, l'inflammation chronique, l'hydropisie, etc. ? Quelle source primitive devait-on assigner à ces états, puisqu!ils ne sont qu'autant de formes diverses du prétendu caractère de la maladie, des manifestations différentes du mal interne, en un mot des symptômes, dont attaquer un seul par des médicaments, après lui avoir faussement donné le nom de cause, c'est dans la réalité ne faire qu'une mauvaise médecine symptoraatique, quoiqu'en agissant ainsi on prétende se conduire d'une manière rationnelle etcom-

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battre la vraie cause de la maladie? Quelle était, à proprement parler, la cause fondamentale de ces maux et phénomènes secondaires alternants, cause dont la seule destruction peut procurer une guérison radicale et durable, constituer un traitement véritablement rationnel? Voilà ce que les médecins de Tancienne école n'ont jamais su, et ce qu'aujourd'hui encore ils ne veulent point apprendre (1) de l'homœopathie. Cependant, ils n'ont rien rabattu jusqu'à ce jour de leurs hautes prétentions au rationalisme des méthodes jamais salutaires et constamment fimestes qu'ils emploient contre les maladies chroniques. Y eut-il jamais de forfanterie à la fois plus ôdicule et plus pernicieuse pour le genre humain, si on la juge d'après son résultat général et constant !

Quant à ce qui concerne le traitement des maladies aiguës, l'expérience montre également que quand ceux qui sont atteints de ces affections restent abandonnés à leur seule force vitale, sans nulle coopération de l'allopathie, ils guérissent en général beaucoup plus vite et plus sûrement que lorsqu'ils se soumettent aux méthodes accréditées par l'ancienne école ; dans ce dernier cas, il en meurt plus d'un qui, sans de si malencontreux secours, aurait pu résister ; beaucoup aussi restent après plus souffrants qu'ils ne l'étaient auparavant, et d'ordinaire finissent par périr misérablement des suites du traitement qu'on leur a fait subir, tandis que, livrés à eux-mêmes, ils se seraient rétablis.

Ce résultat tient à ce que l'allopathie assigne un faux caractère aux maladies aiguës, afin de les mettre en harmonie avec le plan de traitement adopté par elle. Ainsi

(i) Il y a moins de honte à ne pas savoir une chose qu'à refuser de rapprendre.

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nous la voyons supposer une pléthore pour cause fondamentale, et saigner copieusement, dans la pleurésie et la péripneumonie aiguës, où il lui aurait suffi, comme l'enseigne et le pratique Thomœopathie, de faire cesser l'irritation morbide du système artériel par des doses faibles de médicaments internes, pour éteindre en peu d'heures la maladie tout entière, sans avoir besoin d'épuiser les forces du malade, qui ne peut plus ensuite les recouvrer, ou ne les récupère qu'après avoir langui longtemps.

On ne conçoit pas que les allopathes puissent regarder comme un grand péché de ne pas saigner, qu'ils saignent copieusement dans les maladies inflammatoires, par exemple dans les inflammations de poitrine, qu'ils s'en soient fait à eux-mêmes une loi inviolable, et qu'ils veuillent imposer également cette loi aux médecins dont la pratique est plus heureuse que la leur.

Si cette méthode était aussi salutaire qu'ils le disent, comment se ferait-il que plus d'un sixième des malades qui périssent chaque année entre leurs mains, succombent à des maladies inflammatoires, ainsi que le témoignent leurs propres tableaux de mortalité ? Il n'en serait pas mort un sur douze si ces malheureux n'étaient pas tombés entre des mains avides de sang, s'ils avaient été abandonnés à leur propre nature.

La phthisie pulmonaire enlève annuellement des centaines de milliers d'individus à la fleur de leur âge. Allopathes ! vous avez leur mort sur votre conscience ! Car s'en trouve-t-il un seul parmi eux dont la maladie n'ait point pris sa source dans vos belles méthodes euratives, dans les émissions sanguines et le traitement antiphlogistique auxquels vous avez eu recours sans

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raison contre une phlegmasie de poitrine antérieure ? Cette manière insensée et barbare de traiter la pleurésie par la saignée, les sangsues et les débilitants, fait chaque année descendre au tombeau des milliers d'hommes qui succombent ensuite à la fièvre nerveuse, à Fhydropisie, à la phthisie pulmonaire. Vraiment I c'est une excellente manière d'anéantir en masse et sourdement le noyau du genre humain !

Est-ce là guérir, guérir d'une manière rationnelle, guérir la cause ?

Parmi les personnes atteintes de pleurésie, même très-aiguê, que Thomoeopathie rétablit, et la plupart du temps avec une promptitude merveilleuse, on n'en trouvera pas une seule qui meure ensuite de consomption et de phthisie pulmonaire ; car rhomœopathie ne guérit les inflammations de poitrine en apparence les plus mortelles, qu'en faisant cesser l'état morbide du système sanguin par des médicaments internes peu nombreux, doux, mais appropriés, qui souvent apaisent le désordre, avec les douleurs, dans le court espace de vingt-quatre heures, et ménagent les forces des malades, puisqu'ils rendent inutiles toutes les émissions sanguires, tous les moyens débilitants. Elle sait, en effet, ce que les médecins de l'ancienne école ne savent pas, et malheureusement ne veulent point savoir, que les fortes inflammations aiguës de la poitrine (et d'autres parties) sont uniquement dues à l'explosion d'un miasme psorique caché dans l'intérieur du corps, et que nul de ceux qui sont exempts de la psore n'est atteint de ces affections. Elle sait comment s'y prendre, après avoir apaisé le désordre inflammatoire de la circulation, pour guérir la psore sans délai au moyen de remèdes

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appropriés, afin qu'elle i^e puisse plus désormais exercer dans les poumons les ravages qui en amènent si aisément la destruction. Et elle parvieat d'autant plus sûrement à son but, qu'elle o,'a point,, comot^ fait toujours Tallopathie, gaspillé^ ptar des saignées et des ra^ fraîchissants antipathiques, les forces vitales si nécessaires à la réaction qu'eiKciteiHmt les remèdes antipsoriques qu'il lui reste à mettre en. usage*

A l'égard des autres maladies ,ai^ês, l'aUopathe ne les traite pas non plus, comme l'homoeopathe, d'après les pariiôularités qu!elles présentent dabs chaque cas spécial, mais uniquement d'après le nom pathologique qu'elles ont reçu dans son éqole, etd'<après le plan de conduite que ses livres tracent pour chacun de ces i.oms. Ainsi, quelque diffé^l^ntes que les fièvres intermillentea sotent.lea qqes des autres, au lieu d'opposer à chacune le remède spécifique contre elle^ il les sup^ prime toutes par le quinquina à fortes doses, souvent répétées pendant, plusieurs, semaines, Mais le malade n'est point par là rendu à.la santé ; il n'éprouve plus, à la vérité^ des ;altemative8 dçî fn)id et dç chaleur ; mais il est devenu malade d'une autre manière, et plus qu'il nel'ét^U dwant sa fièvre; car on. lui a (jpnné une maladie qoinique, qui souvent durera plusieurs années.

Les sectateurs de la médecine qui se dit rationnelle trouvent de . même, pour les autres maladies sporadiques, épidémiques et contagieuses, des noms tout établis dans. lenrs Kvvq», et pow. obaqtie nom qu'il leur plait d'assigner à la. maladie régnante,, .un certain plan de traitemeot, modifié seulwfient de temps en temps par la mod^, plaftidont la fièvre^ quoique ;peut-s^tre ab-

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solument inconnue jusqu'alors et n'ayant encore jamais existé, doit s'accommoder, qu'il lui convienne ou non. Celui qui n'a pas la ftirce de résister doit périr.

Telle n'est point la conduite de Thomoeopathe. II juge la maladie d'après son individualité, d'après les particularités qu'elle offre dans chaque cas spécial, sans se laisser entraîner à de faux traitements par aucun nom systématique ou pathologique, et il la guérit presque toujours à l'aide d'un médicament choisi d'après les symptômes qu'il a recueillis.

Mais je reviens aux maladies chroniques, bien autrement nombreuses, qui, d'après la manière dont l'ancienne médecine les envisage, ont fait jusqu'ici de la terre une véritable vallée de désolation. Je vais montrer que, même en ce qui les concerne, la dangereuse et nuisible allopathie est infiniment au-dessous de la bienfaisante et salutaire homœopathie.

Sans connaître la véritable et unique cause de ces maladies, l'ailopathe les traite par une multitude de médicaments, dont les fortes doses se succèdent avec; rapidité, el sont fréquemment continuées pendant longtemps. Son but est d'accabler la maladie ; mais quels médicaments emploie-t-il pour cela ? Des substances qui, à son insu, exercent sur Tbomme une tout autre action que celle qui serait nécessaire pour procurer la guérison.

Aussi est-ce avec raison qu'on donne à ces médicaments dont 'il fait ainsi usage, le nom d'allopathiques (moîee, aliéna f ad rem non pertinentia) , et que sa méthode elle^mêûie porte celui d'allopathie.

Mais comment s'est-il fait qu'au grand détriment des malades on ait adopté des médicaments qui ne con-

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viennent pas ? Ëyidemment, ce n'est point par malice. C'est donc par ignorance ! Les niédecins de l'ancienne école se servent de ces substances parce qu'ils ne connaissent pas leurs vraies propriétés^ leurs véritables effets sur le corps humain, parce que l'usage est établi de les employer dans telle ou telle maladie, parce que les livres prescrivent d'en agir ainsi, et que dans les écoles on leur a enseigné à suivre cette marche.

Mais comment a-1^il pu se faire qu'en les employant dans les maladies, depuis tant de siècles que cette méthode est accréditée, ils n'aient pas peu à peu remarqué les particularités qu'offre chaque médicament dans son action sur Thomme, et déduit de là les cas dans lesquels il convient réellement à titre de remède 7

' A cette question on répond en disant que les méde* cins de l'école possédaient et possèdent encore une méthode infaillible pour se préserver de connaître le mode d'action propre à chaque médicament, et pour le rendre inaccessible à leurs yeux, à leur observation.

L'aspirant au doctorat doit prouver, par des formules de sa propre composition, qu'il possède le noble talent, indispensable à T allopathie, d'accoupler plusieurs médicaments, et d'en former une recette construite d'après les règles de l'art. Il doit donc éviter avec soin d'employer jamais aucune substance médicinale seule.

Toute recette composée de plusieurs drogues différentes annonce sans réplique que celui qui Ta écrit est un allopathe, un adepte de T incorrigible école qui a régné jusqu'à présent en médecine.

Je demande au lecteur de me dire en conscience comment il serait possible que de tels médecins, quoique leur nombre s'élève à plusieurs millions depuis tant de

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siècles, fussent arrivés à connaître les spécialités de chaque substance médicinale, en ne faisant jamais usage que de pareils mélanges.

Quand bien même on donnerait ces mélanges à un homme parfaitement bien portant et exempt de tout symptôme morbide, quand bien même les mélanges ne seraient ^^omposésque de deux ingrédients seulement ( I ), serait-il jamais possible de dire avec certitude quels sont, parmi les effets qu'enverrait survenir, ceux qui appartiennent à l'une ou à Taulre substance î

Or, si en disant prendre à une personne en santé un mélange composé seulement de deux substances différentes, on n'acquiert jamais une notion précise de Faction que chacune d'elles exerce sur le corps, parce que le mélange ne |)eut produire qu'un effet moyen, n'est-il pas bien plus impossible encore d'apprécier l'actijn spéciale de chacun des ingrédients constituant un mélange donné à un malade» c'est-à-dire à un homme dans Tétat norn^'al duquel il est déjà survenu une foule de changements?

Qui ne voit, d'après cela, que les médecins de l'ancienne école n'ayant d'ailleurs jamais esi^yé sérieuse-

(i) D'après ce Ue ancienne médecine, si contraire au bon sens, c'est a proprement parler, pi us de deux el trois ingrédients différents qui doi- Tenl entrer dunsuvie recette formulée selon les règles de Tart, probablement afin que celui qi|t en fait usage ne puisse jamais entrevoir quelle est colle des diverses substances qui a été utile ou qui a nui, afin qu'il n'arrive jamais à savoir quelle action chacune d'elles exerce sur le corps, dans quelle maladie par conséquent elle peut être employée k coup sûr. Mais depuis que rfaomœopathie a fait pénélnpr quelques rayMs de lumière, on voit quelques allopathes qui n'admeltODt plus que deux ingrédients dans leurs receltes, el qui, d'après cela, prétendent traiter par des remèdes simples. Comme si deux et un était la même chose!

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ment de rnédicaiDents simples sur des personnes saines, ils ont tous dû être, depuis l'origine jusqu'à ce jour, dans une ignorance complète et absolue des effets véritables, pui^s et spéciaux, de chaque substance médicinale, si Ton excepte ceux en petit nombre que quelquesunes d'entre elles manifestent jusque dans les mélanges où onles faitentrer, et qui nepouvaient mémepusrester inaperçus au vulgaire, comme l'effet purgatif du séné, stupéfiant de l'opium, sialagogue du mercure, vomitif de ripécacuanha, antitypique du quinquina, et quelques autres encore.

Les allopathes sont donc de purs artisans, qui n'ont et ne veulent avoir aucune connaissance des instruments qu ils emploient!

Mais parmi les artisans des plus bas étages, s'en trouve-t-il un seul qui soit dans le même cas? Il n'y a que le médecin de F ancienne école qui offre un tel' exemple !

Et malgré cette incroyable irrationnalité, ses partisans se vantent hautement d'être les seuls médecins rationnels! Eux, qui ignorent complètement la cause 'fondamentale de toutes les maladies chroniques non vénériennes, prétendent être les seuls dont les métho* des curatives soient dirigées contre les causes! Et avec quoi traitent-ils? avec des substances dont ils ne connaissent point, dont ils évitent même de connaître l'action pure I

Y a-t- il forfanterie plus ridicule ? absence plus complète de bon sens? néant plus absolu de savoir médical ?

Yoilà, pauvres malades, ce que sont tous les médecins ordinaires. Voilà ceux qui, dans tous les pays civilisés^

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occupent les places, et lancent Tanathème contre toute idée favorable aux intérêts du genre humain, mais contraire à ceux de leur communauté ! Voilà ceux qui dirigent partout les hôpitaux, où tant d'êtres souffrants soupirent en vain après la guérison ! Voilà ceux qui partout approchent des puissances de la terre, et remplissent les chaires des universités ! Voilà ceux dont nos villes fourmillent, depuis Thomme au grand nom qui fatigue chaque jour deux attelages à visiter soixante ou quatre-vingts malades pendant une ou deux minutes au plus, jusqu'à l'humble praticien qui épuise ses jambes à multiplier des visites toujours moins rétribuéesque celles de son brillant confrère !

Si tous ces médecins n'étaient qu'inutiles, le mal serait déjà bien assez grand. Mais ils portent préjudice aux malades et les ruinent. Sans le savoir, sans s'en douter seulement, sans le vouloir, ils nuisent par leurs doses énormes de médicaments, presque toujours mal choisis, qu'ils répètent chaque jour, plusieurs fois même par jour, qu'ils continuent souvent pendant longtemps, sans négliger de les accroître lorsqu'elles ne sont d'aucun secours.

Que doit penser le public éclairé, d'hommes qui depuis vingt-cinq siècles, n'ont pas su voir que chaque dose d une substance médicinale exige, des jours et même des semaines pour accomplir vson action sur le corps humain, vérité mise hors de doute par les expériences et les observations multipliées de i'homœopathie? Ce public, jusqu'à présent dupe d'illusions, que doit-il penser d'hommes qui, malgré la publicité donnée àcette grande vérité, continuent de prescrire les médicaments à plusieurs doses par jour, de manièreque

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chacune étant troublée dans sonactionpar celle qui lui succède de trop près, il ne peut résulter de là rien de bon, de salutaire, mais seulement une nouvelle atteinte portée à la santé?

Le lecteur impartial et sensé aura delà peine à comprendre comment, sur toute la surface de la terre, les médecins ont pu persister si longtemps dans cette perr nicieuse méthode de traiter les maladies chroniques.

Ce que je dis ici de la manière dont les médecins de Tancienne école traitent les maladies serait incroyable, si nous n'en trouvions l'explication dans leur i^rnorance complète de la vraie marche suivie par la nature, dans leur manque de connaissance du rapport qui existe entre les substances médicinales et le corps humain, et dans l'absurde croyance qui leur fait regarder tous les médicaments comme des choses absolument et toujours salutaires, quelque fprtes, répétées et croissantes qu'en puissent être les doses.

Mais la moindre observation aurait suffi pour leur apprendre que cette proposition est radicalement fausse, que le contraire seul est vrai, et que tout médicament est, par lui-même, une substance nuisible à la santé, qui ne peut devenir salutaire que quand on Kjadministre dans un cas approprié de maladie, à une4ose convenable, et en temps utile.

Cette vérité, la plus indispensable de toutes à celui qui veut guérir, c'est moi qui l'ai proclamée le premier. Dans les premiei*s moments de la surprise qu'elle leur causa, les allopathessemblèrent l'admettre, comme s'ils l'eussent connue depuis longtemps. Mais le temps a prouvé qu'ils persistaient dans leur aveuglement.

Autrement ils n'auraient pas continué à traiter les

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maladies chroniques sans chercher quelle est la y^tu spéciale de chaque médicament, à employer des mé* langes de drogues inconnues, à en multiplier et forcer \

continuellement les doses, sans s'inquiéter de l'effet qui pouvait en résulter pour les malades.

Il sera facile d'apercevoir jusqu'à quel point cette aveugle méthode doit nuire, quand on saura que tout médicament est une substancequi produit des maladies; qu'en conséquence tout médicament énergique donné pendant longtemps, à des doses répétées plusieurs fois par jour et de plus en plus élevées, à F homme même qui jouit de la meilleure santé, le rend infailliblement malade, d'une manière d'abord appréciable au dehors, puis de moins en moins pei'oeptible(l), mais par cela même plus pénétrante, et produisant alors des maux durables. Effectivement, la force vitale conservatrice, qui est toujours active en nous, ne cesse jamais de chercher à détourner le préjudice que ces fréquentes atteintes portent à la vie elle-même, par des changements morbides qu'elle détermine dans les organes. Elle exalte l'activité de l'un, qu'elle rend plus sensible et doulou-reux, diminue celle de l'autre, qui devient insensible et s'engorge; -elle enlève l'irritabilité à certaines parties, et les frappe même de paralysie ; en un mot elle provoque autant de changements morbides, dans le physique et le moral du corps, qu'il en faut pour détourner le danger auquel la vie est exposée par les attaques hostiles des doses continuellement renouvelées du médicament,

(i) Gel effet n'est jamais moias prononcé que quand on n'accrotipas les doses. Alors le médecin allopallie cherche k se persuader que lecorps du malade s'esl habitué au médicamenl, el qu'on doit, par conséquent, accrotlre la dose. Préjugé absurde et funeste aux malades.

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c'est-à*dire qu'elle fomente en silence une foule de désorganisatioDset d'oi^anisalionspathologiques^ qui sont autant de désordres internes et externes^ désormais permanents. Si le médîcamettt a été employé pendant longtemps, cette maladie médicinale, car on ne saurait trouver un nom plus convenable pour la désigner, devient tellement stable et fixe, que, même après qu'on a interrompu F usage de la substance médicinale et cessé de soustraire au corps ses humeurs et ses forces, ta force vitale ne peut plus parvenir à en triompher, à rétablir la santé, à ramener Tordre normal.

De même la force vitale, incessamment occupée à la conservation de notre organisme, met les parties sen-« sibles de la main des ouvriers è. Tabri de V action des causes de lésion ou de destruction, en les couvrant d'une couche épaisse et dure de matière cornée, qui garantit la peau, les neifs, les vaisseaux sanguins et les muscles. Mais que Touvrier vienne à cesser ses rudes travaux, et ne manie plus que des choses molles, uM année entière au moins s'écoulera avant que la force vitale ait pu le délivrer de cette cuirasse, qui ne lui est plus nécessaire.

C est dans le même sens que, pour sauver au moins la vie, la force vitale institue à l'intérieur du corps, des préservatifs organiques et dynamiques contre les impressions nuisibles et hostiles des doses élevées et continuellement reproduites des médicaments allopathiques. Voilà pourquoi elle détermine dans notre organisme des changements constituant une maladie médicamenteuse stable, et qui dure souvent plusieurs années, maladie que nul art humain ne saurait guérir, et que la force vitale seule a le pouvoir de dissiper, avec le temps,

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pourvu toutefois qu'après la cessation de l'emploi du médicament^ il lui reste encore assez d'énergie pour cela.

Si donc, au lieu d'être guéri d'une manière douce^ prompte et durable, par Thomoeopathie, un homme atteint d'une maladie chronique non Ténérienne tombe entre les mains d'un allopathe, qui, d'après l'usage de son école, le soumette à l'usage prolongé de médica* ments héroïques, mais incapables de détruire le miasme psorique, et les lui prodigue à des doses toujours croissantes, on conçoit aisément dans quel triste état d*incurabilité, même absolue, il finira par tomber. Sa maladie primitive ne sera diminuée en rien, et de plus, il aura des altérations organiques dans les parties les plus essentielles au bien-^tre et à la vie. En outre de Taffection primordiale, il aura des maladies médicamenteuses stables, provoquées par le quinquina, l'opium, le mercure, l'iode, l'acide prussique, l'arsenic, la valériane, la digitale, etc., qui toutes ensemble formeront une hydre à mille tètes, contre laquelle il n'y a et ne peut plus y avoir ici-bas le moindre secours à espérer.

Si, de plus, le médecin qui prétend avoir traité d'une manière rationnelle n'a point épargné les débilitants, comme c'est l'ordinaire; si, croyant trouver la cause du mal dans une âcreté des humeurs ou dans la pléthore, il a tiré souvent du sang, multiplié les bains chauds, prodigué les purgatifs et gaspillé les sucs nourriciers les plus précieux, oh! alors la maladie médicamenteuse chronique, engendrée par ce traitement officiel, est devenue si irrévocablement immuable qu'il ne &ut pas même songer à voir jamais le malade se rétablir, et qu'il n'y a plus qu'une mort lente qui puisse le

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débarrasser des souffrances dont Tart de son médecin Fa accablé.

Craignez, je vous en prie, d'inviter qu'on assiste à l'ouveilure du cadavre ! Vous vous en garderiez bien si vous saviez ce que l'homme éclairé pourrait en conclure contre vous ! A part des défauts innés de conformation, qui sont assez rares, et peut-être quelques résultats des vices du défunt, quelles anomalies trouvezvous là qui ne soient pas en grande partie les produits de vos manœuvres funestes, de votre ignorance médicale et thérapeutique ! Vous ne voyez rien qui ait existé avant votre traitement, comme vous seriez bien tenté de le dii*e aux assistants, mais toutes choses qui sont devenues 6e qu'elles sont par le fait de ce traitement. Vo0s avez soîis les yeux la preuve de Tincurabilité du mal, non pas avant qu'il tombât entre vos mains, mais depuis qu il y a été. Il ne vous sert à rien d'étaler ici votre savante terminologie anatomique ; car l'homme qui voit clair n'aperçoit pas comment elle serait un gage de votre habileté comme médecin. Ce n'est pas l'anatomie pathologique, mais, à votre honte, l'anatomie thérapeutique, qu'enrichit le résultat de l'autopsie, malgré toutes vos subtiles déclamations.

Quand bien même les débilitaiions dont je viens de parler auraient été évitées dans le traitement des maladies chroniques d'origine psorique, la plus parfaite médecine qu'on connaisse, l'homœopathie, est impuissante à guérir les maladies médicinales engendrées par l'usage prolongé de doses considérables et fréquentes des médicaments, fôt-ce même d'une seule substance médicinale ; car où pourrait-il y avoir des moyens de faire qiie les altérations organiques qui sont là n'aient

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point ou lieu? Il faut bien moins encore songer à des antidotes contre les maux chroniques provoqués par des mélanges de médicaments. Guérir de pareilles atteintes à la vie est une (âche qui, évidemment, dépasse le pouvoir de la médecine la plus rationnelle ; car s'il est certain que la force conservatrice peut seule faire naître en nous des changemwts organiques durables, pour préserver la vie soit des miasmes chroniques, soit des atteintes hostiles de doses considérables et lot^temps prolongées de médicacoents aliopathiques, il ne l'est pas moins qu elle seule a le pouvoir de détruire son ouvrage, de faire disparaître ces changements, et de ramener les organes à leur état normal, sons la double condition toutefois qu'elle ait assez de temps et d'énergie encore à sa disposition.

Les sujets jeunes, rc^ustes, non affaiblis, et stricts d'ailleurs à observer le régime convenable, sont les seuls chez lesquels la force vitale puisse faire disparaître peu à peu, en deux, trois, quatre années, les altérations organiques quelle-même a péniblement enfantées pour détourner les agressions de puissances médicinales hostiles. Encore faut-il pour cela que la psore ait été guérie homœopalhiquement; car notre force vitale ne peut jamais en triompher seule, pas plus qu'elle n'est éteinte par les absurdes traitement^ de l'allopathie, qui se croit si sage.

Mais si le malade est avancé en âge, si le chagrin, les contmriétés, la crainte ou la misère pèsent sur lui, si en outre il a été affaibli par des émissions sanguines, des purgations, etc. , il ne lui reste plus d'autre perspective que de s'éteindre lentement, sort inévitable de ceux qui sont tombés entre les mains des mé-

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dedns les plus renommés de rancienne école. Personne ne peut plus rien faire pour eux.

n y a de la cruauté h po%narder un ennemi par derrière ; mais n'y en a-t-il pas davantage, quand on a promis secours à un malade, et qu'il est facile de le guérir d'une manièi^e certaine par les remèdes appropriés, d'user les ressorts de sa vie par des moyens cachés de destruction, et de lui créer Une existence misérable, aux tourments cdntmnels de laquelle il ne voit d'autre terme qu'une mort dont la lenteur à venir lui fait envier le sort de celui qui périt sous le couteau d'un assassin !

Après ces considérations qui brisent le cœur sur le danger qu'il y a de tomber, comme malade, entre les mains de gens que leur faux savoir rend vains jusqu'à la folie, je ne puis m'empêcher d'inviter mes modestes confrères , les bomœopathes ( 0 multa mecum pejoraque pctësiy durate et vosmet rébus servate secundis)^ à ne pas compromettre notre art divin et infaillible dans les maladies naturelles, en vonlant l'appliquer à ces affections monstrueuses créées par le génie malfaisant de rallopathie, et à ne point s'exposer par là aux sarcasmes des médecins célèbres de Tancienne école, qui n'ont épargné aucune peine pqtn* les rendre, à beaux deniers comptant, incurables. Laissez-les d'abord ramener le malade, s'ils le peuvent, à l'état où il était avant qu'ils enssent épuisé leur savoir-ftiire sur lui.

Je les prie de se borner/pour le moment, aux malades qui n'ont point encore été travaillés par les médecins de l'école dncienhe, flissent-ils de là classe la plus pauvre, et atteints des maladies chroniques naturelles les plus graves. Qu'ils se contentent du moin-

526 l'allopathie.

dre salaire^ pourvu qu'ils soient bien convaincus que les faibles ressources du malade ne lui ont pas permis de recourir aux allopathes, et l'ont préservé des tris^ tes résultats qu'entraînent les médicaments employés hors de propos. Si leurs peines sont peu récompensées, du moins auront-ils l'inexprimable satisfaction de ré- 'tablir la santé d'une manière certaine et prompte, à la honte de Tallopathie, qui ne peut point guérir, qui ne sait que rendre les maladies plus jgraves et incurables par un déluge de médicaments. Par là, ils dessilleront peu à peu les yeux du public. A l'homœopathie seule il appartient, quand une maladie n'a point été défigurée par l'art funeste des allopathes et que les forces vitales sont encore suffisantes, de rétablir la santé comme par enchantement, sans se vanter de sa rationalité et de son aptitude à détruire les causes.

Tant que la médecine douce, naturelle et certaine^ l'homœopathie, n'était point encore trouvée, Tbomme de bien, le philanthrope, devait déplorer sincèrement que les médecins de l'ancienne école errassent au hasard dans la profonde obscurité de leur ignorance effroyablement savante, et que leur zèle à traiter les maladies naturelles, loin d'en procurer la guérison, ne fit que les aggraver et les rendre incurables. Car comment débrouiller un tel chaos d'hypothèses sans fondement, d'axiomes thérapeutiques contraires à la nature, et d'absurdes mélanges de médicaments inconnus dans leur action propre? Comment séparer le vrai du faux, et ramener tant de méthodes curatives à une seule naturelle et toujours salutaire? Les médecins étaient alors fort à plaindre, ainsi que les malades auxquels leur art prétendu causait de si grands préjudices.

l'allopathib. 527

Mais depuis qu'on a trouvé la seule vraie médecine, celle qui, dans les maladies naturelles non altérées, ramène promptement et sûrement la santé par des médicaments doux, spécifiques, bien préparés et en petite quantité, depuis que cette médecine s'est fait connaître dans toute l'Europe par des actes surprenants, ceux qui la rejettent et la persécutent ne sont plus à plaindre. Leur persistance à suivre la méthode homicide des anciens les rend un objet de mépris et d'horreur.L'impartiale histoire flétrira leurs noms, pour avoir dédaigné les secours qu'ils auraient pu donner à des malades dignes de compassion, s'ils n'avaient pas fermé méchamment leurs yeux et leurs oreilles à la grande et salutaire vérité.

LES OBSTiCllS A LA GIRTITDBK ET i U gtIPlICLTÉ. M LA itDEGIJlB PRATIQUE SOKT-ILS IXSUBHOMiBLES (1) ?

Les obstacles qui s'opposent à ce qu'on acquière une notion exacte de TeiTet des médicaments, m'ont paru in* surmontahles jusqu'au moment où le soupçon s'éleva dans mon esprit, que les médepins eux-^mémes pouvaient bien être en pailie la cause du défaut de simplicité et de l'incertitude de leur art.

Docilité des malades. J'ai vu des médecins entreprendre de traiter des malades qui n'avaient qu'une demi-confiance, et dans toute la conduite desquels un esprit non prévenu pouvait voir qu'ils n'aspiraient pas réellement à guérir, qu'ils n'étaient pas fermement résolus de se délivrer de leurs maux, et qu'ils n'avaient pas une prédilection en quelque sorte enthousiaste pour l'homme aux soins duquel ils se confiaient. Quelle docilité pouvait-on attendre d'eux? Et quand ils parlaient en termes généraux de leur ponctualité à suivre la* marche qui leur était tracée, pouvait-on avoir confiance en eux, pouvait-on bien mettre sur le compte des médicaments prescrits les effets qu'on voyait survenir? Assurément non.

Régime, genre de vie. Une des choses dont les méde-

(4) Article publié en 1797, dans le Journal de médecine pratique d'Hufeland.

eins se plaignent le plus, c'est que les malades n'observent pas le régime qu'ils leur prescrivent. Quelle garantie avoir à cet égard ? disent-ils ; n'est-il pas impossible d'apprécier les suites d'une maladie, et les effets des médicaments employés contre elle, quand on ne peut, chez ses malades, obtenir aucune certitude touchant un point de telle importance ?

Ne vous en déplaise, on a cette certitude pour Jes malades qui s'abandonnent sans restriction, avec pleine et entière confiance, au médecin qu'eux-mêmes regardent comme un demi-dieu; pour les autres, il faut, sans nul doute, compter moins sur eux.

Mais il me semble qu'en élevant de pareilles plaintes, les méu ceins n'établissent pas une distinction suffisante entre les erreurs de régime qui ont déterminé et qui entretiennent la maladie , le régime ordinaire et parfaitement indifférent des hommes, et le nouveau genre de vie commandé par l'homme de l'art.

Si, quant au premier point, celui de faire renoncer à des fautes préjudiciables, le médecin ne croit pas être assez maître de son malade pour que celui-ci soumette sa volonté à la sienne, il doit le quitter. Mieux vaut n'avoir pas de malades que d'en soigner d'un caractère inconstant et versatile.

Comment se flatter de guérir une affection chronique" du foie, chez un homme adonné aux boissons spiritueuses, qui ne vous consulte qu'en passant, parce qu'il vous rencontre dans un lieu public, qu'il vient d'avoir une affaire d'intérêt à discuter avec vous, que vous êtes son voisin ou son parent, en un mot qu'il a été conduit près de vous par quelque circonstance accidentelle, et non par une confiance sans bornes? Quel empire ne

feut-il pas avoir sur ce vieux pécheur, pour espérer qu'il défère réellement au conseil que vous lui donnez de diminuer jour par jour la dose de son poison &vori ! Un malade placé dans de si fâcheuses conditions doit témoigner, par des sacrifices patents, qu'il se soumet sans réserve à la volonté du médecin. Celui-ci doit lui représenter vivement et les dangers du mal dont il est atteint, et les difficultés que sa funeste passion oppose à un traitement efficace. Le malade revient-il à la charge, accepte-t-il tous les sacrifices, oh! alors, pourquoi ne pas se fier à lui, tant qu'il donne des preuves non équivoques de persévérance ? Ne supporte-tril pas l'épreuve , il faut le laisser aller : l'art ne reçoit pas d'échec pour cela, et les calculs du médecin n'«n sont pas moins justes, quoiqu'il ait été tristement déçu.

Mais ne se rencontre-t-il donc pas de malades qui suivent volontiers les conseils paternels d'un médecin généralement estimé, qui, par exemple, s'abstiennent du porc pendant la durée d'une fièvre quarte, et longtemps même encore après; qui renoncent aux pommes de terre dans l'asthme et la leucophlegmasie; qui-, dans dans la goutte, évitent une vie sédentaire et les vins aigrelets, ou, dans le marasme juvénile, fuient des plaisirs destructeurs de leur santé ?

Un bon médeein, appelé auprès d'un malade atteint d'affection nerveuse chronique, ne doit-il pas insister pour que cette personne renonce peu à peu à l'abus du café, et ne lui est-il pas facile de juger si ses recommandations sont ou non écoutées ? L'expérience m'a appris que le» deux cas ne sont pas rares. Et dans l'un comme dans l'autre, l'observation n'est-elle pas parfaitement sûre?

En procédant de la sorte, nous avons un gi*and degré de certitude historique. N'est-ce donc pas là une espèce de certitude? L'hommed'État, l'instituteur, lemarchand, le général, ont-ils d'autre certitude? Ou bien existe-t-il une autre mesure de la eertitude dans toute action quelconque où la volonté libre de l'homine ne joue point un rAle ?

D'un autre côté, le régime ordinaire des hommes non entièrement corrompus , est-il si répréhensible qu'on doive en prescrire un nouveau dans chaque maladie? C'est là un écueil que beaucoup de médecins ne savent pas éviter. A chaque maladie , aiguë ou chronique, ils tracent largement le plan d'un régime ieut artificiel, ordonnent une foule de choses, et en interdisent une multitude d'autres.

Mais, nous autres médecins, connaissons-nous donc si précisément la manière d'agir de tous les aliments , et de tout ce qui entre dans le régime de vie des hommes, quenouspuissionsdécidersi,dansun cas donné, telle ou telle chose est accordable, telle ou telle autre nuisible ? L'expérience ne montre que trop le peu de fondement de cette prétention.

Pendant combien de siècles nos pères n'ont-ils pas recommandé l'eau, le thé, etc., dans les fièvres avec diminution de la force vitale ( fièvres putrides) , et proscrit, comme un poison le vin, dont cependant les malades se montrent si avides, et qui est le meilleur appui de notre pratique actuelle ! Depuis combien de temps ne défend-on pas la viande dans les hémorrhagies par pléthore négative, dans les affections lentes du poumon , dans le scorbut , et dans la plupart des autres maladies chroniques non gastriques, où elle est indispensable ,

sinon même une vraie panacée ! Et cependant im régime universel n'est pas moins chimérique qu'un remède universel. Rien de plus salutaire^ dit- on , que les fruits en quantité, les herbages verts, les légumes firais , pris sans restriction , qui cependant chargent si souvent l'estomac des personnes à sang appauvri, à forces épuisées, à vie sédentaire^ et augmentent la prédisposition aux coliques venteuses , à la diarrhée. Le rostbeef, le saucisson cru sont représentés comme plus difficiles à digérer pour Testomac relâché , que le veau cuit à point. On prétend que le café facilite et fortifie la digestion, tandis qu'il ne fait qu'exciter les intestins à se débarrasser plus promptement de substances alimentaires qui ne sont pas même à moitié digérées. J'ai vu mourir de l'ictère des nouveau-nés une foule d'enfants privés du sein, qu'on nourrissait d'hosties : j'avais beau dire que cette pâte non fermentée et durcie au feu était indigeste ; mes représentations ne pouvaient rien contre la décision de mes confrèi'es, qu'il n'y a rien de plus léger ( en poids), rien de plus friable (quand on le casse.)

J'ai vu une primipare robuste, à la suite d'un accouchement heureux, être soumise par un médecin ignare et sui'chargé d'occupations, à un régime si sévère qu'il ne lui restait presque plus qu'à mourir de faim. Elle suppoila pendant quelques jours l'eau et le gruau d'avoine ( on lui avait interdit la viande , le pain , le beurre, les légumes, le vin et le café), puis elle tomba dans une faiblesse extrême, avec douleurs insupportables dans le ventre, perte de sommeil et constipation. Le médecin attribua tous ces efTets à ce qu'on n'avait pas observé le régime prescrit par lui. La malade deman-

. dait un peu de café, un peu de bouillon ; tout lui fiit refusé impitoyablement par l'homme inébranlable dani? ses principes. Cette sévérité et la faim l'exaspérèrent : elle s'abandonna donc à la voix de ses innocents désirs, et mangea , mais avec modération , ce qui lui plaisait : le médecin , àsa^grande surprise, la retrouva non-se dément hoi*s de danger, mais fraîche et bien portante, de sorte qu'il inscrivit avec joie dans son journal ce nouvel exemple des merveilleux effets de la diète aqueuse chez les femmes en couches. La femme se garda bien de lui donner le moindre soupçon du péché qu'elle avait commis en obéissant à la nature. C'est là l'histoire de plus . d'une observation, même imprimée. C'est ainsi que souvent l'indocilité du malade sauve la réputation du médecin.

Mais l'erreur de calcul appartient-elle ici à Vart ou au malade? n'est-elle pas bien plutôt à la charge du médecin ?

Il arrive très-souvent que le régime artificiel prescrit par le fnédeein convient beaucoup moins que le régime ordinaire, ou du moins qu'on a grand tort de faire abandonner brusquement ce dernier.

Si déjà, pour pouvoir observer, dans toute sa pureté, la marche de la nature et l'effet des médicaments, le médecin fait bien de ne changer, autant que possible, au régime, que ce qui, dans son intime conviction, est capable de nuire, et d'ailleurs se réduit ordinairement à peu de chose, l'intérêt immédiat de son malade lui impose aussi la loi de ne pas mettre brusquement de côté un régime qu'une longue habitude a rendu indifférent ou même indispensable.

Une sage-femme de campagne avait une violente

534 OBSTACLES A LA GBRTITUDE

fièvre d'indigestion; je lui fis prendre un purgatif, ret^ommanddnt l'eau pour boisson et beaucoup de retenue dans le manger. Les choses allèrent bien durant les premiers jours; mais bientôt la fièvre reparut, avec soif, insomnie et abattement. Les moyens ordinaires ayant été essayés sans succès, je mis tout de côté, depuis la limonade minérale jusqu'au bouillon, et manifestai mes craintes aux parents. Le lendemain, on vint me dire que la malade se portait mieux, et que mes soins ne lui étaient plus nécessaires. Effectivement, elle fut guérie en peu de jours, comme par miracle. J'appris plus tard qu'au moment où j'avais cessé de lui administrer des remèdes, elle avait appelé un charlatan, et reçu de lui une potion spiritueuse à prendre par gouttes; à peine eut-elle goûté la liqueur, qu'elle sembla renaître à la vie ; elle se décida alors à prendre la potion non plus par gouttes , mais par cuillerées, et recouvra ainsi la santé, après' un bon sommeil. J'étais au commencement de ma pratique, sans quoi je n'aurais pas négligé de me faire apprendre tout d'abord qu'en ses jours dosante, cette femme ne pouvait vivre sans boire souvent de l'eau-de-vie, etquepar conséquent elle ne pouvait non plus guérir sans sa boisson favorite.

Il est plus rare que ne l'imaginent la plupart des médecins qu'on ait raison, du moins dans les cas ordinaires, d'apporter un grand changement au régime des personnes atteintes de maladies chroniques. Quant aux maladies aiguës, l'instinct des malades est souvent beaucoup plus sage que le médecin qui n'interroge pas la nature.

Je n'entends pas parler ici des ti^aitements par le régime seul et sans médicaments, dont l'effet, pourvu

qu'ils soient simples, se peut très-bien calculer^et dont on doit attendre de grands résultats dans certains cas particuliers; il s'agit seulement des modifications si firé* quemment inutiles qu'on apporte au régime ordinaire, en traitant des maladies par des médicaments, et qui compliquent letraitement même le plus simple,donnant, conjointement avec ce dernier, un résultat moyen dans Jequjel un Œdipe ne saurait reconnaître quelle part re^ vient aux remèdes, et quelle paît au nouveau régime.

 la vérité nous devons, dans un cas donné, interdire ce que nous savons certainement être nuisible ; mais il n'est ordinairement question, dans les maladies chroniques, que de certaines particularités, du régime dont la diminution graduelle (car toute suppression brusque serait dangereuse) ne cause pas de révolution dans le corps , et par conséquent ne défigure pas l'effet des remèdes auxquels on a simultanément recours.

Quand il y a de grands changements à faire dans le régime et dans le genre de vie, le mieux, pour le médecin qui aime la simplicité, c'est de voir, avant de prescrire aucun médicament, jusqu'à quel point ces changements peuvent influer d'une manière &vorable sur la maladie.

Un scorbut invétéré peut souvent guérir par la seule influence de vêtements chauds, d'un air sec, d'un exercice modéré, de la viande fraîche substituée à la viande salée, de la choucroute, des plantes crucifères, et d'une bierre mousseuse pour boisson. Â quoi bon donner aussi des médicaments? Serait-ce pour rendre méconnais* sable le bon effet de ce genre de vie? Le scorbut naît d'un régime opposé ; il peut donc être guéri par un changement de régime : du moins convient-il d'attendre le résultat, avant de prescrire des médicaments.

Un ancien colonel, homme corpulent et d'une vie licencieuse, avait depuis quarante ans les membres inférieurs presque couverts d'ulcères, et portait en outre des cautères aux jambes; il mangeait beaucoup, faisait usage d'aliments très-substantiels, buvait largement des liqueurs , et depuis nombre d'années prenait tous les mois un paquet de poudre d'Âilhaud ; du reste, il se portait bien. Je fis fermer les cautères; les jambes, enveloppées d'une bande de flanelle, furent plongées chaque jour dans Feau froide pendant quelques minutes, et pansées avec une dissolution affaiblie de sublimé; je ne changeai rien au genre de vie, je ne supprimai même pas la purgation mensuelle, qui était passée en habitude; les membres guérirent peu à peu dans le cours de l'année. Peipdant deux ans encore j'ai connu cet homme bien portant, et depuis j'ai été informé qu il continuait de jouir d'une bonne santé. Puis-je espérer qu'il eût été soulagé plus promptement ou plus sûrement si je l'eusse privé de ses liqueurs î dans le cas où j'aurais changé son régime, et qu'il s'en lût mal trouvé, aurais-je su si cette aggravation provenait ou de mon traitement externe (car je ne donnai rien à l'intérieur), ou d'aliments qualifiés de salubres dans les livres de diététique, mais dont son estomac n'avait pas l'habitude? Il eût été facile de complaire à toutes les écoles, en sacrifiant méthodiquement les règles ordinaires de la diététique, mais aurais-je également satisfait à mes convictions, à ma conscience, à la loi suprême du médecin, la simplicité!

Je reconnais avoir guéri les maladies chroniques les plus graves, sans faire de changements notables au régime.

Quand je conseille la modération en toutes choses, ou quand je recommande d'employer avec plus de réserve ou d'éviter tel ou tel article du régime, qui contrarie mes vues, quand, par exemple, j'interdis l'usage des acides simultanément avec celui de la pomme épineuse, de la belladone, de la digitale, et de la jusquiame, parce que les acides végétaux privent ces médicaments de toute vertu, quand je défends d'associer les aliments salés à l'oxyde de mercure, ou le café à l'opium, je crois avoir assez fait. Mon traitement échoue-t-il, j'ai la conviction de n'avoir pas nui par un régime alambiqué, je sais que c'est mon médicament qui a fait du mal, ou qui du moins n'a pas fait de bien: si, au contraire, je soulage, je sais que j'en suis redevable aux remèdes, car l'amélioration n'a pas pu provenir d'un changement dans la manière de vivre.

Hippocrate avait déjà donné à entendre quelque chose d'analogue dans ses Prénotions coaques, en disant que les médicaments et les forces de la nature l'emportaient de beaucoup sur les écarts du régime, pour produire de grands et profonds changements dans les maladies. Combien ce grand homme était près du but de la sagesse médicale, la simplicité ! Et vingt siècles après lui nous n'aurions point pu faire un seul pas de plus vers le but ! Nous en serions même un peu plus éloignés qu'il ne l'était ! S'est-il contenté de faire des livres, ou â-t-il bien moins écrit que guéri? Et quand il a guéri, l'a-t-il fait par les mêmes détours que nous? Ce n'est que par la simplicité de sa conduite dans les maladies, qu'il a pu voir tout ce qu'il a vu, et qui nous cause tant de surprise.

Climat, saison. Faut-»il perdre courage parce que

nous ne savons pas au justa quelle est Finfluenee qu'un petit changement de climat, qu'une légère modification du baromètre, du thermomètre, de l'hygromètre, de l'anémomètre, exerce sur le traitement de nos malades par des médicaments ?

Diverses observations recueillies par les meilleurs médecins attestent qu'il n'est pas difficile aujourd'hui de calculer en général les différences qu'un climat ou plus chaud ou plus froid exerce sur la nature et le traiment des maladies ordinaires. Ces différences ne consistent, pour la plupart, qu'en du plus ou du moins. Nous ne trouvons pas que de la diversité des climats naissent des lois opposées pour la médecine ; le quinquina ne suffit-il pas pour guérir la fièvre intermittente pure, à Mexico comme en Norwège, à Batavia et au Bengale comme en Ecosse? Nous avons chez nous des hépatites, comme il y en a sous la ligne ; qu'elles soient vingt fois plus communes dans ce dernier climat, peu importe pour le traitement. Ce n'est pas la nature du procédé curatif, c'estseulement son degré, qui varie en raison de ces circonstances, qu'on peut soumettre au calcul*

Mais la force naturelle de l'homme et l'habitude conservent leur prépondérance, eu égard à la vie et à la santé, en dépit même de toutes les variations du climat; nous avons pour preuve que notre globe est habité sur les bords du Gange comme à la terre de Feu, en Laponie comme en Ethiopie, au soixante et dixième aussi bien qu'au troisième degré de latitude.

Savons-nous donc si peu de chose des autres influences du sol et de la constitution physique des pays sur les maladies, qu'il ne soit pas facile de calculer l'empire qu'elles exercent sur notre pratique î Ne sa-

vons-nous pas quelle différence il y a, pour Thémoptysie et la phthisie pulmonaire, entre le séjour sur de hautes montagnes et l'habitation sur les bords de la mer; quels sont les effets des effluves marécageuses relativement aux fièvres intermittentes (1), et autres maladiesdu foieet du système lymphatique; quelle est la puissance d'un bon air dans le rachitisme et les scroftiles ; quels avantages le plat pays a spr les étroites vallées des montagnes, berceau du crétinisme et du goitre; de Tinfluence des vents et-^ des saisons sur Tinflammation, ou de celle du baromètre sur l'apoplexie, du rôle que l'air des hôpitaux joue dans la production de la gangrène et du typhus?

Ces grandes différences et leur puissante influence SOT la santé et la vie, voilà tout ce qu'il nous était nécessaire de connaître pour le traitement des maladies. Nous les connaissons et pouvons les calculer.

Mais la portée de leurs nuances e^t trop insignifiante pour mettre sensiblement obstacle à la réussite de nos traitements dans les maladies ordinaires; la force vitale et des médicaments bien choisis triomphent presque toujoui*s de l'influence qu'elles pourraient avoir.

Que ne serait-on pas en droit de dire du Créateur s'il avait suspendu une foule de maladies sur la tête des habitants de la terre, et en même temps opposé à là guérison une infinité d'obstacles, dont l'influence déjouerait tous les efforts des médecins, et ne pourrait être calculée même par la plus forte tête î

Nous guérissons des maladies dans les cachots, bien

(1) Voyez Jnnales d'hygiène publique et de médecine légale, PariB,i845,t. xiAii.

que nous ne puissions donner aux habitants de ces in* fectes demeures la santé dont jouissent les peuples des Alpes. Qui exige de nous que nous fassions d'une femme délicate de nos villes une sémillante villageoise au teint largement fleuri ? Cependant nous savons la délivrer de la plupart de ses maux. L'homme que ses affaires emprisonnent dans le cabinet ne nous demande qu*une santé supportable, la nature des choses ne nous permettant pas de lui procurer la vigueur d'un forgeron, ou l'appétit vorace d'un portefaix.

Mais, objectera-t-on, il arrive quelquefois qu'un léger changement dans la température ou l'état hygrométrique de l'air , dans ses proportions d'oxygène et d'azote, dans la direction des vents, dans l'état du baromètre, dans la masse d'électricité atmosphérique, ou que mille autres forces physiques à nous peut-être inconnues, et peut-être même peu importantes, ^exercent une influence visible sur les maladies, du moins sur les personnes nerveuses, hystériques, hypocondriaques, asthmatiques!

Faut-il dire ce que je pense ? Il me parait beaucoup moins utile de chercher à approfondir tous les degrés et toutes les différences de l'influence de ces impressions physiques, rendues insaisissables par leur petitesse, que d'endurcir contre elles les malheureux qui en ressentent les effets, en élevant leur corps à une puissance de force qui le rende capable de résister à ces influences et à tant d'au très inconnues; je crois bien plus à propos aussi de guérir le mélancolique de sa tristesse par des médicaments, que de l'arracher aux innombrables souffrances du monde physique et du monde moral, ou peut-être même de lui conseiller de s'y soustraire.

ET A Là SIMPLiaTÉ DE LA MËDECINE. 541

Ou bien s'imaginerait-on réussir mieux à empêcher lesinfluencesphysiquesetmoralesde l'atmosphère et de la vie humaine d'exercer leur empire sur le système nerveux d'une chlorotique, si l'on avait l'esprit assez subtil pour en apercevoir et en peser toutes les nuances de quantité et de qualité, que si Ton rétablissait le cours des règles chez l'infortunée malade ?

Je crois que ce n'est pas Id peu d'étendue de nos connaissances, mais uniquemeot le mauvais emploi qu'on en fait, qui empêche le médecin d'arriver à la certitude et à la simplicité.

Un jeune homme de vingt ans, maigre et débile, était sujet depuis son enfance à un asthme spasmo* dique, qui augmentait depuis le commencement de l'automne jusque fort avant dans l'hiver, jdl diminuait ensuite peu à peu jusqu'au printemps. Chaque année le mal s'accrut , et le malheufeux espérait succomber. Toutes les fois que le baromètre baissait, que le vent du sud-ouest et surtout du nord soufflait, que le tqmps était à la neige ou à l'orage, il éprouvait un long accès d'asthme, pendant la durée duquel il ne respirait qu'avec les plus grands efforts, s'attendant toujours à suffoquer. Les intervalles étaient remplis par des accès moins intenses, que 4a moindre cause, un coup d'air, une odeur forte, la poussière, la fumée, suffisait pour provoquer. Je le laissai dans la maison de son père, qui était exposée à tous les vents et à toutes les intem* péries du temps, je ne changeai rien non plus à son régime, si ce n'est que je le rendis plus substantiel, et je lui recommandai les travaux de Tagriculture, autant que ses forces le lui permettraient. Mon premier moyen consistai en très-petites doses d'ipécacuanha.

que j'élevai jusqu'à cinq grains ; il n'en résulta pas de nausées, les dernières provoquèrent une purgation; la poudre d'Algaroth et le sul&te de cuivre, tous deux à la dose d'un quart de grain, ne réussirent pas mieux;, l'asaret montra égsj^ment une tendance non favorable. Je passe sous silence d'autres remèdes célèbres contre l'asthme, qui ne produisirent rien non plus ; je dirai seulement que la scille etJe quinquina, administrés seuls, firent ce qu'ils font souvent, augmentèrent l'asthme, et rendirent la toux plus fréquente, ^ plus courte, plus sèche. J'eus enfin recours à la noix vomique ; quatre grains, deux fois par jour, ^diminuèrent peu à peu, mais sensiblement, la constriction habituelle de la poitrine, les accès spasmodiques d'asthme cessèrent, mêm^ pendant les plus mauvais jours de l'automne, même en hiver, quels que ftisseut le vent, l'état du baromètre, l'humidité de l'atmosphère, etc. Le malade dormit la nuit, ses forces revinrent, et avec elles la gaieté. Un grand refroidissement ramena quelques vestiges d'asthme, qui ne tardèrent pas à disparaître. Nul autre moyen que la noix vomique n'avait été mis en usage. Àurais-je mieux fait de calculer tous les changements possibles des météores, et leur influence siir ce sujet délicat ? La chose eût-elle été praticable, serais-je parvenu à modifier la pesanteur et l'électricité de lair, à dessécher l'atmosphère, à feire changer les vents, à conjurer les orages, à détourner le o^urs des saisons? et si enfin j'avais pu remplir toutes ces indications, aurais-je mieux atteint mon but ?

Médicaments. Ici se présente une question. Est-il bon d'associer plusieurs médicaments dans une même formule, de prescrire à la fois, et à peu de dystance les uns

des autres , des bains , des lavements , des saignées, des yésicatoires, des cataplasmes, des frictions, lorsqu'on veut réellement guérir, et, dans chaque cas spé* cial, savoir précisément ce que les remèdes ont opéré,, afin de pouvoir les employer de nouveau avec non moins, sinon même avec plus de bonheur, dans des circonstances analogues ?

L'esprit humain n'embrasse presque jamais plus d'une seule chose à la fois ; il ne lui arrive presque jamais de répartir proportionnellement sur les causes un résultat qui dépend de deux causes agissant ensemble sur un objet. Gomment peut-il porter la. médecine à un plus haut degré de certitude, lorsque, avec intention formelle , il fait agir simultanément une multitude de forces diverses contre un changement morbide du corps;, sans souvent bien connaître ni la nature de ce changement, ni la manièred'agir de ces forces, prises chacune à part, ou, à plus forte raison, réunies ensemble ?

Qui nous assure que l'adjuvant ou le correctif n'agit pas comme base, et que l'excipient ne donne pas une autre direction au tout? Si le principal remède est bien choisi, a-t-il besoin d'un auxiliaire? Et s'il a besoin d'un correctif, qu'il soit réellement approprié, ne lui faudrait* il pas encore quelque chose qui le dirigeât ?

L'opium, associé avec l'ipécacuanha, fait-il dormir parce que le médecin lui a assigné le rang d'ingrédient principal dans le mélange? L'ipécacuanha joue-t^il dans celui-ci le rôle de base, d'adjuvant, de correctif, etc.? Fait-il vomir parce que celui qui a écrit la recette le voulait?

Je ne crains pas de soutenir que quand deux médicaments sont unis ensemble, il n'^rive presque jamais que

chacun d'eux déploie sa propre action dans le corps humain, et que presque toujours, au contraire, il résulte de là une action différente de celle qui appartient en propre à chacun.

Plus nos recettes sont compliquées, plus l'obscurité devient grande en médecine. Si nos formules sont moins longues que celles d'Âmatus Lusitanus, nous n'en sommes pas plus avancés que ce dernier ne l'était parce qu'Ândromaque en avait fait de plus longues encore que les siennes. De ce que les formules d'Ândromaque et d'Âmatus étaient plus compliquées que les nôtres, s'ensuit-il que les nôtres soient simples?

Comment nous plaindre de ce que la médecine est obscure et embrouillée, quand nous faisons tout nousmêmes pour l'obscurcir et rcmbrouillerî Moi aussi, j'étais atteint autrefois de cette fièvre; la contagion de l'école m'avait gagné : ce miasme agit avec plus d'opiniâtreté sur mon cerveau que celui d*aucune autre maladie cérébrale.

Ne seraitKîe pas précisément le cas del' œuf de Colomb? Si tous les médecins s'entendaient fraternellement pour ne jamais prescrire qu'un seul médicament simple dans chaque maladie, sans provoquer d'ailleurs un changement considérable chez le malade , ils pourraient alors voir de leurs yeux ce que le remède opère, comment il fait du bien, comment il n'en fait pas.

Est-il réellement plus savant d'administrer, et souvent le même jour, plusieurs médicaments compliqués, que d'imiter Hippocrate, qui ne donnait, dans tout le cours d'une fièvre ardente, qu'un ou deux lavements, avec un peu d'oxycrat, et rien autre chose ? Il me semble que le chef-d'œuvre de î'art est de prescrire les mé-

dicaments à propos , et non de les entasser pèle- mêle.

Hippoerate cherchait, dans un genre de maladies, quelles étaient les plus simples ; celles-là, il les observait avec soin, il les décrivait avec précision, il ne leur opposait qu'un à un des moyens simples, puisés parmi le petit nombre de ceux qu'on possédait alors. Voilà comment il lui était possible de voir ce qu'il voyait, de faire ce qu'il faisait.

• Les temps ne reviendront-ils donc plus, où le bon ton permettra de se montrer aussi simple, dans les ma- . ladies, que l'était cet homme, si véritablement grand?

Quiconque me voit prescrire aujourd'hui un mâii cament différent de celui de la veille, et le lendemain un autre encore, s'aperçoit que je ne marche point d'un pas sûr en médecine, et effectivement je ne suis qu'un faible homme. Mais celui qui me voit mêler ensemble

* deux ou trois choses dans une même recette' , dit hardiment : Cet homme est embarrassé, il ne sait pas au juste ce qu'il veut, il hésite, car s'il savait quelle est la substance qui convient réellement, il n'ajouterait pas la seconde, ni moins encore la troisième. Qu'au rais-je à répondre ?

Si l'on me demande quelle est la manière d'agir du quinquina dans toutes les maladies connues, j'avoue que j'en sais peu de chose, quoiqu'il me soit arrivé bien souvent d'administrer cette écorce sans addition aucune. Mais si l'on me demande ce qu elle^pèrerait si on l'associait à du nitre, où à un troisième corps, je reconnais ma complète ignorance. J'adorerais, comme un Dieu, celui qui em dévoilerait ce mystère.

Dois-je dire que, depuis plusieurs années, je n'ai

^jamais prescrit autre chose qu'un seul moyen à la fois^sans jamais le répétée avant que l'effet de la première dose fût épuisé, sans jamais le changer avant de savoir bien à quoi m'en tenir sur son compte? Dois-je^ dire qu'en agissant ainsi, j'ai guéri mes malades et vu des choses qu'autrement je n'aurais jamais vues"?

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